André Laugier

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mercredi 25 mai 2005

L'Alexandrin (racines et règles)


On appelle ainsi le vers de douze syllabes (ou encore l'hexamètre, son équivalent). Si l'hexamètre fait six mesures l'alexandrin n'en fait que rarement six : il est constitué souvent de quatre mesure, même trois parfois. Il s'agit du seul vers français dont le nom n'est pas fondé sur sa quantité syllabique. Il date du début du XIIe siècle, et tient son nom du "Roman d'Alexandre", commencé par Lambert le Tort et terminé par Alexandre de Bernay. Son nom ne lui a été donné qu'au XVe siècle. Au XIIIe siècle, il est utilisé dans les "épopées hagiographiques", les "discours majestueux", les "chansons de geste remaniées". Il est aussi appelé le "vers héroïque" puisqu'il est le vers par excellence de l'épopée, de la tragédie, du poème didactique et du sonnet. Puis, il tombe dans l'oubli à peu près total. Il ne reparaît vraiment que dans la moitié du XVIe siècle, puisqu'en 1548, dans son "Art Poétique français", Thomas Sébillet remarque, le comparant à l'octosyllabe et au décasyllabe ses deux caractères principaux :

1°) La continuité de l'expression figurée ;
2°) La coexistence systématiquement maintenue d'un double sens, littéral et symbolique.

L'alexandrin étant un vers long, il admet une pause particulièrement marquée en son milieu, après le sixième pied ; cette coupe principale du vers est nommée "césure". Les deux parties égales de six pieds qu'elle délimite sont appelées "hémistiches" (demi-vers). La césure, à son origine, et encore au XIXe siècle, correspond au point le plus haut de la déclamation, suivie d'une légère pause avant que la voix ne décroisse.

- Vous-même rougiriez de ma lâche conduite. (Bérénice).

La sixième syllabe étant toujours accentuée, ne peut être muette dans la règle classique ; la septième non plus, ne peut être en –e atone final à cause de l'interdiction de la césure enjambante. La "césure épique" (ainsi nommée parce qu'elle était fréquente dans l'épopée) permettait de ne pas compter une finale en "e" muet à l'hémistiche, considérée comme équivalant à une fin de vers. François Villon peut encore écrire, "Les contrediz de Franc Gontier":

- À son costé gisant dame Sidoine
Blanche, tendre, polie et atteintée…

Le deuxième vers serait faux si on n'élidait pas le "e" muet final de "tendre".

C'est Clément Marot (1496 – 1544) qui, suivant sans doute les conseils de Jean Lemaire de Belges (1473 – 1548 ), fit une règle de s'interdire la présence du "e" muet non compté dans la césure. Son exemple a ensuite fait école. La césure épique ne reparaîtra que dans la versification "libérée" de la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle :

- "Aux cris d'une sirène // moderne sans époux". (Guillaume Apollinaire. "L'Emigrant de Landor Road. Alcools. 1913.)

Le choix de l'alexandrin peut surprendre au début de ce XXIe siècle, après qu'Hugo ait "disloqué ce grand niais d'alexandrin." Mais le double choix de ce mètre et du sonnet relève d'une réaction à la poésie du siècle, aux innovations hugoliennes notamment (réaction que Baudelaire et les poètes parnassiens ont initié au milieu du XIXe siècle.) L'alexandrin a sans doute souffert d'être transformé en mécanique verbale, pivotant sur le tourniquet de la césure. La "crise des vers" que dénonce Mallarmé en 1886, tenait, selon lui, à l'épuisement de l'alexandrin, resserré dans le "mécanisme rigide et puéril de sa mesure", bloqué par son "compteur factice."

Gilles Sorgel, dans son " Traité de prosodie classique à l'usage des classique et des dissidents" la écrit : - Les règles ne sont pas des barrières, ce sont des rampes souples qui nous guident vers la perfection".

L'alexandrin à encore de beaux jours devant lui. Il est la pièce maîtresse de la poésie et compte de nombreux adeptes qui perpétuent ce diamant légué par nos illustres prédécesseurs.

Marcel Chabot, y fait référence en écrivant : "Les vers classiques sont les gammes des poètes".

Bien avant lui, Gautier avait écrit :

- "Les Dieux eux-mêmes meurent ;
Mais les vers souverains
Demeurent
Plus fort que des airains".

© André LAUGIER. 2005.

samedi 21 mai 2005

Poésie des mots contraires.





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 Anne Valérie Annuaire

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MENSONGE ET VÉRITÉ

Tous les songes, dit-on, ne sont que des mensonges ;
À vérité ténue, mensonge est exaltant ;
On l’arrange, on le tord comme avec des éponges,
Selon la forme au plan que chacun en attend.

Dire la vérité, parfois, nous est pénible,
Car trop apparentée aux mensonges d’autrui ;
L’accent de vérité au mensonge est faillible,
Et l’un qui se construit par l’autre se détruit.

Si nous avons besoin du voile du mensonge,
L’exagération tue toute vérité ;
Le risque devient grand, et sa charge nous plonge
Dans un imbroglio plus ou moins agité.

D’une vérité moindre on passe à la plus grande,
Et le vrai faux mensonge, signe de vérité,
Paraît plus vertueux, au point qu’on s’en défende,
Puisqu’un mensonge imite avec fidélité.

Le mensonge des uns aux mensonges des autres,
Devient un antidote et sert les intérêts ;
Chacun y joue son jeu, au fard des bons apôtres,
Une main sur le cœur et les yeux guillerets.

Car si la vérité en chacun peut attendre,
Le mensonge, lui seul, est bien souvent pressé ;
Mensonge et vérité ont du choix à revendre :
Tous deux ont leurs atouts, chacun bien exercé.

Tel une vérité qui se trompe de date,
Un mensonge n’est plus quand il a réussi ;
Cela tiendra beaucoup si l’on est diplomate,
Sans retenue, alors, on lui dira « merci ».

Rien ne sert de mentir sans l’éclat du mensonge ;
Toute pensée qui dure est contradiction ;
Toute sincérité qui se crie, se prolonge,
N’est à percevoir comme acceptation.

La fausse modestie décence du mensonge,
Est à la vérité un leurre bien pensant ;
Si certains s’y appuient sans remord qui les ronge,
Peut-être ont-ils raison ; Est-ce réjouissant ?

Mensonge et vérité sont au terme des choses ;
Le temps use l’erreur, polit la vérité ;*
Se déchirer l’esprit vaudrait bien des psychoses,
À qui voudrait trancher, s’en croyant mandaté.

Toute vérité trompe aussi bien que l’erreur
Où le poids du mensonge, et qu’elle s’autorise ;
Méfions-nous du brave autant que du hâbleur,
Les mots de vérité n’ont aucune expertise.

*Distique du Duc de Lévis.


BIEN FOL EST QUI S’Y FIE.

« La raison du plus fort est toujours la meilleure » ;
Que doit-on penser de la folie des grandeurs,
Si, plus que de raison, la raison d’être est leurre,
Et qu’un brin de folie nous accorde faveurs ?

A tord ou à raison, de folie raisonnable
On en perd la raison en raison d’y penser ;
Où finit la folie, souvent peu soupçonnable,
Quand entendre raison est fou pour renoncer ?

A raisonner ainsi, bien fol est qui s’y fie ;
Sur un coup de folie, aussi bénin soit-il,
Aux raisons d’espérer cette folie défie
Non raisonnablement d’un projet le profil.

Y aurait-il du bon dans la folie humaine,
Quand la saine raison follement y souscrit,
Et, plus que de raison y voit là une aubaine,
Que de raison garder on cède, on en souffrit.


C’EST BON POUR LE MORAL…

Les bons échouent souvent quand vainquent les mauvais,
Pour la bonne raison que d’un mauvais usage,
La bonne intuition les seconds, encourage,
Et que d’un mauvais choix les premiers sont défaits.

Un bon tuyau acquis contre un mauvais calcul
Est la bonne surprise, et la mauvaise mine
Fera bonne mesure au destin qui chagrine,
Contre les mauvais coups, si l’on prend du recul.

Au bon moment savoir sortir d’un mauvais pas :
Voilà la bonne affaire, aidant de bonne grâce
Dans ce mauvais climat au rebond dans l’impasse ;
C’est bon pour le moral : le mauvais sang s’en va.

Tenir bon c’est contrer un mauvais résultat,
Et, si un mauvais jour un seul bon signe arrive,
En ce mauvais moment il est bon qu’au qui-vive,
Notre bonne conduite au bon sens prenne pas.

Ce qui est beau et bon est les deux à la fois ;
A quoi bon si parfois on la « trouve mauvaise »,
Faire un mauvais procès, tout de bon qui nous pèse,
Quand même en bon perdant on sait garder sa foi.


UN PETIT RIEN POUR UN GRAND BÉNÉFICE

Si l’on réussit mieux un petit bien souvent
Qu’à vouloir tout en grand, et dans la convoitise,
Rien ne paraît plus grand, – mais aussi motivant –,
Qu’une petite affaire et nue de vantardise.

D’une petite idée peut naître un avantage ;
Mais si l’on voit trop grand, peu à peu on s’enlise ;
A ce petit jeu là un grand abattement
Met, petit à petit, le doute à ce qu’on vise.

Rien n’est jamais trop grand quand tout parait petit ;
Se sentir grand partout est petit par nature ;
La folie des grandeurs en rien ne garantit
Qu’un petit coup de pouce y mettra la pointure.

Un grand bien nous grandit : petit bonheur suprême !
Avoir un grand souci : adieu petit bonheur !
Un simple petit pas sera moins grand problème,
Et, dans un grand défi, au reste : prometteur.

Tous nos petits tracas, visant un grand projet,
Si l’on sait l’aborder, mettre un petit peu d’ordre,
Se feront tout petits, n’étant plus le sujet,
Grand en sera l’acquis, plus petit le désordre.


QUI PERD GAGNE

Si l’on gagne souvent à être plus connu,
On risque de tout perdre en cette convoit
ise ; La vraie joie de gagner où chacun est tenu
Ne doit perdre de vue que gagner : s’organise.

Mais que de temps perdu pour y gagner du temps !
Ne pas perdre courage, où, si la peur nous gagne,
Quand on a rien à perdre on doit rester constant ;

On a tout à gagner : la chance pour compagne.

Il gagnera celui qui sait ce qu’il peut perdre ;
Savoir perdre à propos, c’est gagner du terrain ;
Perdre une occasion, risquer de tout reperdre,
Est un mauvais marché qui agit comme un frein.

Pour gagner de l’espoir il faut l’expérience ;
Ne jamais perdre, en soi, un certain engouement.
Jouer à qui perd gagne est une déviance
Qui conduit à tout perdre, et y gagner tourment.

À gagner un beau bien on gagne une louange ;
Perdre ses objectifs, c’est perdre son élan ;
On ne change jamais la tactique où s’engrange
Un beau tempérament de gagneur vigilant.

Si l’on a rien à perdre on peut bien tout risquer ;
Cet état de gagner demeure aléatoire ;
On peut y perdre aussi à trop le provoquer,
Et ne gagner du temps qu’à un travail sans gloire.


CROIRE OU DOUTER

Nul doute que l’erreur mine la certitude ;
Croire ce que l’on voit donne à croire trop peu,
Et ne douter de rien est mauvaise habitude,
Si, aux raisons de croire, on déprise l’enjeu.

Faut-il douter de tout ou bien encor tout croire ?
L’excès, dans les deux cas, prive de réfléchir ;
À en croire les faits il serait illusoire
De trop croire au hasard, douter avant d’agir.

Le pensée prend naissance à la source du doute,
Et croire en ses idées, sans doute est excellent ;
Le réel s’il parait mettre un doute en déroute,
Aveugle, trop patent, si l’on n’est vigilant.

Croire c’est s’exercer à supporter le doute,
Mais on doute souvent de ce qu’on ne croit plus ;
La faute serait de tout croire et, sur sa route,
Faire l’impasse au doute en le croyant déchu.

Seul le doute s’accroît, jamais la certitude,
Et qui ne doute pas hérite de bien peu.
Si, dit-on, voir c’est croire alors cette attitude
De croire et puis d’agir jouera avec le feu.


AUX RAISONS D’ESPÉRER

Dans le temps qui attend et le temps qui espère,
L’espérance est un rêve, et qui veille et guérit.
Un coup dur, à coup sûr, après coup se digère
Aux raisons d’espérer qu’un coup de main offrit.

L’espérance est le bien de ceux qui n’en ont plus ;
Sachons tenter le coup : l’espérance fait vivre ;
Un coup de chance aussi ne doit pas être exclu,
Et, si l’on tient le coup, espérer doit s’ensuivre.

Qui espère demain néglige l’aujourd’hui ;
Pour rester dans le coup, gardons quelque repaire.
En combativité, puisque rien n’est gratuit,
Un coup du ciel, souvent, est plus qu’on ne l’espère,

Qui tel un coup de pouce a bien inespéré.
L’espérance est la foi qui peut chasser la crainte,
Si un coup au moral nous rend désemparé ;
Sans cesser d’espérer luttons, et sans contrainte.

L’espérance est un risque : il faut bien le courir,
Et presque au coup par coup, avec de la constance,
Même au coup de Jarnac on pourra se guérir,
Tant soit que d’un coup bas survivra l’espérance.

À ne point espérer chacun court un grand risque
D’en accuser le coup, sans aucun coup d’éclat,
Et de manquer son coup si l’espoir nous confisque
Aux raisons d’espérer un avenir bien plat.


LA CAUSE EST ENTENDUE

Parvenir à ses fins, en tout état de cause,
Faire cause commune : est bien le fin du fin.
Le fin mot de l’histoire est que, dans cette clause,
À bien plaider sa cause, on voit l’effet, enfin.

Personne n’apprécie de rester sur sa faim ;
Le travail abouti n’a pas d’effet sans cause ;
En défendre l’idée déjà y mettrait fin,
Dans le désagrément, lésant la bonne cause.

Si l’on dit que la fin justifie les moyens,
Au fin fond de la chose, aux desseins mitoyens,
Ma cause est entendue, à toutes fins utiles.

Comment ne pas penser qu’en fin de compte il faut
Plus d’effort, de sueurs, que de propos habiles ?
En connaître la cause enlève le défaut.


QUAND LES MOTS PRENNENT LA PAROLE

Au mot d’esprit sachons, adroit, jouer le jeu.
Pas un seul mot turbide à la saine écriture ;
D’entrée de jeu, au sens du mot, pas d’imposture ;
Tricher au jeu, c’est jouer gros, et être hors-jeu.

Jouer franc-jeu, entre deux mots, tel est l’enjeu ;
Se prendre au jeu est le mot d’ordre, où la pointure
De l’humoriste et du poète, en l’aventure,
Pour séduire les mots, s’offrent un si beau jeu.

En un mot, et pour prendre au jeu la drôlerie,
Jouer aux jeux de mots, dans la badinerie,
Est un jeu d’écriture usant de mots croisés.

Avoir son mot à dire, au jeu vaut la chandelle ;
Et, quand les jeux sont faits, bien même un peu osés,
La parole est au mot, le mot est son modèle.


QUI PEUT LE MOINS PEUT LE PLUS

Au plus je m’interroge au moins je ne découvre ;
Tout au plus, c’est du moins un sentiment acquis ;
Me dire à moindre prix qu’en ce sujet, requis,
Plus je pense à cela, et moins je m’y retrouve.

N’être rien moins que moi, plus ou moins je l’approuve,
Et, plus je me connais, défrichant ce maquis,
Ça me dérange moins, car de plus c’est exquis :
Je suis le plus heureux, de moins en moins j’épouse

Cette idée qu’est en moi que le plus compliqué,
Est le moins agréable, et qu’il est plus risqué
De toujours savoir plus en arrivant moins vite.

Et quoi de plus léger quand c’est à moindre prix,
Qu’au plus intéressant, sans questions, ensuite,
On sait qui peut le moins, peut le plus s’il en rit !


AVOIR L’ŒIL POUR LES PIEDS

Si ça ne saute aux yeux, prendre garde au poème :
Un pied plat, rime pauvre, est vue d’un mauvais œil ;
Pour ne pas perdre pied, nous devons ouvrir l‘œil,
Jamais lever le pied, même en cas de dilemme.

Avoir l’œil vigilent ; Pour respecter le schème,
Consulter un lexique et ne pas fermer l’œil ;
Pied à pied, sans se mettre ainsi le doigt dans l’œil,
De pied ferme prend pied la poésie qu’on sème.

L’œil du maître fait fuir l’idée du pied au mur,
Car de ses propres yeux, grâce à un travail mûr,
Pour les beaux yeux des vers, il est sur pied de guerre.

Du haut du piédestal de ses propres acquis,
Il tient à l’œil les mots, et ne s’inquiète guère,
Sur pied d’égalité, et au clin d’œil requis.


À TOUT PRENDRE ET FIN PRÊT

Parvenir à ses fins, c’est savoir bien s’y prendre ;
Être toujours fin prêt, et prendre tout son temps ;
Pour mener un projet, à sa fin il s’entend,
À tout prendre, et fin prêt, cela doit se comprendre.

Du fait, qu’en fin de compte, – il ne faut s’y méprendre,
Être assez fin limier, réclame effort constant :
Prendre une part active en devient exaltant.
Le fin du fin, bien sûr, est la joie d’entreprendre.

Si la fin justifie les moyens, dit l’adage,
Il faut prendre sur soi d’en tirer l’avantage ;
Le fin mot de l’histoire est bien de prendre part.

Pour mettre fin et clore, au cocasse chapitre
Ce modeste sonnet est comme un faire-part ;
À prendre ou à laisser, vous en êtes l’arbitre ;

Je ne le prendrai mal, j’en prendrai mon parti.


LE PAIN ET LE COUTEAU

Toujours gagne-petit, trouvant son gagne-pain
Comme second couteau, en rôle de théâtre,
Il mangeait son pain blanc, caractère opiniâtre,
Quand tout se passait bien, presque comme un rupin.

Le regard cabotin, et quelque peu faquin,
En lame de couteau son visage blanchâtre,
Hantait souvent le bar nommé « Café-théâtre »,
À l’eau et au pain sec, tel un vrai galopin.

Le couteau sous la gorge et sans pain sur la planche,
Il s’estimait heureux d’en couper une tranche,
Et bénissait le ciel pour ce pain quotidien.

À quoi bon remuer le couteau dans la plaie,
Être à couteaux tirés envers autrui quand bien,
Le pain et le couteau ne s’assemblent d’emblée.


UN PETIT RIEN, UN PETIT PLUS

Peu lui suffit : un petit rien, il s’en contente ;
Rien n’est acquis, mais peu à peu, et l’air de rien,
En peu de mots, très motivé, en moins que rien,
Sans penser trop, sans penser peu, plume élégante,

Il obtient plus, d’un peu de tout, en dilettante.
Car s’amuser avec des riens au va-et-vient
De l’à-peu-près, du calembour, n’épargnant rien :
Rien ne l’arrête, et peu lui chaut, tant qu’il invente.

À peu de frais – ce n’est pas rien – en peu de temps
Rien ne se perd, rien n’est gratuit ni rebutant ;
Juste un peu fou, mais rien de pire, et peu importe.

Un rien l’égaie, et rien de mieux, ni rien de moins,
Est suffisant s’il obtient plus et qu’il colporte
Un peu d’humour, qu’un rien habille, néanmoins.


AU NEZ ET A L’ŒIL

La satire me sied, au pamphlet je brocarde,
Et, d’un œil avisé, quand il montre son nez,
Ne le quitte de l’œil, rêvant le façonner
Les yeux facétieux tandis que je le farde.

Nez à nez devant lui, d’une plume renarde,
Quand je lui fais de l’œil, parfois à vue de nez,
En mes vues de l’esprit j’aime le taquiner,
À vue d’œil, le nez fin, tirant sur ma bouffarde.

Quand je caricature en vue de jeux de mots,
J’ouvre l’œil évitant les libellés grimauds ; *
Si je n’ai l’œil du Maître, il n’est jamais d’œillères

Capables de me mettre alors un doigt dans l’œil.
Je n’ai pas froid aux yeux, les Muses conseillères
Souvent, au pied de nez, m’adressent leur clin d’œil.

* Dans le sens de pédants


PILE-POIL

Parfois on tombe pile, ou un poil à côté ;
Aussi, à un poil près, nous faut-il faire face
Afin que pile-poil un obstacle s’efface,
Et dans ce face à face, être du bon côté.

Précis, toujours au poil, sans passer à côté,
Pour ne perdre la côte, ou se voiler la face,
Car, si l’on freine pile on risque que s’efface
Ce qui nous tombait pile, et choit au bas côté.

Reprenons et gardons de ce poil de la bête,
Un petit poil de chance : et sitôt c’est la fête,
Puisque tout ira bien l’aubaine à nos côtés.

Soyons donc vigilants si du concret s’empile ;
Un seul poil sur la main et nous serions jetés,
Saisis à contre-poil, telle une vieille pile.


POUR UN « OUI » POUR UN « NON »

Ni le « Oui » ni le « Non », au cours d’un face à face,
Ne tombèrent d’accord, on devine aisément ;
Si le « Oui », positif, toujours de bonne grâce,
Approuve sans réserve, indubitablement,

Le « Non », plus radical, souvent lui fait la chasse,
Son nom, rien qu’à lui seul, semble concurremment,
Vouloir à tout instant, lui dérober la place,
Lui, le bienheureux « Oui », dont le son est charmant.

Chacun à l’argument, y défend sa raison ;
En croyant qu’il détient la vraie clé de son nom :
L’évidemment pour l’un, et le refus pour l’autre.

Aucun d’eux n’est d’humeur à céder du terrain ;
Trois lettres en commun, et où chacun se vautre,
Pour un « Oui » pour un « Non » dans un piètre refrain.


PRÉSENT INDEFINI

Ne jugeons l’avenir qu’à partir du présent ;
Voyons dans le présent, l’à-propos, la manière ;
Un projet d’avenir n’est chose familière,
Construisons au présent l’avenir suffisant.

Si le sens du présent paraît tranquillisant,
L’idée de l’avenir en reste la matière ;
Mais le présent s’échappe, altier à part entière,
Et l’avenir fait craindre, il est souvent pesant.

Le présent n’est-il pas un passé en puissance,
Dont on songe au présent, le cœur plein d’espérance,
Présent de souvenirs, d’imagination ?

Dans le moment présent l’avenir se dessine ;
Lassons donc le futur bâtir son bastion ;
Un avenir se veut, du présent s’enracine.

Plus je vieillis, je crois, et plus j’ai d’avenir.


LE TEMPS NE PERD SON TEMPS

Si tant est que gagner du temps est profitable,
Tant s’en faut cette idée que dans un premier temps,
Tout tend à s’accomplir et qu’on arrive à temps
Autant qu’on le désire en tentant l’improbable.

Tant qu’à faire il vaut mieux, tant bien que mal rentable,
Savoir prendre son temps, tant soit peu plus longtemps,
Que vouloir tant et plus, agir à contretemps,
Pour, dans un temps record, y chercher l’avantage.

Au temps que l’on doit tant, la sagesse est vertu,
Tant est-il qu’entre-temps, de bons sens revêtu,
A plein temps l’on profite autant qu’on le désire.

Et, entre deux mi-temps, soufflons de temps en temps,
Tant cela est vital pour qu’un peu l’on respire…
Qui a le temps attend, le temps ne perd son temps.

Et moi, mes chers amis, j’ai pris un temps d’avance.


QUI PERD GAGNE ?!

Le hasard fait gagner, mais peut faire tout perdre ;
Savoir perdre à propos, c’est souvent y gagner ;
Seul, le temps toujours gagne, et peut nous enseigner
Que n’est jamais gagné tout ce qu’on peut reperdre.

À y perdre son temps c’est en faculté perdre ;
À tout vouloir gagner, tout peut s’en éloigner ;
Perdre la confiance et rien à y gagner,
Fait perdre tout espoir, gagnant l’idée de perdre.

Ne pas perdre de vue que n’est jamais gagné,
Jamais perdu d’avance, un projet bien soigné ;
Et ne pas perdre espoir si quelque peur vous gagne.

Pour gagner du terrain, gagner quelque hauteur ;
À gagner certain bien, le bonheur s’accompagne,
Et c’est ça de gagné, sans perdre sa ferveur.


LE FEU SACRÉ

Faire feu de tout bois n’est pas source d’eau pure,
Pour se jeter à l’eau dans l’épreuve du feu :
Nager entre deux eaux n’a aucun pare-feu
Et souvent un projet tombe à l’eau, immature.

Jouer avec le feu, c’est risquer la brûlure ;
Le feu a besoin d’eau, et ne fait pas long feu
Si la mèche est noyée près de la bouche à feu,
Et que la goutte d’eau en chasse la morsure.

Si je peux me permettre, ici, quelque conseil,
C’est qu’être entre deux feux, c’est du même au pareil
Que se jeter à l’eau et nager en eau trouble.

Pour qu’un plan réussisse, il faut le feu sacré,
Sinon, tel feu de paille, il ne vaut pas un rouble,
Et comme un coup d’épée, dans l’eau aura sombré.


FAIT TARD

Je suis un couche tard, je suis un lève tôt ;
Mais loin d’être un étau qu’une tare accapare,
J’en retire plutôt un plaisir à l’hectare,
De facto, sans retard, étant prêt aussitôt.

À l’instar de mon art, je respire tantôt
Au nectar legato des sons dont je m’empare,
Bientôt cerné de vers, tandis qu’un bon cigare
Enfume l’ambiance, un peu ex abrupto.

C’est très tard, avant-hier, que ces rimes naissantes,
Aujourd’hui, et bien tôt, aux idées agissantes,
Ont d’un esprit dispos mis repos au propos.

Au tréteau du papier : plateau de mon délire,
Je soumets, sans tarder, ce modeste dépôt,
Proposé humblement par un pince-sans-rire.


VOIR OU CROIRE ?

Voir c’est croire, dit-on, mais faut-il toujours croire
En fait ce que l’on voit ? Je préfère, prudent,
Tempérer dans le doute et cacher l’illusoire,
Pour juger, comparer, à mon corps défendant.

Savoir : c’est voir en soi ; croire n’est point prouver,
Mais vivre en même temps l’écart et l’alliance.
Le réel n’est jamais, on sait, que d’esquiver
Quand, théoriquement, il n’est point évidence.

Croire n’est pas savoir, mais croire crée les choses,
Et l’on peut s’exposer ainsi à se tromper,
Car si certains rallient à eux toutes les causes,
L’éclairé, pour voir loin, désire anticiper.

Alors, pour voir de loin, regardons de plus près :
Chez l’homme qui apprend est-il si bon de croire,
Comparé à celui qui sait et a secret
Que savoir plus que voir est moins aléatoire.

Souvent un parti pris vaut mieux qu’une équivoque,
Qui me contrariera ? Le réel n’est jamais
Ce que l’on pourrait croire, et en cela évoque
Qu’il porte aussi le doute et souvent compromet.

C’est encor croire en soi que de douter de soi,
Car croire c’est aussi savoir porter ses doutes…
Il peut nous en coûter, et l’on s’en aperçoit
Aux valeurs des idées qui jalonnent nos routes.

En cela j’ai appris à juger, à déduire,
À comparer, penser et être observateur,
Pour qu’enfin voir et croire, en moi puisse construire
Que voir est salutaire et croire plus flatteur.


QUAND LES VERTUS DU VICE…

Les vertus sont liées à tous nos petits vices,
Qui les rendent légers, quelquefois raffinés ;
Soyons donc indulgents de nos gourmands caprices,
Aux dépends des vertus, puisqu’ils sont contournés.

Il faut être courtois aux qualités du vice ;
Un vice sans plaisir étant moins que vertu ;
N’ayons point de remords, ou l’âme accusatrice,
Vivons, par conséquent, sans en être abattu.

Nous ne sommes juges : Dieu jugera pour mous ;
Faisons part équitable aux charmes de la vie ;
Ni apôtres du vice au temps d’un rendez-vous,
Ni blâmant la vertu, si elle nous convie.

Il faut morale à tout : conservons nos défauts…
Calculer la vertu c’est instruire le vice ;
Le vice est dans la nuit, mais il a des faisceaux ;
La vertu, au grand jour, n’est parfois que factice…

Un vice spontané est vertu d’innocence ;
S’il est simple et naïf : reste un vice commun.
Les vices déguisés ont, seuls, une indécence,
S’agitant dans l’orgueil qui est inopportun.

C’est ce qui me fait dire à vous, tous mes amis,
Qu’un vice tient l’usage et s’habille aux vertus ;
Car, en vertu de quoi, à nos vices soumis,
La vertu, trop guindée, à des sous-entendus.

Ôter l’espoir au vice, il me semble, est donner
Une arme à la vertu qui est capricieuse,
Comme un masque de mœurs pour se dédouaner,
Corriger tel abus de façon pointilleuse.

Par nature ou instinct, les deux sont en usage :
Le vice échappe aux lois, vertu a bon aloi ;
Mais pardonnons au vice, et montrons son visage,
Rendons-lui politesse : il nous sert, quelquefois…


JEUNESSE ET VIEILLESSE

Gommer du temps aux ans, gouverner sa jeunesse,
Lui prêter la durée qu'il plairait valider :
Folle philosophie, chimère sans promesse,
Espoir de vanité pour mieux nous gourmander.

Et la flèche du Temps qui blesse la vieillesse
Ne peut guérir, hélas, de ce qui fut conquis...
Tel est ainsi le sort et qui, sans politesse,
S'abat un jour sur nous puisqu'on ne le vainquît.

Jeunesse n'a qu'un temps, vieillesse contre temps :
Spectre disgracieux qui contemple l'automne,
Envieux de Janus au pouvoir exaltant,
N'ayant qu'un seul visage et l'âge qu'il nous donne.

Car plus on devient vieux le temps est disgracieux ;
Nos tempes fleuriront au blanc impitoyable,
Cernées de toute part au poids calamiteux
D'une ardeur qui s'éteint : destin irrévocable.

La jeunesse est printemps, hiver est la vieillesse ;
- Penser en la jeunesse est savoir bien vieillir - ;
Aux splendeurs d'autrefois, le charme fait noblesse :
S'il est indélicat, il peut nous embellir.


LE BEAU ET LE LAID

Si contempler le beau est saisir le fragile,
Le beau étant divin et cause de plaisir ;
Ce beau n'a qu'un aspect, mais le laid en a mille ;
Rien n'est pure beauté qu'un laid ne peut saisir...

La recherche du beau, ou la quête du vrai ?
Le réel seul est beau, ne l'est aucun possible ;
Mais le laid, pour autant, en reste-t-il abstrait,
Vu que le jugement n'est jamais infaillible ?...

Le beau se définit aussi facilement
Que sa manière d'être est ce qui désespère ;
Le beau n'existe-t-il qu'en l'ensorcellement,
Puisqu'il naît, puisqu'il meurt, se perd, se régénère ?

Le laid n'est-il présent qu'en l'habit d'une époque ?
Que pour le déclarer ? Au lieu de s'appliquer
À chercher - si minime - au point que l'on s'en moque,
Un soupçon de beauté pour la communiquer.

Amour du laid, du beau : chaque genre a ses règles.
L'art seul sépare-t-il, sans jamais l'écarter,
Ressemblance ou réel, quand l'esprit seul allègue
Pour faire contrepoids, un regard pour ...voter ?


LA THEORIE ET LA PRATIQUE

Si dans la théorie la pratique s'impose
C'est que les théories n'opèrent point de faits.
Dans un ordre pratique, en théorie, suppose
Que les actes n'ont droit à l'erreur des effets.

Car toute vérité s'inspire de pratique ;
Le doute est théorie : idéal sans valeur ...
La réalisation se fait dans la pratique ;
La théorie augure, et peut causer l'erreur.

Mais "pratique sans tête est théorie sans jambe"
Disait le philosophe en son raisonnement ;
Ce n'est le moindre charme, et si d'un croc en jambe,
La théorie, parfois, au procédé dément.

Car, bien des théories justifient certains actes ;
Leur formule avérée approchant du savoir.
Si l'on sait que tout l'art n'est sciences exactes
Et que les théories oeuvrent au "percevoir".

L'art est l'habileté réduite en théorie ;
S'il faut faire un effort : s'oublier dans l'effort !
Puisque, dit-on, l'effort, bien souvent, contrarie
Et dessert la pratique en étant trop retors.

Ayons donc pour support cet apport, réconfort,
Ce renfort qui distord et, dès lors la pratique ;
Tout record est décor si d'abord au rapport
Il procède à servir théorie plus pratique.


LE GÉNIE ET LA FOLIE

"Au génie la raison lui vaudrait un censeur".
Si la phrase est célèbre et très souvent citée,
Buffon disait aussi, en habile penseur,
Qu'il n'est qu'une vertu de patience ouatée

Bien plus libre à nos yeux dans un esprit flottant.
Il peint, parfois, l'esprit au contour d'un visage ;
Plait plus qu'il n'étonne…et d'orgueil exploitant
Les raisons et la gloire en son don d'héritage.

Les règles font de lui, en l'art, une routine,
Mais l'éclair n'est jamais comparable au soleil,
Et si le génie créé, un soupir le taquine :
De quelque modestie il ne veut le conseil.

Oui, ce père d'ampleur et fils de solitude
Peut avoir goût amer si l'âme, un jour, le fuit :
Ouvrage d'un moment et dont l'incertitude
Dérobe ses attraits en l'instant d'une nuit.

Paraissez être tout, embellir votre image,
Si le feu du génie ne luit plus sur le front,
Il n'est que vanité, philosophie peu sage,
Et qu'un peu de folie vos usages vaincront.

Le génie, on le sait, à son coin de folie,
Où l'esprit s'y confine y tombant à demi ;
Misérable folie que le génie rallie :
Sagesse ou déraison…hasard ou compromis ?

S'il subsiste du bon dans la folie humaine,
Cette exaltation, dans un sens mesuré,
À trompeuse apparence – étrange phénomène –
Où Génie et Folie n'ont d'aspect séparé.

Les valeurs n'ont de prix que l'étendue de l'âme
Dans l'authenticité, modestie, naturel ;
Si le génie, en nous, par son biais se réclame,
Qu'il soit sage folie, seul plaisir culturel.


LA PROBITÉ ET LE PÉCHÉ

Par ostentation la belle probité
N’est que pâle vertu candide à la morale,
Car, dans la vanité, quelle capacité
L’individu, souvent, au péché se régale.

Si le péché de chair est un délit sans suite,
Mérité-je un procès si c’est le confesser ?
La franchise du cœur, devant une inconduite,
Triomphe sans éclat pour mieux me courroucer.

Si je marche, parfois, sur des sentiers obliques,
Morale, au jugement, raille vertu d’esprit ;
Je ne provoque pas : mes propos satiriques
Épiques, revendiquent une éthique au mépris.

Qui plait le plus au peuple ? Un péché savoureux
Expliqué dans les faits aux préceptes pratiques,
Où la vertu probable, et d’un relent poudreux,
Qui peut choquer l’esprit de quelconques logiques ?

Car nos vices, c’est vrai, ont pour seul avantage,
Le luxe émancipé de nos fausses vertus,
Et un peu de folie est un bien beau courage…
D’Épicure ou Zénon : mes choix sont entendus.

Je laisse au fond du cœur probité et morale ;
De confesseur des juges, juge mes confesseurs ;
Un aveu du péché n’est que la diagonale
Vêtue de sainteté, déguisée aux erreurs.

Quand le vice frivole aux raisons des vertus
Dresse son imposture, implacable morale,
La résistance est vaine aux rideaux abattus ;
Rien n’absout le péché dans sa quête infernale.

La parole est souvent un péché d’arrogance :
Ce péché qui dévore l’hygiène des sens ;
Tout être organisé n’est jamais qu’apparence
Dont il tire avantage, étant à double sens.

Aux vices des païens : ourdies vertus chrétiennes ;
Je ne m’offusque pas, reste sauf mon honneur ;
Mes pensées, seulement, ne sont pas stoïciennes,
J’assume le péché, ce péché flagorneur.

Pour terminer mes vers j’emprunte à d’Harleville
Ce distique éloquent : ce n’est point l’évangile :
« Ève a souvent péché : c’est bien qu’on la flattât ;
Exemple que depuis mainte femme imita. »


PARLER OU SE TAIRE

Parler simple ou madré sur papier comme en bouche,
En phrases fleuries et aux idées survenues,
La parole me dope et le verbe, sa souche,
D'un silence fuyard chasse mes retenues.

Quand se taire est si doux, parler n'est jamais triste;
Si je parle de moi, je parlerai de vous,
Car parler c'est agir, j'en suis l'opportuniste:
Se taire c'est penser, rester au garde-à-vous.

Est-il bon de parler ou meilleur de se taire?
Car pour se faire entendre on parle toujours bien;
Et même si mes mots sont de l'alimentaire,
Je suis dépositaire et signataire au lien

Qu'en ce don de se taire si je n'ai rien à dire,
Au défi de me taire, il me faut m'exprimer,
Sans être interrompu, sans vouloir m'interdire
Au plaisir délicat de pouvoir m'affirmer.

Critère élémentaire et repère compère,
Je prospère, tempère et opère aux vertus
Que parler me libère et que mieux que se taire
Le plus petit des mots est toujours bien vêtu.

Aurai-je plus d'esprit si je savais me taire?
Comment puis-je me taire sans en être lassé?
La foi de mes discours n'est jamais tributaire
Aux faveurs du silence...un silence angoissé.

Parler est l'allusion qu'associe l'idée,
Car parler est agir quand penser c'est se taire.
Le mot devient un duc si l'image est fardée,
Mais il reste grimaud s'il est rudimentaire.

Me taire est un défi que mon esprit offense,
Car se taire n'est point une leçon en soi,
Et si je dois parler qu'il y ait l'élégance,
Si ce n'est l'éloquence, au moins j'ai cette foi.

Que resserrer la joie autour de quelques mots
Est un bien moindre mal qu'un esprit sot taira,
S'il refuse au langage, en ses plus beaux rameaux,
Le soin de lui laisser exprimer l'apparat.


DE CAUSE À EFFET

Il n’y a pas d’effet en absence de cause ;
Si j’ignore la cause, j’en plaide l’effet,
Car la causalité, en théorie suppose
Qu’on expose et appose une clause du fait.

Pour cause de mutisme exigence me cause
Souvent l’impression du méfait de l’effet ;
Si je vise à l’effet, en contestable cause,
De ce fait je me fais prisonnier du surfait.

Cause bien défendue est une juste cause.
Si mon attitude, en mes « effets spéciaux »,
Peut m’inciter, parfois, plus à l’effet qui « cause »
Dans une belle cause et aux effets partiaux,

De chaque phénomène en sais qu’il y a la cause…
Ets-ce mauvaise cause, étant de bonne foi,
Si je regarde plus l’invention que la chose ?
Le résultat des faits n’est que l’effet, parfois.

Espérer dans la foi, toutefois…quelquefois,
Dans la cause à défendre : obligation me cause…
A viser plus l’effet, en sachant dans ma foi,
Qu’heureux est bien celui qui dans la pure cause

Ne souligne l’effet que d’une noble cause.
Toute cause est raison, complaisance d’effets,
Qu’indispose, transpose et aussi je suppose
Une mauvais foi cause de nos méfaits.

Si arrivé au terme d’une hilarante prose,
Tu sais Lecteur, juger et percevoir la cause
Du délire des mots et qu’à dessein j’expose :
La cause est entendue, l’effet est grandiose.


LE RIRE ET LA DOULEUR

Le rire, nous dit-on, est le propre de l’homme ;
Et devant la douleur le rire à goût de bien.
Douleur, source pérenne, au rire tu fais comme
Un rire bien muet car tu te ris de rien.

A la douleur sachons observer quelque charme,
Car douleur qui se tait est douleur de l’esprit ;
Rire mélancolique en ce rire est une arme,
Face aux larmes du corps dont le cœur se meurtrit.

La douleur est l’épine et le rire est la rose…
Arrosons de rosée : roseraie de raison ;
Qu’aux échardes du mal où la douleur repose
Réveille un rire prêt à sortir de prison.

Car le rire est divin puisqu’il sucre les larmes ;
La douleur nous châtie devant certains excès ;
Le rire est le remède, aux douleurs les alarmes,
Pour noyer le chagrin, lutter contre l’abcès

Néfaste des douleurs. Si le rire s’invite
Notre âme sort grandie, dépasse la douleur…
Pour un temps la douleur rira alors moins vite,
Et le rire pourra en chasser quelques pleurs.

A douleur oubliée on en pleure de rire ;
Dans un éclat de rire : au chaudron la douleur !
La conception de joie est la vision du rire,
J’entends ce rire fou heureux de ma douleur.

Et devant le génie impuissant de mon rire,
La sereine ironie accable ma douleur ;
Souffrir sans trop me plaindre, en pétrir un sourire,
Espérer supporter quelque rire moqueur…

Pour s’emparer du rire à l’orgueil des douleurs
Pièce maîtresse est joie quand le rire s’impose,
Sur l’échiquier du mal face aux pions des douleurs,
Afin que ces douleurs ne rient pas de ma cause.

Je vais me faire rire à en pleurer de joie ;
Plaisir d’un rire seul, si cela m’est permis ;
Pour un rire éphémère, un franc rire est bourgeois :
Le mal sera plus sain mêlé au compromis.

L'hermétisme, parfois, dans ce genre de texte,
Peut tronquer les mots dans l'interprétation...
Mais jamais la douleur au rire n'est prétexte
De rire des douleurs: quelle aberration!


ÊTRE OU NE PAS ÊTRE ?

Etre ou ne pas être, mais être dans un Tout,
Insolite épithète, et cela peut paraître
En contradiction ou bien un mêle-tout.
Étrange question il faut le reconnaître.

Etre ou ne pas être c'est oui...et c'est peut-être ?
Car "l'Etre", au jugement, toujours se questionne...
Il se conaît si peu mais croit se reconnaître,
Imbu et primitif : faraud se cautionne.

Si je "suis" donc "j'existe", en mon corps, mon esprit ;
J'existe pour sentir, condamner un non-être,
Où aucun préjugé en mon être attendri,
N'enchevêtre et pénètre en mon âme au bien-être.

Peut-on être incréé: conscience immortelle ?
Vivre d'un outre temps, être l'éternité ?
Comment quantifier la durée temporelle
D'un être à naître: en être errant et entité ?

Je suis comme un milieu entre esprit et la chose ;
Je prends l'être à la lettre et sans condition ;
Apprendre au fond de l'être inspire, je suppose,
Qu'au delà de l'idée est la solution.

Se sentir exister est-il sain ou malsain ?
L'infini nous fait peur mais il flatte notre âme ;
Je ne peux me démettre à mon être à dessein
Qu'exister c'est vouloir, c'est permettre l'entame

De la carte première en l'objet de sa quête.
Se mûrir, se créer sans miroir déformant,
Pour qu' être ou ne pas être, ou être ou paraître être,
Ne puisse compromettre un seul prétendument.


LE VICE ET LA VERTU

Courtiser la vertu ou bien flatter le vice ?
La vertu moralise au-dessus de l'esprit ;
Le vice est l'impulsion, la vertu un délice ;
Modérer quelque vice : et vertu s'attendrit !

L'innocence est hardie plus souvent que le vice ;
Un vice en la raison peut bien se corriger.
Respectons la vertu, qu'elle nous soit complice,
Que le vice en vertu de ce droit : soit léger.

Oter l'espoir au vice, offrir l'arme aux vertus,
Et vertu s'affermit, nous libère du vice :
Le coeur est bienheureux, les vices combattus ;
Aimable est la vertu: la grâce à son service.

Mais faut-il qu'un nuage, odieux de surcroît,
Transforme pureté en "vice convenable",
Néglige la vertu, en fasse un passe-droit,
Et le vice commode épouse, impitoyable,

Nos sens désorientés qui louaient la vertu.
Ces vices "vertueux" en vertu s'évertuent ;
L'ambition des vertus, dans le vice têtu,
Succombe à ses défauts qui soudain s'accentuent...

Chaque vice, bien sur, échappe à toute loi,
Le vice est séduisant n'en soyons point l'apôtre ;
Si la vertu s'indigne : le vice est hors-la-loi ;
Mais vice est téméraire et viendra vite nôtre.

Et qui vit dans le vice à orgueil pour vertu,
Ces vertus déguisées, poursuivies par le vice,
Dont vertu sans honneur d'un vice pour statut,
Ne peut s'enorgueillir devant un tel supplice.

Quand bien la vertu souffre: Ô vice aspect gracieux !
Les vertus sont des dames et le vice des pères
Que nous autres les fils observons...fallacieux :
Le vice et la vertu ont des instincts grégaires.


LE BIEN ET LE MAL

L'homme s'ennuie du bien, cède souvent au mal :
Le grand mal d'un moment pour qu'un meilleur bien dure ;
Si nos manques nous vouent aussi bien que le mal,
Le seul bien qu'il nous reste est le mal qu'on endure.

Rendre bien pour le mal, en grand homme de bien,
Quand le mal est certain, bien souvent on y songe...
Réfléchir sur le mal, pour que naisse le bien,
Et le mal mène au bien de ce mal qui nous ronge.

Mais parfois bien présent risque aux sources du mal,
Si un bien mal acquis est le puits où quiconque
D'un grand bien dans l'excès verse en un très grand mal :
Le seul bien qui nous reste est alors très quelconque.

Sans faire trop de mal, habillons nous du bien ;
Qui ne sent plus son mal est d'autant plus malade,
Le mal se joue du bien, le bien s'y trouve mal...
N'est-ce pas par le mal que le bien s'embrigade ?

Dans le pouvoir du bien et le vouloir du mal
Si le bien et le mal, distinctions arbitraires,
Quelque bien qu'on en dise en soulagent le mal,
Pour un homme de bien: les seuls biens populaires !

Plutôt un petit bien qui sera moindre mal,
Car j'aime les seuls biens qui ne sont à personne ;
Le bien se paye cher, se paye tôt le mal,
Et dans un juste bien que le mal démissionne.



© SDGL - Echos Poétiques. 2005.

jeudi 19 mai 2005

Ça rime holorime !

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Les vers holorimes ou "olorimes" sont en quelque sorte le mariage de la Poésie et du Calembour.

Avant de s'émerveiller, le lecteur s'étonne: là où ses oreilles n'entendent qu'un seul vers, deux fois prononcé, son oeil peut lire deux alexandrins composés de mots différents. Deux écrits pour un même oral: voilà qui mérite un examen approfondi.

Mieux qu'un grand nombre de définitions, quelques exemples célèbres permettront d'expliquer ce que sont ces jeux de l'écriture. Jeux très difficiles, s'ils veulent être de qualité.

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Mai chante encore et parle au tonnerre.
Les grelots des Aoûts tardent.
Las, danse et chants voilés tremblent.
O quelle âme en son aile évente
O folie
L'étoile d'aide aux Mages ?
Cédez chaleur !

Méchante en Corée, par l'automne, erre
L'aigre lot des outardes.
Là, dans ces champs vois les trembles.
Au quai l'amant sonne et, laid, vante
Aux faux lits
Les toiles des dommages.
C'est des chats l'heure.

Louise de Vilmorin.
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Elle sort là-bas des menthes,
La belle Eve à l'âme hantée
Et le sort l'abat démente.
L'abbé laid va lamenter.

Louise de Vilmorin.
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Au long des mois
Par la Savoie
Six reines, alors riant,
Paraissaient.
L'une, saoule et nue et tard, osa ces mots :
- "S'en va l'heure.

Oh ! l'onde et moi,
Parla sa voix,
Sirènes à l'Orient
Paressaient !
Lune sous les nuées, ta rose a ses maux
Sans valeur !

Louise de Vilmorin.
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L'âme est moirée par mille émois sans torts.
La mémoire est parmi les mois, Centaure.

Louise de Vilmorin.
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Lit, monde et moi
La vie d'ans vit.
Parmi le genêt aux cent ors,
Lys en cieux,
Hé là ! fiancée, file et cours, toi,
Sept ans !
Roseau d'opale, il en est temps !
Hé là ! fiancée, élancée, au beau cou élancé,
Centaure est là,
Sang d'or !

L'immonde émoi,
L'avide envie,
Par mille jeux naît au Centaure
Licencieux
Et la fille en ses filets courtois
S'étend,
Rose au dos pâle, île en étang.
Et la fille en sait, elle en sait oh ! beaucoup, elle en sait
Sans tort et, lasse,
En dort.

Louise de Vilmorin.

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L'amant d'Harry n'est plus chez sa tante d'Amiens
La mandarine épluchée, ça tente Damien.

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Mains tenant l'amer, Jean d'Orléans dit : "Capet,
Maintenant la mer, j'endors les handicapés".

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LE BOEUF A LA VACHE

D'où te vint
L'air boulot?
L'herbe ou l'eau?
Doute vain.

Elle sort là? bas des menthes
La belle Eve à l'âme hantée
Et le sort l'abat démente
L'abbé laid va lamenter.

O Seigneur!
Quelle panse!
Qu'elle pense
Au saigneur!

Réponse de la vache :

J'ai mi-saoule
Gémi sous le
Faix nouveau.
Aide! Grâce!
Et de grasse
Fais-nous veau

Alphonse Allais

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Cet effort holorime en ce départ, à l'aile
De vains propos à blâmer sans céder ma rage,
Devint proposable à mes sensés démarrages:
C'était fort! Ô l'or immense des parallèles!

Esposito/Oulipo

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Par les bois du Djinn, où s'entasse l'effroi,
Parle et bois du Gin ou cent tasses de lait froid!

Alphonse Allais

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Si Eveill - il paraît - chasselas détraqué,
Se réveille! il part et chasse, las d'être à quai.

Alphonse Allais

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Je ne joue au polo, ma Jora, qu'à Namur.
Jeune joue! O paulo majora canamus!
(En Wallon, Namur se prononce : Namus)

Alphonse Allais

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AVATAR SUR GERARD DE NERVAL

Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Gall, amant de la reine, à la Tour Magne à Nimes:
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Galamment, de l'arène, alla - tour magnanime -

Dans la nuit du Tombeau. Toi qui m'as consolé.
Voici le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé...
Vois si le Pô s'y lie? Paix: l'âme erre, dit Thalie.

Suis-je Amour ou Phoebus?...Lusignan ou Biron?
Ma lippe est rouge encor d'un hommage de Reine
(Mali, Pérou...J'encorde un homme. Ah! jeu de rênes...)

Et j'ai deux fois vainqueurs traversé l'Achéron,
Egrenant tour à tour à la lyre d'Orphée:
Aigre Nantes...Hourrah, Tours! Hallali...Re-dors, fée!

Patrick Flandrin.

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O fragiles hébreux: allez Rebecca tombe!
Offre à Gilles zèbre, oeufs; à l'Erèbe, hécatombe!

Victor Hugo

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L'heure dure, idée, rosace à seins découverts,
Et me tue comme en ses ateliers. Eau, déborde!
Aime, tu commençais à te lier, ô Desbordes.

Max Morisse.

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L'un dit : "Comment cela se mène?"
Lundi commence la semaine.

Anonyme.

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Ah! Lui, Léo, vit nègre!
A l'huile et au vinaigre.

Alphonse Allais.

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Je dis, mettons, vers mes passages souterrains
Jeudi, mes tons verts, mais pas sages, sous tes reins.

Alphonse Allais.

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Sous Berr, en marchand, devin pâle à le porter
Soubeyran, marchand de vin, pale ale, porter.

Alphonse Allais.

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Alphonse Allais d'la mer sort et pique un plongeon.
Ah! l'fond salé d'la mer, sort épique. On plonge, on...

Alphonse Allais.

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DECEMBRE.

SONNET.

Dansait puissant l'été - l'anthème et l'ancolie.
Morts ne meurent mes morts: en corromps-je? Sont mords!
Morne, me remémore; encor ronge son mors,
Dans ses puits sans Léthé, lente est Mélancolie.

Amour ira mourir aux rameaux d'Italie.
Dette n'aillent couvrir, en corps mort, leurres morts
Des tenailles qu'ouvrir encor mord le remords
A mourir âme où rire aura maudit Thalie.

Commence Hiver. Feu ronfle en bel éclair, gemmaux.
Neige l'assaut grenu que livrent des émaux.
Larme, là-bas, levant haineux ses poings, male ire.

Nai-je pas, saugrenus, que livres, dés et mots, Larmes?
L'abat le vent et ne sais point ma lyre,
Comment six vers feront flamber les clairs gémeaux.

Daniel Marmié.

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REQUIEM

SONNET

Faux souvenirs quittés où Vertu, neuve hermine,
A remplacé ta morgue, est temps du pourpre puits
A rang placé t'a, Morgue, étendu pour preux puis
Fosse où venir, qui t'est ouverte, une vermine.

Tait, cher dévot, rancune à trop citer la mine
Des livres racontant ta messe. Enserrés d'huis,
Délivrent, rats qu'on tente - âme est-ce en ses réduits
Tes chairs dévorant qu'une atrocité, là, mine.

Pourrir en l'édifice, os à Dieu...Mots dira,
Pour rire enlaidi, fils aux adieux, maudira
Qu'à testament beau neveu valeureux s'alarme

Que si peu d'or en tombe; et froide y verse enfin,
Qu'atteste amant, bonne veuve à leurre sa larme,
Que si peux...dors, en ton beffroi d'hiver sans fin.

Daniel Marmié

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Dès le matin s'efforcent les écrivains
D'elle, mâtin. Ses forces : les écrits vains.

Lecoutre.

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Etonnament monotone et lasse
Est ton âme en mon automne, hélas!
L'âme est moirée par mille émois sans torts
La mémoire est parmi les mois, Centaure.
Elle sort là-bas des menthes
La belle Eve à l'âme hantée
Et le sort l'abat démente.
L'abbé laid va lamenter.

Le coudre.

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SONNET

Les sonnets détraqués l'assènent : leur acompte,
C'était le temps des vers. L'amer art hideux vend!
Lai sot n'aidait trac, hélas...Haineux leurre à comte,
Seth hait le taon - dais vert lamé rare y devant.

Laisse au nez des traqués la scène. L'heure à conte,
C'est elle - tant Eve air - : la mère a ri devant
L'Essonne. Et d'être à quai la Seine le raque: honte.
Cette aile tendez vers la mer, aride vent!

Volant à double sens sa rime, ô chants sonores,
Vols lents tas, d'où bleu sang s'arrime aux champs s'honorent
De richesse pour sots, d'homophonie écran.

Car Eve, effaçant les rances bourdons, n'eut bile
Qu'à rêver, face à l'air en ce bourg dont nubile
D'eux rit chez ce pourceau d'homme au faux niais cran.

Esposito./Oulipo

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DEPRESSION METHEOLOGIQUE

SONNET

D'après l'avis du roi Zeus,
L'âme hors-jeu, la voix cassée:
"Âpre est la vie, dure, oiseuse;
La mort, je n'la vois qu'assez."

Poséidon l'écoutait là,
L'heureux Médée l'observait:
"Posez-donc le coutelas;
Le remède est l'eau, servez!"

Jupiter osa goûter
Ce liquide et pris mal, ah!
Jus piteux, rose, à goût thé.

"J'ai plus ton cran, roide, en fer..."
Celui qui déprime alla
Chez Pluton, grand roi d'Enfer.

Esposito/Oulipo

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Loup, lit, pomme, des os...: laid, vos tankas m'ennuient!
L'oulipo me désole et vaut tant qu'âme en nuit:
Ce jeu ne lie terre-air. Aidez à bon émoi
Ce jeune littéraire, et désabonnez-moi!

(Anonyme)

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Quatrain auto référent.

Cet effort holorime en ce départ, à l'aile
De vains propos à blâmer sans céder ma rage,
Devint proposable à mes sensés démarrages:
C'était fort! Ô l'or immense des parallèles!

(Anonyme)

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Avatar sur Nerval

EL DOLORIMADO (Le Déshérimé)

SONNET

C'était toi le sombre homme et l'odieux solitaire,
Désastreux Aquitain tant grisé d'aise et rites.
Cette étoile sombre : Ô mélodieux soli taire
Des astres à qui teint en gris et déshérite.

Tombeau lisse et marron, douce âme arrêtée hier,
Oh! rends ton eau de mer et veux-tu geler vite!
Ton beau lys est ma ronde où s'amarraient théières,
Or en tonneau de mes rêves tus; je lévite.

Je crois être éternel - en fer - et, laquais rond,
C'est ainsi, Reine m'a brûlé dans ses rapports.
S'éteint Sirène, ma bru laide en ces ras ports.

Je croisais, très terne, et l'Enfer et l'Achéron,
En modulant mes chants - comme Orphée peut sa lyre -
En mots du lent méchant qu'aux morts fait peu salir.
Gillet Esposito Farèse.

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L'émirat dort
L'émir adore
Les miradors.

Haddock

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L'heureux médecin,
Le remède sain,
Guère ici d'avarice, Perry paie si tu meurs,
Guérit sida, varices, péripéties, tumeurs.

Christian Reigneau

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A Hervé Buisson (mon dentiste)

Docteurs es Crocs (mais pas escroc)
Hôte qui, staff requis et la santé m'aidant,
Ôte kyste affreux qui hélas hantait mes dents.

Christian Reigneau

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Mains tenant l'amarre, Jean d'Orléans dit: "Capet,
Maintenant la mer, j'endors les handicapés".
L'amant d'Harry n'est plus chez sa tante d'Amiens
La mandarine épluchée, ça tente Damien.

Christian Reigneau

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Les rides se creusèrent, la jeunesse passa
L'air hideux, ce creux air, l'âge n'est-ce pas ça?

Christian Reigneau

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Treize universitaires allaient saucissonner
Très unis vers Cythère ah les sots si sonnés!

Christian Reigneau

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Oh Lydie scie mes triques tous ces bouts de bois
Au lit dissymétrique tousse et boude, bois.

Christian Reigneau

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Désert aride sur la mer.
Paquebot.
Des airs à rides sur l'amer
Pas que beau.

(Anonyme)

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HELLEDHI ET LAPRE

SONNET

La prêtresse écoutait dans le parc aux iris
Au bord d'un étang, molle ailette où Lapré tresse...
Lapré tresse et coud taie dans la barque...Osiris!
Aube ordonnée. Temps mol! Elle est tout, la prêtresse.

Or là mourrait, en gémissant, trépas léger
Un ami de Lapré, saoul des parfums de menthes;
Or l'amour est danger: m'y sens très pâle et j'ai
Une âme délabrée, soudée par feinte amante.

Elle dit, sans fond: "Cet ami, nuit dans l'âme". Or,
Helledhi s'enfonçait à minuit dans la mort...
Oh! mat! Un son fit se fissurer la villa...

Lapré tresse posa: "C'est demain, sur l'âme!" Horte,
Au matin, son fils, se fit sûr et la vit là...
La prêtresse posa ses deux mains sur la morte...

André Duvignac.

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Ah! vois au point du Loing! De là, vogue en mer Dante!
Have oiseau, pondu loin de la vogue emm.......

Alphonse Allais

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Michel Laclos, dans "ses jeux de lettres, jeux d'esprit" a composé ces vers holorimes consacrés à l'oeuvre d'un poète persan, dont il fait les louanges, tout en en laissant entrevoir la paix de l'âme à ses croyants.

Ah! L'iran maudit vint à l'heure et, rêve ailé
A lire en mots divins, t'a le "Vrai" révélé.
Comment déjà, d'Islam à La Mecque fidèle
Commandait jadis l'âme, Allah, mais que fit d'elle?

Ainsi tentait de voir en versets te citer,
Incitant tes devoirs envers cette Cité.
Là, c'est décrit cent fois, le regard d'Allah perce,
Lassé des cris sans foi, l'heureux garde la Perse.

Cher, Cher athée errant, seul ivre d'aise, irai
Chercher à Téhéran ce livre désiré.
Ah! par une aide à l'âme est, dit-on le message
Apparu, né d'Allah. Méditons-le mes sages.

Michel Laclos.

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L'abbé niais, sourd, ici erre...
La baie n'y est souricière.

ANDRE

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L'amant table surtout : "aimez-moi!"
Lamentable sur tout! Eh, mais moi ?

ANDRE

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Dix huit tasses valent ces trois neuves!
10, huit, as, valet, sept, trois neuf.

ANDRE

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Roi XVIII ne valait pas ses Dames.
Roi, 10, huit, neuf, valet, as, sept, Dame.

ANDRE

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Dix Dames de Troie ne valent pas ces six huit royales.
10, Dame, deux, trois, neuf, valet, (p)as, sept, six, huit, Roi. (Royal n'est-ce pas?)

ANDRE

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Dans ces bois automnaux, graves et romantiques,
Danse et bois aux tonneaux, graves et rhum antique.
Net et vibrant, le chant d'une bergeronnette
Naît et vibre en le champ d'une bergère honnête.
Heredia lisant Verlaine - Ah joli don !!
Erre et dit à Lise en vert lainage : « Oh! lis donc. »
Saoul, l'heureux gars Raimu descend, pas sans dangers,
Sous le regard ému des cent passants d'Angers.

Cassave

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Voici, à présent, plusieurs séries de phrases permettant toutes de reconstituer le nom du héros de Rostand:

Sire, en eau de Berre, j'erre aqueux.
Six rats, nos deux berges raclent.
Cire, anneau de bergère à queue.
Sciera nos deux bers, je raque.
Syrah, note Berger, arak.
Si radeau Heudeubert, jeu rac.

Anonyme

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Alexandre Dumas, répondant à Henry Becque qui avait écrit une satire par rapport à son oeuvre.

Si ce coup de bec de Becque t'éveille
Ô Thomas Corneille en l'obscur tombeau,
Pardonne à l'auteur qui baye aux corneilles
Et songe au public qui bâille aux "Corbeaux".

Alexandre Dumas. (Ce n'est pas, à proprement parler, une holorime, mais l'esprit y est.

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SONNET

Oh! Ahana : « Si elle apparaissait plus tôt ? »
C'est en fendant son temps qu'atterrit dans les cieux
Cette enfant. Dansons tant qu'athée ridant les yeux :
On a Anna, ciel ! À part : « Essaie plutôt

De maintenir le cou pour la mettre en auto.
Mais ne les déçois (Ferme : à l'air t'es sourd !) si eux
Mènent l'aide; et sois ferme, alerte et sourcilleux. »
Demain : tenir le coup, pour l'âme être en hôte haut.

Ce sot n'essaiera la morsure aux piranhas :
Outré, je ne fiais tes sens et ton bémol
À ces maternités-hospices, aux sanas

Où très jeune fillette est censée tomber molle.
Assez, mâts ternis, thé, os pisseux... Hosanna :
Ce sonnet serra la mort sûre au pire, Anna !

Gilles Esposito-Farèse (Sonnet pour Anna)

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À Nîmes, aile des seings,
Annie mêle desseins ?
Ah, nie ! Mais elle des seins
Anime, hèle, des saints !

Bernardo Schiavetta

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Aidé, j'adhère au quai. Lâche et rond, je m'ébats.
Et déjà des roquets lâchés rongent mes bas.
Alphonse Allais.

______________________________________

Si mon fils, ton tutu raccommodé part.
Simon, fiston, tu tueras comme au départ.

Alphonse Allais.

______________________________________

Par ses charmes appas, ris, et du Pacha beauté,
Parsé charma Paris dupa Chat Botté.

Alphonse Allais

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Moine (Oscar) de Victor ramona...J'étranglais
Moi, Nauscarde Victor, à mon âge, être Anglais!

Alphonse Allais.

______________________________________ Dans son site sévère assistant sa prestance
Danton cite ces vers, stance après stance.
Lucien Reymond.

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Ah! quitte ainsi ta tante et va, l'heure est amère.
A qui t'incitas tant, à leurrer ta mère.

Lucien Reymond.

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A Lesbos, à Tyr, l'évangile est appris.
Ah! laisse, beau satyre, l'Eve en gilet t'a pris.

David Massot

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As et saouls vantent au Lycée Janson de Sailly;
Assez souvent au lit ces gens sont de saillie.

David Massot

______________________________________

Appelons Nicéphore aux attraits ordonnés
A Paul honni, c'est fort, osa trésor donner.

David Massot

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SONNET

Je t'attends samedi, car, Alphonse Allais, car
A l'ombre, à Vaux, l'on gèle. Arrive. Oh! la campagne!
Allons - bravo! - longer la rive du lac, en pagne;
Jette à temps, ça me dit, carafons à l'écart.

Laisse aussi sombrer tes déboires, et dépêche!
L'attrait : (puis, sens!) une omelette au lard nous rit,
Lait, saucisse, ombres, thé, des poires et des pêches,
Là, très puissant, un homme l'est tôt. L'art nourrit.

Et le verre à la main - t'es-tu décidé? Roule
Elle verra, là mainte étude s'y déroule.
Ta muse étudiera les bêtes et les gens!

Comme aux Dieux devisant, Hébé (c'est ma compagne)...
Commode, yeux de vice hantés, baissés, m'accompagne...
Amusé, tu diras: "L'Hébé te soule, hé! Jean!"

Jean Goudezki

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Que la mélancolie
Que là met l'ancolie
Résonne au creux du coeur.
Raisonne, ocreux, d'Ukeur! (marquis)

De Montesqiou

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L'heure dure, idée, rosace à seins découverts,
Et me tue comme en ses ateliers. Eau, déborde!
Aime, tu commençais à te lier, Ô Desbordes.

Max Morise

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Sous le vent, la mort descend, écho! Maint Corse erre
Soulevant l'âme lors des sangs et comme un corsaire
L'ire du poète aurait voulu tes vachers,
Lyre dupe, ô étau, rêve où luttait Vaché.

Max Morise

______________________________________

Hérédia lisant Verlaine - Ah joli don!
Erre et dit à Lise en vert lainage: "Oh! lis donc."

Cassave.

______________________________________

Net et vibrant, le chant d'une bergeronnette
Naît et vibre en le champ d'une bergère honnête.

Cassave.

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Sceaux d'hommes égaux morts
Seaux d'eau, mégots morts.

Prévert

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Lolo rime
L'holorime
Sa muse
S'amuse.

Anonyme.

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L'imperator si lent lève l'avis odieux
L'impair a tort s'il enlève la vie aux dieux.

Anonyme

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La chemise
Lâche mise
L'abaisse
L'abbesse
Sa fesse
S'affaisse.

Marcel Hérault

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Ah! ce qu'on sert de faux ré
A ce concert de Fauré.
Lucienne Desnoues

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La masurka de Chopin t'honora
dans
La masure qu'a, de chaux, peinte l'Honorat.

Lucienne Desnoues

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Eprise, hélas, Eve nue offrit son bec à Satan
Et prise, et lasse, et venue au frisson, bécasse attend.

Jules Laforgue.

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Cosette, hautaine, hardie, écrin touchant
Causait aux Thénardier crainte ou chants.

Claude Koenig

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C'est l'acacia, l'invitation
C'est là, qu'assis, Alain vit à Sion.

Claude Koenig

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Deux générales déjeunaient
De jeunes râles des genêts.

Victor Hugo

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La mort s'est éprise, c'est tôt, de Luc Etienne.
L'amorce était prise: cette ode, Luc, est tienne

Nicolas Graner.

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_La plupart de ces holorimes ont été extraites du web, ainsi que du livre "Au bonheur des mots" de Claude Gagnière, du "Dictionnaire poétique" de M. Aquiem et du "Dossier Luc Etienne" par Nicolas Garaud et Pascal Sigoda". Bibliothèque Municipale de Reims. (1998)

dimanche 15 mai 2005

Les femmes en poésie.




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CONSTAT : HIER, AUJOURD'HUI, DEMAIN.




L'Art poétique est-il traditionnellement réservé aux hommes ? Cette architecture du langage, cette organisation esthétique des mots, cette poésie que l'on attribue à un paysage, à un regard, à une musique, serait-elle le privilège du sexe masculin ?
Est-ce à dire que le travail des femmes, leurs études, leurs aptitudes, leur condition sociale posent, encore aujourd'hui, des problèmes spécifiques ? Existe-t-il une poésie féminine véritable ?

Si on remonte l'Histoire de la Poésie à ses origines, depuis environ dix siècles, on peut mesurer à quel point elles demeurent minoritaires tout au long de sa longue chronique. Sans doute la poésie des femmes a-t-elle souffert d'une particularité sui generis, car reflétant d'une pensée, d'une sensibilité et d'une attitude devant la vie, propres aux femmes, plus fidèles à écrire dans la nostalgie de l'insouciance ou du bonheur, plutôt que de se consacrer à l'envol des années qui les inspire.

George Sand est sans doute l'une des seules à avoir redouté "l'éternel hiver" de son âme dans une prose que sa mélancolie a transformé en poésie. Mais rien, en tout cas, qui ne rapproche ou rappelle l'angoisse d'un Gérard de Nerval ou d'un Apollinaire.

La poétesse est certainement, à l'opposé de son double masculin, moins hantée par l'écoulement des heures qui ne reviendront plus, comme elle l'est tout autant que lui par la peur de la vieillesse physique. Son atout : la coquetterie qui l'empêche d'avouer cette inquiétude.

Aucune d'entre elles ne s'est jamais revêtue, ni reconnue, dans cette image dépeinte par Ronsard :

"Je n'ai plus que les os, un squelette je semble, Décharné, dénervé, démuselé, dépoulpé…"

Aucune ne se lamente comme Mathurin Régnier :

" À trente ans me voyant tout vieux…"

Quand Marceline Desbordes-Valmore affirme :

" Je sais qu'il m'abandonne, et j'attends et je meurs…"

C'est pure clause de style. Dans son esprit, comme dans celui de ses contemporaines, il s'agit, au travers de cette expression, de "désarmer" l'Homme en l'apitoyant.

La très romantique Elisa Mercoeur confiait, cependant, son désarroi sur un ton qui touche encore, tout comme Janine Couvreur, plus près de nous, qui devina peut être sa "brève rencontre" avec la vie. Cela tient probablement du fait que ces femmes poètes qui devaient connaître une mort précoce, eurent confusément la prescience de leur destin.

Les phénomènes sociaux et la politique, dont les responsabilités incombaient aux hommes, n'ont guère passionné les femmes poètes. Peut-on en imaginer une s'écriant sur le ton austère d'Agrippa d'Aubigné :

"Lève ton bras de fer… Frappe du ciel, Babel…"

Ou s'exclamant, tel Apollinaire :

"Ah ! Dieu que la guerre est jolie !"

Mais il arrive que cette folie humaine, qui engendre la guerre, inspire aussi de la haine et des larmes chez les femmes poètes. Louise Ackermann l'a honnis. Marie Noël montre son déchirement et son impuissance et en crie le désespoir :

"O vous que voici prenant ce perdu chemin de haine…"

Il n'en demeure pas moins vrai que les sujets de prédilection des poétesses ont été l'attente de l'enfant, le ravissement des premières contemplations, l'époux, fidèle ou volage dont elles ont parlé avec abondance. Cependant, il est à constater que l'amour maternel n'ayant pas d'histoire, a inspiré peu de poèmes qu'on serait en droit de le croire.

Sonia Kowaleswska, professeur à l'Université de Stockholm (1840 – 1891) déclarait avec amertume : "Malheur à la femme qui a mis, entre elle et l'amour, une individualité trop marquée et un métier d'homme : son travail est constamment entre elle et celui auquel devraient appartenir sans partage, toute ses pensées…"

C'est sans doute pour cette raison, en grande partie tout au moins, que la vocation littéraire, chez les femmes poètes, passe au second plan. D'aucunes s'y accrochent quand même pour oublier l'échec de leur vie sentimentale. Si l'on étudie de manière approfondie la vie de la plupart des poétesses, deux tiers d'être elles furent célibataires, veuves, mal mariées ou séparées de leurs époux. Ceci explique cela. Fascinées par le visible et le concret, les femmes ne sont sollicitées ni par l'onirisme, ni par le désir verbal issu de l'inconscient, comme ce fut le cas, par exemple, d'Apollinaire ou d'Antonin Artaud. Les poétesses surréalistes sont l'exception. En lisant Janine Couvreur, Andrée Chédid, ou encore Frédéric Frei et Nicole Houssa, on pourrait se demander si la fameuse prédiction de Rimbaud n'est pas en voie de s'accomplir : "La femme trouvera de l'inconnu… Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses…"

Il faut inscrire, à l'actif des femmes poètes; cette étonnante faculté, pourtant, de percevoir les plus subtiles sensations et da savoir parfaitement les exprimer en les combinant de manière sublime, ce qui a fait dire à Montherlant : "Les hommes ne sentent pas avec la même vivacité que les femmes".

Mais dans l'écriture des femmes réside encore l'émotion. Reconnaissons-leur ce pouvoir d'exalter la sollicitation affective, celle que l'on rencontre, par exemple, chez Eugénie Guérin ou encore Catherine Mansfield ou Céline Sauvage. Pour une Renée Vivien qui cisèle à merveille ses vers, combien de femmes poètes manquent de concision et de fermeté, pourtant. Un autre reproche qu'on pourrait leur adresser est ce manque d'autonomie et d'audace dans la conception d'une oeuvre. La femme serait, selon observateurs, une imitatrice-née.

Madeleine de l'Aubespine imita Desportes ; Mélanie Waldor s'inspira d'Alexandre Dumas et Simone de Beauvoir, de Jean Paul Sartre, pour ne citer que ces quelques exemples. Aucune contemporaine de Baudelaire ou de Rimbaud n'a agi ou innové comme eux. Seules, quelques étrangères telles que Marie Bashkirtseff ou Marie Krysinska, doivent leur originalité à la lutte qu'elles ont soutenue pour s'affirmer en France.

Ce manque d'exigence des femmes poètes vis-à-vis de leur langage est certainement compensé par une étonnante diversité d'accents et de rythmes adaptés à la sensibilité. C'est finalement, et en tout état de cause, ce qui rend le niveau de leur poésie aussi élevé que celui des hommes poètes.

Louise Labé vaut bien l'un des poètes de la Pléiade ; Marceline Valmore peut être rangée, sans contestation, parmi les tout premiers romantiques, quoique certains en pensent ; et Marie Noël ne fait nullement piètre figure face à un Laforgue ou un Supervielle. A ces noms de femmes écrivains et poètes connus, on pourrait en ajouter bien d'autres aussi importants. On objectera, peut-être, qu'il est injuste de comparer à la poésie masculine des Villon, Hugo, Baudelaire et Rimbaud, celle des femmes qui compte si peu de poétesses... Bien que la chose ne soit pas certaine, car il est difficile d'établir, avec certitude, des chiffres exacts.

En fait les poétesses, jusqu'au XVIIe siècle, se souciaient peu de se faire connaître. Et cela pour plusieurs raisons que je vais évoquer. A part, peut-être, quelques grands noms comme Anna de Noailles, ainsi que quelques autres qui s'entendaient fort bien, en parfaites gestionnaires de leur renommée, à faire sonner bruyamment les cloches de leur popularité. Mais il s'agissait là d'un tout petit aréopage de versificatrices. Il fallut, par exemple, beaucoup de persuasion aux amis et proches de Madame Deshoulières pour que celle-ci, pourtant très prolifique, finisse, après presque quinze ans de demande pressante, par réunir ses poèmes qu'elle publia en deux volumes. D'autres, telles qu' Hélène Picard, pour ne citer qu'elle, écrivaient des quantités de vers au dos de factures ou sur les morceaux de papiers volants qu'elles perdaient aussitôt. Et pourtant, quand parut l'oeuvre maîtresse d'Hélène Picard : "Pour un mauvais garçon" ce recueil fut épuisé quelques jours seulement après sa publication. Elle ne songea pas un instant à rééditer cet ouvrage que tous les bibliophiles et les léttrés de disputent encore aujourd'hui, et dont le moindre volume trouvé s'achète à prix d'or.

Reconnaissons, toutefois, que les poètes masculins ne se sont pas privés à minimiser ou à ridiculiser les oeuvres de leur consoeurs tout au long de cette longue période, ce qui n'a guère contribué à les faire sortir de l'ombre. Un Barbey D'Aurevelly se moquait facilement de leur "petit horizon d'idées", ainsi que de "leur génie sédentaire comme leur personne" entre autres petites phrases assassines.

Baudelaire a largement contribué à répandre cet état d'esprit, désireux de prouver la supériorité masculine d'écriture en se livrant à une attaque en règle contre les femmes poètes, quand il écrivait : "Ces ridicules masculins qui prennent dans la femme les proportions d'une monstruosité". Mais la palme revient certainement à Petit D Julleville qui affirmait haut et fort : "Les femmes sont plutôt faites pour inspirer ou pour consoler les poètes que pour rivaliser avec eux".

Une autre difficulté a souvent fait obstacle à l'engouement des femmes pour la poésie, outre le dédain des hommes pour leur production. Beaucoup travaillèrent dans l'anonymat, se réfugiant dans le pseudonymat par crainte de pénétrer dans cet univers littéraire, véritable jungle et labyrinthe. Elles publièrent, un peu contraintes et forcées, leurs poèmes sans les avouer, c'est-à-dire non signés.

Le XVIIe siècle est, par excellence, celui de l'anonymat, et certaines poétesses en arrivèrent à publier quantité de recueils sous des pseudonymes masculins.

Autrefois, mais ces critères s'appliquent également de nos jours, les femmes ne disposaient que de bien peu de temps pour peindre, écrire et se cultiver, absorbées par les tâches familiales.

Remontons, si vous le voulez bien, un peu dans le temps pour savoir ce qu'il en était de leur situation et de leur prestige, en ces époques reculées.

Au Moyen-Âge, par exemple, de nombreux prédicateurs rappellent constamment la méfiance que nourrissaient les plus frénétiques ennemis déclarés de nos Èves Poétesses; On pourrait citer Saint Paul et Tertullien. La femme est rabaissée dans tous les domaines. Mathéolus lance un pamphlet acrimonieux au sujet du mariage ; un pamphlet qui, hélas, connaîtra un succès qui perdurera au travers des âges, jusqu'au XVIe siècle. Dans son "Roman de la Rose" écrit en 1280, les femmes se trouvent haineusement invectivées telles des "folles", des "vilaines" et même des "putes" par Jean de Meung. Ce fiel se retrouve, avec la même détermination, un bon siècle plus tard, tandis que dans son ouvrage "Le Miroir de mariage", Eustache Deschamps, les ridiculise, les considérant comme de simples menteuses, des recluses en leur demeure. C'est ainsi qu'est perçue la bourgeoise comme la paysanne.

Dans un tel climat, ce n'est que dans les couvents, à l'abri des regards indiscrets, que les femmes ont une possibilité d'enrichissement intellectuel dont vont profiter, entre le VIe et le XIIe siècle des femmes cultivées comme Sainte Radegonde, Sainte Hildegarde de Bingen et Héloïse, abbesse du Paraclet. Un tout petit nombre suivra, en six cents ans !

Le Midi de la France semble mieux loti, là ou l'amour courtois est chanté par les troubadours et par leurs sœurs appelées les "trobairitz". Ainsi se crée, très lentement, une nouvelle image de la femme, nettement plus favorable : celle de la femme objet de respect et d'adoration. Il est à noter que c'est dans cette région appelée aujourd'hui PACA que les Dames Provençales aiment s'entretenir avec des poètes qui les encensent, dans les cénacles. Peu à peu le mouvement se structure, se répand dans d'autres régions et gagne du terrain. C'est ainsi que dans la périphérie toulousaine règne Éléonore d'Aragon, Gabrielle de Coignard, issue de la noblesse toulousaine, tout comme Éléonore d'Aquitaine, à Poitiers, ou encore Ermangarde dans son empire de Narbonne. À partir de ce moment, un grand mouvement de reconnaissance est enfin en marche. Dans le Nord, de nombreuses cours princières ou seigneuriales abritent des talents féminins authentiques. C'est là, vraisemblablement, chez les Plantagenêts, que Marie de France eut l'occasion de développer, en toute liberté, ses dons, tout comme Marie de Clèves le fit auprès de Charles d'Orléans, sans oublier la célèbre Christine de Pisan devant la cour des rois de France et à celle des ducs de Bourgogne. Il est bon, je crois, de rappeler, que Christine de Pisan fut la première femme de lettres qui ait vécu totalement de sa plume. Si, cependant, à cette époque un odieux détracteur du sexe faible, en la personne de Jean de Meung, soutenu par Jean de Montreuil, Prévôt de Lille, et loué également par Gontier Col, secrétaire du Roi, s'acharne encore sur les préjugés, heureusement que le théologien Jean Gerson, soutenu en sa tâche par le maréchal Boucicaut, combattent de toutes leur force ces détracteurs en créant un ordre de chevalerie destiné à défendre les femmes écrivains. Tous deux offrent leur appui à Christine de Pisan, l'unique femme qui, au Moyen-Âge, ait milité pour ses sœurs. Mais Christine dérangeait car elle savait mettre intelligemment l'accent sur l'essentiel de ce que devait acquérir toute femme, à savoir : l'instruction, la connaissance de la procédure, le sens des responsabilités morales ; ce qui paraissait impensable jusqu'alors, tant la main mise par les hommes était prépondérante et se voulant incontestable.

Pour propager ses idées féministes, il ne se trouva qu'un homme, bien isolé, Martin Le Franc. Son fameux "Champion des Dames", panégyrique impressionnant de vingt-quatre mille vers, allait servir de modèle à ceux qui rédigèrent maints écrivains à partir du XVIe siècle.

La reconnaissance de l'écriture féminine s'accomplit très lentement. Comme nous venons de le voir, les détracteurs, tout au long des siècles, ne baissèrent pas les bras, attaquant tous azimuts. Des pamphlétaires cruels à la plume acerbe tels que Jean de Marconville ou Gratien du Pont, attisent durant le XVIe siècle cette querelle malsaine envers les femmes écrivains. Les textes corrosifs de Rabelais, ainsi que de Montaigne, étaient impertinents, malgré leur habileté à manier la plume. Le "Tiers livre de Pantagruel" condamne en termes que l'on peut qualifier d'obscènes "la coquette de la cour" ainsi que le "bel esprit", et renvoie ni plus ni moins les femmes aux besognes subalternes. Quelques trois décennies plus tard, les "Essais" ne leur font pas davantage confiance.

Fort heureusement, les œuvres d'Érasme, de Symphorien Champier et de Cornélius Agrippa de Nohescheim, différaient sensiblement, eux, qui argumentèrent, dès le début du XVIe siècle, en faveur de l'idée d'une égalité correspondant à l'unité humaine.

Il faudra attendre que les poétesses, s'éloignant un peu de leur propre écriture, se consacrent à l'étude du latin et du grec, traduisant quelque belles et immortelles pages de ces "trésors de la mythologie" pour qu'on leur ouvre, enfin, les portes de l'Académie.

Il s'agissait de "L'Académie du Palais", placée sous l'égide de Charles IX, puis de Henri III. Ce fut le premier Institut où cohabitèrent, aux côtés de Ronsard, Pontus de Thyard, Jean Antoine de Baïf, Philippe Desportes, Amadis Jamyn et Jean Dorat, des "Académiques" (comme on les surnommaient à l'époque), parmi lesquelles s'illustrèrent brillamment Catherine de Retz, duchesse de Clermont. Celle que l'on surnomma aussitôt la "dixième muse". Cette honorable femme était aussi docte que douée. Elle maîtrisait plusieurs langues, et l'on n'hésitait pas à faire appel à ses talents d'interprète lors de la venue d'ambassadeurs polonais venus saluer le roi. Elle traduisait, avec un incroyable brio, des discours sur-le-champ, du polonais.

Peu à peu, les cours princières s'enorgueillirent, à leur tête, d'une animatrice réputée. C'est ainsi qu'on retrouve Marguerite d'Autriche, à Malines ; Marguerite de France, à Turin, Marguerite de Navarre (la sœur de François Ier) et également Marguerite de Valois, (épouse d'Henri IV).

Jouissant pour la première fois de leur prestige, les femmes écrivains ne se soucient pas de réclamer leurs droits à coups de traités ou de discours. C'est tout au plus si leur poésie se fait timidement revendicatrice. C'est l'époque ou Nicole Estienne se permet de riposter avec à-propos et impertinence aux diffamantes "Stances" de Desportes, contre le mariage et contre l'idée du couple. Le pauvre homme en sera déstabilisé. Sœur Anne de Marquets en profite pour, à son tour, sermonner vertement les hommes dans un distique dont le sens n'échappera à personne :

- "De nous blasonner donc cessez dorénavant :
N'enviez nos honneurs, contentez-vous des vôtres…"


Le véritable tournant, si l'on peut dire, l'atout essentiel, pour les femmes, c'est l'avènement de la Renaissance, avec tout ce que comprend son idéal de liberté et d'humanisme. On peut citer jusqu'à vingt femmes, au moins, parmi lesquelles figurent, au premier plan, Louise Labé, Diane Symon, Jeanne Gaillarde, les deux filles de Maurice Scève, et Nicole Estienne.

Le véritable règne des femmes commence avec le XVIIe siècle. Jamais, auparavant, la femme écrivain n'a été plus revendicatrice, plus remuante, pour défendre sa cause, qu'à l'époque de la "Fronde", entre 1648 et 1653. On n'est pas prêt d'oublier la revue à grand spectacle organisée et offerte par la "Grande Mademoiselle" à Orléans, où elle prit la tête des révoltés, et à Paris, où elle fit tirer le canon à la Bastille. Mesdames de Montbazon, de Chevreuse et de Longueville s'immiscent dans les intrigues politiques.

Cependant les hommes ne veulent pas désarmer. De violentes satires parurent, dès le début du siècle. L'un des plus célèbres fut "L'Alphabet de l'imperfection et malice des femmes", de Jacques Olivier, dont chaque lettre était la première d'un défaut féminin. Les attaques les plus rudes devaient être déclenchées par les "Classiques", et pas des moindres, puisque y participèrent : La Fontaine, Molière, Boileau et La Bruyère (dans une moindre mesure).

Mais ces coups bas sont un peu comme des coups d'épée dans l'eau, assénés après 1660, tandis que les femmes ont acquis un statut, et déjà récolté dans "leurs salons" une large part d'avantages. Leurs beaux surnoms : Sténobé, Dalmotie u Nidacée (qui n'est autre que Ninon de Lenclos) courent toutes les lèvres. Elles habitent, généralement, dans le quartier du Marais, place des Vosges ou rue Saint-Thomas-du-Louvre.


Avec la réforme des mœurs, le langage se métamorphose, lui aussi, sous l'impulsion, notamment, de Madame Desloges ainsi que de la Vicomtesse d'Auchy, qui était l'amie de Malherbe. Naquit un autre de ces salons mondains sous leur impulsion, appuyées en cela par une troisième dame : Catherine de Rambouillet. Grâce à elles trois, les genres poétiques se diversifient. L'énigme et la métaphore succèdent au "rondeau" qui, jusqu'alors, était à peu près la seule forme poétique.

Les bourgeoises se mettent également à recevoir, tout en s'intéressant à la poésie féminine. Paris, Bordeaux, Poitiers, connaissent aussi leur "sénat" féminin. Si bien que l'une de ces femmes savantes prit la téméraire initiative de fonder une sorte d'Académie portant le noble nom de "Chevaliers et Chevalières de la bonne foi". Il s'agissait de démontrer, une fois pour toutes, la supériorité ou, tout au moins, l'égalité des femmes par tous les moyens. L'instigatrice de ce mouvement, pour le moins curieux à l'époque, n'était autre qu'une illustre inconnue : Antoinette de Salvan de Saliez, originaire d'Albi, qui n'avait jamais quitté sa douce et tiède province quand elle se décida à écrire à monsieur Guyonnet de Vertron, personnage très en vue et très influent à Paris. Elle lui détailla le plus méticuleusement possible son projet. En guise de conclusion à sa requête, pour le moins osée, elle ajoutait : "En seront bannis les prudes, les snobs ainsi que les sévères, homme ou femmes."

Et monsieur de Vertron, séduit par cette proposition, accepta à condition d'en faire partie. Il se décrivit, à cette intention, de la manière suivante : "Je ne suis ni beau, ni laid…je danse et touche le luth joliment…en un mot, je suis passable."

Il fut merveilleusement accueilli, comme cela se conçoit, et composa même, dans l'esprit du "Cénacle" : "La nouvelle Pandore" (1698), un recueil réunissant une écrasante majorité de poétesses. Dans cette importante anthologie, il réunit les plus brillantes "muses françaises", et les plus "illustres dames" appartenant à "l'Académie des sciences, de littérature et d'art", fondée en 1599.

Jamais, jusqu'alors, les femmes poètes ne s'étaient vu accorder une place aussi importante et méritée dans la société. Dans la foulée, suivirent d'autres ouvrages comme "Délices de la poésie galante" ou encore "Poésies choisies". On y relève presque quinze pour cent de collaboratrices. Une grande majorité d'entre elles sont titulaires de diplômes obtenus à des concours littéraires, comme mademoiselle Canu, la baronne d'Encausse. Dans le même temps, une autre "Académie", celle d'Arles, accepte sa première académicienne en la personne d'Antoinette Deshoullières. Une immense victoire pour les femmes poètes et écrivains.

Louis XIV, en personne, octroie des pensions et des récompenses aux femmes talentueuses (surtout celle qui chantaient en vers ses exploits ou ceux de sa famille). C'est le début d'une nouvelle ère : celle où les poétesses peuvent enfin vivre de leur plume, à l'instar de madame de Villedieu qui publiera une quinzaine de volumes. Au même moment, plusieurs romans de madame d'Aulnoy sont traduits dans d'autres langues. Aucune femmes de "La Belle Époque" ne s'est affirmée avec autant de vigueur comparable à celle que mit Jacqueline Pascal à entrer à "Port-Royal", et ce malgré l'hostilité des siens.

Les poèmes d'amour de madame de la Suze, nés d'une expérience amoureuse, valent largement les écrits de George Sand. De son côté, madame de Saint Balmont compose avec une frénésie hallucinante quantité de poèmes érotiques et bachiques, tandis que d'autres commettent des pièces vertueuses. En dépit de cet affranchissement, et malgré la formation que leur donnent les Ursulines et les Augustines, les contours de la poésie féminine manquent encore de consistance, de rigidité et de cohérence. Elle est trop spécifique, trop figée dans la valeur des droits de l'individu. Mais aucune femme poète ne se révolte contre ces lacunes, se contentant de leur statut et d'une certaine reconnaissance.

Madame de Maintenon tentera bien d'appliquer le système laïque à "Saint-Cyr", mais devant une telle vague d'individualisme, elle se sent obligée de le supprimer, à son grand regret. Mais le mouvement féminin est en marche, et rien ne pourra l'arrêter. Sous Louis XV, les femmes elles mêmes lancent les écrivains, n'hésitant pas à dépenser leur avoir pour les publier, et même à intriguer en leur faveur.

Les femmes se révèlent donc omniprésentes. Elles ne restent pas seulement l'objet du désir, mais deviennent, ou redeviennent sans doute, actrices du désir. Elles ne se contentent plus d'être ces êtres passifs assis au coin du feu se souvenant les merveilleux sonnets de Ronsard et déplorant l'indifférence ; ainsi que l'insolence avec lesquels elle les reçut. Elles s'épanouissent, elles vivent, mais elles combattent aussi. Ces femmes dont, plus tard, Aragon dira qu'elles sont "l'avenir d' l'homme".

En 1804, Fortunée Briquet édite un "Dictionnaire historique", littéraire et bibliographique des femmes écrivains et poètes françaises, avec en frontispice de l'ouvrage son propre portrait, visage un peu poupin, épaules étriquées, mais regard déterminé. Durant près de quatre ans cette cocasse petite personne, dont on ne parle plus de nos jours, a compulsé avec acharnement une quantité impressionnante de biographies et de recueils pour produire un travail exhaustif et plein d'intérêt.

On assiste à une floraison d'ouvrages qui vantent l'activité intellectuelle des femmes de lettres. Les parutions se multiplient. Ainsi, l'abbé Goujet, en 1741, dans "Bibliothèque française" leur apporte maints encouragements. Même des journaux sont crées à leur intention. On peut citer, parmi les plus populaires de l'époque, "Bibliothèque des femmes", ou encore "Le journal des dames". L'abbé Riballier, syndic de la Faculté de théologie de Paris, propose même, en 1785, la création d'un enseignement mixte depuis l'école jusqu'aux universités, ce qui était inconcevable jusqu'alors.

Dans les concours poétiques une révolution s'opère ; les distinctions ne cessent de croître. L'Académie des jeux Floraux octroie pas moins de quatre prix de poésie à Marie-Claire Catellan, et l'Académie française attribue pour la première fois de son histoire, son prix "Montyon" à une femme : madame d'Épinay, en 1783. Madame de Villeneuve, qui vivait de sa plume, auteur de ce magnifique conte qui a enchanté notre enfance : "La Belle et le Bête", publié en 1757, fait paraître une bonne dizaine d'ouvrages ; madame de Salm-Dyck en publiera trente. Quant à madame Leprince de Beaumont, ses quelques soixante-dix volumes lui font battre le record féminin de l'édition. N'oublions pas, au passage, madame Bourette, qu'on surnommait la "Muse limonadière" car elle tenait le fameux "Café allemand" de la rue de la Croix-des-Petits-Champs, et qui composa un recueil d'ouvrages en vers et en prose en 1755, tout en veillant, en gestionnaire avisée, à la prospérité de son commerce florissant. Elle n'hésitait pas à déclamer ses poèmes devant les clients. Pour la petite histoire, il n'est pas inutile de préciser qu'elle envoyait des poèmes fort déliés et malins aux clients impécunieux ou négligents, les sommant de payer "sans délais", "sans excuses".

Les poétesses osent enfin manifester leur mécontentement aux hommes, quels qu'ils soient. Avec ironie féminine et "gentillesse" ; un peu comme Marie-Anne Ferandière, originaire de Tours, marquise très rousseauiste, se faisant une idées idyllique de la vertu et de la nature, et Égalitariste convaincue, disant que "l'homme ayant pour lui toute la raison doit être indulgent aux dépends des femmes, affirmant même avec colère et détermination à l'endroit d'un poète déconseillant aux femmes d'écrire :

- "Et qui nous refuse l'esprit Peut bien nous refuser une âme"
.

Mais la plus acrimonieuse, la plus dynamique de ces féministes poètes fut certainement la princesse de Salm-Dyck qui, ni plus ni moins, propose de singer les hommes :

- " C'est en les imitant qu'il faut nous venger…"


Elle va même, dans une Épître adressée directement à Napoléon, en 1810, protester, et avec un courage exceptionnel pour son temps, dénoncer les articles du Code qui assujettissent la femme. Bel exemple d'émancipation.

La Révolution voit se créer des "Clubs féminins". Mais ils seront fermés dès la chute de Robespierre. Sous la Convention, nouvel effet rétrograde : le sexe faible ne jouit d'aucun droit politique et n'a plus voix au chapitre des "affaires publiques". Mais avaient-elles jamais vraiment disparu ?

Face à toutes ces épreuves qui portent autant de coups méprisables et si mesquins à l'honorabilité et à l'intellectualisme des femmes, la figure d'Olympe de Gouges, qui lança une déclaration des droits des femmes, paraît fort attendrissante et désuète. Cette polygraphe, auteur de nombreuses pièces de théâtre mineures, fait un peu figure de marginale illuminée. Elle mourut fort courageusement sur l'échafaud en 1793. Avec quelques unes de ces femmes "martyres" du calendrier féministe dont les bonnes intentions dépassent singulièrement les capacités, on peut citer Théroigne de Méricourt.

Napoléon, qui croit ferme en l'infériorité congénitale des femmes, et va même jusqu'à les humilier publiquement au point de vue moral autant que juridique, la situation semble désespérée. Cette menace, seule madame de Staël sut la percevoir avec sagacité et tristesse. S'élever par l'esprit ans en perdre pour autant sa place dans le coeur de l'homme, être dominée par celui-ci, tout en épanouissant sa propre personnalité : voilà le problème essentiel que madame de Staël a posé avec perspicacité, dont elle a tant souffert, et qu'elle n'a pas résolu.

Dans le fouillis d'idées progressistes qu'avaient semées la Révolution, il va de soi que celle de la femme, victime séculaire à délivrer et celle d'un monde fait pour elle devaient enivrer les esprits. Les saint-simoniens se dénomment Les compagnons de la femme, les fouriéristes mettent en doctrine la supériorité de leurs soeurs. Mais Proudhon fait remarquer, pernicieusement, qu'elles n'ont même pas inventé leurs quenouilles. Souvent, on les encense d'une manière sottement dithyrambique. Eve ne sort certainement pas grandie des descriptions de Michelet.

Durant vingt cinq ans, de 1823 à 1848, très exactement, les keepsakes et autres ouvrages collectifs accueillent quelques deux mille huit auteurs dont il faut distinguer plus de vingt pour cent de femmes. On peut, à partir de cette période, commencer à percevoir le véritable visage de la femme romantique, avec son âme timorée, ses trésors de fleurs séchées et de lettres jaunies, au travers de manuscrits tels que L'Almanach des muses, La perle, Les femmes littéraires ou encore Hommages aux dames. C'est un progrès tangible. C'est ainsi qu'encouragée par Casimir Delavigne et François Guizot, Élise Moreau publie, en 1837 : "Rêves d'une jeune fille", où elle montre bien les avanies essuyées par une poétesse égarée dans la capitale. On y découvre les regards sans indulgence, le mot blessant, l'ironie, souvent.

Et que dire des poétesses-ouvrières ! Louée par Lamartine, Antoinette Quarré, lingère de son état, publia des "Poésies" en 1843, dont le seul mérite est la sincérité. Augustine-Malvina Blanchette, couturière de métier, reçut les éloges de Sainte-Beuve et de Béranger. Appréciée à juste titre par Chateaubriand, Louisa Mercoeur, mourut sans avoir véritablement réussi à s'imposer à Paris, mais laissant une belle collection de poèmes. Il n'en était pas de même pour les poétesses qui appartenaient à la bourgeoisie. Pour elles, pas de problèmes. Bien accueillies dans les Salons Littéraires, ces femmes de magistrats ou de gros marchands, se contentent de réclamer pour les femmes un droit d'écrire qu'au demeurant personne ne leur refuse. Ce fut le cas d'Hermance Lesguillon et d' Anaïs Ségalas...


En 1835, une certaine Eugénie Niboyet crée "L'Athénée des dames", cercle exclusivement féminin où l'on peut suivre un programme d'études supérieures. Louable entreprise. On est en droit de s'émerveiller que la liberté des femmes de lettres soit née… malgré elles, somme toute.

Les lecteurs de l'époque sont fascinés par le droit qu'elles s'arrogent, par leur courage aussi, ainsi que leur façon de penser ou d'aimer sans l'assentiment d'une partie de la société. Cette période coïncide avec celle où se répandent les romans de George Sand.

Au XIXe siècle, les étapes d'un affranchissement voulu par quelques hommes d'état équitables et par quelques vaillants pionniers s'accélèrent. À partir de 1866, les écoles d'enseignement primaire ou supérieur pour filles se multiplient. Cependant, Mgr Dupanloup déplore que l'instruction qu'on y dispense soit encore insuffisante et bien superficielle. Il faudra attendre la loi de 1880, défendue par Camille Sée (fondateur de l'École normale supérieure de Sèvres) pour que soit inauguré l'enseignement secondaire pour les femmes. Certaines conquièrent avec énergie et talent leur droit de faire des études universitaires et d'occuper, ainsi, des postes importants jusqu'alors réservés aux hommes.

Julie-Victorine Daubié, en 1862, sera la première bachelière de France. À force d'user la résistance du ministre de l'Instruction publique de l'époque, monsieur Roulland, elle passe son baccalauréat à l'âge de trente-sept ans.

Les poèmes retracent plus hardiment ce cheminement de la femme en elle-même, puis hors d'elle-même, regard largement ouvert sur le monde et sur l'avenir. Ils sont si nombreux qu'il faudra les réunir en deux tomes volumineux. Ainsi, jusqu'en 1914, c'est la période de l'éveil : contemplation étonnée du cœur et d'une intelligence dont on peut, enfin, user librement. (Anne de Noailles). Prise de conscience qui provoque bientôt une certaine révolte dans le seul domaine où la femme puisse choquer : l'aveu de la sensualité, de l'homosexualité, de l'anti-maternité, où s'illustrèrent Marie Dauguet, Nathalie Barney, ainsi que Lucie Delarue-Mardrus.

La première guerre mondiale, qui arracha des milliers d'hommes de leur foyer et de leurs activités, faisant un million et demi de morts, force les femmes à assumer des responsabilités qui hâtent leur mûrissement et les conduisent vers l'égalité morale et juridique. Leurs œuvres, à partir de ce moment là, se débarrassent d'un certain ton revendicateur. Elles vont même jusqu'à s'aventurer dans les domaines de l'irrationnel ou de l'onirisme dont maints complexes leur barraient l'accès.

Bientôt, Catherine Pozzi, Raïssa Maritain, Simone Weil, brûlent les étapes de la spiritualité pour s'élever dans le ciel de la poésie pure. Céline Arnaud, quant à elle, s'aventure sur les routes vertigineuses du surréalisme pour une quête jamais tentée, auparavant, par une femme.

On est bien loin du temps de cette communauté dont l'élite déclarait si souvent : "Une meilleur condition légale ne peut rien vous apporter. La politique n'est pas votre affaire. Dans la mesure où votre foyer n'en souffre pas, vous pouvez vous instruire, mais il est des domaines où vous n'y réussirez jamais".


Qu'en est-il de nos jours, qu'en sera-t-il demain ?
On sait que l'édification d'une œuvre suppose un dynamisme que l'homme, astreint à la lutte et à la compétition, a beaucoup plus l'occasion de développer. L'homme agit, la femme subit, attitude qui n'a rien d'avilissante mais qui régit certaines contraintes féminines, et qui fait partie de son rôle d'épouse et de mère. Cependant, ces exigences ralentissent la progression artistique et l'épanouissement de la femme.

L'accession à l'indépendance de ces dernières années s'est pourtant considérablement accélérée et s'est accompagnée d'un prodigieux accroissement en quantité et en qualité de la production littéraire féminine, ce qui se traduit par une multitude de talents d'une compétence formelle jamais égalée.

Les plus éminents sociologues hésitent pourtant à se prononcer, et sont très partagés sur les bienfaits de l'égalité.

"Il serait fou d'ignorer les signes qui nous avertissent que les situations vers lesquelles les femmes sont actuellement poussées par leur propre curiosité et les tendances développées par un système éducatif commun aux deux sexes sont mauvais à la fois pour les hommes et pour les femmes", a écrit Margaret Mead. Quant à Hélène Deutsch, elle conclut l'un de ses ouvrages les plus importants en ces termes : "L'obtention par la femme d'une complète égalité sociale ne sera salutaire à elle-même et à l'humanité dans son ensemble que si, en même temps, elle trouve pleinement les moyens d'épanouir sa féminité et son esprit maternel".

Pour Betty Friedan, "seul un travail créateur permet à la femme, aussi bien qu'à l'homme, de se connaître en tant qu'être humain." C'est un peu le règne de la confusion. On ne sait plus, en fait, s'il faut "singer" l'homme, abattre ses prérogatives en même temps que le régime qui les fait triompher, ou bien demeurer les gardiennes d'un foyer que les appareils ménagers rendraient de plus en plus paradisiaques.

Le droit de se promener en jeans, cigarette aux lèvres, portable à l'oreille, de se satisfaire de liaisons passagères et de travailler loin du logis paternel, fait naître un mortel ennui dont les héroïnes de poésie féminine nous rabattent les oreilles. Mais que penser du retour aux normes d'antan ?

Réduire le temps des études, se marier et avoir des enfants au plus tôt, ainsi qu'on le propose, paraît-il en Amérique, ne vaut guère mieux. L'idéal de la pondeuse et de la couveuse, exalté par la publicité et l'opinion publique ne crée qu'in satisfaction : un nouveau bovarysme qui donne beaucoup de mal aux psychiatres. Dans l'état actuel de la société, on ne boit pourtant pas comment il serait possible de concilier les rôles d'épouse, de mère, de travailleuse, de ménagère et de femme.

"C'est un conflit affreux dans lequel une femme est littéralement déchirée, coupable, quoi qu'elle fasse, soit envers son enfant, soit envers son travail, et où elle use monstrueusement sa jeunesse, sa résistance et ses nerfs", écrit Ménie Grégoire.

Ce sujet de remords et d'angoisse inspirera peut-être les femmes poètes d'aujourd'hui de faire voir les remous de leur âme sans cesse divisée et recréée dans la difficulté de vivre. Ce problème de la femme, aussi complexe peut-être que celui du peuple juif, sera-t-il jamais résolu ? En tout cas, sa solution ne se trouve pas sur la voie d'un féminisme agressif, mais sur celle d'une patiente compréhension s'établissant entre l'homme et la femme. C'est alors que celle-ci "vivra pour elle et par elle", comme l'avait prédit Rimbaud. Pour Aragon elle est "l'avenir de l'homme". La poésie des contemporains, dépourvue de toute trace d'antagonisme entre les sexes, montre qu'on s'achemine vers cet état d'esprit.

Les avantages récemment conquis rendent les femmes poètes moins occupées de leur affranchissement ; plus aptes à prospecter, avec la même curiosité que leurs compagnons, les espaces de l'inconnu métaphysique, scientifique et imaginaire, et à en rapporter les trouvailles et les échos dans un langage sans défaut. Si bien que l'on se demande si les différences de réactions et d'inspiration que l'on a observées jusqu'ici ne vont pas disparaître, se confondre. Peut-être, un jour plus ou moins proche, n'existera-t-il plus de poésie féminine, mais une poésie tout court.

Le constat actuel est qu'en France trop peu de femmes sont publiées. Ce n'est pas vrai partout. Ainsi, au Québec, les femmes poètes sont au moins aussi nombreuses que les hommes. Il en est de même dans plusieurs pays d'Europe. L'image de la femme poète évolue chaque jour. Il serait temps que les éditeurs lui consacrent la place évidente qu'elle mérite dans notre société. Le poète, lui-même, n'est-il pas inspiré par une muse ?


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© Echos Poétiques 2005.

- Sources : "Dictionnaire des femmes célèbres". Lucienne Mazenod et Ghislaine Schoeller.
Robert Laffont. 1992.

- Le livre d'or des femmes. (1870)

- La poésie féminine. Jeanne Moulin. Seghers. 1966.

samedi 14 mai 2005

Les plus beau sonnets de tous temps. 4





Charles D'ESPINAY (vers 1530)
SONNET

Gente forêt, quand mes ennuis me pressent,
Et qu'au bord vert de tes plus vives eaux,
J'épands mes pleurs en songeant aux travaux
Que ces deux yeux par leur douceur me laissent,

J'ois de bien loin les plaisirs qui renaissent
De ton creux sein, puis au pied des coteaux,
Errant pensif, et, le long des ruisseaux,
J'entre en ce breuil où les soucis se laissent.

Là, d'un côté je vois le cerf lancer
Et les veneurs en l'épaisseur brasser
Parlant aux chiens, et de trompe et de voix,

Et aussitôt ce cerf, pour se défaire,
Tout haletant dans tes eaux se retraire,
Lieu terminé pour ses derniers abois.


Alphonse BEAUREGARD (1881-1924)
LA BRUME

Le Saint-Laurent, mordu par les souffles d'automne,
S'exaspère. Partout sur le fleuve dément
L'âme des bois brûlés flotte languissamment.
Affolé, mon canot plonge dans l'eau gloutonne.

Pas d'oiseaux. Aucun coup de fusil ne résonne.
Le vaste et lourd brouillard, gris uniformément,
De son opacité cache tout mouvement
Et dams une caverne étrange m'emprisonne.

Verdâtres, turbulents, accourus du chaos,
Avec des bruits de haine autour de moi les flots
Se dressent. On dirait la fureur d'une armée.

Seul et domptant la voile où souffle un vent du nord
Je me crois égaré dans quelque monde mort
Sous l'irrémédiable ennui de la fumée.



SAINT-AMANT (1594-1661)
L'AUTOMNE DES CANARIES

Voici les seuls coteaux, voici les seuls vallons
Où Bacchus et Pomone ont établi leur gloire ;
Jamais le riche honneur de ce beau territoire
Ne ressentit l’effort des rudes aquilons.

Les figues, les muscats, les pêches, les melons
Y couronnent ce dieu qui se délecte à boire ;
Et les nobles palmiers, sacrés à la victoire,
S’y courbent sous des fruits qu’au miel nous égalons.

Les cannes au doux suc, non dans les marécages
Mais sur des flancs de roche, y forment des bocages
Dont l’or plein d’ambroisie éclate et monte aux cieux.

L’orange en même jour y mûrit et boutonne,
Et durant tous les mois on peut voir en ces lieux
Le printemps et l’été confondus en l’automne.


Vincent VOITURE (1598-1648)
LA BELLE MATINEUSE

Des portes du matin l’Amante de Céphale
Ses roses épandait dans le milieu des airs
Et jetait sur les Cieux nouvellement ouverts
Ses traits d’or et d’azur qu’en naissant elle étale

Quand la nymphe divine à mon repos fatale
Apparut, et brilla de tant d’attraits divers
Qu’il semblait qu’elle seule éclairait l’univers
Et remplissait de feux la rive orientale.

Le Soleil se hâtant pour la gloire des Cieux,
Vint opposer sa flamme à l’éclat de ses yeux
Et prit tous les rayons dont l’Olympe se dore.

L’onde, la terre, et l’air s’allumaient à l’entour.
Mais auprès de Philis on le prit pour l’Aurore
Et l’on crut que Philis était l’astre du jour.



Jean LORRAIN
COMME UN LOINTAIN ÉTANG...

Comme un lointain étang baigné de clair de lune,
Le passé m'apparaît dans l'ombre de l'oubli.
Mon âme, entre les joncs, cadavre enseveli,
S'y corrompt lentement dans l'eau saumâtre et brune.

Les croyances d'antan s'effritent une à une,
Tandis qu'à l'horizon suavement pâli,
Un vague appel de cor, un murmure affaibli
Fait vibrer le silence endormi sur la dune.

Ô pâle vision, étang crépusculaire,
Dors en paix! pleure en vain, olifant légendaire,
Ô nostalgique écho des étés révolus!

Un trou saignant au front, les espérances fées,
De longs glaïeuls flétris et de lys morts coiffées,
Au son charmeur du cor ne s'éveilleront plus.


François MAYNARD
Que j'aime ces forêts.

Que j'aime ces forêts! que j'y vis doucement!
Qu'en un siècle troublé j'y dors en assurance!
Qu'au déclin de mes ans j'y rêve heureusement!
Et que j'y fais des vers qui plairont à la France!

Depuis que le village est toutes mes amours,
Je remplis mon papier de tant de belles choses,
Qu'on verra les savants après mes derniers jours,
Honorer mon tombeau de larmes et de roses.

Ils diront qu'Apollon m'a souvent visité,
Et que pour ce désert, les Muses ont quitté
Les fleurs de leur montagne, et l'argent de leur onde.

Ils diront qu'éloigné de la pompe des rois,
Je voulus me cacher sous l'ombrage des bois
Pour montrer mon esprit à tous les yeux du monde.


José Maria de HEREDIA
Les bergers.

Viens. Le sentier s'enfonce aux gorges de Cyllène.
Voici l'antre et la source, et c'est là qu'il se plaît
A dormir sur un lit d'herbe et de serpolet
A l'ombre du grand pin où chante son haleine.

Attache à ce vieux tronc moussu la brebis pleine,
Sais-tu qu'avant un mois, avec son agnelet,
Elle lui donnera des fromages, du lait?
Les nymphes fileront un manteau de sa laine.

Sois-nous propice, Pan! Ô Chèvre-pied, gardien
Des troupeaux que nourrit le mont Arcadien,
Je t'invoque...Il entend! J'ai vu tressaillir l'arbre.

Partons. Le soleil plonge au couchant radieux.
Le don du pauvre, ami, vaut un autel de marbre,
Si d'un coeur simple et pur l'offrande est faite aux Dieux.



Pierre de RONSARD
Comme on voit sur la branche.

Comme on voit sur la branche au mois de Mai la rose
En sa belle jeunesse, en sa première fleur
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l'Aube de ses pleurs au point du jour d'arrose.

La grâce dans sa feuille, et l'amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d'odeur;
Mais battue ou de pluie, ou d'excessive ardeur,
Languissante elle meurt feuille à feuille déclose.

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
Le Parque t'a tuée, et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif, et mort, ton corps ne soit que roses.


Etienne JODELLE
J'aime le vert laurier.

J'aime le vert laurier, dont l'hiver ni la glace
N'effacent la verdeur en tout victorieuse,
Montrant l'éternité à jamais bien heureuse
Que le temps, ni la mort ne change ni efface.

J'aime du houx aussi la toujours verte face,
Les poignants aiguillons de sa feuille épineuse;
J'aime le lierre aussi, et sa branche amoureuse
Qui le chêne ou le mur étroitement embrasse.

J'aime bien tous ces trois, qui toujours verts ressemblent
Aux pensers immortels, qui dedans moi s'assemblent,
De toi que nuit et jour idolâtre, j'adore.

Mais ma plaie, et pointure, et le Noeud qui me serre,
Est plus verte, et poignante, et plus étroit encore
Que n'est le vert laurier, ni le houx, ni le lierre.


Honoré d'URFE
Au vent.

Doux Zéphyr que j'entends errer folâtrement
Entre les crins aigus de ces plantes hautaines,
Puis, éveillant aux prés les fleurs par tes haleines,
D'un larcin glorieux tu te vas parfumant,

Si jamais la pitié te donna mouvement,
Oublie en ma faveur ici tes douces peines,
Et t'en vas dans le sein de ces fertiles plaines,
Plaines où j'ai laissé tout mon contentement.

Va, mais porte avec toi mes amoureuses plaintes,
Qui bien souvent aux pleurs ont ces roches contraintes,
Seul et dernier plaisir à tant de déplaisirs.

Là tu pourras cueillir sur ses lèvres jumelles
Des odeurs et des fleurs plus douces et plus belles,
Mais rapporte-les-moi pour nourrir mes désirs.


Stephane MALLARME
Renouveau.

Le printemps maladif a chassé tristement
L'hiver, saison de l'art serein, l'hiver lucide,
Et dans mon être à qui le sang morne préside
L'impuissance s'étire en un long bâillement.

Des crépuscules blancs tiédissent sous mon crâne
Qu'un cercle de fer serre ainsi qu'un vieux tombeau,
Et, triste, j'erre après un rêve vague et beau,
Par les champs où la sève immense se pavane.

Puis je tombe énervé de parfums d'arbres, las,
Et creusant de ma face une fosse à mon rêve,
Mordant la terre chaude où poussent les lilas.

J'attends, en m'abîmant que mon ennui s'élève...
- Cependant l'Azur rit sur la haie et l'éveil
De tant d'oiseaux en fleur gazouillant au soleil.




Philippe DESPORTES
D'une fontaine.

Cette fontaine est froide, et son eau doux-coulante,
A la couleur d'argent, semble parler d'Amour;
Un herbage mollet reverdit tout autour,
Et les aunes font ombre à la chaleur brûlante.

Le feuillage obéit à Zéphyr qui l'évente,
Soupirant, amoureux, en ce plaisant séjour;
Le soleil clair de flamme est au milieu du jour,
Et la terre se fend de l'ardeur violente.

Passant, par le travail du long chemin lassé,
Brûlé de la chaleur et de la soif pressé,
Arrête en cette place où ton bonheur te mène.

L'agréable repos ton corps délassera,
L'ombrage et le vent frais ton ardeur chassera,
Et ta soif se perdra dans l'eau de la fontaine.


Jacques Davy Du PERRON
Au bord tristement doux des eaux.

Au bord tristement doux des eaux, je me retire,
Et vois couler ensemble et les eaux et mes jours,
Je m'y vois sec et pâle, et si j'aime toujours
Leurs rêveuse mollesse où ma peine se mire.

Au plus secret des bois je conte mon martyre,
Je pleure mon martyre en chantant mes amours,
Et si j'aime les bois et les bois les plus sourds,
Quand j'ai jeté mes cris, me les viennent redire.

Dame dont les beautés me possèdent si fort,
Qu'étant absent de vous je n'aime que la mort,
Les eaux en votre absence, et les bois me consolent.

Je vois dedans les eaux, j'entends dedans les bois,
L'image de mon teint, et celle de ma voix,
Toutes peintes de morts qui nagent et qui volent.


José-Maria DE HEREDIA
La sieste.

Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude,
Tout dort sous les grands bois accablés de soleil
Où le feuillage épais tamise un jour pareil
Aux velours sombre et doux des mousses d'émeraude.

Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde
Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,
De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil
Qui s'allonge et se croise à travers l'ombre chaude.

Vers la gaze de feu que trament les rayons,
Vole le frêle essaim de riches papillons
Qu'enivrent la lumière et le parfum des sèves;

Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,
Et dans les mailles d'or de ce filet subtil,
Chasseur harmonieux, j'emprisonne mes rêves.


Paul VERLAINE
Après trois ans.

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu'éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle.

Rien n'a changé, j'ai tout revu: l'humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin...
Le jet d'eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent; comme avant
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
Chaque alouette qui va et vient m'est connue.

Même, j'ai retrouvé debout la Velléda,
Dont le plâtre s'écaille au bout de l'avenue,
-Grêle, parmi l'odeur fade du réséda.




Vincent MUSELLI
Fleurs

Sous la poussière d'or qui tombe des tilleuls
L'air lucide flamboie ainsi qu'une verrière
Transparente où la souple et féline lumière
Rôde autour des rosiers, des lys et des glaïeuls.

Fleurs! songes enflammés de la Terre! armoiries
Dont l'azur qui triomphe a marqué les gazons,
Vos luxes tout à tour insultent les prairies
Et sont une fourrure aux pieds de nos maisons.

Âmes du Feu! esprits dangereux des Essences!
Que ne puis-je, vaincu par vos fauves puissances,
Dans la tranquille ardeur d'un grand midi vermeil,

Au jardin reflétant la clarté qui l'arrose
Et tissant mon linceul de soie et de soleil,
Mourir sous la caresse éclatante des roses!


Georges PERROS
Absurdité.

L'arbre sentait le vent qui naissait dans ses branches
Et le vent donnait âme aux bourgeons du printemps
L'oiseau se demandait si c'était le dimanche
Ou un huitième jour pour les adolescents.

Le ciel ne respirait plus que par habitude
Sa chemise lavée au grand air du levant
Le bûcheron trouvait que la vie était rude
Mais l'arbre tenait bon, en tremblant doucement.

La vache dans le pré regardait l'oeil humide
Le dernier train du soir sans aucun voyageur
Le passage à niveau conjura le malheur

Restant obstinément horizontal. C'est là
Qu'un homme et qu'une femme aimèrent pour la vie
L'arbre, le vent l'oiseau la vache sans envie.


Paul VALERY
Féérie.

La lune mince verse une lueur sacrée,
Comme une jupe d'un tissu d'argent léger,
Sur les masses de marbre où marche et crois songer
Quelque vierge de perle et de gaze nacrée.

Pour les cygnes soyeux qui frôlent les roseaux
De carènes de plume à demi lumineuse,
Sa main cueille et dispense une rose neigeuse
Dont les pétales font des cercles sur les eaux.

Délicieux désert, solitude pâmée,
Quand le remous de l'eau par la lune lamée
Compte éternellement ses échos de cristal,

Quel coeur pourrait souffrir l'inexorable charme
De la nuit éclatante au firmament fatal,
Sans tirer de soi-même un cri pur comme une arme?


Les plus beaux sonnets de tous temps. 3








CHARLES BAUDELAIRE
Brumes et pluies

O fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons ! je vous aime et vous loue
D'envelopper ainsi mon cœur et mon cerveau
D'un linceul vaporeux et d'un vague tombeau.

Dans cette grande laine où l'autan froid se joue,
Où par les longues nuits la girouette s'enroue,
Mon âme mieux qu'au temps du tiède renouveau
Ouvrira largement ses ailes de corbeau.

Rien n'est pus doux au cœur plein de choses funèbres,
Et sur qui dès longtemps descendent les frimas,
O blafardes saisons, reines de nos climats,

Que l'aspect permanent de vos pâles ténèbres,
- Si ce n'est, par un soir sans lune, deux à deux,
D'endormir la douleur sur un lit hasardeux.


THÉODORE DE BANVILLE
Conseil

Eh bien ! mêle ta vie à la verte forêt,
Escalade la roche aux nobles altitudes.
Respire, et libre enfin des vieilles servitudes,
Fuis les regrets amers que ton cœur savourait.

Dès l'heure éblouissante où le matin paraît
Marche au hasard ; gravis les sentiers les plus rudes.
Va devant toi, baisé par l'air des solitudes,
Comme une biche en pleurs qu'on effaroucherait.

Cueille la fleur agreste au bord du précipice,
Regarde l'antre affreux que le lierre tapisse
Et le vol des oiseaux dans les chênes touffus.

Marche et prête l'oreille en tes sauvages courses ;
Car tout le bois frémit, plein de rythmes confus,
Et la Muse aux beaux yeux chante dans l'eau des sources.


CLAUDIUS POPELIN
Carpe Diem

Le printemps verdit la branche
Et fait fleurir le verger.
Mets ta robe du dimanche,
Ton petit chapeau léger.

Allons cueillir la pervenche,
L'asphodèle passager,
Et la marguerite blanche,
Et le muguet bocager.

Nous promènerons ensemble
Sous le hêtre, sous le tremble,
Sans regarder aux chemins ;

Et nous nous perdrons, peut-être,
Sous le tremble, sous le hêtre,
Avec des fleurs plein les mains.


SAINTE-BEUVE
Livre d' Amour

Triste, loin de l'Amie, et quand l'été se décline,
Quand le jour incliné plaît à mon coeur désert,
Sans qu'un souffle de vent, sous un ciel tout couvert
D'où par places la pluie échappait en bruine,

Je sortais du taillis au haut de la colline;
Soudain je découvris comme un sombre concert
De la nature immense: avec un dur flot vert
La rivière au tournant, d'ordinaire si fine;

Et tous les horizons redoublés et plus bleus
Lançaient d'un ton de deuil leur cadre sourcilleux:
Les bois amoncelaient leurs cimes étagées;

Et la plaine elle-même, embrunissant ses traits,
Au lieu de l'intervalle et des longues rangées,
Serrait ses peupliers comme bois de cyprès.



José-Maria De HEREDIA
Brise marine

L'hiver a défleuri la lande et le courtil.
Tout est mort. Sur la roche uniformément grise
Où la lame sans fin de l'Atlantique brise,
Le pétale fané pend au dernier pistil.

Et pourtant je ne sais quel arôme subtil
Exhalé de la mer jusqu'à moi par la brise,
D'un effluve si tiède emplit mon coeur qu'il grise;
Ce souffle étrangement parfumé, d'où vient-il?

Ah! Je le reconnais. C'est de trois mille lieues
Qu'il vient, de l'Ouest, là-bas où les Antilles bleues
Se pâment sous l'ardeur de l'astre occidental;

Et j'ai, de ce récif battu du flot kymrique,
Respiré dans le vent qu'embauma l'air natal
La fleur jadis éclose au jardin d'Amérique.


Charles-Austin SAINTE-BEUVE
Pour un Ami

Que de fois, près d'Oxford, en ce vallon charmant,
Où l'on voit fuir sans fin des collines boisées,
Des bruyères couper des plaines arrosées,
La rivière qui passe et le vivier dormant.

Pauvre étranger d'hier, venu pour un moment,
J'ai reconnu, parmi les maisons ardoisées,
Le riant presbytère et ses vertes croisées,
Et j'ai dit en mon coeur: Vivre ici seulement!

Hélas! si c'est là tout, qu'est-ce donc qui m'entraîne?
Pourquoi si loin courir? pourquoi pas La Touraine;
Le pays de Rouen et ses pommiers fleuris?

Un chaume du Jura sous un large feuillage,
Ou, bien encor plus près, quelque petit village,
D'où par-delà Meudon, l'on ne voit plus Paris?



Georges de SCUDERY
Le printemps

Enfin la belle Aurore, a tant versé de pleurs,
Que l'aimable Printemps nous fait revoir ses charmes;
Il peint en sa faveur, les herbes et les fleurs,
Et tout ce riche Esmail, est l'effet de ses larmes.

Cibele que l'Hiver accabloit de douleurs,
Et qui souffroit des vents les insolents vacarmes;
Mesle parmi ses Tours, les plus vives couleurs,
Et triomphe à la fin par ces brillantes Armes.

Les Roses et les Lis, d'un merveilleux esclat,
Confondent la blancheur, au beau lustre incarnat;

Le Narcisse agréable, à l'Anémone est joint;
Bref, tout se rajeunit: tout change en la Nature;
Mais superbe Philis, mon sort ne change point.


Paul VALERY
Le bois amical

Nous avons pensé des choses pures
Côte à côte, le long des chemins,
Nous nous sommes tenus par les mains
Sans dire...parmi les fleurs obscures;

Nous marchions comme des fiancés
Seuls, dans la nuit verte des prairies;
Nous partagions ce fruit de féeries
La lune amicale aux insensés.

Et puis, nous sommes morts sur la mousse,
Très loin, tout seuls parmi l'ombre douce
De ces bois intimes et murmurant;

Et là-haut, dans la lumière immense,
Nous nous sommes trouvés en pleurant
Ô mon cher compagnon de silence.


Charles GUERIN
Il a plu...

Il a plu. Soir de juin. Ecoute,
Par la fenêtre large ouverte,
Tomber le reste de l'averse
De feuille en feuille, goutte à goutte.

C'est l'heure choisie entre toutes
Où flotte à travers la campagne
L'odeur de vanille qu'exhale
La poussière humide des routes.

L'hirondelle joyeuse jase.
Le soleil déclinant se croise
Avec la nuit sur les collines;

Et son mourant sourire essuie
Sur la chair pâle des glycines
Les cheveux d'argent de la pluie.



Emile VERHAEREN
L'Abreuvoir

En un creux de terrain aussi profond qu'un antre,
Les étangs s'étalaient dans leur sommeil moiré,
Et servaient d'abreuvoir au bétail bigarré,
Qui s'y baignait, le corps dans l'eau jusqu'à mi-ventre.

Les troupeaux descendaient, par des chemins penchants;
Vaches à pas lents, chevaux menés à l'amble,
Et les boeufs noirs et roux qui souvent, tous ensemble,
Beuglaient, le cou tendu, vers les soleils couchants.

Tout s'anéantissait dans la mort coutumière,
Dans la chute du jour: couleurs, parfums, lumière,
Explosions de sève et splendeurs d'horizons;

Des brouillards s'étendaient en linceuls aux moissons,
Des routes s'enfonçaient dans le soir - infinies,
Et les grands boeufs semblaient râler ces agonies.


Charles BAUDELAIRE
Les hiboux

Sous les ifs noirs qui les abritent,
Les hiboux se tiennent rangés,
Ainsi que des dieux étrangers,
Dardant leur oeil rouge. Ils méditent.

Sans remuer ils se tiendront
Jusqu'à l'heure mélancolique
Où, poussant le soleil oblique,
Les ténèbres s'établiront.

Leur attitude au sage enseigne
Qu'il faut en ce monde qu'il craigne
Le tumulte et le mouvement;

L'homme ivre d'une ombre qui passe
Porte toujours le châtiment
D'avoir voulu changer de place.


Paul VERLAINE
Nevermore

Souvenir, souvenir, que me veux-tu? L'automne
Faisait voler la grive à travers l'air atone,
Et le soleil dardait un rayon monotone
Sur le bois jaunissant où la bise détone.

Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,
Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.
Soudain, tournant vers moi son regard émouvant:
"Quel fut ton plus beau jour?" fit sa voix d'or vivant,

Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.
Un sourire discret, lui donna la réplique,
Et je baisai sa main blanche, dévotement.

- Ah! les premières fleurs, qu'elles sont parfumées!
Et qu'il bruit avec un murmure charmant
Le premier oui qui sort de lèvres bien-aimées!



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vendredi 13 mai 2005

Ils méritent tous votre attention.

Acheter



De nombreux auteurs de talent sont obligés, aujourd'hui, pour faire connaître leurs oeuvres, de se lancer dans l'auto-édition ou dans l'édition à compte d'auteur. Une démarche bien difficile, coûteuse, et qui est caractéristique de cette grande abnégation, de cet admirable "combat" que mènent ces poètes de "l'ombre" pour perpétuer leur Art auquel ils consacrent toute leur imagination, leur inspiration ainsi qu'une grande partie de leur vie. Ils méritent TOUS le témoignage de votre reconnaissance, afin que notre beau patrimoine ne tombe dans l'oubli. Je me suis livré à une sélection sévère pour vous présenter le "meilleur" des recueils qui perpétuent la mémoire des plus belles pages de la poésie française. N'imaginez pas un instant que ces Poètes qui transmettent et immortalisent la belle prosodie de nos illustres prédécesseurs, ne méritent pas votre attention du fait que leurs livres ne parent pas les rayons de nos librairies. Bien souvent, l'inspiration de ces auteurs, qui défendent avec acharnement le chant notre langue si riche et mélodieuse, flirte avec le génie !
Apprenons à les découvrir et à encourager leur travail, leur mérite d'écriture et leur capacité à nous émouvoir. L'acquisition de l'un ou l'autre des ces livres, sera une bienheureuse révélation. Merci d'avoir consacré quelques instants à la lecture de ces quelques lignes de présentation.




HEURES ET LEURRES D'UNE VIE

De Solange HEISDORF-STRIMON

Sur un parcours de 270 poèmes, et parmi l'extrême richesse et la variété des sujets, on retrouve une grande unité de style et de plume dans cet émouvant bouquet de chants poétiques tous plus envoûtants les uns que les autres. Révolte, résignation, passion de la liberté, désespoir, foi espérance de l'éternité où, dans un "libre essor" les proches de l'Auteur se sont épanouis.

"J'ai longtemps erré, sans souci de ce monde,
Fantôme indifférent ou qui se croyait tel,
Mes larmes ont coulé sans que nul ne réponde,
Et mon coeur a connu la morsure du gel..."


Émotion poignante dans une forme parfaite, tels sont les bijoux dédiés à ceux, chair de sa chair, qui lui furent enlevés "son père qui s'abandonne", son "enfant-lumière", ou encore son frère : "cet arbre sous lequel je peux me reposer"

"Au jardin clos du souvenir
Quelques fleurs repoussent quand même
Dans les pierres où vont mourir
D'autres graines que l'espoir sème.


Combien d'autres sources pour cette "fée-poète", "âme grise", blessée dès sa plus tendre adolescence et en quête de savoir et de bonheur ! Cette écorchée, mutilée, dévorée de "brasiers d'amour", a trouvé son inspiration dans le "puits de tristesse" sur lequel elle dut se pencher.

De la très belle poésie, merveilleusement ciselée, écrite d'abord avec le coeur, et portant un regard lucide et chaleureux sur la vie, dans le raffinement d'une écriture vive.

À commander directement chez l'auteur :
Prix public : 30 euros (300 pages)

Éditions J.S. L'ANNEAU DESANGES
62, rue Grignan
13001 Marseille;



AU FIL DE MA VIE
De Jean-Jacques JULLION


Un premier livre est toujours, pour son auteur, un évènement important. Jean-Jacques JULLION vient enfin de publier, pour notre plus grand plaisir, un recueil, véritable moisson de poèmes de facture classique, tous chargés d'émotions et de promesses. Les thèmes abordés dans "Au fils de ma vie" sont le fidèle reflet de l'âme et de la vie de l'auteur. Nous y découvrons un poète sensible à toutes les détresses humaines, et qui sait exprimer les plus nobles sentiments avec délicatesse, lyrisme et pudeur. Mais Jean-Jacques JULLION est aussi le chantre de la nature, et, tout particulièrement, du printemps qu'il nous décrit avec une touchante simplicité. Mais nous ne saurions achever cette trop brève présentation sans citer les quelques vers suivants, qui résonnent en nos âmes comme le plus vibrant des témoignages d'amour qu'un père puisse offrir à son fils :

"Le jour où tu naquis, je me mis à genoux,
Et je vis remuer ta lèvre fine et rose,
Tout ému je pensais : mais cet Ange, il repose,
C'est l'innocence même arrivant parmi nous !".


Puissent ces quelques lignes inciter les amateurs de poésie à lire, toutes affaires cessantes, un ouvrage fait pour les séduire et les émouvoir.

Pour toute commande, s'adresser à :
M. Jean-Jacques JULLION
16, rue de Roc-Epine
49100 ANGERS.



L'AMOUR DES JEUX
De Yvan JADE


Yvan JADE, qui en est à son quatrième recueil, aime passionnément jouer avec les mots. Mêlant avec une science éprouvée des rythmes et des harmonies, les thèmes et les styles les plus variés, l'auteur peut être qualifié, au sens le plus noble du terme, de virtuose de la poésie.
Alliant lyrisme et philosophie, fresque historique et sens de l'humour, Yvan JADE est un poète complet pour qui sonnet, ronde, villanelle et pantoum n'ont aucun secret. S'il décrit avec délicatesse les fleurs, les jardins et les saisons, notre poète sait aussi faire revivre les grandes figures de notre histoire de France, telles Jeanne d'Arc ou Sainte Geneviève.
Mais c'est sans doute lorsqu'il se plaît à évoquer, dans une atmosphère de fêtes galantes les facéties de Pierrot et de Colombine, que notre musicien du verbe atteint à la plus subtile émotion. Écoutons, pour nous en convaincre, un extrait de "l'Arlequin fantasque" :

"Dans mon habit multicolore
Je vais dansant, frappant des mains,
Par les grands soirs qui font éclore
Des feux joyeux sur les chemins...

Mes yeux profonds de saltimbanque
Luisent de cent paillettes d'or...
Et mon spectacle où rien ne manque,
S'enflamme aux nuits de Messidor".


S'il témoigne d'un louable respect du passé, Yvan JADE excelle également dans l'art de décrire avec tendresse et humour la vie et les joies de chaque jour. N'est-ce pas la marque du vrai poète que de savoir trouver en toute chose la poésie ?

Pour toute commande, s'adresser à :
LA PLUME ANGEVINE
M. Jean-Jacques JULLION
16, rue de Roc-Epine
49100 ANGERS.



RONDELS DES BORDS DE MAINE
De Henri LENFANT


Dans ce superbe recueil, l'auteur, qui est Vice-Président de la Revue "La Plume Angevine", nous prouve de façon éclatante que les poèmes à forme fixe, tels que le "rondel", sont encore tout à fait capables de susciter l'intérêt des amateurs d'Euterpe. Sans fioritures ni vaine littérature, le poète évoque bien sûr le Maine, rivière tant aimée où il vient inlassablement chercher l'inspiration, mais aussi la femme et l'amour, ce doux mot que l'on ne sait dire et qui fait battre intensément le coeur des poètes :

"Hélas ! Je souffre le martyre,
Tous mes projets sont éventés,
Les mots qui j'aimerais te dire
Ne sont pas encore inventés."


Mais s'il est un sentiment dans lequel Henri LENFANT excelle à célébrer, c'est bien l'amour maternel, amour sans mélange et tout chargé de nostalgie, qui nous vaut sans conteste les plus émouvantes pages du recueil :

"Lorsque le soir le ciel redore
Les bords de Loire ou les étangs,
J'aimerais bien entendu encore
Maman, chanter les anciens temps."


Pour toute commande, s'adresser à :
LA PLUME ANGEVINE
M. Jean-Jacques JULLION
16, rue de Roc-Epine
49100 ANGERS.


AQUARELLE DES MOTS
De Pierrette BARBAZZA


Quand la poésie est invention, quand les mots du poème libèrent tous les posibles, et qu'ils laissent affleurer un désir qu'ils tendent à réaliser, le poète atteint son but. Ce recueil en est la démonstration. Pierrette BARBAZZA parvient, dans ses pages de rêves, d'espoirs (de désespoir parfois), mais au contact d'une Nature qu'elle chérit, à nous entraîner dans "les brassées de fleurs, dans les larmes ou dans la joie de vers finement ciselés et déposés à la mémoire de sa soeur et d'une amie parties trop vite toutes les deux". Ses mots possèdent un pouvoir emblématique par la force verbale de belles et musicales sonorités qui nous sont délivrées comme autant d'échos habilement dispensés dans des vers pathétiques.

Bientôt, je reviendrai pour vous offrir des fleurs,
Des petites pensées en bouquet d'espérance,
Et demander pardon pour ma si longue absence,
Bientôt, tout près de vous, je n'aurai plus de pleurs.


Née à Allauch, tout près de Marseille, Pierrette BARBAZZA est poète et peintre. Membre de la Sociétété des Poètes Français, membre de l'Association Internationale "Les Belles Lettres" et membre de l'Académie Poétique et Littéraire de Provence. Elle est titulaire de nombreux prix et distinctions : "Prix Henri Abattu" à l'Ecole de la Loire, "Prix Lamartine", de la Société des Poètes Français, "Grand Prix du Centenaire" de la Société des Poètes Français, région PACA, et "Prix de poésie" décerné par les Arts et Lettres de France.

Je ne peux que vivement conseiller à tous mes amis poètes, d'acquérir cet ouvrage qui comprend en première page de couverture une reproduction d'aquarelle de l'Auteur. Un merveilleux voyage vous attend à chaque page.

Pour toute commande, adresser un chèque de 12 € directement à l'Auteur :
Pierrette BARBAZZA
7, Bd de la Bégude
Saint-Just
13013 Marseille


SONGES ET FARDEAUX
De Vindico CAPACCI


Le poète est ici l'homme en errance, à travers les méandres du souvenir où s'abîment les songes. Tel un naufragé dans sa quête cosmique, en attente d'un récif inaccessible, le poète se nourrit de rêves, à l'heure douloureuse de l'âme.

Sans bruit si je pouvais pour de clairs lendemains,
Je mettrais l'arc-en-ciel dans le creux de vos mains...


C'est là un credo, un véritable chant d'amour qui, par la force notable des sentiments, sublime le destin de l'homme, l'élevant vers un ciel d'éternité. Ce cieil, Vindico CAPACCI, par la subtilité de l'émotion qu'il fait éclore, l'ouvre pour lui, l'ouvre pour nous, en silence, avec cette belle ferveur secrète qui appartient à ceux qui savent tracer, au seuil des horizons déserts, la voie majeure des aubes futures.

Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
L'ÉTRAVE
8, avenue du Levant
11510 FITOU


POÈMES VAGABONDS
De Bernard MERCIER


Face à la vie, démuni et amer, avec la nostalgie du temps qui passe et le sentiment omniprésent qu'elle n'a pas ouvert toutes les portes..., le poète s'épanche sur son destin, animé d'un sentiment d'incomplétude irréversible.

La vie est passée à la fois
Sur mon corps nu et sur mon âme,
Sur le premier jetant un froid,
Et sur l'autre éteignant ma flamme.


Tristesse, rêve, amour et souvenirs de jeunesse, baignent ce ciel mouvant d'ombres et de lueurs où s'emmêlent les chants et les plaintes de l'âme.

Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
L'ÉTRAVE
8, avenue du Levant
11510 FITOU


ORDINAIRES ET INSOLITES
De Gilbert BIROT-SARREY


Il s'agit d'une oeuve produite en auto-édition. L'artiste nous étone encore ici comme il l'avait fait avec son très lyrique "LASTICO". Dans cet excellent ouvrage, influencé par les chroniqueurs du Moyen-Âge avec un retour partiel aux assonances des laisses, ajouté les rimes inversées. Ces poèmes où le quinze prédomine, sont formellement structurés. La première partie : "Jadis" nous évoque avec humour la sage familiale d'Onan, Tamar, Hira et les autres. Il nous remémore le grand Polyclète, ami d'Eschyle, et de la touchante Callisto, nymphe martyre. Il passe ensuite aux légendaires Birgondes pour aborder les seconde et roisième partie "Hier" et "Aujourd'hui", de très beaux poèmes, d'une originalité étudiée, le regard impératif, en spleen réservé.

Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
L'AGORA Société des Poètes Français.
16, rue Monsieur le Prince.
75006 PARIS.


LES PORTES DE LA VIE
LES CHEMINS DU SOUVENIR
AUTANT EN EMPORTE L'AMOUR

De Pierre DEROUARD


Ces trois recueils d'un poète de talent et homme de théâtre confirmé, qui fut l'élève de Charles Dullin et de Pierre Renoir contiennent des poèmes harmonieux qui "parlent de beauté" et qui chantent Dieu, le souvenir, l'amour et l'amitié dans une langue élevée et frémissante aux accents parfaitement maîtrisés. Ce sont aussi, au fil des pages, les strophes pleines de sagesse d'un homme pzarvenu à l'heure des bilans et dont l'inspiration puissante donne souvent la première place à la quête spirituelle.

- "Un large et blanc manteau de rêve
M'est venu préserver du froid
Et sous ta pénombre ma sève
Circule dans l'aubier qui croît".


Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
Pierre DEROUARD 18, rue de Brizante 35770 VERN-SUR-SEICHE 11510 FITOU


POÉTIQUE ET VERSICOLORE SYMPHONIE
De Gérard CORTEZ


Très beau livre au titre évocateur et musical. Ce recueil, au format original, contient 52 poèmes où alternent avec bonheur, sonnets, rondels et ballades, mais aussi vers libres pleins de lyrisme. L'auteur aborde, au fil des pages, avec beaucoup de sensibilité et de fraîcheur d'âme, les thèmes éternels de la poésie : la ronde des saisons, l'amour bien sûr, mais aussi le vin et la mer qui tiennent une large place dans cet ouvrage.

- "Elle est de l'océan la flamme et l'étincelle,
Le miroir de la Lune et du soleil ardent,
Vibrant du nord au sud, de l'est à l'occident,
La vague nous inspire, elle nous ensorcelle."


signalons la haute qualité des aquarelles de Pierre Lataste, qui font si magnifiquement chanter leurs couleurs riches et variées tout au lng du recueil.

Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
Gérard CORTEZ 4, chemin des Prises 83360 LA TRANCHE-SUR-MER.


A FLEUR DE COEUR De johanne HAUBER-BIETH


Ici la poésie explose en un bouquet de flagrances chaudes d'amour, exhalant une richesse de coeur et d'âme ensoleillés. Le poète distille à tous vents des embruns de tendresse puisés à l'écume des jours. Transcendant de sa lyre les échos de la Terre, Johanne tisse en messager des écharpes de vie, dénouant l'avenir à l'écheveau des saisons dorées. Dans un langage où la rime s'épanche naturellement avec douceur et émotion, nous faisant miroiter une rive de beauté où, chaque aube a le goût de l'amour, "l'amour au goût du miel".

Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
L'ETRAVE Revue des Arts et des Lettres 8, avenue du Levant 11510 FITOU


A COEUR JOIE

De Renée-Jeanne MIGNARD

Après avoir longtemps résidé à Paris, puis sur la Côte d'Azur, Renée-Jeanne MIGNARD habite actuellement à Montbazon depuis 1987, dynamique village chargé d'histoire, en Touraine. Le goût de la poésie lui est venu lorsqu'elle travaillait l'art dramatique et les auteurs classiques avec Pierre Dux et Jean Debucourt. Mais elle n'avait encore rien exprimé des sentiments qui l'habitaient, et qu'elle transcrit aujourd'hui avec une inspiration et une plume qui portent un regard lucide et talentueux sur la culture et sur la Nature. Avec une intelligence rare ses vers nous font découvrir que "plus que mode de connaissance, la poésie est d'abord mode de vie" comme le soulignait Saint John Perse.

Tu dis que le bonheur est trésor de la vie,
Qu’il est bien difficile ici-bas de trouver.
C’est la quête du cœur, une étrange alchimie
Des sentiments confus que l’on peut éprouver.


Elle a publié cinq recueils : "Écrits du cœur", "La corde sensible", "Coups de cœur", "Le cœur en émoi", et son dernier-né "A cœur joie", qui vient de voir le jour. Lire chacun d'eux est l'assurance de découvrir le raffinement d'une écriture vive, sensuelle, ainsi qu'un art véritable du langage. Un langage riche et mélodieux dans une gamme de mots, d'images et de sons servis par la virtuosité.


Si vous voulez acquérir un ou plusieurs de ses recueils de poésies, faites-lui parvenir un message à l'adresse e-mail suivante:

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PEUPLES DU MONDE D'Elisabeth JACQUES-ALFONSI


Elisabeth JACQUES-ALFONSI garde la poésie dans son coeur et dans son âme, servie par une Muse qui l'inspire brillamment, dans une écriture qui sait faire admirablement chanter les mots. Son âme : jardin secret ou jardin public ?... Les deux à la fois. Car c'est toujours une vision d'espoir que propose l'auteur, même dans ses "poèmes de la Douleur", lorsque le désir de vivre est plus fort que la mort. Ce merveilleux ouvrage est dédié au profit des "Enfants dans le Monde" Tous les bénéfices sont versé à l'action humanitaire, aux enfants souffrants, deshérités, dont elle a croisé le regard triste, que ce soit en France, en Afrique ou ailleurs... C'est un cadeau discret et amoureux qu'elle désire leur offrir...Ce qui est grand ! Cette poétesse possède, au fond d'elle-même, les couleurs et les douleurs de l'enfance. (Guy FEUGIER, Président de "l'Atrium" et de "Passeport pour la Poésie".

- "L'arbre nous dominait de ses branches immenses,
Ses racines plongeaient là om se trouvent cité,
Les milliers de fervent de la coexistence
Des peuples partisans de la fraternité..."


Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
Elisabeth JACQUES-ALFONSI Val d'Azur. L'Altitude K2 19, avenue de Château-Gombert. St Jérôme 13013 Marseille


RIVES, DÉRIVES, TEMPS. De Solange STRIMON


Journaliste de 1967 à 1992, peintre et poète, Solange Strimon, sociétaire de la Société des Gens de Lettres de France, ainsi que de la Société des Poètes Français, s'épanouit dans le domaine poétique. Ce nouveau recueil de poèmes, de facture classique, est un triptyque : "Rives, Dérives, Temps". Il s'agit d'un parcours lumineux vers la cognition mythique. Un héritage spirituel et moral riche d'amour, de ténacité, de tolérance et de foi. De nombreuses illustrations des peintres Agostini, Allé, Burgi, Renier, Roméas et Triolet, agrémentent ce bel ouvrage. (Georges Bergoin. Secrétaire Perpétuel de l'Académie de Marseille.)

- "Je crois en cet amour universel qui donne
- À tous sans distinction un parterre de fleurs,
- Pour poursuivre un chemin bien trop jonché de pleurs
- Lorsque le cœur ne sait plus dire "je pardonne".


Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
Solange STRIMON 62, rue Grignan 13001 Marseille.


PLAISIR DE LYRE
d'André LAUGIER.


Voici un poète dont le parcours de vie ne manque pas d'originalité et de maîtrise ! Le sonnet, certainement l'une de ses formes d'expression favorite, lui convient à merveille, et correspond parfaitement à sa personnalité très structurée et riche d'expériences artistiques et professionnelles. C'est en étudiant ses poèmes que j'ai découvert un "autre" André Laugier, qui rejoint non pas l'homme que je croyais un peu connaître, mais le magicien qui joue avec ses pensées et les vôtres, mises en scène comme au théâtre.

- "Cueille le jour, ma conscience, et souviens-toi,
- Pour que, plus tard, non dans l'oubli de ma mémoire,
- Et au désert de mon grand âge il soit courtois
- Que j'interroge, en le passé, mes grains d'histoire…"


Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
LAUGIER André Parc Barry. Bât G.1 Rue Madon 13005 - Marseille


ERRANCES de Liza MARIA


Une traversée parfois douloureuse où le poète trace un sillage à la recherche du temps. La ferveur est ici ce lien tissé de mille fils le reliant à son être intime et le propulsant jusqu'à la source de l'univers où il prend enfin racine. Une course mystique passionnée et tendre à la fois avec ses errances, ses fuites oniriques :

- "Mon âme fébrile comme l'oiseau fragile - Soulève ses ailes pour s'envoler au loin."


Au vif de l'âme, des souvenirs hantent tout un peuple imaginaire :

- " Un chemin oublié près d'une grotte meurt...
- Et là, une eau qui dort dans l'antique verdeur
- De la roche runique au trésor fabuleux
- Le Graal en son orbe de feu..."


Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
L'ETRAVE Revue des Arts et des Lettres 8, avenue du Levant 11510 FITOU


PASSE-MUSCADE de Geneviève de TERNANT


Le talent d'exception et l'habileté brillante de cette poétesse subtilisent la signification foncière du titre. Que de beaux vers dans ce plein volume...

...Près de la douce rive, oubliés des mirages,
Ma barque redevient l'oiseau de majesté...

Vous visiterez les "riches impressions nomades". Vous entonnerez ses "chansons" et méditerez les "sédiments" pour votre bonheur. C'est magnifique.


Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre s'adresser à :
L'AGORA, Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur le Prince 75006 PARIS


POESIES - Oeuvres complètes; de Michel METREAU


Pour ce poète éclairé, "L'homme est un vent léger qui passe sur la terre. Il ne s'arrête à rien. Rien ne l'arrête. Il erre". Un esprit humoriste abritant aussi une souffrance, un vague à l'âme qui pousse l'écrivain à voyager hors des sentiers battus, recherchant les voies jonchées de nostalgie qui ont bordé sa vie. Ainsi, les jours s'écoulent à fuir la vie qui se fige. Des images fortes jalonnent ce chemin symbolique où le poète excelle en un langage ciselé pour mieux exprimer les meurtrissures de l'âme qui l'ont conduit jusqu'à la brisure échouée de l'espoir.

Mort, est-ce ici le port
Où tu dois apparaître,
Pour faire enfin, peut-être,
De moi quelqu'un qui dort ?


Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
L'ETRAVE Revue des Arts et des Lettres 8, avenue du Levant 11510 FITOU


LE PALAIS DES POSSIBLES de Jacqueline DELPY


Vingtième recueil de l'auteur édité par "Les Presses Littéraires" de Saint-Estève. Cet ouvrage est dédié à son époux décédé en 2003. Ensemble, ils dirigèrent pendant vingt ans l'association "Art et Poésie de Touraine".
Le style des poèmes est élevé. En voici un petit extrait.

Je suis la dentellière des mots Avec mon crochet de lumière Qui vient du coeur de la Terre Ou d'un coeur encor bien plus haut


Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
Jacqueline DELPY 65, allée de la Chesnaie 37320 Esvres/Indre
Prix de l'ouvrage : 12 euros.


DIX ANS AU FIL DES JOURS d'Yves ALLARD


Edité par le "Club des Poètes" cet ouvrage n'est pas le premier de ce poète-écrivain qui a déjà obtenu de nombreuses récompenses pour les oeuvres parues antérieurement. Le combat est évoqué par l'auteur comme but essentiel dans la vie. La réussite ne vient que par le courage, la volonté et le travail habitant les esprits qui se fixent un objectif. La mer, après la Beauce, reste le sujet favori du poète. Nous lisons dans "La Baie de Somme" :

Estuaire secret aux multiples visages;
Paysage, horizon, sont uniques, sauvages;
Ce décor grandiose offre un site attachant :
L'espace en sa magie apparaît fascinant.


Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à : Yves ALLARD Résidence M. Gaujard 59, rue de la Foulerie 28000 Chartres. Prix de l'ouvrage : 26 euros.


EPAVES EPARSES de Pascal LECORDIER


Ce recueil de 100 pages a été publié par Gilles Gallas. Une quarantaine de poèmes illustré avec beaucoup de talent, par Marie-Françoise Chaumat-Vaquez. De la bonne poésie, dont quelques sonnets, qui retrace une époque de la vie de l'auteur.

Ces fruits vénéneux de tendres naufrages
Furent au hasard glanés sur ces pages.
Pour toi qui saisis ces mots d'un instant,
Vagues figées de vastes océans,
Marche sur les pas d'Eole comparse,
Reçois pour toi, ces épaves éparses.


Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
Pascal LECORDIER 11, rue Juliette Récamier 69130 Ecully. Prix de l'ouvrage : 14 euros.


LES CHEMINS DU SOUVENIR de Pierre DEROUARD


Paru aux Editions "Le Roseau de Tours", le titre nous renseigne sur le contenu souvent bien émouvant. Ouvrage qui n'a pas manqué d'être récompensé par plusieurs associations. Nostaligue du passé, le silence, la neige, la forêt, les amis de jadis, le chien, fidèle compagnon, autant de sujets que le poète chante. Sur quarante pages vous irez à la découverte des sentiments et aussi des sites aimés par l'auteur.

Entends-tu devant nous un goéland moqueur
Qui piaille en tournoyant quand vientle crépuscule ?
Admirons sur la grève ourler le flot vainqueur
Avec un long frisson d'ailes de libellule.


Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
Pierre DEROUARD 18, rue Brizante 35770 Vern/Seine. Prix de l'ouvrage : 10 euros.


AU FIL DES JOURS de Michèle PICHERY


Michèle PICHERY, peintre, poète essayiste, critique d'Art, Chevalier dans l'Ordre du Mérite Poétique, sociétaire des Artistes français et de la Société Nationale des Beaux-Arts est une très grande poétesse. Ses poèmes sont tous conçus en poésie classique avec l'alexandrin.

En écoutant la mer, sur le sable étendue,
Je croyais te sentir allongé près de moi,
Le rythme de la vague a bercé mon émoi,
Et mon coeur a battu d'une joie éperdue.


Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
Michèle PICHERY Genêts 3 52bis, avenue Foch 41000 BLOIS Prix de l'ouvrage : 18 euros.


L'ÎLE AUX MOTS de Lucille LAVOIE


Lucille LAVOIE, qui habite à Montréal renoue dans cet ouvrage de 84 pages avec ses souvenirs et la "Nature" par le biais de la poésie classique. Merveilleuse poétesse qui sait allier et faire rimer musicalité et technicité dans lesquelles le lecteur retrouve des sentiments nobles dans des vers savamment choisis et teintés d'un trait d'humour, comme le souyligne Pierre BRANDAO, poète et romancier qui a préfacé son ouvrage.

Le montagne embrassait de ses vastes épaules
La violence du monde et son souffle malsain.
Elle offrait, en passant, le parfum qui nous frôle
Pour combler les désirs d'une vie en son sein.


Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à : Lucille LAVOIE 21, rue Alain Repentigny J6A 5C9 Québec. Canada.


MORCEAUX CHOISIS DE L'ODYSSEE D'HOMERE de Philippe DURUFLE.

Editions Gilles Gallas.

Quelle bonne idée d'offrir au lecteur une version de l'Odyssée traduite en alexandrins harmonieux. Trente passages significatifs sont proposés, reliés entre eux par un résumé succint mais précis des évènements qui les séparent.
On redécouvre sans peine un ouvrage que l'on connaît plus ou moins, mais de façon très fragmentaire. Le style est d'un vocabulaire très imagé. Une très agréable lecture qui aide à remettre à jour nos connaissances mythologiques.

Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
Arts et Lettres de France 6&, rue Kléber 33800 Bordeaux.


A FLEURS DE MOTS de Béatrice Arnaud GORESCKI


Comme l'oiseau du voyage fuit les noirs abîmes du ciel en quête d'aubes lustrales, le poète, criant sa soif de lumière, cherche éperdument sa rive, ne trouvant sur des grèves muettes que l'écho de sa douleur.

Derrière les rideaux d'un double désarroi,
J'écris pour respirer par les pores d'un livre
Qui transpire l'absence et, seule, au bord de moi,
Pour ne pas basculer dans les gouffres du vivre.


C'est bien dans cette relation à l'autre qui se veut pudique et nimbée de mystère, que la poésie prend ici toute sa force, que, se parant d'une tonalité confidentielle, elle atteint l'amour dans la dimension transcendée. Béatrice Arnaud-Gorescki, à travers une merveilleuse sensibilité, nous fait l'offrande d'une oeuvre-symbole, ferment de Divinité, qui atteint, dans une pure esthétique, les extrêmes de la grandeur poétique.

Pour tout renseignement en vue de l'achat de ce livre, s'adresser à :
L'ETRAVE Revue des Arts et des Lettres 8, avenue du Levant 11510 FITOU


Les parutions récentes.



L'ADOLESCENCE CLÉMENTINE.
de Clément Marot

Un livre copieux, de 510 pages, édité dans la collection "Les classiques de poche" du "Livre de poche", paru fin 2005, avec, en fin d'ouvrage, un dossier sur la versification ainsi qu'un index sur Les éléments de chronologie. Le tout agrémenté d'une très intéressante introduction de François Roudaut. Vivement recommandé, d'autant plus que les oeuvres de Clément Marot n'ont jamais fait l'objet de beaucoup de publications.
Éditions Le livre de poche. 2005.
Prix : 8 euros.


POÈMES INTERDITS
de Charles Baudelaire.

Un ouvrage de 98 pages, sur beau papier, merveilleusement illustré par le peintre Gabriel Lefebvre qui a imaginé spécialement pour ce recueil une soixantaine d'aquarelles en écho à la beauté envoûtante et à la sensualité de ces poèmes censurés lors de la parution des "Fleurs du mal" en juin 1857. Des poèmes que le procureur impérial Ernest Pinard fera interdire au nom de la morale publique. Une occasion unique de découvrir ce livre splendide qui comprend : "Les Bijoux", "Lesbos", "Le Léthé", "À celle qui est trop gaie", "Femmes damnées" et "Les Métamorphoses du vampire" qui devront attendre 1949 pour être officiellement réhabilités. Jamais réédités depuis cette date. Baudelaire nous plonge dans les profondeurs de l'âme humaine, en quête d'un art absolu. Cest le génie d'un poète pris au piège de ses fantasmes. Préface très intéressante sur l'érotisme de Baudelaire par Philippe Sollers.
Éditions Complexe./septembre 2005.
Prix : 26 euros.


LA BONNE CHANSON, JADIS ET NAGUÈRE, PARALLÈLEMENT

De Paul VERLAINE.
350 pages.
Préface de Louis Forestier.
Editions Gallimard/poésie. Nrf.


PAR LES BOIS DU DJINN, PARLE ET BOIS DU GIN
de Alphonse ALLAIS.
Poésies complètes.
Vers holorimes, poésie scientifique, poésie sous hypnose, pastiches et poèmes amorphes, théâtre en vers, vers de circonstance, chansons, fables, mes Insolations (sonnets), fables en prose ornées de moralités en vers, Lyromanie,etc...
Ouvrage préfacé par François Caradec.
306 pages
Editions NRF Poésie/Gallimard.2005.
Prix : 7 euros.


ANTHOLOGIE DE LA POESIE FRANCAISE DU XVIe SIECLE
de Jean Céard et de Louis-Georges Tin.

Sur 674 pages plus de 67 poètes qui témoignent de la foisonnante diversité des pratiques poétiques en usage et qui donneront quelque idée de l'horizon littéraire du XVIe siècle. De jean Molinet à Jean Godard, en passant par Clément Marot, , Maurice Scève, , Louise Labé, , Pontus de Tyard, sans oublier Jean Dorat, Joachim du Bellay, Jean Passerat, Olivier de Magny, ou encore Jacques Pelletier, Jean de la Péruse, Nostradamus, , Nicolas Rapin, Henri IV ou Agrippa d'Aubigné.
L'ouvrage est agrémenté d'une préface très complète de 50 pages, d'une note sur l'établissement des textes, d'une bibliographie générale, de Notes, d'un index et d'une chronologie.
Editions NRF Poésie/Gallimard.2005.
Prix : 7 euros 32.


L'ALPHABET DES AVEUX

De Louise de Vimorin et Jean Hugo.
194 pages. Poèmes en vers holorimes, calligrammes, poésies, fantaisies. De nombreuses illustrations de Jean Hugo.
Un ouvrage pour le plaisir des mots et la liberté d'en user. Louise de Vilmorin prend la place dans la tradition des grands rhétoriqueurs et des poètes qui voient dans le langage moins le véhicule transparent de l'expression, que la source même de la création et d'une jouissance singulière. Editions Le Promeneur. 16 euros 50


LA RACE DES HOMMES

De AUDIBERTI
56 poésies classiques
Préface d'André Pierre de Mandiargues.
228 pages.
Editions Gallimard/poésies. Nrf.


La FABLE EXPRESS

De Claude GAGNIERE
D'Alphonse Allais à Boris Vian.
230 pages.
Un pur délice! Près de 200 cents Fables-express des meilleurs classique et humoristes de tous les temps.
Editions Le Cherche Midi.
Collection Espaces.
Préface de François Cadarec.


LES COMPLAINTES ET LES PREMIERS POEMES

De Jules LAFORGUE.
445 pages.
Préface de Pascal Piat
Editions Gallimard/poésie. Nrf.


LES CONTRERIMES

De Paul-Jean TOULET
240 pages.
Préface de Michel Décaudin.
Avec deux portraits très didactiques de :
Jean-Louis Vaudoyer
et
Louis Martin.
Editions Gallimard/Poésie. Nrf.


POESIES
UNE SAISON EN ENFER
ILLUMINATIONS

Par RIMBAUD.
Oeuvre monumentale à découvrir ou à redécouvrir.
Plus de 300 pages.
Préface de René Char
Texte annoté par Louis Forestier.
Editions Gallimard/Poésie. Nrf.


AU FIL DES JOURS

72 sonnets
par Michèle PICHERY
Chevalier dans l'Ordre International de la Renaissance des Arts et des Lettres.
Chevalier dans l'Ordre du Mérite Poétique.
Sociétaire et Officier des Gens de Lettres
Imprimerie St François. Blois. 2004.
A commander directement chez l'Auteur:

Madame Michèle PICHERY
Présidente de l'Ecole de le Loire
Résidence du Parc. Les Genêts 3.
52, bis avenue Foch
41000 BLOIS


OEUVRES POETIQUES COMPLETES + poésies libertines)De Théophile GAUTIER

Edition établie par Michel Brix.
Editions Bartillat (Mai 2004) 950 pages. ( Le volume rassemble pour la première fois la totalité des vers de GAUTIER, y compris les pièces supprimées dans le recueil de 1845, et les poésies libertines. D'abondantes annexes + un article très complet et inédit d'Henry JAMES.
A posséder de toute urgence avant que cet ouvrage ne soit épuisé.


LA POESIE BAROQUE

Anthologie. 224 pages. 3,50 euros.
Editions Folioplus/Classiques.
Par Vincent Vives et Alain Jaubert


CONTES LIBERTINS

De Jean de La Fontaine.
98 pages. 2 euros.
Editions Librio.
Présentation et choix de Louis Van Delft


LA POESIE DES ROMANTIQUES

Une anthologie de Bernard Vargaftig
Prix de l'Académie Mallarmé (1991)
160 pages. 2 euros.
Editions Librio.


POETES DU XVI° SIECLE

Edition établie et annotée par Albert-Marie Schmidt.
(1103 pages)
Bibliothèque de la Péiade.
Editions Gallimard. (1998)


LES AMOURS

de Ronsard
(462 pages)
Editions Gallimard


DIVERS JEUX RUSTIQUES

de Joachim Du Bellay
(340 pages)
Editions Gallimard


POEMES BARBARES

de Leconte De Lisle
370 pages)
Editions Gallimard


EN LA FORÊT DE LONGUE ATTENTE

de Charles d'Orléans
(525 pages)
Editions Gallimard


LA DOCTRINE DE L'AMOUR VALENTINES

de Germain Nouveau
(314 pages)
Editions Gallimard


LES CHANTS DE LA MERCI

suivi de Chants des Quatre-Temps
de Marie Noël
(215 pages)
Editions Gallimard


LES CHANSONS ET LES HEURES.
LE ROSAIRE DES JOIES

de Marie ¨Noël
(220 pages)
Editions Gallimard


ANTHOLOGIE DE LA POESIE FRANCAISE

par Martine Bercot, Michel Collot et Catriona Seth
Deux volumes.
Volume 1: Du Moyen Âge au XVII° siècle
Volume 2: Du XVIII° au XX° siècle.
Bibliothèque de la Pléiade.
Editions Gallimard.


CLAIR OBSCUR (Poésies)

De Jean Cocteau.
EDITION ANNIVERSAIRE (sept. 2003)
Editions du Rocher.


SONNETS

(Onze sonnets et un sizain)
De Marie Stuart.
Editions Arléa (décembre 2003)


LA POESIE DU PASSE

De Chrestien de Troyes à Cyrano de Bergerac.
par Paul Elluard
Editions Bouquins/Robert Laffont


UNE ANTHOLOGIE DE LA POESIE FRANCAISE

par Jean-François Revel
Editions Bouquins/Robert Laffont


POESIES

par Paul Valéry
Editions Gallimard


ANTHOLOGIE DE LA POESIE FRANCAISE

Présentée et préfacée par André GIDE
Bibliothèque de la Pléiade.Nrf.


PETITE ANTHOLOGIE IMAGINAIRE DE LA POESIE FRANCAISE

par Henri Bellaunay
Préface de Jean d'Ornesson de l'Académie Française.
Editions Livre de Poche (2000)


LA DIANE FRANCAISE

par Louis Aragon
Editions Seghers


ANTHOLOGIE DE LA POESIE FRANCAISE
DU XVIIème SIECLE

Par Jean-Pierre Chauveau.
Editions Gallimard (2002)


ANTHOLOGIE DE LA POESIE FRANCAISE
DU XVIIIème SIECLE

Par Michel Delon.
Editions Gallimard (2001)


LES CENT PLUS BEAUX POEMES DE LA LANGUE FRANCAISE

par Jean Orizet
Editions Cherche Midi


LES TROPHEES

par José-Maria De Heredia
Editions Gallimard


LES YEUX D'ELSA

par Louis Aragon.
Editions Seghers "Poésie d'abord".


LES PLUS BEAUX POEMES ROMANTIQUES

par Philippe Héracles.
Editions Cherche-Midi.


LES PLUS BEAUX POEMES SUR LA MONTAGNE

par Georges Jean.
Editions Cherche-Midi.


LES PLUS BEAUX POEMES SUR LA MER.

par Yves la Prairie.
Editions Cherche-Midi.


LES PLUS BEAUX POEMES DE LA LANGUE FRANCAISE.

par Jean Orizet.
Editions Cherche-Midi.


LES PLUS BEAUX POEMES DU VOYAGE.

par Gilbert Trigano.
Editions Cherche-Midi.


OEUVRES POETIQUES

par Louise Labé
Editions Gallimard (1983)


LA BIBLIOTHEQUE DE POESIE.

En 16 volumes). France-Loisirs (1991-1993).
par Jean Orizet.


ANTHOLOGIE DE LA POESIE FRANCAISE DU XVIIIème SIECLE.

Editions Gallimard.


ANTHOLOGIE DE LA POESIE FRANCAISE (Six siècles de poésie française)

par Pierre de Boisdeffre
Editions du Rocher.


ANTHOLOGIE DE LA POESIE FRANCAISE

(Depuis plus de 1000 ans) 640 pages.
Par Jean Orizet.
Editions Larousse.


ANTHOLOGIE DE LA POESIE FRANCAISE DU XIXème SIECLE (volumes 1 et 2)

Nrf Gallimard


ANTHOLOGIE DE LA POESIES FRANCAISE

par Suzanne Julliard
Editions de Fallois


LES FLEURS DU MAL

Baudelaire
Nrf Gallimard


CENT POEMES D'AMOUR

Ed. Omnibus


CENT POEMES DE Victor Hugo

Ed.Omnibus


POESIES

André Chénier
Livre club Libraire


POESIES

Desborges-Valmore M
Nrf Gallimard


LES REGRETS

Du Bellay Joachim
Nrf Gallimard


EMAUX ET CAMEES

Théophile Gautier
Nrf Gallimard


L'ART D'ÊTRE GRAND PERE
ODES ET BALLADES
LES ORIENTALES. LES FEUILLES D'AUTOMNE

Nrf Gallimard


LA POESIE FEMININE DU XII° AU XIX° SIECLE

Seeghers Paris


MEDITATIONS POETIQUES

Alphonse de Lamartine
Nrf Gallimard


POEMES ANTIQUES

Leconte de Lisle
Nrf Gallimard


POEMES BARBARES

Leconte de Lisle
Nrf Gallimard


LES CENT POEMES DU BONHEUR

Ed. Omnibus


LES PLUS BEAUX POEMES D'AMOUR

Anthologie de Patrick Poivre d'Arvor
Albin Michel


LES PLUS BEAUX POEMES DU BONHEUR

Anthologie d'André Giovanni
Ed. le cherche midi


LES PLUS BEAUX SONNETS DE LA LANGUE FRANCAISE

Anthologie de Jean Orizet
Ed. le cherche midi


LES PLUS BELLES PAGES DE LA POESIE FRANCAISE

(Du moyen âge au XX° siècle)
Sélection Reader's Digest


LES PLUS BELLES PAGES DE LA POESIE TENDRE ET SENTIMENTALE

De Jean Orizet
Ed. le cherche midi


POESIES

de Malherbe
Nrf Gallimard


POESIES

de Stéphane Mallarmé
Nrf Gallimard


MILLE ET CENT ANS DE POESIE FRANCAISE

Anthologie
Robert Laffont


PREMIERES POESIES. POESIES NOUVELLES.

d'Alfred de Musset
Nrf Gallimard


ANTHOLOGIE DE LA POESIE FRANCAISE

De Georges Pompidou
France-Loisirs


VIE, POESIES ET PENSEES de JOSEPH DELORME

De Sainte Beuve
Nlle Ed. Latines


UNE ANTHOLOGIE DE LA POESIE AMOUREUSE EN FRANCE

(Anthologie du XII° au XX° siècle)
Ed. Bartillat


SAGESSE AMOUR BONHEUR
FÊTES GALANTES. ROMANCES SANS PAROLES

De Paul Verlaine
Nrf Gallimard


POEMES ANTIQUES ET MODERNES. LES DESTINEES.

D'Alfred de Vigny
Nrf. Gallimard


APRES M'AVOIR FAIT TANT MOURIR

De Théophile de Viau
Nrf. Gallimard


LES PLUS BEAUX POEMES SUR LA FEMME

Anthologie d'André Giovanni
Ed. le cherche midi


POETES SYMBOLISTES

Anthologie de Bernard Delvaille
Editions La Table Ronde (514 pages)


jeudi 12 mai 2005

Citations poétiques



LES PLUS BELLES CITATIONS SUR LA POESIE ET LA POETIQUE DU MONDE


René CHAR
Le poète meurt de l'inspiration comme le vieillard de la vieillesse. La mort est au poète ce que le point final est au manuscrit.

René CHAR
La seule signature au bas de la vie blanche, c'est la poésie qui la dessine.

Pierre SEGHERS
Le poète émet, transmet, il est une voix qui se découvre et s'affirme.

Alphonse TOUSSENE
La femme est Poésie, l'homme la Prose.

Roland DELISLE
Les yeux braqués sur l'avenir, le poète espère un hier présent, et un présent pas trop imparfait.

Joseph JOUBERT
La poésie est au coeur ce que la poésie est à l'inspiration.

Honoré de BALZAC
Nos beaux sentiments ne sont-ils pas les poésies de la volonté?

Jean COCTEAU
On ne se consacre pas à la poésie; on s'y sacrifie.

Guillaume APOLLINAIRE
Douce poésie! Le plus beau des Arts! Toi qui, suscitant en nous le pouvoir créateur, nous met tout proches de la divinité.

Marcel PAGNOL
Le plus grand mérite d'une poésie, c'est d'être bien placé dans une conversation.

Madame de STAËL
La poésie est le langage naturel de tous les cultes.

Madeleine CHAPSAL
Un écrivain, un poète en particulier, est quelqu'un qui travaille toute sa vie à faire de soi un être sans défense.

Peray Bysshe SHELLEY
Un poète est un rossignol qui, assis dans l'obscurité, chante pour égayer de doux sons sa propre solitude.

Charles BAUDELAIRE
Les polissons sont "amoureux", mais les poètes sont idolâtres.

George SANTAYANA
L'amour nous rend poète et la mort, philosophe.

John WYNDHAM
C'est le travail des poètes d'avoir assez d'idées pour fournir une création à toutes circonstances.

Heinrich HEINE
C'est dans les oeuvres des poètes qu'il faut chercher leur histoire: c'est là qu'on trouve leurs plus beaux secrets.

CHAMFORT
Le peintre donne une âme à une figure, et le poète prête une figure à un sentiment et à une idée.

Jim MORRISON
Une propension à l'ignorance peut être nécessaire à la survie du poète.

André LAUGIER
- Ô poésie miroir de l'âme, - Métal précieux de l'esprit, - Reflet discret où l'on se pâme - D'éclats de mots que l'on écrit.

André LAUGIER
La poésie est soeur de l'encre et de la plume, parente de l'esprit, et cousine du coeur.

André LAUGIER
- La poésie est l'or dans un esprit d'orfèvre, - Et les mots sont sertis dans un écrin d'amour, - Afin que leur parure, aux passions d'une lèvre, - Nous délivre ces vers sculptés jour après jour.

Octavio PAZ
L'expérience poétique est irréductible à la parole et cependant la parole l'exprime.

Eugène GUILLEVIC
La poésie n'est pas une chose rassurante, c'est une aventure colossale.

BAUDELAIRE
La poésie est ce qu'il y a de plus réel, c'est ce qui n'est complètement vrai dans un autre monde.

Victor HUGO
Je suis le caillou d'or et de feu que Dieu jette, Comme avec une fronde, au front noir de la nuit. Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit, Ô nations! je suis la poésie ardente.

Etienne TORIELLI Livrant aux hommes ses chants de souffrance et d'amour le poète ne se résigne pas à la solitude. A la recherche du verbe. Il crée son âme en déchirant le chant du monde. André LAUGIER
- Je sustente mon sang, mon esprit et ma chair - Au vertige de mots enrichis de lumière, - Colorés d'expressions dans ce langage cher - Imbu de poésie, et dont ma plume est fière.

Robert DESNOS
La musique n'est jamais que de l'art quand la parole peut être poésie.

André du BOUCHET
La poésie n'est qu'un certain étonnement, et les moyens de cet étonnement.

CHAMFORT
C'est la philosophie qui découvre les vertus utiles de la morale et de la politique. C'est l'éloquence qui les rend populaires. C'est la poésie qui les rend, pour ainsi dire, proverbiales.

Giambattiste VICO
Ce que la poésie fait de plus sublime, c'est de donner aux choses insensées sens et passions.

Gianfranco CONTINI
La poésie ne souffre aucune hypothèse, mais la seule évidence des miracles.

Giovanni PASCALI
Le souvenir est poésie, et la poésie n'est autre que souvenir.

Jim MORRISON
La vrfaie poésie ne veut rien dire, elle ne fait que révéler les possibles.

RIVAROL
C'est la prose qui donne l'empire à une langue, parce qu'elle est tout usuelle: la poésie n'est qu'un objet de luxe.

Yves BONNEFOY
Le lecteur de la poésie n'analyse pas, il fait serment de l'auteur, son proche, de demeurer dans l'intense.

André LAUGIER
Le poésie se nourrit aux sources de la prose et elle s'embellit au concerto des mots.

Edgard MORIN
Un amour naissant inonde le monde de poésie, un amour qui dure irrigue de poésie la vie quotidienne, la fin d'un amour rejette dans la prose.

Jean Joseph JULAUD
On ne doit pratiquer la vivisection sur la poésie, sous peine de tuer l'émotion.

Tonino BENACQUISTA
Chercher le prévisible en chacun, c'était nier l'irrationnel de tous, leur poésie, leur absurdité, leur libre arbitre.

André LAUGIER
La poésie est l'architecture du mot, Le miroir où chatoient l'âme des belles rimes; Où la Muse inspirée murmure, à demi-mot, Le chant d'amour des vers en les rendant sublimes.

Marc GENDRON
La poésie est la mathématique du langage et de l'existence, le roman en est la physique.

André BRETON
La poésie se fait dans un lit comme l'amour. Ses draps défaits sont l'aurore des choses.

Vincent ROCA
Le problème avec la poésie: elle embellit tout.

Emmanuel CARRERE
La poésie c'est justement la sensation de vivre, le carpe diem, le "pays de la première fois", contre le temps qui nous rattrape, nous marche dessus, nous pulvérise.

Fortunat STRWSKI
La poésie a ce privilège qu'on peut en boire jusqu'à l'ivresse, et ce que cette ivresse guérit de toutes les autres.

Théophile GAUTIER
Des mots rayonnants, des mots de lumière, avec un rythme et une musique, voilà ce qu'est la poésie.

BALLANCHE
La poésie est partout: il ne s'agit que de la faire sortir.

NOVALIS
L'amour n'est rien d'autre que la suprême poésie de la nature.

Stéphane JEAN
La poésie libère la magie des mots.

Edgar MORIN
De même qu'il faut de la souffrance pour connaître le bonheur, il faut de la prose pour qu'il y ait poésie.

LAMARTINE
La poésie saisit l'homme par son humanité entière: idée pour l'esprit, image pour l'imagination et musique pour l'oreille.

Alfred de VIGNY
La poésie est une pensée ornée. Est poétique une pensée ornée de rythme, d'harmonie et d'image

LAUGIER André
La poésie est la magie des mots, La prosodie est l'alchimie du verbe.

LAUGIER André
La poésie est la source de l'âme qui donne conscience à la beauté, et générosité en l'amour.

LAUGIER André
Goûter à la poésie c'est en boire l'onde pure et légère, rafraîchissante de bonheur. Ainsi coulera dans nos veines une source de passion.

LAUGIER André
La poésie est, en quelque sorte, la musicalité de notre langue. Symbole de la paix et de l'amour, mais aussi de la tristesse et des regrets, elle demeure un oeil ouvert en permanence vers la douleur, ou la douceur de vivre en nous faisant rêver.

Marcel CHABOT
Poètes, frères de lumières, Engouffrons notre amour au coeur de chaque mot.

Paul VALERY
Sur l'art des vers; c'est en méditant votre thèse que vous arriverez à le rendre vôtre. Mais gardez-vous de lui rester trop fidèle! En poésie, il faut suivre la forme et non la pensée. Car c'est la forme qui est poésie, jamais la pensée.

DAUMAL René
Tout poème naît d'un germe, d'abord obscur, qu'il faut rendre lumineux pour qu'il produise des fruits de lumière.

ARAGON
C'est à la poésie que tend l'homme. Il n'y a de connaissance que du particulier. Il n'y a de poésie que du concret.

Victor HUGO
Quelques peuples seulement ont une littérature, tous ont une poésie.

BOILEAU
C'est peu d'être poète, il faut être amoureux.

BOILEAU
Ma muse en l'attaquant, charitable et discrète, Sait de l'homme d'honneur distinguer le poète.

GOTTHOLD Ephraïm LESSING
Autant la vie dépasse le tableau, autant la poésie dépasse la peinture.

Johann Wolfgang GOETHE
Les paroles du poète voltigent incessamment autour des portes du paradis et frappent, implorant l'immortalité.

Friedrich Von SCHLEGEL
La poésie est la branche la plus noble de la magie, et l'homme isolé est incapable de s'élever jusqu'à la magie. Mais chaque fois que l'aspiration humaine agit conjointement avec l'esprit humain, la puissance magique se manifeste.

José MARTI
Un grain de poésie suffit à parfumer tout un siècle.

Paul La COUR
Si le poème ne t'élit, toutes tes peines sont vaines. Sois sans bruit. Le poème n'entend que le silence.

José ORTEGA Y GASSET
La poésie est aujourd'hui l'algèbre supérieure des métaphores.

Manuel ALTOLAGUIRRE
La poésie, comme toute manifestation amoureuse, est un désir et une création, et le poète, comme tout amoureux, doit regarder d'un oeil bienveillant la vie, qui est la meilleure muse avec qui il finira toujours par faire son oeuvre.

José Luis HIDALGO
La poésie n'est pas, et ne peut être logique. La racine même de la poésie réside précisemment dans l'absurde.

Henry David THOREAU
La poésie n'est autre chose que la santé du discours.

Charles-Oscar DUGUE
Et toi, fleur préférée, Ô chaste poésie! [...] Docile sous ma main, souple liane embrasse les formes de l'idée et les contours du beau.

Francis BACON
On a toujours admis que la poésie participait du divin parce qu'elle élève et tend l'esprit en soumettant l'apparence des choses aux désirs de l'esprit, tandis que la raison contraint et soumet l'esprit à la nature des choses.

Cecil DAY-LEWIS
Faire des phrases, faires de robes, c'est un peu la même chose: Car la pensée doit jouer le mannequin. Se pavaner en phrase Ou béer à la traine.

Muhammad IQBÂL
Quand elle est dépourvue de flamme, la vérité est philosophie: Elle devient poésie quand elle emprunte sa flamme au coeur.

Léonard de VINCI
La peinture est une poésie qu'on voit au lieu de l'entendre, la poésie une peinture qu'on entend au lieu de voir.

LUCAIN
Ô Sainte poésie, rivale des destins! Tu donnes la durée aux peuples éphémères.

Abdellatif LAÂBI
Pour moi, n'est pas créatrice la poésie qui n'est point capable de déceler dans la mort les prémisses de la vie et dans la vitalité même la plus débordante, les symptômes de la sénescence et de la mort, qui ne domine pas, par conséquent, la dialectique concrète de la réalité sur laquelle elle prétend opérer et qu'elle prétend transfigurer ou transformer.

Octavio PAZ
Le mot, quand il est création, dénude. La première vertu de la poésie, aussi bien pour le poète que pour le lecteur, est la révélation de l'être. La conscience des mots amène à la conscience de soi: à se connaître, à se reconnaître.

Petrus Augustus GENESTET
La Poésie partout réside, Le seul problème est de savoir Qui la découvre.

Gunnar BJÖRLING
Et jamais le tourment ne trouve un ciel, et jamais le désir ne trouve une terre. C'est pourquoi la poésie existe.

Henri-Frédéric AMIEL
Poésie et philosophie ont une même source, l'identification, l'assimilation, la consubstantialité de l'esprit et de l'objet.

Charles-Ferdinand RAMUZ
La poésie n'est ni dans la pensée, ni dans les choses, ni dans les mots; elle n'est ni philosophie, ni description, ni éloquence: elle est inflexion.

Vissarien BIELINSKI
Dans la poésie, la vie est encore plus vie que la vie même.

Octavio PAZ
J'écris pour prolonger le vécu, non pour l'éterniser, mais pour l'intensifier et rendre plus lucide cet instant unique qu'est l'instant vécu.

Vilhelm EKELUND
Je ne chante pour personne - mais pour le vent qui erre, pour la pluie qui pleure, ma poésie est comme un souffle qui murmure et qui passe dans les ténèbres de l'automne, parlant avec la terre et la nuit et la pluie.

Wilhelm RAABE
Celui qui ne peut décrire que ce qu'il a vécu et vu n'est pas un poète, mais un copieur; la poète doit savoir vêtir ses idées de l'habit de tous les temps et de tous pays.

Friedrich NIETZSHE
La métaphore n'est pas pour le vrai poète une figure de rhétorique, mais une image substituée qu'il place réellement devant ses yeux à la place d'une idée.

Juan Ramon JIMENEZ
Ma meilleure oeuvre, c'est mon constant repantir de mon oeuvre.

Rafael ALBERTI
Il n'est pas plus profond, le poète enfermé dans son obscur sous-sol. Son chant s'élève plus profond quand, ouvert au plien air, il appartient à tous.

Mir FENDERESKI
Là où s'arrête la connaissance ou la vocation du philosophe, à commence la connaissance ou la vocation du poète.

Eugenio MONTALE
Ce dont un poète à besoin, c'est de chercher une vérité précise, non une vérité générale: une vérité du poète-sujet qui ne renie pas celle de l'homme-objet empirique.

Jan GOEMMERT ELBURG
Un homme sait à peine ce qu'est l'homme. Le poète sait tout de rien.

Fernando PESSOA
Le poète sait l'art de feindre. Il feint si complètement Qu'il en vient à feindre qu'est douleur La douleur qu'en fait il sent.

Paul LA COUR
La poésie craint la poétique. Elle ne se laisse pas tenter.

Malccom LOWRY
Rien quand on vit dedans, n'est jamais poétique.

FONTENELLE
Dans les premiers temps, la poésie et la philosophie étaient la même chose; toute sagesse était renfermée dans les poèmes. Ce n'est pas que par cette alliance la poésie valût mieux, mais la philosophie en valait beaucoup mois.

VOLTAIRE
L'Art de la poésie à l'homme est nécessaire, qui n'aime point les vers a l'esprit sec et lourd; Je ne veux point chanter aux oreilles d'un sourd: les vers sont en effet la musique de l'âme.

Denis DIDEROT
Autre chose est la vérité en poésie; autre chose, en philosophie. Pour être vrai, le philosophe doit conformer son discours à la nature des objets; le poète à la nature de ses caractères.

Alfred DE VIGNY
Poésie! Ô trésor! perle de la pensée!

Victor HUGO
La poésie, c'est tout ce qu'il y a d'intime dans tout.

Alfred DE MUSSET
La poésie est si essentiellement musicale qu'il n'y a pas de si belle pensée devant laquelle le poète ne recule si la mélodie ne s'y trouve pas.

Charles BAUDELAIRE
La poésie est essentiellement philosophique; mais comme est avant tout fatale, elle doit être involontairement philosophique.

Emile ZOLA
Si la poésie n'est pas susceptible de progrès, en ce sens qu'elle est la voix de l'âme; si elle doit rester éternellement jeune et nouvelle, quoique toujours semblable, il n'en est pas moins vrai que, fille de l'humanité, elle doit en refléter les diverses phases, rétrecir ou élargir son horizon, selon que baisse ou grandit le savoir humain.

Anatole FRANCE
L'histoire narrative est inexacte par essence [...] mais elle est encore, avec la poésie, la plus fidèle image que l'homme ait tracé de lui-même.

Paul VALERY
[...] La poésie devrait être le Paradis du langage.

Jean WAHL
La poésie vient de l'au-dela et va vers l'au-dela. Elle est essentiellement sentiment de transcendance. C'est pour cela qu'elle est existence exaltée et connaissance ambiguë.

Jean COCTEAU
[...] La poésie est un monde fermé où l'on reçoit très peu et où il arrive même qu'on ne reçoive personne.

Louis ARAGON
C'est à la poésie que tend l'homme. Il n'y a de connaissance que du particulier. Il n'y a de poésie que du concret.

René CHAR
La poésie vit d'insomnie perpétuelle.

André Pieyre DE MANDIARGUES
La poésie, comme l'art, est inséparable de la merveille.

Yves BONNEFOY
La poésie se poursuit dans l'espace de la parole, mais chaque pas en est vérifiable dans le monde réaffirmé.

Denis DIDEROT
Quelque génie qu'ait un poète, il lui faut un censeur.

Le Cardinal DE BERNIS
Il suffit de penser pour être un homme d'esprit; mais il faut imaginer pour être poète.

Victor HUGO
Peuples! Ecoutez le poète! Ecoutez le rêveur sacré! Dans votre nuit, sans lui complète, Lui seul a le front éclairé!

Victor HUGO
Un poète est un monde enfermé dans un homme.

Gérard DE NERVAL
La vie d'un poète est celle de tous.

Théophile GAUTIER
Le poète est ainsi dans les landes du monde; Lorsqu'il est sans blessure, il garde son trésor. Il faut qu'il ait au coeur une entaille profonde Pour épancher ses vers, divines larmes d'or.

Charles BAUDELAIRE
Le poète placé sur un des points de la circonférence de l'humanité, renvoie sur la même ligne en vibrations plus mélodieuses la pensée humaine qui lui fut transmise.

Arthur ADAMOV
Poète est celui qui se sert des mots moins pour dévoiler leur sens immédiat que pour les contraindre à livrer ce que cache leur silence.

NOVALIS
La poésie est le réel absolu.

René CHAR
La poésie est ce dont l'absence nous précipiterait dans la mort. Elle est de toutes les eaux claires celle qui s'attarde le moins au reflet des ponts.

René CHAR
En poésie on n'habite que le lieu que l'on quitte, on ne crée que l'oeuvre dont on se détache, on obtient la durée qu'en détruisant le temps.

Alfred de VIGNY
La poésie est à la fois une science et une passion.

Louis ARAGON
La poésie est le miroir brouillé de notre société. Et chaque poète souffle sur ce miroir: son haleine différemment l'embue.

Charles BAUDELAIRE
Tous les grands poètes deviennent naturellement fatalement, critiques.

Jean COCTEAU
Un rêveur est toujours mauvais poète.
Jacques CHIRAC
Le rêve est une des dimensions essentielles de l'existence et la poésie permet ce rêve.

André du BOUCHER
La poésie n'est qu'un certain étonnement, et les moyens de cet étonnement.

Gianfranco CONTINI
La poésie ne souffre aucune hypothèse, mais la seule évidence des miracles.

Giovani PASCOLI
Le souvenir est poésie, et la poésie n'est autre que souvenir.

Jules RENARD
Appelons poésie une création par l'image et le rêve.

Yves BONNEFOY
La poésie est mémoire, mémoire de l'intensité perdue.

Victor HUGO
Carla poésie est l'étoile qui mène à Dieu, Rois et Pasteurs.

BUFFON
La science devient nature, la poésie la peint et l'embellit.

André BEUCLER
La poésie est le plus court chemin d'une sensibilité à une autre.

Georges LINZE
La poésie n'a jamais fini de s'inventer. C'est son signe d'éternité.

Ferdinand REIBER
L'eau est la prose des liquides, l'alcool en est la poésie.

André BRETON
La poésie se fait dans un lit comme l'amour. Ses draps défaits sont l'aurore des choses.

René DAUMAL
Tout poème naît d'un germe, d'abord obscur, qu'il faut rendre lumineux pour qu'il produise des fruits de lumière.

Saint-John PERSE
Et nos poèmes encore s'en iront sur la route des hommes, portant semence et fruit dans la lignée des hommes d'un autre âge.

Louis ARAGON
La poésie, notre poésie se lit comme le journal. Le journal du monde à venir.

Louis ARAGON
C'est à la poésie que tend l'homme, Il n'y a de connaissance que du particulier. Il n'y a de poésie que du concret.

BARTAS
Tout art s'apprend par art, la seule poésie est un pur don céleste.

Georges BATAILLE
La poésie...le sacrifice où les mots sont victimes.

Georges BATAILLE
L'éclat de la poésie se révèle hors des moments qu'elle atteint dans un désordre de mort.

Charles BAUDELAIRE
Tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours - de poésie, jamais.

André BRETON
La poésie n'a de rôle à jouer qu'au- delà de la philosophie.

André CHENIER
L'art ne fait que des vers: le coeur seul est poète.

Jean COCTEAU
La poésie cesse à l'idée. Toute idée la tue.

Federico Garcia LORCA
Toutes les choses ont leur mystère, et la poésie, c'est le mystère de toutes les choses.

Victor HUGO
La poésie c'est tout ce qu'il y a d'intime dans tout.

Jean PAULHAN
Que le poète obscur persévère dans son obscurité, s'il veut trouver la lumière.

André Pieyre de MANDIARGUES
La poésie, comme l'art, est inséparable de la merveille.

Jules Barbey d'AUREVILLY
Où les historiens s'arrêtent, ne sachant plus rien, les poètes apparaissent et devinent.

Emile CHARTIER
Le vrai poète est celui qui trouve l'idée en forgeant le vers.

Jean COCTEAU
Le poète se souvient de l'avenir.

Paul ELUARD
Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré.

Jean GIONO
Le poète doit être un professeur d'espérance.

Victor HUGO
Un poète est un monde enfermé dans un homme.

Charles-Ferdinand RAMUZ
Le poète est à la fois le plus solitaire et le moins solitaire des hommes.

La BRUYERE
Il faut plus que de l'esprit pour être auteur.

Jean PAULHAN
Il se peut bien que la poésie soit l'évènement le plus simple du monde: cette simplicité n'aide guère à parler d'elle, ni même à la penser.

Jean PAULHAN
L'oeuvre sera poétique, et le poème excellent à proportions que les mots et les idées [...] se trouveront doués, chacun dans son ordre, de la structure la plus complexe.

BAUDELAIRE
Le poète jouit de cet incomparable privilège, qu'il peut à sa guise être lui-même et autrui.

Victor HUGO
L'art c'est le relief du beau au-dessus du genre humain.

Alfred DE MUSSET
Ah! frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie.

CITATIONS ANONYMES
La poésie révèle l'étrangeté insaisissable des créatures.

La parole du poème ne cerne pas ce qu'elle nomme, mais au contraire le rend innombrable.

Dans le poème chaque lecture laisse germer un nouveau sens.

SHELLING
Sous la pression du poème chaque chose retrouve l'éclatante vertu de son harmonie natale.

SHELLING
Il n'y a pas de poésie sans un profond amour de l'être.

Gaston LE BRIS
Le poète parle au seuil de l'être.

Pierre JEAN-JOUVE
Le poète écoute le temps qui inscrit près de son coeur les traits d'une plume de fer.

Gaston BACHELARD
La poésie institue un langage autonome.

Gaston BACHELARD
Le monde n'existe poétiquement que s'il est réinventé.

Gaston BACHELARD
La philosophie de la poésie doit reconnaître que l'acte poétique n'a pas de passé, du moins pas de passé proche le long duquel on pourrait suivre sa préparation et son avènement.

Gaston BACHELARD
L'image poétique émerge dans la conscience comme un produit direct du coeur à l'âme, de l'être de l'humain saisi dans son actualité.

CITATIONS ANONYMES
Le souvenir est poésie, et la poésie n'est autre que souvenir.

Appelons poésie une création par l'image et le rêve.

La vraie poésie ne veut rien dire, elle ne fait que révéler les possibles.

Le langage de l'amour naissant est le langage de la mystique, de la théologie et de la poésie.

Tristesse est Poésie, toutes les fois que Tristesse est sans cause.

Tout comme la poésie, la sculpture ou la peinture, la vie a ses chefs-d'oeuvre précieux.

La poésie, c'est le temps durant lequel un homme oublie qu'il va mourir.

La Vérité, ou satisfaction de l'esprit, et la Passion, ou excitation du coeur, bien qu'elles soient dans une certaine mesure, accessibles en poésie, sont bien plus facilement atteintes en prose.

En quelques mots, je définis la Poésie des mots comme Création rythmique de la Beauté. Son seul juge est le goût.

N'est-il pas dans la nature de la poésie d'être et de rester souterraine?

Ce n'est qu'au prix d'une ardente patience que nous pourrons conquérir la cité splendide qui donnera la lumière, la justice et la dignité à tous les hommes. Ainsi la poésie n'aura pas chanté en vain.

La poésie est la mathématique du langage et de l'existence, le roman en est la physique.

Le rêve est une des dimensions essentielles de l'existence et la poésie permet ce rêve.

La musique n'est jamais que de l'art quand la parole peut être poésie.

La poésie n'est qu'un certain étonnement et les moyens de cet étonnement.

Ce que la poésie fait de plus sublime, c'est de donner aux choses insensées sens et passion.

La poésie ne souffre aucune hypothèse, mais la seule évidence des miracles.

Marcel CHABOT
Les vers classiques sont les gammes des poètes.

Marcel CHABOT
Poètes, frères de lumières, engouffrons notre amour au coeur de chaque mot.

Emile DESCHAMP
La poésie, art suprême et complet, Peinture qui se meut et musique qui pense...

LAMARTINE
La poésie saisit l'homme par son humanité entière: idée pour l'esprit, image pour l'imagination et musique pour l'oreille.

A. LABORIER TRADENS
La poésie est une pensée ornée. Est poétique une pensée ornée de rythme, d'harmonie et d'image.

Alfred DE VIGNY
La poésie, c'est l'enthousiasme cristallisé.

VOLTAIRE
Un vrai poète est celui qui remue l'âme et l'attendrit.

Paul VALERY
Un poète - ne soyez pas choqué de mon propos - n'a pas fonction de ressentir l'âme poétique: ceci est une affaire privée. Ila pour fonction de la créer chez les autres.

Pierre REVERDY
La poésie se fix à l'aide de mots, et l'écueil de la poésie c'est le mot. Il en suffit d'un seul pour tuer un beau poème.

A. THIBAUDET
Le Parnasse a contribué à faire de la poésie, sinon un métier, du moins un exercice, attrayant et, en somme, facile.

Victor HUGO
La rime est l'hameçon qui me pêche l'idée.



mardi 10 mai 2005

Poésie et philosophie.



Les philosophes se sont toujours accordés à critiquer les mythes tout au long de l’histoire, au nom de la bien fondée raison, mais ils ont, dans le même temps, cherché comme clef de la « métaphysique » un premier principe, la pierre angulaire, convaincus, malgré tout, qu’ils étaient de la divine transcendance de ce principe.

Aristote, lui-même, fera appel à la physique pour reconnaître l’existence d’un « premier moteur de l’univers » auquel est attaché le nom de Dieu. Saint Thomas d’Aquin, théologien italien, pour qui la séparation entre la philosophie et la théologie relativement à la question de Dieu demeurait néanmoins, a opposé tout de même l’idée d’une « double vérité », le thème central d’une harmonie entre la foi et la raison. Il fut amené à dire que Dieu étant l’Etre Immuable, donc véritable, se nomme aussi bien Dieu d’Abraham, d’Isaac que de Jacob. Il utilisera largement, au cours de son existence, la philosophie d’Aristote, tout en soulignant l’hétérogénéité du point de vue de la connaissance de Dieu, de la philosophie et de la théologie.

Dieu, dans la pensée moderne, apparaît comme fait psychologique et tout à la fois comme un phénomène historique et heuristique relevant plus d’une explication scientifique qui aurait tendance à rejeter celle-ci dans le domaine du chimérique. Pour répondre à cette négation, l’époque moderne a vu se constituer un discours théiste, qui a de moins en moins recours à la théologie, au sens étymologique du terme, orientée vers la métaphysique et l’ontothéologie. Ainsi s’opposent au discours athée deux théologies antithétiques. Il paraît incompatible et absurde de renoncer à l’un et à l’autre de ces deux aspects, mais il est difficile, aussi, de les imaginer ensemble, car leurs perspectives sont plus antagonistes que complémentaires. Il semblerait que tout est régi comme si l’affirmation de Dieu signifiait tantôt, puisqu’il y a des preuves rationnelles, un succès de la raison que dénonce l’existentialisme athée, mais également un désaveu de cette même raison, que jugent insuffisante une science excessive et une philosophie de l’esprit absolu.

Si Hegel, dans sa philosophie, rend à Dieu ce qui apparaît à L’homme, Feuerbach, détaché de l’idéalisme hégélien qui identifie l’Etre et la Pensée dans un principe unique, rend à l’homme ce qui appartient à Dieu. Mais orientés tous deux, malgré leurs différences, vers le général, tout en scrutant dans l’histoire ces échanges constants qui se produisent dans l’humanité entre le divin et l’humain, ils délaissent le spécifique, l’individuel, ce qui laisse un champ exploitable de ressources et un refuge de choix aux penseurs existentiels hostiles à leur antipersonnalisme. La rupture d’équilibre engendrée par l’inquiétude et l’interrogation face à la raison peut aussi bien conduire au nihilisme qu’à ouvrir un nouvel avenir allégorique dans la révélation de Dieu.

Faut-il y apporter crédibilité ? Pourquoi pas ? Sans Dieu rien n’aurait raison d’exister peut-on raisonnablement penser. Alors comment n’existerait-il pas ? Le concept de Dieu a écrit Hegel « inclut en lui l’Etre », ce qui tendrait à signifier que Dieu est la seule créature qui existe par « essence ». Et c’est pourquoi, dans notre société l’espérance, autant que la foi, selon Kant, « est une vertu théologale, parce qu’elle a Dieu même pour objet ».

« Le contraire de désespérer c’est croire » a dit Kierkegaard. On peut donc logiquement penser et avancer que Dieu est l'unique Etre qui puisse satisfaire notre espérance. Il est vrai que les convictions, les désirs, les espérances ne sont pas des arguments irréfutables; mais que valent les arguments qui ne laissent rien à espérer? Je suis poète avant tout, et, à l'instar de la majorité de mes condisciples, je m'interesse à la philosophie, à la littérature et à la métaphysique qui sont, je crois, partie intégrante de la poésie. Ces doctrines m'amènent à m'interroger sur l'existence de Dieu, dont les théories les plus spéculatives relèvent pour les unes de l'expérience immédiate, et pour les autres - je pense les plus importantes - du raisonnement. Pour moi, mais cela n'est qu'une opinion personnelle et qui, je sais, n'est pas partagée par l'ensemble, Dieu est "position absolue" de lui-même et le fait souverain de toute existence dans le présupposé de tout savoir humain.

Victor Hugo a écrit : "...car la poésie est l'étoile à Dieu, Rois et Pasteurs."

Les poètes se sont, jadis, souvent comparés à Dieu. Comme lui ils créaient et donnaient forme de vie à des configurations, des images, ainsi qu'une âme à des personnages, perpétuant ainsi la création du Tout Puissant et établissant les prémices de ce qui peut être considéré comme un évènement des consciences par leurs oeuvres immortelles d'hommes, tout simplement.

La poésie est incarnation, à l'image de cette imprégnation spirituelle que l'on rencontreera dans les écrits de Baudelaire, P.Valéry, Mallarmé et surtout de Shakespeare.

La poésie, comme l'a écrit Yves Bonnefoy " est incarnation étant donné qu'elle doit se faire chair. Dire je demeure pour les poètes la réalité comme telle est une tâche précise dans le mystère du Dieu fait Homme, celle qui recentre les mots, franchit les bornes du rêve, sur la relation à autrui qui est l'origine de l'Etre".

- "Je crois de toute mon âme, de tout mon coeur et de tout mon esprit en Dieu. Que l'on me prouve scientifiquement le contraire et je continuerai d'y croire, car la foi dépasse tout raisonnement humain".
Solange STRIMON


Pour conclure, je dirais que la poésie est existentialiste, sans doute le chemin le plus court du verbe de Dieu.



La poésie et la linguistique.



REFLEXION PHILOSOPHIQUE SUR LA POESIE PAR RAPPORT À LA LUINGUISTIQUE MODERNE (ESSAI).


Comme Orphée se risquant au-delà de la mort, le poète apparaît comme l’Homme qui transgresse les interdits et ose regarder avec insistance l’invisible en face. La descente aux enfers s’apparente à l’aventure mentale, à la quête initiatique que poursuit le poète dans sa descente au fond de lui-même, de son inconscient, par l’exploration du langage. La poésie EST le mystère, le pouvoir magique de faire chanter les mots, un peu à l’image des notes sur une portée musicale ; ces mots s’accordant harmonieusement avec leurs temps de « pauses » et de « soupirs ». Un mystère ne s’explique pas. Tout au plus peut-il engendrer une approche par l’intuition. Tenter de démêler son mécanisme si précis et secret, tiendrait su sacrilège et détruirait, précisément, cette forme spirituelle de communication qu’est le poème.

On ne peut que ressentir la poésie dans une sorte de communion avec ses conceptions religieuses qui se suffit à elle même. Forme atténue de l’interdit, elle est vouée au silence contemplatif. Elle demeure l’âme qui s’adresse à l’âme, sans ambiguïté. Albert Samain ne soulignait-il pas : « Mon âme est une infante en robe de parade. » Attendrissons-nous sur ces mots ainsi que sur cette pensée très évocatrice de Victor Hugo : « Les âmes, libellules de l’ombre… »

La poésie exerce, en chacun d’entre nous, cette fascination née de ce qu’on pourrait appeler la transe verbale : l’harmonie de l’esprit faisant corps à l’infini de la richesse des sons. Car il s’agit bien, avant tout, de cette somptuosité de l’accent, de l’écho, de l’intonation. D’où musicalité d’écriture. Cela, sans aucun doute, s’apparente à ce que j’appelle la ferveur de la parole poétique, loin, très éloignée de la transparence du langage quotidien de communication.

La linguistique est à la poésie ce que la psychanalyse est à la neurologie. Elle obéit davantage à une pensée pragmatique régie par la « théorie » des sciences physiques qu’à la pensée purement « évocatrice », mémorielle et philosophique mises en scène sous une forme épique, et que l’on retrouve à la naissance du romantisme avec la poésie élégiaque de Lamartine, lyrique de Victor Hugo ou l’épopée avec Alfred de Vigny. Le poète est, et doit demeurer, un artisan des mots. Un orfèvre technicien de la Beauté, magicien du Verbe, religieux dans l’Art, dont l’esprit est chargé, bien souvent, du principe de conservation de ce qui a tendance à échapper aux défaillances de la mémoire. Car le poète fixe et pérennise ce que disent ou pensent les hommes. On pourrait ajouter, par extrapolation, que la poésie est une « mnémotechnie » où se gravent les répertoires des époques…

La texture même de la poésie la destine à prolonger la parole. Elle peut être considérée comme un « outil », et son usage façonne, tel le burin d’un sculpteur, la destination pouvant mettre sous forme aussi bien une situation amoureuse (séduction, jalousie, rupture) que la construction d’un chef d’œuvre sur les faits de société. Sa raison d’être est avant tout utilitaire et elle entretient des rapports d’architecture des mots dans la grande tradition de l’Histoire, du mythe, de la magie, ou encore de la morale et de la religion. Elle demeure, par référence, la mémoire de l’humanité, une sorte de conservatoire traversant les époques et les modelant de manière à réorganiser en permanence le passé, tout en préservant le souvenir en fonction du présent. Autrement dit, elle est la gardienne séculaire d’une mémoire forgée dans l’historique toute en exerçant une fonction socio-politique échappant, bien souvent, aux chroniqueurs.

Beaucoup de définitions ont tenté de fixer et de classer la poésie, pointant l’accent sur son charme, son crédit, son pouvoir agissant. Paul Valéry, dans « Varieté V » définit la puissance et l’ascendant du poème en écrivant : « Un poème est une sorte de machine à produire l’état poétique au moyen des mots ». Je crois que cette forme d’expression correspond à ce que l’on pourrait qualifier d’idée de « confection » (ou de modelage) qui sert à « traquer » les émotions. La méditation étymologique invite à mettre en exergue l’idée que la poésie est une structure, et qu’elle influe sur cette organisation tactique et ordonnée de la langue. Que l’on soit poète par vocation ou linguiste confirmé, il ne faut pas chercher à radicaliser le poème. Il est un concept tangible basé sur une harmonie des sons, sur la maîtrise musicale née de l’assemblage des mots, obéissant à des codifications et à des lois phonétiques établies par les grands précurseurs. En aucun cas elle ne peut être assimilée à une linguistique dite « scientifique et froide » qui ne correspondrait plus au rythme et à l’envoûtement de la langue parlée, dépouillée mais si riche en son naturel et son ingénuité.

La poésie doit être approchée uniquement pour elle-même, en tant qu’objet figuratif et non comme un moyen de connaissances. Elle demeure l’écho de la mémoire, de la sensualité du Verbe qui restitue un état d’âme, des souvenirs, qui sont tout aussi révélateurs des vérités profondes enfouies dans l’inconscient de tout homme éveillé. Elle est davantage une forme d’Art que ces revendications hautaines que certains linguistes de la grammaire comparée et les néogrammairiens tentent de radicaliser.

Victor Hugo, encore lui, ne soulignait-il, dans l’une de ses merveilleuses réflexions :« L’art c’est le relief du beau au-dessus du genre humain. » . Peut-être entendait-il, par là, que le poète, tout simplement, est un « voyant » puisqu’il lui est permis de percevoir ce qui demeure invisible aux yeux des autres hommes : il voit Dieu, l’éternité et les cieux. Il impose son ordre à la nature et il la modèle à sa guise, en dehors de toutes les lois des grammairiens. Enfin, comme Dieu, il nomme les choses pour qu’elles soient.

« Le poète se souvient de l’avenir » - disait Jean Cocteau. Cette formule peut paraître paradoxale étant donné que « se souvenir » s’utilise normalement pour le « passé ». Je pense qu’il sous-entendait que le poète sait à peu près tout des destinées humaines, car le poète est un devin. A la différence d’un grammairien (ou d’un linguiste) partisans des aspects de la théorie syntaxique simulant le fonctionnement de la langue à partir d’une structure hypothétique qui doit produire, au moyen d’un ensemble de symboles et de règles strictes, toutes les phrases de la langue, le poète écrit davantage dans la connaissance intuitive du langage. Il recherche, avant tout, les dimensions humaines, psychologiques ou cognitives ainsi que la pragmatique qui réintroduisent les dimensions sociales de la vie car il a fonction de communication et non de performance dans les structures abstraites. Il transmet, par la richesse de sa rime, par l’intensité de son émotion, les affections vives et profondes qui sont les racines mêmes du poème, en nous faisant découvrir, par la simplicité de mots pathétiques et vécus, les choses que nous ne voyions plus à force de trop les voir. La poésie se différencie de la linguistique qui est, je le rappelle, l’étude scientifique du langage, un langage souvent figé dans l’incompréhensible, tout simplement parce qu’elle parle autrement. Elle éclaire tel ou tel objet d’une nouvelle lumière, permettant à l’homme de s’évader du réel, procurant le pressentiment. Elle demeure l’ornement de la pensée car elle fleurit notre plaisir de découvrir une ressemblance entre deux objets, de rassembler ces deux objets, faisant de l’un l’image de l’autre. Les mettant en rapport de façon simple, claire et concise. « La poésie vraie, pour parler au cœur, sera toujours humaine et dépouillée » comme l’a dit Gilles Sorgel. Et il ajoutait aussitôt : « Ne nous laissons pas ensorceler par la trompeuse attirance d’une recherche linguistique froide, sinon glacée et figée…Laissons cela aux intellectuels d’avant-garde qui se torturent l’esprit tout en se croyant l’élite d’aujourd’hui alors que demain, sans remords, les oubliera. »(Fin de citation)

Je partage tout à fait cet avis comme la plus grande majorité des poètes avec lesquels j’ai eu le privilège de m’entretenir sur ce sujet.

Vive la poésie !

LAUGIER André



© Echos Poétiques. 2005.

lundi 9 mai 2005

Les plus beaux sonnets de tous temps. 2








Armand SYLVESTRE
Le Renouveau

Sous les premiers soleils, comme une coupe pleine,
La verdure déborde au penchant des chemins.
Le printemps a jeté des roses dans la plaine ;
Ami, nous reviendrons des roses plein les mains.

Aux beaux jours sont promis de plus beaux lendemains.
Dans l'azur transparent qu'attiédit son haleine,
Avril a réveillé l'abeille et le phalène :
On entend bourdonner alentour des jasmins.

Ainsi, rien n'était mort ! Tout renaît, ô merveille !
Aux mondes d'autrefois le monde s'appareille :
Ami, reconnais-tu cette vieille chanson ?

La chanson qui viendra, jamais la vaudra-t-elle ?...
- Et dans l'air qu'emplissait l'espérance immortelle,
Monte le souvenir, comme une floraison !


Albert MERAT
L'ARCHE

Le grand cintre de l'arche encadre un clair tableau.
En attendant Avril et pour la bienvenue
Des fleurs, le ciel sourit et le froid s'atténue.
Au premier plan, la rive en pente douce, et l'eau.

Peinte légèrement du bout d'un frais pinceau,
Profilant sur l'azur sa silhouette nue,
Une île, avec des airs de baigneuse ingénue,
Sort du fleuve, et les joncs lui font un frais berceau.

Le froid soleil d'hiver, qui ne fait rien éclore,
Glisse sur les coteaux dans sa pourpre incolore,
Comme un hôte ennuyé prompt à gagner le seuil.

Mais la tonnelle semble attendre sur la berge,
Et j'entends clairement pétiller dans l'auberge
La friture dorée et le vin d'Argenteuil.


Albert MERAT
LA NEIGE

L'air donne le frisson comme un breuvage amer.
Le jour est morne, éteint, et prend des tons de cuivre.
Les moineaux, pépiant de froid, se laissent suivre,
Et, s'envolant, font sur la brume un vague éclair.

La neige, floraison pâle des ciels d'hiver,
Fait pleuvoir tristement ses étoiles de givre.
Les arbres aux bourgeons captifs qu'avril délivre
La mettent à leur front, ainsi qu'un joyau clair.

Frêle et vain ornement, outrage des ramures,
A qui va la beauté des larges feuilles mûres
Où circule le sang glorieux des étés !

Ta blanche clarté fait que j'aime mieux les roses,
O neige dont la grâce est celle des chloroses,
Image des froideurs et des virginités.



Pierre EMMANUEL
Dédicace d'Orphée

Me voici revenu de la rive incertaine
Où lamente la lyre abandonnée d'Orphée;
Le vent d'en bas m'emplit de vertige les veines
Et mon double brumeux ne s'est point dissipé.

Après avoir usé ma ressemblance humaine
Les lunes mauves de l'Enfer m'ont patiné.
Mes yeux? deux diamants d'hiver ou deux fontaines
Qui fixent un soleil immuable et glacé.

Tel l'arbre aux pas profonds, aveugle de murmures
Secoue dans le sommeil ses nocturnes verdures
Où les soleils défunts mûrissent oubliés:
Le même arbre de jour, que la lumière outrage
Sans feuilles, sans oiseaux, flagellant les nuages
Maudit de ses grands bras anathèmes l'été.


Amadis JAMYN
Dialogue

Où sont tant de beautés que le printemps avait,
Ornement des jardins et des molles prairies?
Où sont toutes les fleurs des campagnes fleuries?
Où est le temps serein qui les coeurs émouvait?

Où est le doux plaisir qui dans l'âme pleuvait
Durant les jeunes mois? par qui les fantaisies
Des esprits généreux célestement nourries
Admiraient les effets que nature pouvait?

Ces beautés maintenant mortes dessus la terre
Vivent en Artémis, qui les garde et les serre
Pour embellir ce tout de mille bien divers;

La face du printemps de là se renouvelle,
Le soleil y emprunte une clarté plus belle,
Et c'est le paradis de ce grand univers.



Flaminiode BIRAGUE

Aux vallons, aux déserts, aux montagnes, aux bois,
Je réclame toujours le beau nom de Marie;
Echo qui a pitié de ma dolente vie
Répond soir et matin à mes plaintives voix.

Les rivages moussus et les antres plus cois
Redisent à qui mieux le beau nom de ma mie.
Les ruisseaux gazouillants parmi l'herbe fleurie
Avecques les oiseaux s'accordent à mes lois.

Dedans les grands ormeaux et par dessus l'arène
J'écris en mille endroits le nom de ma sirène,
Ayant pour compagnons les esprits amoureux.

Je ne fais d'autres sons retentir les campagnes,
Les taillis, les forêts, les antres, les montagnes;
Et tout va répondant à mes chants langoureux.


Olivier De MAGNY
Sonnet à Mesme

Ce que j'aime au printemps, je te veux dire, Mesme;
J'aime à fleurer la rose, et l'oeillet, et le thym,
J'aime à faire des vers, et me lever matin,
Pour, au chant des oiseaux, chanter celle que j'aime.

En été, dans un val, quand le chaud est extrême,
J'aime à baiser sa bouche et toucher son tétin,
Et sans faire autre effet, faire un petit festin,
Non de chair, mais de fruit, de fraises et de crème.

Quand l'automne s'approche et le froid vient vers nous,
J'aime avec la châtaigne avoir de bon vin doux,
Et, assis près du feu, faire chère lie.

En hiver, je ne puis sortir de la maison,
Si n'est au soir masqué; mais en cette saison,
J'aime fort à coucher dans les bras de ma mie.


Stéphane MALLARME
Brise marine

Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui!

Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n'avoir pas chanté la région où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.

Tout son col secouera cette blanche agonie
Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie,
Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris.

Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne,
Il s'immobilise au songe froid de mépris
Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne.



José-Maria De HEREDIA
Fleurs de feu

Bien des siècles depuis les siècles du Chaos,
La flamme par torrents jaillit de ce cratère,
Et le panache igné du volcan solitaire
Flamba plus haut encor que les chimbotazos.

Nul bruit n'éveille plus la cime sans échos.
Où la cendre pleuvait l'oiseau se désaltère;
Le sol est immobile et le sang de la Terre,
La lave, en se figeant, lui laissa le repos.

Pourtant, suprême effort de l'antique incendie,
A l'orle de la gueule à jamais refroidie,
Eclatant à travers les rocs pulvérisés,

Comme un coup de tonnerre au milieu du silence,
Dans le poudroiement d'or du pollen qu'elle lance
S'épanouit la fleur des cactus embrasés.


Pierre QUILLARD
L'automne a dénudé...

L'automne a dénudé les glèbes et le soir,
Un soir d'exil et de mains désunies,
S'approche à l'horizon de plaines infinies,
Roi dévêtu de pourpre et spolié d'espoir.

Ô marcheur aux pieds nus et las qui viens d'asseoir
Sans compagnon, parmi les landes défleuries,
Près des eaux mornes, quelles mêmes agonies
Alourdissent ton front vers ce triste miroir?

Je le sais, tout se meurt dans ton âme d'automne.
Laisse la nuit prendre les fleurs qu'elle moissonne
Et l'amour défaillant d'un coeur ensanglanté,

Pour qu'après le sommeil et les ombres fidèles
Les clairons triomphaux de l'aube et de l'été
Fassent surgir enfin les roses immortelles.



José-Maria De HEREDIA
La Source

L'autel gît sous la ronce et l'herbe enseveli;
Et la source sans nom qui goutte à goutte tombe
D'un son plaintif emplit la solitaire combe.
C'est la Nymphe qui pleure un éternel oubli.

L'inutile miroir que ne ride aucun pli
A peine est effleuré par un vol de colombe
Et la lune, parfois, qui du ciel noir surplombe,
Seule, y reflète encore un visage pâli.

De loin en loin, un pâtre errant s'y désaltère.
Il boit, et sur la dalle antique du chemin
Verse un peu d'eau restée dans le creux de sa main.

Il a fait, malgré lui, le geste héréditaire,
Et ses yeux n'ont pas vu le cippe romain
Le vase libatoire auprès de patère.


José-Maria De HEREDIA
Le récif de corail

Le soleil sous la mer, mystérieuse aurore,
Eclaire la forêt des coraux abyssins
Qui mêle, aux profondeurs de ses tièdes bassins,
La bête épanouie et la vivante flore.

Et tout ce que le sel ou l'iode colore,
Mousse, algue chevelue, anémones, oursins,
Couvre de pourpre sombre, en somptueux dessins,
Le fond vermiculé du pâle madrépore.

De sa splendide écaille éteignant les émaux,
Un grand poisson navigue à travers les rameaux;
Dans l'ombre transparente indolemment il rôde;

Et, brusquement, d'un coup de sa nageoire en feu
Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu,
Courir un frisson d'or, de nacre et d'émeraude.




Charles BAUDELAIRE
Le coucher de soleil romantique

Que le soleil est beau quand tout frais il se lève,
Comme une explosion nous lançant son bonjour!
-Bienheureux celui-là qui peut avec amour
Saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve!

Je me souviens!... J'ai vu tout, fleur, source, sillon,
Se pâmer sous son oeil comme un coeur qui palpite...
-Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite,
Pour attraper au moins un oblique rayon!

Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire;
L'irrésistible Nuit établit son empire,
Noire, humide, funeste et pleine de frissons;

Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,
Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,
Des crapauds imprévus et de froids limaçons.

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dimanche 8 mai 2005

Les plus beaux sonnets de tous temps. 1







Le sonnet est une forme poétique dont l'élaboration des vers est très subtile et recherchée.
C'est Clément MAROT (1496-1544) fils du poète Jean MAROT, qui fut l'un des premiers à l'importer en France au début du XVIe siècle.
Il comprend quatorze vers répartis en deux quatrains à rimes embrassées (plus rarement écrits en rimes croisées) et deux tercets.
La règle fondamentale est que les deux quatrains doivent être de composition similaire.
En perte de vitesse au XVIIIe siècle il a refleuri au XIXe siècle sous l'impulsion des Parnassiens et, plus généralement, chez les poètes Humanistes.
Il existe une forme dite "moderne" par la modification apportée à la distribution des rimes dans le dernier tercet.

La distribution classique est : E,E,D La distribution moderne est: E,D,E..

La notion principale du poème doit s'exprimer pleinement dans le dernier vers qui doit être remarquable et impulser à l'élévation et à la sublimité à la conclusion du sonnet.
Mon site étant surtout consacré à la NATURE j'ai choisi quelques sonnets dont la qualité d'écriture, la musicalité et le caractère bucolique leurs donnent un lyrisme auquel notre sensibilité exacerbée ne peut rester indifférente. Toutes les écoles sont représentées: classique, romantique, symbolistes, surréalistes.



SONNETS SUR LA NATURE

Louise LABE

Pour le retour du Soleil honorer,
Le Zéphyr l'air serein lui appareille,
Et du sommeil l'eau et la terre éveille,
Qui les gardait, l'une de murmurer

En doux coulant, l'autre de se parer
De mainte fleur de couleur nonpareille.
Jà les oiseaux et arbres font merveille,
Et aux passants font l'ennui modérer :

Les nymphes jà en milles jeux s'ébattent
Au clair de lune, et dansant l'herbe abattent.
Veux-tu Zéphyr, de ton heur me donner,

Et que par toi toute me renouvelle
Fais mon Soleil devers moi retourner,
Et tu verras s'il ne me rend plus belle.


Armand GODOY
Sonnet pour l'Aube

Quel souci t'alourdit, ô rose balsamique
Qui penches ton parfum sur l'herbe? Et quelle main
Guette en tremblant ton rêve étrange et ton rythmique
Balancement craintif, au bout de quel chemin?

Reviendront-ils les jours où le soleil biblique
Datait chaque pistil d'un pouvoir surhumain
Afin d'y préparer la future relique
Qui du cruel hier fait le doux lendemain?

Ma rose périra comme les autres roses.
Après le deuil, l'idylle et les apothéoses,
Elle aura la poussière, ou l'âtre, ou le tiroir.

Mais pour la réveiller jusqu'au dernier pétale,
J'ai mon coeur de poète - encens , flamme et vestale -
Dont la fleur plus mortelle éternise l'espoir.


Mellin de SAINT-GELAIS

Voyant ces monts de vue ainsi lointaine,
Je les compare à mon long déplaisir:
Haut est leur chef et haut est mon désir,
Leur pied est ferme et ma foi est certaine.

D'eux maint ruisseau coule et mainte fontaine,
De mes deux yeux sortent pleurs à loisir;
De forts soupirs ne me puis dessaisir,
Et de grands vents leur cime est toute pleine.

Mille troupeaux s'y promènent et paissent;
Autant d'amours se couvent et renaissent
Dedans mon coeur, qui seul est ma pâture;

Ils sont sans fruit, mon bien n'est qu'apparence;
Et d'eux à moi n'a qu'une différence,
Qu'en eux la neige, en moi la flamme dure.



SAINT-AMANT
L'Automne des Canaries

Voici les seuls Coteaux, voici les seuls Vallons
Où Bacchus et Pomone ont établi leur gloire;
Jamais le riche honneur de ce beau territoire
Ne ressentit l'effort des rudes Aquilons.

Les Figues, les Muscats, les Pêches, les Melons
Y couronnent ce Dieu qui se délecte à boire;
Et les nobles Palmiers sacrés à la Victoire
S'y courbent sous des fruits qu'au miel nous égalons.

Les Cannes au doux suc, non dans les Marécages,
Mais sur des flancs de Roche y forment des bocages
Dont l'or plein d'Ambroisie éclate et monte aux Cieux.

L'Orange en même jour y mûrît et boutonne;
Et durant tous les Mois on peut voir en ces Lieux
Le Printemps et l'Eté confondus en l'automne.


SAINT-AMANT
L'Hiver des Alpes

Ces atomes de feu qui, sur la neige, brillent,
Ces étincelles d'or, d'azur et de cristal,
Dont l'Hiver, au Soleil, d'un lustre oriental
Pare ses Cheveux blancs que les Vents éparpillent:

Ce beau coton du Ciel de quoi les monts s'habillent,
Ce pavé transparent fait du second métal,
Et cet Air net et sain, propre à l'esprit vital,
Sont si doux à mes yeux que d'aise ils en pétillent.

Cette saison me plaît, j'en aime la froideur;
Sa robe d'innocence et de pure splendeur
Couvre en quelque façon les crimes de la Terre:

Au prix du dernier chant ce temps m'est gracieux;
Et si la Mort m'attrape en ce chemin de verre,
Je ne saurais avoir qu'un Tombeau précieux.


Le Conte DE LISLE
LA Mort du soleil

Le vent d'automne, aux bruits lointains des mers pareil,
Plein d'adieux solennels, de plaintes inconnues,
Balance tristement le long des avenues
Les lourds massifs rougis de ton sang, ô soleil!

La feuille en tourbillons s'envole par les nues;
Et l'on voit osciller, dans un fleuve vermeil,
Aux approches du soir inclinés au sommeil,
De grands nids teints de pourpre au bout des branches nues.

Tombe, Astre glorieux, source et flambeau du jour!
Ta gloire en nappes d'or coule de ta blessure,
Comme d'un sein puissant tombe un suprême amour.

Meurs donc, tu renaîtras! L'espérance en est sûre.
Mais qui rendra la vie et la flamme et la voix
Au coeur qui s'est brisé pour la dernière fois?


Albert SAMAIN
Extrême Orient 1

Le fleuve au vent du soir fait chanter ses roseaux.
Seul, je m'en suis allé.- J'ai dénoué l'amarre,
Puis je me suis couché dans la jonque bizarre,
Sans bruit, de peur de faire envoler les oiseaux.

Et nous sommes partis, tous deux, au fil de l'eau,
Sans savoir où, très lentement.- O charme rare,
Que donne un inconnu fluide où l'on s'égare!...
Par instants, j'arrêtais quelque frêle rameau.

Et je restais, bercé sur un flot d'indolence,
A respirer ton âme, ô beau soir de silence...
Car j'ai l'amour subtil du crépuscule fin;

L'eau musicale et triste est la soeur de mon rêve.
Ma tasse est diaphane et je porte, sans fin,
Un coeur mélancolique où la lune se lève.


Albert SAMAIN
Etrême Orient 2

La vie est une fleur que je respire à peine,
Car tout parfum terrestre est douloureux au fond.
J'ignore l'heure vaine, et les hommes qui vont,
Et dans l'Ile d'Email ma fantaisie est reine.

Mes bonheurs délicats sont faits de porcelaine,
Je n'y touche jamais qu'avec un soin profond;
Et l'azur fin qu'exhale en fumant mon thé blond,
En sa fuite odorante emporte au loin ma peine.

J'habite un kiosque rose au fond du merveilleux.
J'y passe tout le jour à voir de ma fenêtre
Les fleuves d'or parmi les paysages bleus;

Et, poète, royal en robe vermillon,
Autour de l'éventail fleuri qui l'a fait naître,
Je regarde voler mon rêve, papillon.


Charles PEGUY
Premier jour.

Comme elle avait gardé les moutons à Nanterre,
On la mit à garder un bien autre troupeau,
La plus énorme horde où le loup et l'agneau
Aient jamais confondu leur commune misère.

Et comme elle veillait tous les soirs solitaire
Dans la cour de la ferme ou sur le bord de l'eau,
Du pied même saule et du même bouleau
Elle veille aujourd'hui sur ce monstre de pierre.

Et quand le soir viendra qui fermera le jour,
C'est elle la caduque et l'antique bergère,
Qui ramassant Paris et tout son alentour

Conduira d'un pas ferme et d'une main légère
Pour la dernière fois dans la dernière cour
Le troupeau le plus vaste à la droite du père.


Etienne TORIELLI
Un petit jardin.

A l'ombre d'un jardin cachant son opulence,
La rose et le lilas, l'oiseau secrètement,
Attendaient-ils encore le doux chuchotement
Des caresses du soir au fond de l'indolence?

Dans ce calme abrité de toute turbulence,
Un écureuil furtif, à l'écoute un moment,
La fleur d'un papillon et son envol charmant
S'enivraient de la vie au velours du silence.

De quels élans sont faits les beaux jardins en fleurs
Si le soir qui s'y coule à l'écart des malheurs
Comme une étoile aux cieux les invite à se taire?

Dans ce petit jardin, abri d'un univers
L'amour écoutait-t-il, craintif et solitaire,
Le grand silence d'or où frémissaient ces vers?



Philippe DESPORTES
D'une fontaine

Cette fontaine est froide, et son eau doux-coulante,
À la couleur d'argent, semble parler d'Amour;
Un herbage mollet reverdit tout autour,
Et les aunes font ombre à la chaleur brûlante.

Le feuillage obéit à Zéphyr qui l'évente,
Soupirant, amoureux, en ce plaisant séjour;
Le soleil clair de flamme est au milieu du jour,
Et la terre se fend de l'ardeur violente.

Passant, par le travail du long chemin lassé,
Brûlé de la chaleur et de la soif pressé,
Arrête en cette place où ton bonheur te mène;

L'agréable repos ton corps délassera,
L'ombrage et le vent frais ton ardeur chassera,
Et ta soif se perdra dans l'eau de la fontaine.


Alfred de MUSSET

Que j'aime le premier frisson d'hiver! le chaume,
Sous le pied du chasseur, refusant de ployer!
Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume,
Au fond du vieux château s'éveille le foyer;

C'est le temps de la ville - Oh! lorsque l'an dernier,
J'y revins, que je vis ce bon Louvre et son dôme,
Paris et sa fumée, et tout ce beau royaume
(J'entends encore au vent les postillons crier),

Que j'aimais ce temps gris, ces passants et la Seine
Sous ses mille falots assise en souveraine!
J'allais revoir l'hiver. - Et toi, ma vie, et toi!

Oh! dans tes longs regards j'allais tremper mon âme;
Je saluais tes murs. - Car, qui m'eût dit, madame,
Que votre coeur si tôt avait changé pour moi?


Louise LABE

Pour le retour du soleil honorer,
Le Zéphir l'air serein lui appareille,
Et du soleil l'eau et la terre éveille,
Qui les gardait, l'une de murmurer

En doux coulant, l'autre de se parer
De mainte fleur de couleur non pareille.
Jà les oiseaux ès arbres font merveille
Et aux passants font l'ennui modérer;

Les Nymphes jà en mille jeux s'ébattent
Au clair de Lune, et, dansant, l'herbe abattent;
Veux-tu, Zéphir, de ton heur me donner,

Et que par toi me renouvelle?
Fait mon soleil devers moi retourner?
Et tu verras s'il ne me rend plus belle.



RONSARD

Ciel, air et vents, plains et monts découverts,
Tertres vineux et forêts verdoyantes,
Rivages tors et sources ondoyantes,
Taillis rasés et vous bocages verts,

Antres moussus à demi-front ouverts,
prés, boutons, fleurs et herbes rousoyantes,
Vallons bossus et plages blondoyantes,
Et vous rochers, les hôtes de mes vers,

Puisqu'au partir, rongé de soin et d'ire,
A ce bel oeil adieu je n'ai su dire,
Qui près et loin me détient en émoi,

Je vous supplie, Ciel, air, vents, monts et plaines,
Taillis, forêts, rivages et fontaines,
Antres, prés, fleurs, dites-le lui pour moi.


Paul VERLAINE

Le son du cor s'afflige vers les bois
D'une douleur on veut croire orpheline
Qui vient mourir au bas de la colline
Parmi la bise errant en courts abois.

L'âme du loup pleure dans cette voix
Qui monte avec le soleil qui décline
D'une agonie on veut croire câline
Et qui ravit et qui navre à la fois.

Pour faire mieux cette plainte assoupie
La neige tombe à longs traits de charpie
A travers le couchant sanguinolent,

Et l'air à l'air d'être un soupir d'automne,
Tant il fait doux par ce soir monotone
Où se dorlote un paysage lent.



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organisé par "l'ASSOCIATION INTERNATIONALE DES BELLES LETTRES"

L'Association Internationale des Belles Lettres organise son 8ème concours de poésie francophone avec pour premier prix l'édition d'un superbe recueil de vos poèes.

Thème libre (Poésie classique, néo-classique, poésie libre, nouvelle, poésie humoristique)

Renseignements :

Association Internationale des Belles Lettres
Mme Solange STRIMON
Présidente
62, rue Grignan
13001 MARSEILLE

ou par courriel : solangestrimon@orange.fr
ou : nnipab28@orange.fr
_____________________


LA PLUME ANGEVINE

Concours de poésie
(Les Jeux floraux d'Anjoiu sont ouverts jusqu'au 20 juin 2009)

Renseignements :

Mr Jean-Jaques JULLION
16, rue de Roc-Epine
49100 ANGERS

ou sur le site http://site.voila.fr/la.plume.angevine
_______________________


CONCOURS 2009 - APAC
Prix de poésie toutes catégorie
(Date limite des envoi : 30 mai 2009

Renseignements :

Mme Geneviève KORMANN
Association "Plumes à connaître"
34, route de Woippy
57050 METZ
______________________


SOCIÉTÉ DES POÈTES FRANÇAIS

Grand Prix annuel de poésie qui récompense des recueils édités ou nons parus en 2008. Règlement complet à :

Société des poètes français
16, rue Monsieur le Prince
75006 PARIS
ou sur le site www.societedespoetesfrancais.asso.fr
_____________________


CONCOURS DES POÉSIADES 2009

Date limite d'inscription : 31 décembre 2009

Renseignements :

Train de nuit,
Eole 1
37, chemin de Lestanquet
64 100 BAYONNE.
_____________________


GRAND PRIX NATIONAL DE POÉSIE

Poésie classique ; poésie néoclassique ; poésie libre.
Poésie célébrant les régions, les pays, la nature, l'humour, poésie coquine

Renseignements :

Les mots et les couleurs
6, rue de la pétanque
11 250 SAINT-HILAIRE
ou site : poetesenliberté.ski-blog.com
_____________________


ACADÉMIE OCTAEDE

26e concours de sonnets réguliers, ouvert jusqu'au 15 avril 2009

Nombreux prix de 350 à 100 €

Renseignements :

Mr J.-J Zunino-Gérard
Résidence Devant-Cille
13390 AURIOL
____________________


CONOURS DE POSIE organisé par "FLAMME VIVES DE LA POSIE 2009

Date limite d'inscription : 31 mai 2009

Renseignements :

Flammes vives
7 avenue Robert Schuman
95 130 LE PLESSIS BOUCHARD
_____________________


PRIX DE POÉSIE Maurice ROLLINAT

Renseignements :

Mme Mazrie-France GUERRIER
22, rue Esquirol
73 013 PARIS
_____________________


GRAND CONCOURS DE POE DE L'ETRAVE

Prix de la Pléiade (Edition de manuscrit)

Renseignements :

L'ETRAVE
21, rue des Veyrières
84 000 ORANGE
_____________________



samedi 7 mai 2005

Toute la presse poétique

Acheter




Sélection de revue poétiques francophones

UN CHOIX ÉCLECTIQUE SUR LES MEILLEURES REVUES ACTUELLES DE LA POESIE FRANÇAISE.


LA TOISON D'OR
Revue trimestrielle de littérature et de poésie
Contacter:
Société culturelle "Les Amis de la Poésie"
Chartreuse de Pécharmant
24100 BERGERAC

Revue SALON ORANGE
Ecrire :
Revue Salon Orange
75, bd PAUL Doumer
51100 REIMS

CAHIERS FRANCOIS VILLON
Contacter :
Monsieur J.N BAGLAN
17, rue de l'Orme
St Paterne
36100 ISSOUDUN

CAHIERS FRANCOPHONES
Contacter :
Cahiers francophones
Le Bourg
61400 Villers-sous-Mortagne

LE CERF-VOLANT
Contacter :
Le Cerf-Volant
40, rue de Bretagne
75003 PARIS

FUNAMBULE
Contacter:
Monsieur Jean MAUGER
15, place de Navarre
33600 RESSAC

GAZETTE BERRY-ORLEANAIS
Contacter:
Monsieur P. MORIMER
3, rue des Temples
45240 LA FERTE-St-AUBIN

JOURNAL A LYRE
Contacter:
Monsieur Eugène DELMASTRO
41, rue de New York
38000 GRENOBLE

VENT D'ANTAN
Contacter :
Madame Francine ARAGON
4, faubourg Lafeuillage
82700 MONTECH

L'ACONIQUE
Contacter :
Monsieur Roger AVAU
11, rue Martin Van Lier
B 1070 BRUXELLES.
BELGIQUE

AN AMZER
Nouveau format. Belle revue bien aérée
Contacter :
AN AMZER
BP 43
29280 PLOUZANE

LA BRAISE ET L'ETINCELLE
Contacter :
Monsieur Y.F. BOISSET
69, rue Michelet
92700 COLOMBES

CAHIERS FRANCOIS VILLON
Contacter :
Monsieur J.N. BAGLAN
17, rue de l'Ormes St Paterne
36100 ISSOUDUN

CAHIERS FRANCOPHONES
Contacter:
Madame Anne-Marie LOISEAU
Le Bourg
61400 VILLIERS-SOUS-MORTAGNE

ESSOR POETIQUE
De la très bonne poésie sur des sujets très variés. (Informations)
Contacter :
ESSOR POETIQUE
13, rue de la République
85000 La ROCHE-SUR-YON.

FORÊT DES MILLE POETES
"La charte de la poésie et de la culture"
Contacter :
Monsieur René VARENNES

13, rue Reugnier
03310 NERIS-LES-BAINS

VENT D'ANTAN
Contacter :
Francine ARAGON
4, faubourg Lafeuillade
82700 MONTECH
L'ETRAVE
Revue poétique de Poètes sans frontières"
Parution trimestrielle
Contacter:
Monsieur Vital Heurtebise
L'ETRAVE
Revue des Arts et des Lettres
8, avenue du Levant
11510 FITOU

Mensuel littéraire INEDIT NOUVEAU
Organe littéraire dirigé par le poète éditeur Paul Van Melle.
Contacter:
Mr Paul Van MELLE
(Inédit - Nouveau)
11, avenue du Chant d'oiseaux
1310 LA HULPE
BELGIQUE

Revue ARPA. Textes, poésie, articles littéraires.
Contacter:
Mr Jean Pierre FARINES
148, rue docteur Hospital
63100 CLERMONT-FERRAND

Revue CONFERENCE. (500 pages).Ne publie que de la poésie, littérature, philosophie et art.
Contacter:
CONFERENCE
25, rue des moines
77100 MEAUX

Revue COMME EN POESIE. Poèmes, actualités poétiques, notes critiques et iconoclastes.
Contacter:
Mr Jean Pierre LESIEUR
2149, avenue du tour du lac
40150 HOSSEGOR

LE PHENIX DU III° MILLENAIRE est la revue annuelle éditée par Solange STRIMON,
Présidente/fondatrice de la Société Internationale Les Belles Lettres> et Déléguée régionale pour la région PACA de La Société des Poètes Français.
En fait, il s'agit, comme chaque année, d'une véritable anthologie de 240 pages. (1 kilo 4 de lecture pour près de 200 poésies).
Une anthologie énorme au service de la qualité littéraire.
De nombreux auteurs récompensés par les plus hautes distinctions nationales et (ou) internationales ont fait confiance à Solange STRIMON (journaliste, polémiste, poète et peintre), auteur de plusieurs ouvrages et lauréate de nombreux grand prix. Quelques unes de leurs oeuvres figurent dans ce florilège.
Prix: 20 euros + 4,27 euros pour frais d'envoi.
A commander:
Madame Solange STRIMON
62, rue Grignan
13001 MARSEILLE

AMITIES LITTERAIRES DU GATINAIS
Contacter:
Amitiés Littéraires du Gâtinais
42, rue des Gillets
45210 FONTENAY SUR LOING

LE MONITEUR
Contacter:
Le Moniteur
Maison des Associations
4, rue Malraux
42000 SIANT ETIENNE

LE JOURNAL DE SAJAT
Contacter:
Mr Thiery SAJAT
18, rue P. Brossolette
94000 CRETEIL

AUJOURD'HUI POEME n°43 (paru)(Spécial Jean COCTEAU) septembre 2003
Contacter:
Aujourd'hui Poèmes
105, bd Haussmann
75008 PARIS

REVUE ECOLE DE LA LOIRE
Contacter:
Ecole de la Loire
1, place de la Grèvee
B.P. 111
41004 BLOIS-CEDEX

LA REVUE RENCONTRES ARTISTIQUES ET LITTERAIRES
Contacter:
Mr Paul JOLAS
18, rue Janvier
91700 SAINTE GENEVIEVE DES BOIS

http://echos-poetiques.net/textes/ecrire/images/bt_br.png [Saut de ligne] REVUE MIDI POESIE
Contacter:
Mr Robert BOUTET
Rédacteur en Chef
11, rue de Verdun
33360 CARIGNAN DE BORDEAUX

REFLETS DE LUCIOLES
Le numéro 3 (paru)d'une revue poétique, artistique et littéraire dirigée par Pierre BRANDAO l'un des principaux responsables du site incontournable sur la poésie: POESIRAMA:L'ENVERS DES RIMES.
Publication bi-mestrielle sur la poésie classique, néo-classique, libérée, prose poétique et sonnet. Dépéchez-vous de commander ces 3 premiers exemplaires avant qu'ils ne soient épuisés!
Contacter:
Monsieur BRANDAO Pierre
3, rue de la Mariennée
17140 LAGORD

AUJOURD'HUI POEMES
Revue de poésie contemporaine.
Contacter:
Aujourd'hui poème
105,bd Haussmann
75008 PARIS

ACTION POETIQUE
3, rue Pierre Guignois
94200 IVRY SUR SEINE

DIERESE
8, avenue Hoche
77330 OZOIR-LA-FERRIERE

RIMBAUD REVUE
B.P.49
22130 PLANCOËT

TRAVERSEES
Faubourg d'Arival, 43
B - 6760 VIRTON

POESIE TERRESTRE
B.P. 146
94733 NOGENT-SUR-MARNE Cedex

VIVRE EN POESIE
Club des Poètes
30, rue de Bourgogne
75007 PARIS

LES CAHIERS DE POESIE-RENCONTRE
61, avenue Sidoine Apollinaire
69009 LYON

ARCHIVES DE LA LITTERATURE. CENTRE INTERNATIONAL D'ETUDES POETIQUES.
Revue trimestrielle d'essais, de critiques, de poèmes inédits.
Contacter:
Bibliothèque Royale de Belgique
4, boulevard de l'Empereur
1000 BRUXELLES. BELGIQUE

SALON ORANGE n°107
Revue Poétique
Contacter:
Salon Orange
75, rue Paul Doumer
51100 REIMS

AU FIL DU MORBAS n° 39
Revue Poétique
Contacter:
Au fil du Morbas
24, rue des Bordes
94510 LA QUEUE-EN-BRIE

ROMAN PAYS
Revue Poétique
Contacter:
Roman Pays
17, rue Deceuter
B 1330 Rixenbart
BELGIQUE

LE COIN DE TABLE n° 14
Re vue Poétique
Contacter:
Le Coin de Table
11, bis, rue Ballu
75009 PARIS

PORTIQUE
Revue Poétique
Contacter:
Portique
"Le Théron"
84110 PUYMERAS

LE CERF-VOLANT
Revue Poétique
Contacter:
Le Cerf-Volant
27, rue Hermel
75018 PARIS

POESIE SUR SEINE
Revue Poétique
Contacter:
Poésie Sur Seine
13, place Charles De Gaulles
92210 SAINT CLOUD

LA REVUE DES POETES
http://echos-poetiques.net/textes/ecrire/images/bt_br.png [Saut de ligne] Revue Poétique
Contacter:
La Revue des Poètes
225, avenue Maréchal Foch
27130 VERNEUIL-SUR-ARVE

RENOUVEAU
Revue Poétique
Contacter:
Mme Aline MORZIER
28, route de Chancy
CH 1213 PETIT LANCY
SUISSE

ART ET POESIE DE TOURAINE
Revue Poétique
Contacter:
Art et Poésie de Touraine
9, square Rodin
37000 TOURS

L'AGORA
Revue Poétique
Contacter:
L'Agora
Société des Poètes Français
16, rue Monsieur le Prince
75006 PARIS

LA PLUME ANGEVINE
Revue Poétique
Contacter:
Monsieur Jean Jacques Jullion
54, rue Boisnet
49100 ANGERS

LES AMIS DE THALIE
Revue Poétique
Contacter:
Les Amis de Thalie
12, rue Beausoleil
87100 LIMOGES

ART ET POESIE
Revue Poétique
Contacter:
Art et Poésie
2, rue du Vieux Port
55190 PAGNY-SUR-MEUSE

L'ALBATROS
Revue Poétique
http://echos-poetiques.net/textes/ecrire/images/bt_br.png [Saut de ligne] Contacter:
L'Albatros
40, rue de Bretagne 75003 PARIS

http://echos-poetiques.net/textes/ecrire/images/bt_br.png [Saut de ligne] AUTRE SUD
Publication du Groupe Atres Temps
97, avenue de la Gouffanne
13009 MARSEILLE

POESIE 1
VAGABONDAGES
Revue trimestrielle publiée par le Cherche-Midi.
23, rue du Cherche-Midi
75006 PARIS

ASSOCIATION POETIQUE HENRI POURRAT
Revue poétique
Contacter:
Association Poétique Henri POURRAT
Mairie
63240 LE MONT-DORE

2000 REGARDS
Revue poétique
Contacter:
2000 REGARDS
30, chemin du Belvédère
69340 FRANCHEVILLE

LE JOURNAL A LYRE
Revue poétique
Contacter:
Mr Eugène DELMASTRO
32, rue Lavoisier
38100 GRENOBLE

AMITIES LITTERAIRES DU GÂTINAIS
Revue poétique
Contacter:
Amitiés Littéraires du Gâtinais
42, rue des Gillets
45210 FONTENAY SUR LOING

ECOLE DE LA LOIRE
Revue poétique
Contacter:
Ecole de la Loire
1, place de la Grève
B.P. 111
41004 BLOIS-CEDEX

RENCONTRES EUROPEENNES
Revue poétique
Contacter:
Rencontres Européennes
2, rue Michelet
93100 MONTREUIL-SOUS-BOIS

LES COULISSES
Revue poétique
Contacter:
ARTS ET LETTRES DE FRANCE
61, rue Kléber
33800 BORDEAUX

TRILLES - S.P.A.F.
Revue poétique
Contacter: Mr Auguste PRAUD
11, rue Paul Gauguin
85000 LA ROCHE SUR YON

LES CEPHEIDES
Revue poétique du Conservatoire de la Poésie Classique Française
Contacter:
Revue du Conservatoire de la Poésie Classique Française
22, rue Esquirol
75013 PARIS

LETTRES ET ARTS SEPTIMANIENS
Revue poétique
Contacter:
Lettres et Arts Septimaniens
Bibliothèque Municipale
31, rue Jean Jaurès
11100 NARBONNE

CAHIER POETIQUE DE FLAMMES VIVES
Revue poétique
Contacter:
Mr Jean AUBERT
22, rue du Docteur Bénasson
95410 GROSLAY

VOLUTES
Cahier du Cercle Angevinde Poésie
Contacter:
Cahier du Cercle Angevin de Poésie
34, boulevard du Roi René
49100 ANGERS

mercredi 4 mai 2005

La versification.




LES REGLES ESSENTIELLES DE LA PROSODIE CLASSIQUE A L'USAGE DES POÈTES


Règles essentielles.



Il existe, en français, des vers de douze syllabes comme des vers composés d'une syllabe, et de tous les nombres de pieds intermédiaires. Les poètes symbolistes ont usé des vers de treize syllabes; mais ils sont d'un rythme peu net, hésitant et qui ne satisfait pas l'oreille. Les vers de douze syllabes, ou alexandrins - parce que le "Roman d'Alexandre", au XIIe siècle, l'a popularisé - est par excellence le vers de l'épopée et de la tragédie, du poème didactique, du sonnet:

J'irai, j'irai porter ma couronne effeuillée
Au jardin de mon père où revit toute fleur ;
J'y répandrai longtemps mon âme agenouillée :
Mon père a des secrets pour vaincre la douleur.

(Marceline Valmore. Poésies inédites. 1860)


Lorsque avec ses enfants, vêtus de peaux de bêtes,
Echevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva
Au bas d'une montagne, en une grande plaine.

(Hugo. La légende des siècles)


Il n'est point de serpent ni de monstre odieux,
Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux.

(Boileau. Arts poétiques)


Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, et vous émerveillant;
"Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle."

(Ronsard. Sonnets pour Hélène)
.


Le DECASYLLABE (10 pieds), et l'OCTOSYLLABE (8 pieds)
sont, depuis le XVIIe siècle, plutôt réservés à la poésie légère et familière:

Quand nous habitions tous ensemble
Sur nos collines d'autrefois,
Où l'eau court, où le buisson tremble,
Dans la maison qui touche au bois,
Elle avait dix ans, et moi trente.

(Hugo. Contemplations)


Jamais, jamais, ne puissiez-vous, mon cœur,
De cet ingrat éprouver la feintise,
Plutôt la flamme en mon courage éprise
Brûle mes os d'éternelle rigueur ;

(Madeleine de l'Aubespine. 1546 – 1596)



Les vers de 6 SYLLABES et de 8
se rencontrent fréquemment, alternant avec des alexandrins :

Les mois, les jours, les flots des mers, les yeux qui pleurent
Passent sous le ciel bleu;
Il faut que l'herbe pousse et que les enfants meurent,
Je le sais, Ô mon Dieu.

(Victor Hugo)



Les vers de 6 SYLLABES :

Employés seuls, sont moins fréquents, parce que, sans doute, ils paraissent deux moitiés d'alexandrins :

Du fond de ma pensée,
Au fond de tous ennuis,
A toi s'est adressée
Ma clameur, jours et nuits.

(Marot)



LES RYTHMES IMPAIRS
LES VERS DE 11 et 9 PIEDS SONT ASSEZ RARES.

Et c'est la nuit, la nuit bleue, aux mille étoiles,
Une campagne évangélique s'étend
Sévère et douce, et, vagues comme des voiles,
Les branches d'arbre ont l'air d'aller s'agitant.

(Verlaine)


De la musique encore et toujours!
Que ton vers soit la chose envolée,
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.

(Verlaine)



LES VERS DE 7 SYLLABES SONT FREQUENTS

Grâce au Filles de mémoire,
J'ai chanté des animaux;
Peut-être d'autres héros
M'auraient acquis moins de gloire.

(La Fontaine)



LES VERS DE 5 SYLLABES SONT ASSEZ RARES. Il s'agit plutôt de vers de chanson.

L'automne et le vent
Qui berce les feuilles
Aujourd'hui t'accueillent
Toi, qui vas, rêvant.

(F. Carco)



Au- dessous de cinq pieds ce sont des vers de virtuosité. Dans les Djinns de Victor Hugo, des vers de 2, 3 et 4 syllabes commencent et terminent le poème.

Murs, ville,
Et port,
Asile,
De mort,
-------------

Dans la plaine
Naît un bruit.
C'est l'haleine
De la nuit.
-------------

La voix plus haute
Semble un grelot.
D'un nain qui saute
C'est le galop.

(Victor Hugo. Les Djinns)



Mais ces vers courts se rencontrent souvent après un vers plus long pour produire un effet pittoresque ou de surprise.

L'homme au trésor arrive, et trouve son argent
Absent.

(La Fontaine)



Parfois ils alternent régulièrement dans les strophes avec des vers plus longs:

Sculpte, lime, cisèle;
Que ton rêve flottant
Se scelle,
Dans le bloc résistant.

(Théophile Gautier)


LA RIME

La rime est le retour, à la fin de deux vers consécutifs ou proches, de la dernière syllabe accentuée. On peut définir encore la rime comme un élément sonore qui crée des échos entre les fins de vers. On distingue les rimes en : féminines et masculines, selon que la dernière syllabe accentuée est suivie ou non d'une muette (syllabe ou simple (e) muet). Si la dernière syllabe accentuée est complètement la même, c'est-à-dire articulée par la même consonne, dite "consonne d'appui", la rime est dite riche. Quand le retour n'est pas accompagné des mêmes consonnes, on parle "d'assonance", et non plus de rime.

Quand reverrai-je, hélas! de mon petit village
Fumer la cheminée? et en quelle saison (rime riche)
Reverrai-je le toit de ma pauvre maison, (rime riche)
Qui m'est une province, et beaucoup davantage?

(Du Bellay. Regrets)


Une feuille morte tombe, puis une autre des platanes (assonance)
Dont la cime ou soleil semble de corne pâle. (assonance)
Et j'entends des cailloux, froids que les hommes cassent. (assonance)

(Francis Jammes. De l'Angelus de l'Aube...)



A la poursuite de la rime riche et des combinaisons nouvelles de rimes s'acharnaient les versificateurs de la fin du XVe et du début du XVIe siècle; leur ingéniosité aboutissait à d'adroits jeux de mots :

Je n'ai souci si boeuf ou "vache arrête",
Je n'ai le heurt quand vient ou "va charrette".

(G. Crétin)



Jeux qui ne furent jamais tout à fait abandonnés, témoin le distique drolatique d'Alphonse Allais:

Gal, amant de la reine, alla, tour magnanime,
Galamment, de l'Arène à la Tour Magne, à Nîmes.



Heureusement ces "rhétoriqueurs" et leurs vers "équivoqués" furent jetés dans l'oubli par les vrais poètes qui les suivirent. Les romantiques, au XIXe siècle donnèrent à la rime une attention particulière: excessive peut-être, dans leurs drames du moins, où la beauté sonore des rimes en vient à intéresser seule le spectateur - et à le fatiguer. Sur la qualité de la rime, les meilleures exigences des théoriciens reviennent à dire qu'il faut rimer pour l'oreille, non pour les yeux.

Qu'est-ce que les rimes homophones et les rimes homographes?

-Les rimes "homophones" sont des rimes identiques phonétiquement (à l'oreille) mais qui ont une orthographe différente:

-Oui deux mots, le silence même,
-Un regard distrait ou moqueur,
-Peuvent donner à qui vous aime
-Un coup de poignard dans le coeur.

Alfred de Musset.


"même" et "aime" , tout comme "moqueur" et "coeur" riment parce que le son est identique, bien que l'orthographe soit différente. -Les rimes "homographes" sont des rimes dont le son et l'orthographe sont identiques:
étouf(fée)/(fée); cou(leur)/f(leur).

-Son visage était triste et (beau),
-A la lueur de mon flam(beau),
-Dans mon livre ouvert il vint lire.
-Il pencha son front sur sa (main),
-Et resta jusqu'au lende(main),
-Pensif, avec un doux sourire.

Alfred de Musset.




Dans la suite d'une pièce de vers, les syllabes qui offrent à l'oreille le plus d'intérêt sont bien entendu les rimes. Les combinaisons des rimes méritent une étude particulière. Le principe en vigueur depuis de XVIe siècle pour la succession des rimes est le principe de "l'alternance" des féminines et des masculines: une rime masculine ne peut être immédiatement suivie d'une rime masculine différente; et deux rimes féminines différentes ne peuvent se succéder immédiatement. - Tel est le principe, non la règle; mais le principe si bien établi, que, lorsqu'un poète s'en écarte c'est avec l'intention de produire un effet plus net soit de douceur soit de rudesse:

Ecoutez la chanson bien douce
Que ne pleure que pour vous plaire;
Elle est discrète, elle est légère:
Un frisson d'eau sur de la mousse.

(Verlaine)

Mais tes fils, les chasseurs de loups,
Sont tombés purs et sans remords,
Ils étaient mille, et sous leurs coups
Dix-huit cents Prussiens sont morts.

(Th. De Banville)



On distingue les rimes, selon leur disposition, en rimes "continuées", "plates", "croisées", "embrassées", "redoublées", "tiercées", "mêlées". On trouve les rimes continues dans les couplets ou laisses monorimes de la "Chanson de Roland", et dans les pièces badines du XVIIe ou du XVIIIe siècle:

Or nous fûmes au Château d'If.
C'est un lieu peu récréatif
Défendu par le fer oisif
De plus d'un soldat maladif.

(Le Franc De Pompignan)



Les "rimes plates" sont celles de nos tragédies et comédies classiques, des épitres de Boileau, etc.

Avant qu'un peu de terre, obtenu par prière,
Pour jamais sous la tombe eût en fermé Molière,
Mille de ses beaux traits, aujourd'hui si vantés,
Furent des sots esprits, à nos yeux, rebutés.

(Boileau. Epître à Racine)



Les rimes "croisées" alternent un vers à rime féminine avec un vers à rime masculine:

La foule des vivants rit et suit sa folie,
Tantôt pour son plaisir, tantôt pour son tourment;
Mais par les morts muets, par les morts qu'on oublie,
Moi, rêveur, je me sens regardé fixement.

(Victor Hugo. Les Rayons et les Ombres)



Voici un exemple de rimes dites "embrassées":

Hier j'étais puissant; hier trois officiers,
Immobiles et fiers sur leur selle tigrée,
Portaient, devant le seuil de ma tente dorée,
Trois panaches ravis aux croupes des coursiers.

(Victor Hugo. Les Orientales)



La rime "redoublée" fréquente chez les romantiques, se trouve chez les élégiaques du XVIIe et du XVIIIe siècle:

D'un Dieu, maître de tout, j'adore la puissance;
La foudre est en ses mains, la terre est à ses pieds:
Les éléments humiliés
M'annoncent sa grandeur et sa magnificence.
Mer vaste, vous fuyez!

(Chaulieu)



Dans les rimes "tiercées", le premier groupe de trois vers présente deux vers à rime masculine, embrassant un vers à rime féminine; puis viennent, sur cette rime féminine, les vers 1 et 3 du second tercet, dont le vers 2 est sur la rime masculine du troisième tercet:

Depuis le premier jour de la Création (A)
Les pieds lourds et puissants de chaque Destinée, (B)
Pesaient sur chaque tête et sur toute action. (A)

Chaque front se courbait et traçait sa journée, (B)
Comme le front d'un boeuf creuse un sillon profond (C)
Sans dépasser la pierre où sa ligne est bornée.(B)

Ces froides déités liaient le joug de plomb (C)
Sur le crâne et les yeux des hommes leurs esclaves, (D)
Tous errants, sans étoile, en un désert sans fond ! (C)

(Vigny. Les Destinées)



Les rimes "mêlées" n'ont d'autre loi que celle de l'alternance.


LES STROPHES

La phrase poétique prend le nom de strophe lorsqu'elle groupe régulièrement un certain nombre et certains styles de vers au cours d'un poème lyrique. Il y a des strophes de deux vers (distiques):

Des anges moissonnaient à l'heure où bout la ruche.
On voyait sous un arbre et dans l'herbe leur cruche.
On eût dit que le ciel aspirait de l'amour
Au-dessus des épis débordant le labour.

(Francis Jammes. Géorgiques Chrétiennes)



Il y en a de trois (tercets), quatre (quatrains), cinq (le quintil), six vers (sizains), et plus. La plupart des combinaisons ont été trouvées par les poètes de la Pléiade. L'important est que la strophe chante, comme Ronsard la fait chanter, ou Hugo ou Francis Jammes:

La belle fiancée aura
Son capulet qui rougira
Et son châle qui pointera,
Et que la moisson ornera.
Sa paire de sabots luira.
Sa robe se relèvera
Avec deux larges bandes bleues
Comme d'un papillon à queue.

(F. Jammes. Ma France poétique)


Chastes buveuses de rosée,
Qui, pareilles à l'épousée,
Visitez les lys du coteau,
O soeurs des corolles vermeilles,
Filles de la lumière, abeilles,
Envolez-vous de ce manteau!

Victor Hugo. Châtiments)


Ondes, sans fin vous promenez
Et vous menez et ramenez
Vos flots d'un cours qui ne séjourne,
Et moi, sans faire long séjour,
Je m'en vais de nuit et de jour,
Au lieu d'où plus on ne retourne.

(Ronsard. A Cassandre).


LE SONNET

Le sonnet a été introduit en France au début du XVIe siècle, après une éclipse au XVIIIe siècle, il a refleuri au XIXe siècle, chez les Parnassiens et, généralement, chez les poètes humanistes, qui ont d'ailleurs substitué, à la forme classique du sonnet, une forme dite "moderne", par une modification apportée à la distribution des rimes dans le "dernier tercet" (distribution classique : (e), (e), (d); distribution moderne : (e), (d), (e).

(A) Lorsque Ronsard vieilli vit pâlir son flambeau
(B) Et connut le néant des gloires passagères,
(B) Il voulut échapper aux amours mensongères
(A) Et d'une chaste fleur couronner son tombeau.

(A) Faisant don de sa muse et de son coeur nouveau
(B) A la jeune vertu d'Hélène de Surgères,
(B) Il confia ce nom à des rimes légères
(A) Et son dernier amour ne fut pas le moins beau.

(C) Ils se plaisaient ensemble à fur les Tuileries
(C) Et devisaient d'Amour sur les routes fleuries,
(D) D'Amour, honneur des noms qu'il sauve de périr.

(E) Le poète songeait, triste qu'elle fût belle,
(D) Alors qu'il était vieux, et qu'il allait mourir;
(E) - Mais elle souriait, se sachant immortelle.

(P. De Nolhac. Sonnet pour Hélène)



Ce sonnet d'un poète moderne est conforme aux modèles classiques du sonnet: par l'impression de parallélisme surtout, que donnent ses deux quatrains; par ses rimes aussi, toutes riches ou à peu près. Et il est bien poétique à la française, par son chant mesuré, d'une harmonie fine et souple.


DIERESE ET SYNERESE

Dans le langage courant, lorsqu'il y a deux voyelles en contact à l'intérieur d'un mot, celles-ci ne prononcent généralement en une seule syllabe:

Fier, pion, biais, lion, plier.



Dans la poésie, elles peuvent se prononcer soit en une seule syllabe, soit en deux syllabes. Lorsque les voyelles se prononcent en "une seule syllabe" il y a "synérèse"

. Exemple ci-dessous:

-"Car je ne suis qu'un pion sur l'échiquier du temps".

"pion" compte pour une seule syllabe.

Il y a "diérèse" quand les voyelles se prononcent en deux syllabes. Exemple ci-dessous:

-Aujourd'hui nous ri/ons, demain nous pleurerons.

"rions" compte pour deux syllabes.

Afin de pouvoir distinguer une synérèse d'une diérèse il suffit de comparer le nombre de syllabes du vers à celui des vers environnants.

Exemple ci-dessous:

-Elle avait des accents d'harmonieux amours,
-Que je buvais du coeur en jouant dans la cour...


Etant donné que le second vers compte douze syllabes, le premier en a normalement douze aussi: il faut donc compter "ni/eux" pour deux syllabes. Il y a diérèse.


LES ACCENTS DES MOTS

Dans les mots comportant plusieurs syllabes, certaines sont plus marquées que d'autres. Elles s'entendent davantage:

- Enclos, marteau, laurier, fromage.
-En(clos), mar(teau), lau(rier), fro(ma)ge.


Ces syllabes sont "accentuées"; on dit aussi "toniques". Les autres sont appelées "atones".

Lorsqu'un mot se termine par un "e" muet, l'accent tonique porte sur "l'avant dernière syllabe". On dit que ce mot à une terminaison "féminine. Exemple ci-dessous:

- Une as"per"ge, une i"ma"ge.

Quand un mot ne se termine pas par un "e" muet, l'accent tonique porte sur la "dernière syllabe". On dit que le mot à une terminaison "masculine".

Exemple ci-dessous:

- Le tra"cas", une orai"son".


LA CESURE

Dans les vers longs, lorsqu'une coupe plus marquée sépare les mesures du vers, elle prend le nom de "césure". Elle divise le vers en deux "hémistiches". Hémistiche signifiant moitié de vers.

Sauf dans le cas de l'alexandrin, la place de la césure n'est pas fixée. Elle coïncide avec l'organisation syntaxique (groupe sujet/groupe verbal, deux indépendantes, etc...)

Exemple dans une décasyllabe :

- C'est là que notre vie ayant été semée...
- C'est là que notre vie (premier hémistiche) ayant été semée (2ème hémistiche)


Exemple dans un octosyllabe:

- Mais l'idée//illumine et luit.
- Mais l'idée (premier hémistiche) illumine et luit (2ème hémistiche).


Autre exemple:

- L'obscurité// contre le monde...
- L'obscurité (premier hémistiche) contre le monde (2ème hémistiche).



L'ALEXANDRIN (LA CESURE A L'HEMISTICHE)

L'alexandrin classique est composé de "quatre accents d'intensité" répartis en "deux accents principaux" sur la "sixième" et la "douzième" syllabe (à la césure et à la rime), et "deux accents secondaires".

La césure, placée après la sixième syllabe, coupe le vers en deux hémistiches.

Exemple:

- Se chercher, s'entrevoir// N'est-ce pas tout se dire.
- Se cher"cher", s'entre"voir"//, n'est-ce "pas" tout se "di"re.


La place qu'occupe les accents principaux est fixe, mais celle appartenant aux accents d'intensité secondaires est libre, cela permet au versificateur de varier, comme il l'entend, le rythme du vers qui est produit par le retour de ces quatre temps.

- Et comptez-"vous" pour "rien"//"Dieu" qui combat pour "nous?
- "Dieu" qui de l'orphe"lin"//pro"tè"ge l'inno"cen"ce!


Dans l'exemple du premier vers les accents secondaires tombent sur "vous" et "Dieu". On obtient donc un rythme 4/2/1/5.
Dans l'exemple du second vers les accents secondaires se positionnent sur "Dieu" et pro"tè"ge; on obtient un rythme 1/5/2/4.


RIMES HOMOPHONES

Les rimes homophones sont des rimes identiques "phonétiquement" (à l'oreille) mais qui ont une orthographe différente:

-Mes vers fuiraient, doux et fr(êles)
-Vers votre jardin si beau,
-Si mes vers avaient des (ailes)
-Des ailes comme l'oiseau.

Victor Hugo.



"êles" et "ailes" riment parce que le son est identique, bien que la graphie soit différente.


RIMES HOMOGRAPHES

Les rimes homographes sont des rimes dont le "son" et l"orthographe" sont "identiques". Les meilleures rimes sont homographes.

-Son visage était triste et "beau";
-A la lueur de mon flam"beau",
-Dans mon livre ouvert il vint lire.
-Il pencha son front sur sa "main",
-Et resta jusqu'au lende"main",
-Pensif, avec un doux sourire.



RIMES MASCULINES ET FEMININES

Les rimes qui se terminent par un "e" muet sont dites "rimes féminines" (fête, épithète). A l'inverse, les rimes terminées par un son "fort" ou accentué (bal, animal) sont dites "rimes masculines". Il convient de noter que les notions de féminité et de masculinité employées en versification ne font aucune référence à la terminologie grammaticale. C'est uniquement la présence ou non du "e" muet qui détermine, en quelque sorte, le "sexe" de la rime, et non pas le genre des mots employés.

Exemple:

Les termes "cargaison", contravention", fournissent des "rimes masculines" bien que grammaticalement féminins.
Les termes "concertiste", "collège", "élastique", "dentifrice" fournissent des "rimes féminines" bien que grammaticalement masculins.


L'APOCOPE

Depuis l'apparition des symbolistes, en poésie moderne, on peut procéder à l'élision du "e" à l'hémistiche dans un alexandrin. La poésie du XXIe siècle appelle une métrique et une stylistique quelques peu différentes. Ainsi, de plus en plus, le poète actuel s'inspirant malgré tout du classique, établit son rythme sur les sonorités perçues par l'oreille, en arrive à ne plus tenir compte de ce "e" muet en pratiquant l'apocope.

Bien entendu, cette élision sous-entendue du "e" muet ne doit être ni abusive ni artificielle. L'apocope (suppression à la fin du mot) à l'hémistiche de l'alexandrin ne choque plus. De même après la coupe d'une césure suffisamment marquée.

- Une femme est plus belle(e)/que le monde où je vis.
Paul Eluard


Elle s'effectue, tout naturellement, avec les mots usuels comme : elle, celle, quelle, telle, cette, toute, une, même, comme.

Elle est particulièrement heureuse quand elle affecte un mot terminé par un "l" mouillé.

- Leur chair / entre les feuill(es) / s'abîmait / en rosée.
Paul Fort



SOUPLESSE D'ECRITURE

Comme l'écrit Gilles SORGEL dans son "TRAITE DE PROSODIE CLASSIQUE A L'USAGE DES CLASSIQUES ET DES DISSIDENTS" : "Il est indéniable que nombre de règlementations classiques ne sont plus de notre siècle par leurs interdictions contraires à la notion même de la rime qui est une question de son, par les obligations qu'elles entraînent et qui paralysent". [fin de citation]

On remarquera que même chez les grands classiques, certains ont pris quelque liberté assez peu conformes aux règles en vigueur de la rime, et que le grand MOLIERE fait rimer "cher" et "toucher", tandis que l'illustre CORNEILLE fait accorder "enfer" et "triompher".

Charles BAUDELAIRE n'a-t-il pas fait rimer aimer avec mer dans le quatrain suivant:

- Elle était donc couchée, et se laissait aimer,
- Et du haut du divan elle souriait d'aise
- A mon amour profond et doux comme la mer,
- Qui vers elle montait comme vers sa falaise.


En fait, comment ne pas concevoir que faufiler et jubilé ne puissent rimer ensemble? Pourquoi les considèreraient-on comme des rimes contradictoires alors que ces mots se prononcent de la même façon et de la meilleure manière qui soit?

Dans le même ordre d'idée, pourquoi se refuserait-on de marier les singuliers et les pluriels s'ils ont la même consonance? surtout si l'ensemble est renforcé, au long du vers par des assonances et des allitérations qui forment échos et créent l'harmonie de l'ensemble comme le dit encore Gilles SORGEL.

Une rime masculine ne peut être suivie immédiatement d'une rime masculine différente, et deux rimes féminines différentes ne peuvent se succéder immédiatement. Mais ne serait-ce pas respecter l'esprit de la règle que de faire alterner des rimes par alternance consonantique et vocalique?

VERLAINE fait, dans le quatrain suivant, rimer consécutivement quatre rimes féminines:

- L'ombre des arbres dans la rivière embrumée
- Meurt comme de la fumée.
- Tandis qu'en l'air, parmi les ramures réelles,
- Se plaignent les tourterelles.

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Sources : "Traité de Prosodie à l'usage des classiques et des dissidents", de Gilles SORGEL.

"La Poésie". De Jean Louis JOUBERT. Ed. Armand COLIN. 1998.

"La versification". De Anne-Simone DUFIEF. Ed. HATIER. 1997.


L'intertextualité

PREMIÈRE PARTIE



L’intertextualité pourrait se définir, pour la limpidité du terme, et dans sa plus simple représentation, comme l’idée corroborée que tout s’appuie, en écriture, dans l’art, consciemment ou non, sur les bases que nul texte ne peut s’écrire indépendamment de ce qui a été déjà consigné dans notre mémoire par des écrits antérieurs émis par d’autres auteurs et que notre plume se nourrit, à notre insu, de tout texte qui l’a précédé. Voilà pour la définition élémentaire.

Comme disait Bakhtine, dans sa « théorie de la littérature », éditions du Seuil, 1965, page 50. - "Notre pensée ne rencontre que des mots déjà occupés, et tout mot, de son propre contexte, provient d’un autre énoncé déjà marqué par l’interprétation d’autrui."

Notre mémoire a cette faculté, dans les méandres de son acuité sensorielle, d’un eidétisme nous permettant la reviviscence, autrement dit l’éveil d’états de conscience déjà éprouvés..

On peut distinguer deux sortes d’intertextualité:

-« L’intertextualité aléatoire » qui pourrait se traduire par la simple relation qu’établit le lecteur potentiel entre des textes que sa mémoire et ses connaissances enregistrent et lui présentent à l’esprit. -« L’intertextualité obligatoire », autrement dit celle qui, dans un texte, laisse une trace « indélébile » dont l’évocation est nécessaire pour la lecture.

Il faut, toutefois, noter que ce second mode d’intertextualité pose, en certaines circonstances, le problème du « plagiat » ou de « l’emprunt». Il peut y avoir, bien entendu, et il ne faut pas le négliger, dans certains cas, un rapprochement que l’on pourrait considérer comme ludique et volontaire. On retrouve cela surtout en poésie.

C’est pourquoi il me paraît indispensable de faire une parenthèse avec cet éternel retour des mots, des pensées, des citations, des expressions et des anecdotes que l’on rencontre dans le plagiat.

Reconnaissons-le, tout mot, depuis que le monde existe, chacun copie sur l’autre, imite, pastiche, emprunte, s’inspire, vole (ce qui est plus grave) ou plagie.

Jean Giraudoux est on ne peut plus clair sur le sujet quand il écrit :

-« Le plagiat est la base de toutes les littératures, excepté de la première, qui d’ailleurs est inconnue ».

Térence l’affirmait déjà, plus d’un demi siècle et demi avant notre ère :

-« Rien n’est dit qui n’ai été dit »

. Rendre à César ce qui est à César est indiscutable sur le plan déontologique, mais, sincèrement, en quelle vertu et de quel principe devrait-on également accorder au simple et médiocre écrivain venu un droit exclusif sur son ouvrage ?

Les idées n’appartiennent-elles pas à tout le monde ? Qui peut en revendiquer la paternité puisque nous travaillons tous dans le même sens, en ce qui concerne l’écriture. Je réponds : personne !

Toute idée viendrait-elle trop tard, pour nous contemporains, et depuis qu’il y a des hommes qui cherchent, qui réfléchissent et qui écrivent ?

Le cynique Piron ne craignait pas, en quelques vers, d’exprimer fort joliment ce concept et d’égratigner les hommes d’esprit quand il écrivait :

- « Nos aïeux ont pensé presque tout ce qu’on pense
- Leurs écrits sont des vols qu’ils nous ont faits d’avance.
- Mais le remède est simple : il faut faire comme eux :
- Ils nous ont dérobé…dérobons nos neveux ! »


Historiquement, le plagiat s’est toujours pratiqué et sous toutes ses formes, même si certains auteurs en minorent le principe avec force argumentation à l’appuie, ils n’en sont pas moins à l’abri, eux-mêmes, rare étant l’improbable dans une telle accusation.

Virgile n’a-t-il pas copié quelques vers de l’œuvre du poète Quintus Ennius ? Shakespeare, lui même, le grand Shakespeare n’a-t-il pas utilisé de vieux canevas de drames ? Et Molière s’est bien inspiré des comédies de Plaute et de Térence, ainsi que La Fontaine des fables d’Esope, tout comme Corneille et Racine ont porté sur la scène française les principaux thèmes des grandes tragédies grecques ou latines.

De nos jours on peut retrouver dans l’un des « Contes » de Pound un long fragment de « L’Odyssée », lui servant d’introduction. Il est indéniable que l’œuvre de T.S Eliot reproduit des vers de Goldsmith, de Baudelaire et de Verlaine. Tout comme Michel Butor, dans « Intervalle », dissémine, tout au long de « son œuvre » des fragments de « Sylvie », de Gérard de Nerval. Mais Butor contourne à son avantage le problème en ne démarquant ni ne référençant les passages cités, ce qui, soit dit en passant, mutile le texte originel de Nerval, privé ainsi de son identité.

Le plagiait, ici, est donc représenté comme un travail de « correction de texte ». On s’approprie l’œuvre d’un auteur en en renversant la signification. (Belle pirouette !)

Ainsi, dans cet ordre d’idées, « Les poésies » offrent le décalque négatif, pourrait-on dire, des maximes de Pascal, de la Roche Foucauld ou de Vauvenargues. Un seul qualificatif pour ce genre d’exercice : l’œuvre est « manipulée ».

Les « Chants de Maldoror » constituent l’un des summums du « plagiat », Lautréamont s’appropriant des pans entiers de discours, sans aucune pudeur.

L’œuvre, comme on peut s’en rendre compte, n’est donc pas forcément la pure création de l’écrivain ; à la limite, son intervention se réduit à la combinaison des fragments qu’il a récupérés. Sa nécessité, par conséquent, n’est pas préalable à sa réalisation.

Je pense, néanmoins, que dans les cas précités, les œuvres qui ont servi de source d’inspiration ont été transcendées, pour certaines, et magnifiées par le génie de grands auteurs et n’ont plus grand chose à voir avec les productions originelles, si ce n’est l’exception pour « Les chants de Maldoror. »

Un exemple suffira. Dans son épigramme contre Fréron, le quatrain suivant, admirable modèle d’assassinat par correspondance, a consacré Voltaire au panthéon des écrivains satiristes :

- « L’autre jour, au fond du vallon
- Un serpent mordit Jean Fréron ;
- Devinez ce qu’il arriva ?
- Ce fut le serpent qui en creva. »


Bravo monsieur Voltaire pour ces vers spirituels…mais un siècle avant Voltaire, on pouvait déjà lire dans « Epigrammatus selectus » (1659ç la libre traduction inspirée d’un distique latin :

- « Un gros serpent mordit Aurelle - Que croyez-vous qu’il arriva ? - Qu’Aurelle en mourut ? – Bagatelle ! - Ce fut le serpent qui creva. »

Etrange coïncidence, ne trouvez-vous pas ? On pourrait, bien entendu, comme on dit de nos jours, plaider la prescription…mais cela terni un peu, tout de même, l’auréole sacrée dont s’entourait le front réputé immaculé de Voltaire.

Je voudrais conclure cet aparté en disant qu’on peut quand même considérer que le plagiat n’est pas un crime, de même que tout plagiaire n’est pas à prendre. Seul est grave et répréhensible le « vol » volontaire consistant à s’emparer du talent d’autrui afin de s’en attribuer, à ses fins, le mérite…ou le profit. (Parfois les deux à la fois.) Pour ma part, je m’en tiendrais à considérer qu’en certaines circonstances certains « emprunts » peuvent se révéler bénéfiques dans la mesure où ils permettent à l’œuvre d’auteurs tombés pratiquement dans l’oubli de refaire surface à la lumière de l’actualité. Attention aux abus, tout de même, et ne considérons que le fait que par delà les siècles, « un plagiat honnête » peut entretenir une « collaboration » intemporelle entre les écrivains d’hier et ceux d’aujourd’hui.

Pour en revenir à l’intertextualité, on a souvent dit qu’il s’agissait « d’un écho » de la mémoire. Le style, comme l’art, nous donne la sensation de l’individualité. Si on approfondit la réflexion, on se rend compte que l’écriture est la perpétuelle relation de co-présence entre plusieurs textes, c’est-à-dire, éidétiquement et très souvent, par la présence effective d’un texte dans un autre. De façon plus explicite, il s’agit de la pratique consciente ou inconsciente de la citation, avec guillemets et avec ou sans référence précise.

En ce sens, l’allusion, autrement dit un énoncé dont la pleine intelligence suppose la perception et le support d’un rapport entre lui et un autre, renvoie obligatoirement telle ou telle de ses inflexions qui, autrement, serait non recevable. « Le propre de l’intertextualité est d’introduire une notion à un nouveau mode de lecture faisant éclater la linéarité du texte, » comme écrit Laurent Jenny.

Chaque référence intertextuelle est le lieu d’une alternative : ou bien poursuivre tranquillement la lecture en n’y observant qu’un « fragment » comme un autre, qui fait partie intégrante de la syntagmatique du dit texte, ou bien, approfondir, et retourner (retrouver) le texte d’origine. Dans ce choix, le lecteur peut être le complice du narrateur ou de l’auteur ; être soumis en tant qu’interprète et capable de percevoir ce qui n’est dit qu’à mots couverts et en comprendre cette sorte de parole ou de pensée « oblique » (comme il est conventionnel de dire) qui use de l’intertexte comme une sorte de voile à lever, ou d’un code à décrypter. Le lecteur entre alors dans le jeu et joue (consciemment) le rôle que le texte lui assigne. On le conçoit aisément, l’intertextualité implique une large part d’interprétation, une sorte de complicité, parfois équivoque, c’est vrai, mais condition nécessaire pour la compréhension.

Il ne s’agit en aucun cas d’une lecture savante, comme on pourrait le penser, qui commande l’interprétation de l’intertexte, mais seulement une des nombreuses stratégies propre à l’écriture. Deviner de la dissimulation la nécessaire révélation, voilà le principe essentiel. Il s’agit, avant tout, d’un travail de mémoire dans lequel le savoir du lecteur est sollicité dans sa capacité à construire le sens caché, souvent suspendu, d’un passage de texte.

L’intertextualité est un peu comme une mosaïque car l’écriture s’apparente au montage de véritables images emblématiques que nous devons nous imposer pour figurer le travail intertextuel. L’intertextualité s’inscrit dans le concept d’une tradition et d’une mémoires vives se manifestant par ce désir qui nous semble résister à toute tentative de rupture et de scission.

On peut dire que le pastiche, la parodie et l’allusion contribuent à faire du lecteur que nous sommes, ce partenaire idéal qui est le simple intervenant d’un jeu avec les textes. Le sourire doit être impérativement complice du lecteur car la parodie, comme le pastiche postule la reconnaissance du texte déformé et parie sur la tension constamment entretenue entre le sentiment d’une identité et la prise de conscience d’une…distance. Cela se transforme alors en un jeu intellectuel, et c’est de ce jeu que naît le plaisir du texte.

Quelle conclusion en tirer ? Sinon que l’ouvre n’est donc jamais la pure création de son auteur, dans l’absolu. A la limite, on pourrait avancer que son intervention se réduit à la combinaison des « fragments » qu’il a récupérés.

Coupures de presse, slogans politiques ou publicitaires, stimuli psychologiques, prospectus divers, font une entrée en force dans les textes qui les montrent comme autant de matériaux bruts, sans se soucier de les homogénéiser.

Il me plait de faire référence à l’illustre Victor Hugo qui disait « que la condamnation de l’imitation ne signifie pas le renoncement à l’ordre mais le refus de la règle. ».

L’imitation, en effet, est conçue comme la « reproduction des règles » consignées dans des textes « modèles », alors que l’authentique création est production d’un ordre. Est classique, dans cette perspective, toute œuvre qui reproduit des règles, quelles que soient la qualité et l’époque du modèle .

SECONDE PARTIE



Quand un texte grossit et exagère les traits formels d'un autre texte, mais également quand un auteur contredit les valeurs des énoncés qu'il cite, on parle "d'hyperbole" dans le premier cas et "d'inversion" dans le second.

Genette, en 1932, se livre, quant à lui, à une classification plus générale qu'il définit par le terme de pratiques non plus intertextuelles, mais par "transtextuelles". En fait, il donne un sens très restreint à cette relation qui veut que chaque texte littéraire transforme les autres qui le modifient en retour. En prenant pour modèle les figures de style, véritables instruments d'analyse des textes littéraires propre à décrire une poétique, l'auteur ne désigne plus que les relations de coprésence ou d'inclusion entre deux textes (A étant à l'intérieur de B), alors que les relations de dérivation (B dérive de A par l'imitation ou transformation) relèvent de l'hyper textualité. Ce terme, proposé par Genette dans ses "Palimpsestes" tient en fait à démontrer, comme je l'ai signalé ci-dessus, que la relation de dérivation est soit d'imitation soit de transformation.

On peut, selon la thèse de Genette, dire que la transposition, et le travestissement sont des exercices de transformation, tandis que la charge, la forgerie et le pastiche sont des opérations d'imitation. La forge étant une imitation dans un but sérieux, tandis que la citation, en revanche, ou encore l'allusion, ne peuvent être considérées comme le résultat d'une opération de dérivation d'un texte à l'autre, mais bien de l'insertion dans un texte d'un autre texte. On appelle aussi cet exercice une relation de coprésence. Par conséquent, les citations, ainsi que les allusions, ne relèvent pas, selon Genette, de l'hyper textualité.

L'hyper textualité est un terrain qui reste à explorer et dont les techniques peuvent être renouvelées en ce sens que Genette a défini des catégories sans poser véritablement la question essentielle de la "nature" de l'objet imité. Si la case de la transposition (transformation sérieuse) admet une grande variété d'objets touchés par l'opération hypertextuelle, de la longueur du contenu, il en va autrement des autres catégories qui concernent, bien souvent, il faut le reconnaître, uniquement le "style" : c'est le cas de la parodie, du pastiche, de la charge. Or, Genette ne s'est pas préoccupé sur le fait que le pastiche peut porter aussi bien sur un "genre" que sur un "style".

Le pastiche, exercice musical par excellence, consiste en une imitation du style. Il demeure une pratique essentiellement formelle; il ne suppose aucun respect du sujet du texte imité; ce n'est d'ailleurs pas un texte particulier, en sa nature fondamentale, qui est la source du pastiche, mais le style d'un auteur dont il peut extraire les particularités communes à ses différents livres. Il permet, en outre, de reconnaître l'unité de ton, la monotonie d'une oeuvre, puisqu'il en délivre l'essence.

On se rend compte que les difficultés qui apparaissent lorsqu'on tente de définir l'intertextualité, tiennent donc aux limites problématiques de la notion.

Cette dernière est définie de manière très extensive par Julia Kristeva; elle l'est, au contraire, de manière très restreinte chez Genette. La tension se place entre un intertexte explicite, clairement démarqué et donc isolable, et la présomption d'un intertexte implicite, difficile à repérer, et dont l'objectivité pose également la question des limites de l'intertextualité.

Mais l'ambiguïté de la notion est plus grande encore lorsqu'on la considère non plus comme un élément produit par l'écriture, mais par un effet de lecture. Ce qui est en jeu, ce n'est plus l'identification de l'intertexte, mais bien la manière dont il peut (ou doit) être lu; car c'est alors le lecteur qui définit l'intertextualité.

Pour Julia Kristeva, par exemple, il faut distinguer radicalement la notion d'intertextualité d'un objet constitué en tant que tel, aisément identifiable ou repérable. Pour elle, l'intertextualité est essentiellement "une permutation de textes". Le texte étant une combinatoire, autrement dit le lien d'un échange constant entre deux fragments que l'écriture redistribue en construisant un texte nouveau à partir de textes antérieurs, détruits, niés et repris. Pour Kristeva, l'intertextualité ne signifie en aucun cas le mouvement par lequel un texte reproduit un autre texte antérieur, fût-ce en le déformant, mais un processus indéfini, une dynamique textuelle.

On remarquera que son optique est différente de celle de Genette qui, dans ses "Palimpsestes", définit l'intertextualité non comme un élément central, mais comme étant une relation parmi tant d'autres. Pour Genette, ce qui fonde la la littérarité, c'est l'ensemble des catégories générales ou transcendantes (types de discours, genres littéraires) dont relève chaque texte singulier.

Il se démarque d'ailleurs catégoriquement, dans on ouvrage de "Palimpsestes" par rapport à Julia Kristeva en écrivant, dès les premières pages :

- "Je définis l'intertextualité, pour ma part, de manière sans doute restrictive, par une relation de coprésence entre deux ou plusieurs textes, c'est-à-dire, éidétiquement, et le plus souvent par la présence effective d'un texte dans un autre". (Fin de citation)

Pour Genette, l'intertextualité n'est donc qu'une relation transtextuelle parmi d'autres; de plus, elle est l'objet d'une approche restrictive telle qu'il la conçoit, puisqu'elle n'inclut ni les formes implicites de récriture, ni les vagues réminiscences, ni les relations de dérivation qui peuvent s'établir entre deux textes.

TROISIÈME PARTIE



Pour conclure ce tour d'horizon, non exhaustif, j'aimerais vous citer une réflexion d'Alain qui, dans ses "Propos sur l'Education", écrivait : " Il n'y a qu'une méthode pour inventer, qui est d'imiter. Il n'y a qu'une méthode pour bien penser, qui est de continuer quelque pensée ancienne et éprouvée".

Longtemps, les écrivains et philosophes, ainsi que les poètes, ont pensé qu'il fallait, en art, "imiter" les sujets déjà traités par les auteurs anciens, cela conférant une nouvelle vie à l'oeuvre, la mort l'engloutissant ainsi moins rapidement et la sauvant, pour un temps, de l'oubli. Une sorte de "reconstitution littéraire" de manière, pourquoi pas, à dépasser, si nécessaire, l'original. Racine, dans sa Préface d'Andromaque, cite et se recommande de Virgile et d'Euripide. Pourtant, à la lecture de l'oeuvre produite on se rend bien compte qu'il ne s'agit pas d'un plagiat. Racine possédait une personnalité incontestée et originale.

Je suis de ceux qui pensent que les grandes oeuvres d'art sont celles qui ne perdent pas leur valeur lorsqu'on les imite. L'artiste moderne, le poète d'aujourd'hui, prennent pour modèle la réalité du XXIème siècle. Mais le réalisme seul n'existe pas; la référence ramène toujours à cette opposition "vécu/imaginaire" qui met en présence toute création face à la forme imitée.

L'écrivain est un peu le photographe de l'interprétation. Les moments saisis par sa mémoire deviennent (et se transforment) en des instants impérissables. Mais ces "intervalles" ont été déjà cernés et traités dans un "autre" environnement, un autre temps, de sorte qu'il est pratiquement impossible d'échapper à la règle de la "chaîne ininterrompue", en considérant que la sémantique est une dynamique textuelle et que les mots, les idées, sont en perpétuel dialogue entre eux, se recomposant sans cesse à travers la culture des sujets. Le réel est-il perdu qu'il est constamment retrouvé.


Et le lecteur dans tout cela?

Si l'on considère que toute forme d'intertextualité implique nécessairement une part d'interprétation, celle-ci est une condition indispensable de la compréhension dans les textes fondés sur une écriture oblique.

En fait, ce qui commande l'interprétation de l'intertexte n'est pas, comme on pourrait le penser, une lecture savante, ou une compétence exceptionnelle d'analyse, mais une "stratégie de signification" propre à l'écriture. Certains ouvrages requièrent du lecteur qu'il décrypte l'intertexte pour expliquer le sens caché qu'il contient. C'est le jeu de la dissimulation et de la nécessaire révélation pour y parvenir. Il s'agit d'inviter le lecteur à un effort de mémoire afin de lui faire prendre conscience de toute la dimension de la langue dont les écrits sont fortement imprégnés dans notre héritage commun.

La compréhension du texte suppose donc de saisir l'obliquité de la narration et la dualité de son référent. Comme en poésie, le lecteur est présupposé à découvrir dans ce qu'il lit le sens caché que le poète a dissimulé. Autrement dit : un thème caché dans son propre thème. C'est de là que naît le plaisir du texte. C'est donc sur une "tension" qu'est fondé l'agrément de l'intertexte, prenant le lecteur à témoin d'une entreprise de démystification qui tend à déstabiliser les modèles, quels qu'ils soient, entreprise dans laquelle il peut parfois être lui même égaré, mystifié, dans un premier temps.
Comprendre le régime original de l'intertexte qui a tendance à faire prendre la tangente à ce qui voudrait encore se situer dans le droit fil de la tradition. L'intertextualité est, en résumé, une sorte de "puzzle" qui fait jouer les oeuvres entre elles comme les pièces d'un mécanisme subtil. Un aiguillon de la lecture et une mise en lumière par un regard "neuf". Ce petit jeu permet, au lecteur, de varier les paramètres de sa propre perception...à l'infini.


QUATRIÈME PARTIE



J'ai déjà écris deux articles sur le concept de l'intertextualité, ce que j'associe à un "écho de mémoire", et, qu'en philosophie, on peut considérer comme un phénomène inhérent à une reviviscence d'une perception après un temps de latence. Ceci s'apparente à l'image eidétique. Je n'ai pas l'intention de vous perturber l'esprit en dissertant longuement sur un sujet dont je pense avoir dit l'essentiel ; mais seulement, en guise de conclusion, faire référence plus particulièrement à la poésie, rappelant quelques termes et notions qui, en linguistique, s'attachent à la représentation de ce "dialogisme" selon lequel la doctrine signifie que tout énoncé particulier entretient un dialogue avec d'autres énoncés. (D'où le mot dialogisme, inventé par le sémioticien et poéticien russe Mikkaïl BAKHTINE (1895-1975).

Tout texte, d'hier et d'aujourd'hui, peut être assimilé à cette "balançoire", forme moderne de ce qu'on appelait en des temps révolus : la culture. Autrement dit, le bonheur de posséder en soi, par le travail, par la lecture, la connaissance de livres riches de valeurs littéraires, avec cette faculté d'opérer des rapprochements parce qu'ils se ressemblent, s'opposent, s'appellent ou se repoussent. En prenant ce principe à sa base, on peut dire que la lecture d'un poème fait naître en nous d'autres poèmes en "échos". C'est la façon dont pratique tout spécialiste en littérature comparée, de manière systématique. La conclusion à en tirer est que tout discours, toute écriture, s'échafaudent à partir d'un "déjà-dit".

Julia KRISTEVA, à laquelle nous devons le néologisme et la notion littéraire d'intertextualité (1966-1967), indique dans ses notes, je cite : - "que le mot (le texte) est un croisement de mots (textes) où on lit au moins un autre mot (texte). Tout texte se construit comme une mosaïque de citations, tout texte est absorption et transformation d'un autre texte. À la place de la notion d'intersubjectivité s'installe celle d'intertextualité, et le langage poétique se lit, au moins, comme "double". (Fin de citation). ("Recherche pour une sémanalyse". Le Seuil, 1969.)

On peut ainsi douter de la théorie romantique de l'inspiration et/ou de la transcendance d'un auteur sur son œuvre, aussi bien que de la transcendance d'une œuvre sur son contexte historique. De même, je pense, il devient difficile, comme dans l'analyse de type structuraliste, de considérer un "texte poétique" indépendamment de tout contexte comme un univers clos et isolé.

Deux interprétations nouvelles s'offrent à notre perspicacité : tout énoncé est en relation avec l'ensemble social considéré comme un ensemble textuel, si l'on s'en réfère à la lecture des études de KRISTEVAet, selon une moindre extension, l'intertextualité implique la présence effective d'un texte dans un autre, comme le fait remarquer G. GENETTE dans ses "Palimpsestes" en 1982.

De telles théories supposent, bien entendu, un lecteur averti, cultivé, et dont la mémoire soit telle qu'il soit en mesure de repérer dans un texte toutes les allusions et références culturelles. Par cette analyse on accède, en poésie, à la fameuse notion de "signifiance", autrement dit, un poème nous dit une chose et en signifie une autre.

Je me permets de citer le poème, en forme de sonnet, d'Alain BOSQUET qui est la parfaite illustration, à mon sens, de la notion qui fait l'objet de ces lignes. Cela est assez explicite, me semble-t-il, pour se passer de tout commentaire.

IMITATEUR

Je parle de vieillesse à la femme que j'aime ;
On me répond : "C'est dans Ronsard, tout ça." Je
Parle
D'un deuil profond et d'une enfant qui s'est noyées ;
On me répond : "Tout ça, c'est dans Victor Hugo."

Je parle d'un cœur lourd comme un lac en colère ;
On me répond : "Tout ça, tu vois, c'est Lamartine."
Je parle de musique et d'un parc dans la brume ;
On me répond : "Tout ça, Verlaine y est passé."

Je parle de partir, là-bas vers l'équateur ;
On me répond : "Tout ça, c'est dans Rimbaud." Je
Parle
De mon orgueil et de ma solitude amère ;

On me répond : "C'est dans Vigny, t'as pas de
chance."
Je ne parlerai plus, de peur de les gêner,
Ces salauds qui sans moi ont écrit mes poèmes.


(A.BOSQUET, "Sonnets pour une fin de siècle).


ARAGON, lui-même, au sujet de l'intertextualité, et en parlant de sa poésie, a écrit, en quelques mots, ce qui me paraît être une très bonne définition de ce phénomène : "Pour moi, je n'écris jamais un poème (…) qui ne tienne compte de tous les poèmes que j'ai précédemment écrits, ni de tous les poèmes que j'ai précédemment lus." (Arma virumque cano. Préface aux "Yeux d'Esa". Les Cahiers du Rhône, 1942).

En conclusion, on peut dire que l'imitation, la parodie et le plagiat ont fait de l'intertextualité, depuis toujours sans le savoir, un peu comme Monsieur JOURDAIN faisait de la prose, alors que d'autres font du charabias. Les exemples ne manquent pas : le centon qui est une "fabrication par collage" de divers éléments empruntés à plusieurs poèmes, suppose, en tout cas, une bonne et assez vaste culture ; je serais tenté de dire, le maniement d'une riche intertextualité.

Comme le langage n'a pas d'autre référent que lui-même, la littérature ne parle jamais que de la littérature, et la poésie est poésie de la poésie. Le "dialogisme" et "l'intertextualité" aboutissent toujours à la notion d'autoréférentialité analysant tout texte comme texte du texte.

ANDRÉ

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Sources : "Encyclopédie thématique Universalis" (2005)
"Dictionnaire de poétique" (Michel Pougeoise). Ed. Belin. (2006)
"Dictionnaire de la poésie française" (Jacques Charpentreau). Ed. Fayard. (2006)


© Echos Poétiques. 2005.

mardi 3 mai 2005

Écriture automatique ?


ESSAI



RÉFLEXIONS SUR L'ÉCRITURE AUTOMATIQUE FACE À L'AUTOMATISME DE L'ÉCRITURE (ESSAI)


A. Leroi-Gourhan a situé les origines de l'écriture vers 50 000 ans avant notre ère pour le moustérien évolué (incisions régulièrement espacées dans la pierre ou dans l'os) et vers 30 000 ans avant notre ère pour l'aurignacien (figures gravées ou peintes.) Vers 20 000 ans la figuration graphique devient courante, et vers 15 000 ans elle atteint une maîtrise technique presque égale à celle de l'époque moderne.

Les graphismes couramment appelés "pictogrammes" sont la première grande invention de l'homme dans le domaine de l'écriture ; il s'agit plutôt d'un type "spatial d'écriture" et certaines de ces écritures évolueront soit vers la linéarité phonétique, soit vers des alphabets, reproduisant, plus ou moins, le phonétisme (par opposition aux autre domaines : morphologie, syntaxe, lexique et sémantique) et la linéarité de la chaîne parlée.

Le terme d'écriture est utilisé, de nos jours, en des sens différents pour la poétique, cette poétique qui échappe aux lois des grammairiens, tout en faisant un usage intensif de la richesse née de sa grande variété dans les allitérations, éléments indispensables des possibilités expressives dont les sons, les mots et les images sont une gamme merveilleuse, modulable à l'infini.

Comme le soulignait G. Genette, l'essence même de la langue est fondée, d'après les prémisses de la linguistique, sur un jeu de différences et d'espacements, sur ce que l'écriture, elle-même, appelle techniquement : les pleins et les déliés. Dans un sens plus large, le terme d écriture nous renvoie à toute une réflexion théorique dont Roland Barthes la définit en opposition à la notion de "style", comme une manière d'utiliser le langage qui est propre à l'écrivain, c'est-à-dire un langage réfléchi créé par et pour le texte, voulant signifier par là même que l'écrivain, le poète, s'individualise clairement parce qu'il s'engage dans le choix général d'un ton, d'un éthos. Il contredit, ainsi, la doctrine mise en avant par les surréalistes qui étaient censés mettre en avant un système de création dont l'écrivain éventuel est en relation avec son inconscient sous la dictée de l'inconscient-inspiration et qui, selon A. Breton, serait la "recette" de l'écriture automatique.

Toujours selon les adeptes de cette pratique d'écriture automatique, le moyen mis à la disposition de l'au-delà, permet de communiquer avec un "intermédiaire". Et celui ou celle qui tient la plume, reçoit des réponses aux signes qui lui sont envoyés. Les partisans de ces dogmes pensent que ceci doit impliquer des "dons de voyance". Autrement dit, pratiquer l'écriture automatique se résumerait à rédiger un texte dicté par des mots spontanés. Une sorte de "dictée" sans démarche créative, et où le signe précèderait le sens. Ceci, me semble cultiver du domaine de l'ambiguïté. L'homme échapperait-il à sa conscience ? Breton, Eluard, Aragon, Ernst, se sont donnés pour mission de saisir ce qui, en l'homme, se soustrait à la conscience, en insistant sur le fait que tout ce qui est non rationnel est pourtant bien réel dans l'activité de l'esprit humain. Ils ont accordé une grande importance à l'inconscient, au rêve et, même, à la folie.

J'aurais plutôt tendance, mais cela est une opinion personnelle, à considérer qu'en fait, ce que les psychologues désignent de nos jours, eux-mêmes, comme une "technique libératoire" permettant de faire émerger nos rêves et nos désirs de l'inconscient, alors que les parapsychologues envisagent cette technique avec l'intervention du paranormal comme effet de dissociation psychique du sujet introduit dans une nouvelle dimension, qu'il faut tout simplement ramener le "phénomène" à notre mémoire eidétique, autrement dit à la reviviscence d'une perception après un certain temps de latence. Comment ne pas alors faire le rapprochement – qui me semble plus logique – avec l'intertextualité, cet écho de mémoire dont on peut résumer, pour la limpidité du terme, et dans sa plus simple représentation, comme l'idée corroborée que tout s'appuie, en fait, en écriture, sur les bases que nul texte ne peut s'écrire indépendamment de ce qui a déjà été consigné dans notre mémoire par des écrits antérieurs, émis par d'autres auteurs et dont notre plume se nourrit, à notre insu, de tout texte qui l'a précédé. Mais de là à penser écriture automatique il y a un pas que je ne franchirai pas.

Comme le soulignait Bakhtine : "Notre pensée ne rencontre que des mots déjà occupés, et tout mot, de son propre contexte, provient d'un autre énoncé déjà marqué par l'interprétation d'autrui".

Je laisserai donc avec leur conscience et leurs convictions les psychologues, les parapsychologues et les spirites convaincus de leurs bonnes raisons pour adopter et admettre le principe de l'écriture automatique. Ces phénomènes me faisant penser plutôt à une écriture "spéculaire" et aux quelques cas de xénoglossie, lisibles uniquement, d'après les défenseurs de la pré-connaissance ou de la rétro-connaissance , quand elle est reflétée dans un miroir. Ces phénomènes sont très proches de la graphie du trépassé que le "médium" ne connaît pas d'ailleurs, et dont aucune preuve n'a pu être apportée à ce jour.

Je pense qu'il existe plutôt un automatisme d'écriture qui s'acquiert grâce à une certaine dextérité cérébrale. Frege disait d'ailleurs que " l'écriture a été à la pensée ce que la voile qui remonte le vent fut à la navigation".

L'écriture, telle que je la perçois, n'est que l'objet d'un long apprentissage, un moyen, parmi tant d'autres, d'affirmer sa personnalité. On progresse, on recule, on désapprend, et, enfin, si seulement on s'accroche, on se perfectionne vraiment. La technique doit ensuite permettre de prendre la place d'une "seconde nature". Seule une longue pratique critique permettra à l'attention de ne plus être perturbée par les codes et la procédure.

Ecrire met en jeux deux aspects : l'écriture et le style. Il en résulte l'appropriation universelle de symboles (les lettres) assemblées en signifiants (les mots). Voilà pourquoi je rejette le principe de l'écriture automatique. J'ai toujours considéré que le style est une manifestation du tempérament, de la personnalité, car, par le style l'auteur, le poète, s'identifie en tant qu'être unique, une pensée unique, une manière de communiquer, de personnaliser son message. Je suis de ceux qui considèrent que l'écriture est un automatisme acquis pendant l'enfance car de notre attitude dépendent tous les facteurs sensoriels, cognitifs, affectifs qui forgent notre personnalité. Et, pour écrire, il est indispensable d'être dans un état d'élaboration intellectuelle. Le raisonnement agit comme une association logique d'idées conduisant à une conclusion avec une visée précise. Notre cerveau participe, seul, aux stratégies de décisions graphiques.

Bien entendu, il y a le raisonnement concret et le raisonnement abstrait. Le premier doit tirer les conclusions par l'observation. Il s'agit d'une démarche d'analyse conduisant à "décomposer" un objet ou une notion en éléments simples.

Tandis que le raisonnement abstrait ne doit pas être confondu avec le phénomène de l'inconscient-inspiration, si cher à Breton, et qui révèle l'impossibilité d'un tel contact avec l'inconscient, réfections des textes ainsi écrits où les limites de tout automatisme sont vite atteintes, mais bien interprété comme un mode de travail "personnel" consistant à rassembler des prépositions séparées en une préposition unique, si je puis m'exprimer ainsi.

Il s'agit d'un choix des moyens en fonction des valeurs et des concepts sous-jacents. La fonction de l'écrivain me semble se justifier par le fait que, contrairement à la dite écriture automatique dont l'auteur ne corrige jamais sa copie, et en considérant que l'écriture peut mieux se contrôler que la parole, il est indispensable de réécrire, de modifier, de policer, de perfectionner afin d'arriver à l'exploitation de ces possibilités sans lesquelles n'existerait ce qui fait la richesse stylistique et la spécificité de l'écrit.

"Quant à l'écriture automatique, elle n'a été qu'un moyen de découvrir partiellement la part inconsciente qui vit au fond de notre être." disait mon ami JIPI (Jean-Pierre Leclercq), professeur de linguistique en Belgique. Voilà une définition que j'aurais pu écrire. En effet, nous n'avons pas toujours conscience des messages transmis par le corps à notre insu ; mais celui-ci parle plus fidèlement de notre émoi que ne peuvent le faire, bien souvent, les mots. Ainsi, toute attitude du corps a une portée expressive et, réciproquement, la posture peut avoir une influence sur le psychisme. Voilà comment j'interprête aussi l'écriture automatique. Quand j'ai écris cet essai, j'ai voulu mettre en garde contre toute idée liée à des pratiques "spirites" car je ne crois pas que l'écriture automatique soit dictée par l'au-delà, par un "esprit" protecteur-initiateur qui guide notre plume, mais bien par une attitude "personnelle" mettant en jeu tous les facteurs perceptifs de l'être humain. Notre "réalité", notre regard plus ou moins absent, se remémore les faits analysés pour en faire la synthèse dans une attitude de centrage sur soi et en soi, sans mettre cela sur le compte, comme le prétendent certains auteurs, d'une intervention divine, ange ou "démon", qui guiderait dans leur dessein le sujet de notre plume.

Pour résumer, et en d'autres termes, tout en me gardant bien de vouloir convaincre les inconditionnels de l'écriture automatique, je dirai que le potentiel créatif de l'écriture provient de la main et de l'œil, ce qui donne une valeur unique au processus de l'écriture, c'est la lecture simultanée de ce que l'on écrit.

© Echos Poétiques. 2005.

Les Poètes et l'écriture



ESSAI.


Les Poètes ont ce grand avantage de pouvoir faire avec la langue dont ils usent tout ce qu'ils désirent, où à peu près. Ils sont tenus, pourtant, avant d'exprimer des idées ou des sentiments, à se préoccuper du rythme, des mesures, des assonances, des allitérations. Là, réside essentiellement leur travail. En effet, la poésie est tenue par des règles précises : nombre de syllabes, rimes régulières, qui peuvent être plates, riches, croisées, embrassées, etc… C'est de cette régularité, de cette mesure difficile que naît l'harmonie, la "musique".

La poésie doit être capable d'exprimer les pensées les plus profondes que l'intelligence puisse former grâce aux mots, cas mots vivants et autonomes qui, si on les laisse suffisamment libres, savent s'arranger entre eux pour s'assembler en des vers qui exprimeront des choses dont l'homme même n'est pas conscient. Le Poète doit faire en sorte, pour que la sensibilité des mots s'imposent au poème et jouent, ainsi, en se mariant entre eux.

"Les mots font l'amour" disait A. BRETON, dans "Les Pas perdus. 1934".

Le mot à un pouvoir magique, un pouvoir de séduction puisqu'il suffit de le dire pour faire "apparaître" l'objet : il est CET objet, et possède un pouvoir divin. La poésie est donc emblématique de la pensée et de l'expression. Comme l'a écrit Jean COHEN, dans sa "Structure du langage poétique" : le Poète est celui qui ne parle pas comme tout le monde. Qui peut transgresser les règles de la langue, cette langue qui, en linguistique moderne, est basée sur une hypothèse mécanique au sein d'une théorie linguistique générale.

En poésie, combien d'anormalités sont valorisées positivement ; ses fautes devenant beautés (au pire, licences poétiques), car, la poésie, c'est l'antiprose. Plus un texte s'éloigne de la norme prosaïque, plus il se charge de poésie. Une telle conception a le mérite de souligner cette transgression dont je parlais au tout début de l'article, "transgression" qu'opère toute poésie dans la "violence" qu'elle recèle et qu'elle déploie à travailler le langage. En contre partie, elle se heurte au phénomène inhérent à toute théorie utilisant cette notion "d'écart" : comment déterminer le niveau de langue neutre et non marqué, autrement dit, la norme de la prose ?

On sait bien qu'il est quasi impossible de mesurer un écart par rapport à une norme évanescente ou inexistante. Paradoxalement, la poésie inverse un caractère fondamental du langage : l'arbitraire du signe. J. P SARTRE a beaucoup insisté sur ce point, sachant qu'on admet, depuis SAUSSURE, que le signe linguistique est constitué de deux faces indissociables : le "signifiant" (image acoustique, forme matérielle) et le "signifié" (concept). Ce lien, qui unit les deux, est arbitraire, supposant que le "signe" n'est pas motivé. Autrement dit, il n'y a aucune relation nécessaire entre le "signe" et le "référent", c'est-à-dire la réalité extra-linguistique qu'il désigne.

J'en suis amené à penser que, par rapport au Linguiste, le poète oublie "volontairement" que les mots, sont des signes arbitraires. Il fait, en sorte, comme si ces mots, au lieu de les désigner, représentaient les choses. Pour être concret, disons qu'il utilise (ou invente) leur pouvoir représentatif; n'hésitant pas à les transformer, harmonieusement, en "images" des choses.

"La véritable poésie tend toujours à une certaine imitation de ce qu'elle signifie au moyen de la matière du langage", a écrit Paul VALERY. Bien avant lui, DIDEROT proposait sa définition de la poésie par sa capacité de représentation ou d'imitation, lui aussi.

L'argumentation, chez le Poète, tient surtout, il me semble, de l'harmonie imitative qui est une affaire de sonorités et de rythmes. Les impressions visuelles ne lui sont pas, non plus, étrangères. Les Poètes, gens très sensibles, se plaisent à remotiver le sens des mots en jouant sur les phonèmes, suggérant certaines impressions en travaillant les rythmes. Mais l'interprétation, si elle se veut réussie, se fait à posteriori, autrement dit, une fois compris le sens du texte. La signification est, ensuite, projetée sur ce qu'on appelle "le matériau phonique" qui, à lui seul, ne suffit pas toujours à produire des impressions assez nettes chez le lecteur.

Gardons nous donc de tout systématisme, sachant bien qu'il s'agit d'interpréter, non de traduire.

Les Poètes peuvent un peu s'assimiler à ces Prophètes parlant sous l'impulsion de Dieu, dans une forme de structure binaire, multipliant les parallélismes, ce qui semble un modèle par excellence du langage poétique.

La poésie est "un regard" et "une musique". Elle met, en général, plus l'accent sur la signification que sur le sens, plus sur le jeu du langage que sur ce qu'il dit.

Aujourd’hui poésie et pensée nous apparaissent comme deux formes insuffisantes, nous semblent être deux moitiés de l’homme : le philosophe et le poète. L’homme entier n’est pas dans la philosophie ; la totalité de l’humain n’est pas dans la poésie. Dans la poésie nous trouvons directement l’homme concret, individuel. Dans la philosophie l’homme dans son histoire universelle, dans son vouloir être. La poésie est rencontre, don, découverte par la grâce. La philosophie quête, recherche guidée par une méthode. L’imagination poétique est, en fait, l’imagination transcendantale.

Le philosophe ne peut se réclamer d'une spécialité, ni d'un métier, encore moins d'une discipline universitaire, car la philosophie est une dimension constitutive de l'existence humaine. Le philosophe vit dans le questionnement radical, en quête de la vérité globale ou ultime (et non, comme dans les sciences, par exemple, de telle ou telle vérité particulière). Il évolue dans la réflexivité, qui est le retour sur soi de l'esprit ou de la raison. Autrement dit : la pensée de la pensée. Il médite sur sa propre histoire et sur celle de l'humanité, recherchant la plus grande cohérence possible, la plus grande rationalité dans l'art de la raison qui déboucherait sur un "art" de vivre, et toujours dans l'élaboration de thèses, d'arguments, de théories. Mais n'oublions pas que le philosophe est aussi le critique des illusions, des préjugés, des idéologies, car toute philosophie est un combat. Son arme ? la raison. Ses ennemis ? le fanatisme, l'obscurantisme (ou la philosophie des "autres"). Ses alliés ? Les sciences. Son objet ? Le tout, avec l'homme dedans. Ou l'homme, mais dans le tout. Son but ? la sagesse, le bonheur, mais dans la vérité.

Kant, dans un passage fameux de "La logique", résumait le domaine de la philosophie en quatre questions :

- Que puis-je savoir ?
- Que dois-je faire ?
- Que m'est-il permis d'espérer ?
- Qu'est-ce que l'homme ?


On se rend compte que les trois premières questions se rapportent à la dernière. Mais il y en a une cinquième, je pense, qui est fondamentale :

- Comment vivre ?

Parce qu'en fait, dès qu'on essaie de répondre intelligemment à cette question, on se rend compte qu'on fait de la philosophie, tout simplement.

EPICURE, en son temps, avait proposé une réponse : "La philosophie est une activité, qui, par des discours et des raisonnements, nous procure la vie heureuse". N'est-ce pas là l'essentiel vers où tout se recoupe et où tout converge ? Le bonheur est un but ; la philosophie, le chemin. Bon voyage à tous, mes Amis.
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© Echos Poétiques. 2005.






La langue française face aux défis de la modernité


Je tiens à témoigner de toute ma reconnaissance Monsieur Le Recteur Gérarld ANTOINE de l'ACADEMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES de PARIS qui, par l'intermédiaire de Monsieur F. SAMIER Secrétaire administratif de l'AMOPA envers lequel j'adresse mes plus vifs remerciements pour avoir transmis ma demande, m'a autorisé à publier dans OXYMORE son article intitulé : "LA LANGUE FRANCAISE FACE AUX DEFIS DE LA MODERNITE". cette chronique ayant fait l'objet d'une édition dans le site de l'AMOPA, et dont vous retrouverez, ci-dessous, l'intégralité.

LA LANGUE FRANÇAISE FACE AUX DÉFIS DE LA MODERNITÉ par M. le Recteur Gérald ANTOINE, Membre de l'Institut


- "Mon premier mot sera de remerciement et - si vous le permettez - de compliments à l'Association culturelle des Administrations financières et à son président.Que des spécialistes et praticiens de l'Économie et des Finances aient le souci de la langue française et de ses capacités à répondre aux exigences de la civilisation actuelle et prochaine est, en soi, un très bon signe. Sans doute auriez-vous pu choisir un meilleur porte-parole; mais le sujet est à coup sûr du plus haut prix.Il est de surcroît doublement actuel, presque trop: le terme de « modernité », court les rues. Quant à la langue française, l'autre jour encore Alain Decaux, dans le Figaro, lançait ce cri; « J'ai peur pour le français ».Au demeurant, votre qualité de fonctionnaires rompus aux disciplines juridiques, administratives et comptables me fait une quasi-obligation de répudier le plan en trois parties de règle chez les rhétoriciens, et d'adopter, suivant le code en usage à l'ENA, un rythme binaire. Voici donc l'ordre que je vous propose:

I - Le français: une langue en péril, menacée à la fois: a - de l'extérieur b - de l'intérieur II - Où chercher les remèdes? a - D'abord du côté des usagers b - Ensuite et surtout du côté des responsables de la Politique et de l'Économie.

I - UNE LANGUE EN PÉRIL


a - Crise externe
L'ère de « l'universalité de la langue française » est révolue. Nous sommes entrés dans celle de l'universalité de la langue anglaise. Soyons plus précis: le français n'est plus la langue de communication partout entendue et reconnue, y compris dans les domaines des sciences, des techniques, de l'économie - c'est-à-dire dans les secteurs-clés de la civilisation moderne. Il a cédé la place à l'anglais.Longtemps titulaire d'une chaire d'histoire de la langue en Sorbonne, je peux bien recourir à une référence historique. Cette perte de crédit du français se situe dans le droit fil de l'évolution, telle que l'avait dessinée l'Allemand J.-C. Schwab, de Stuttgart, lauréat du Prix de l'Académie de Berlin, ex aequo avec le Français Rivarol, en 1784.La dite Compagnie avait mis au concours un sujet resté gravé dans les mémoires: « L'Universalité de la langue française ». Je relève au passage une incorrection non point grammaticale, mais morale, trop habituelle à nos compatriotes: nous faisons gloire à Rivarol de son brillant Discours; mais nous faisons peser un silence opaque sur celui de Schwab, pourtant mis avec raison par le jury berlinois sur un pied d'égalité avec Rivarol, et bientôt traduit en notre langue par un érudit chanoine de Dijon, Denis Robelot.Or, si Rivarol est plus alerte que Schwab, il est moins rigoureux que lui. Il omet de traiter la dernière des trois questions posées. Je les cite: « Qu'est-ce qui a fait de la langue française la langue universelle de l'Europe?Par où mérite-t-elle cette prérogative?Peut-on présumer qu 'elle la conserve? »Seul Schwab s'applique à répondre sur ce dernier point, en ouvrant un éventail d'hypothèses très pertinentes. Jugez plutôt:« Les autres langues qui sont en concurrence avec la langue française ne peuvent enlever à cette langue le rang qu elle occupe que dans les cas suivants. il faudrait ou qu elle vînt à s'altérer, ou que la culture d'esprit fût négligée dans la nation qui la parle. ou que cette nation perdît de son influence politique, ou que sous ces trois rapports une nation voisine reçût un accroissement proportionnel ».Mais ce n'est pas tout. Il précise pour finir:« Ceci ne doit s'entendre que de l'Europe; car la langue anglaise peut. en suivant le rapport des accroissements de l'Amérique septentrionale. y acquérir un empire prodigieux ».Eh bien, un peu plus de deux cents ans se sont écoulés et nous voici, presque à tous égards mais surtout au dernier, dans l'exacte situation que Schwab avait présentée à titre d'hypothèse.

1 - La langue française, sans conteste, s'est « altérée » nous allons y revenir. Il convient seulement d'ajouter que ses voisines, soumises à des pressions comparables. se sont altérées de même, et peut-être davantage.

2 - Il est fort à craindre que « la culture d'esprit », pour parler comme Schwab, soit de plus en plus négligée par une large part de notre collectivité nationale. Toutefois, là encore, il ne s'agit sans doute point d'un mal exclusivement français. Les mêmes facteurs, avant tout sociologiques, exercent les mêmes effets pervers sur le concert des nations dans son ensemble, Il reste qu'aux yeux du monde la France avait, plus que les autres nations, d'impérieux devoirs à remplir dans les domaines de l'intelligence et de la spiritualité. C'est en cela que nous apparaissons comme plus coupables que les autres.

3 - Mais ce qui frappe le plus durement la France par rapport aux autres pays d'Europe, et beaucoup plus encore par rapport à ceux d'outre-Atlantique d'une part, d'Extrême-Orient de l'autre, c'est « la perte de son influence politique ». Nous avons laissé s'effriter, à un rythme accéléré, d'abord entre les deux guerres mondiales, puis de manière aggravée après la seconde, notre crédit politique au sens le plus large dans le monde.Or - il serait urgent d'en prendre conscience - la vitalité d'un idiome dépend de la capacité d'expansion politique, économique, scientifique, culturelle du pays où il se parle et s'écrit. Rivarol l'avait pour sa part magnifiquement perçu: « Il arriva que nos voisins, recevant sans cesse des meubles, des étoffes et des modes qui se renouvelaient sans cesse, manquèrent de termes pour les exprimer: Ils furent comme accablés sous l'exubérance de l'industrie française, si bien qu'il prit comme une impatience générale à l'Europe, et que, pour n'être plus séparé de nous, on étudia notre langue de tout côté ».À mesure que l'industrie française a perdu de son « exubérance », de sa puissance de rayonnement. la langue française, du même mouvement, a vu se réduire d'autant ses capacités de « défense » et plus encore « d'illustration ».

4 - Cela posé. c'est à l'évidence la dernière prédiction de Schwab qui s'est inscrite et continue à s'inscrire le plus cruellement dans les faits. Elle n'est d'ailleurs que la manifestation. à l'échelle planétaire, du phénomène précédent: au fur et à mesure que l'Amérique septentrionale étend sur l'univers entier son empire (ou son emprise) dans l'ordre de la recherche et des réalisations scientifiques, techniques, militaires, etc., la langue anglaise qui s'y pratique. si altérée soit-elle, accroît à proportion son influence et sa diffusion.Pour m'en tenir à un simple facteur numérique, voici les chiffres que le tiens de mon confrère Jacques Dupâquier, grand démographe devant l'Éternel: selon le recensement de 1790 on comptait 3920000 Américains du Nord. Aujourd'hui ils sont 305 millions. La « proportion » est donc voisine de 1 à 100b

- Crise interne
A l'époque où Rivarol et Schwab formulaient leurs diagnostics. le français écrit surveillé, et plus spécialement littéraire, continuait à vivre sur l'héritage de l'École classique. Nos grands écrivains du Siècle des Lumières, si divers par le tempérament et le style, s'employaient à faire fructifier ce trésor commun dans le respect des codes de grammaire et de rhétorique élaborés par la lignée de Malherbe, Vaugelas, Bouhours et leurs successeurs. Nulle menace d' altération ne prenait jour à l'horizon.Environ trente-cinq ans après, éclate la révolution romantique. Elle épargne toutefois l'architecture de la langue: rappelons-nous le mot d'ordre hugolien: « Guerre à la rhétorique, et paix a la syntaxe ».Un demi-siècle plus tard surviennent les mouvements symbolistes: cette fois la turbulence s'étend hors du vocabulaire et touche la syntaxe et la prosodie.Encore quelques décennies, et le tohu-bohu du surréalisme atteint toutes les formes d'expression, franchissant les bornes de l'art et gagnant jusqu'à la place publique. Céline et ses épigones n'auront plus dès lors qu'à passer des altérations croissantes à l'abandon pur et simple de l'usage qui se croyait établi, au profit d'un mode d'élocution « absolument moderne », comme déjà disait Rimbaud.Souvenons-nous: désespérant des possibilités de fécondation du français écrit traditionnel, héritier épuisé de l'âge classique, Queneau en appelle à un « néo-français » nourri le plus possible des ressources du langage parlé. Voici par exemple comment il s'exprime dans son Anthologie des Nouveaux auteurs réunis: « Le français est une langue morte - et riche comme une langue morte - qui peut être utilisée encore pendant des centaines d'années comme l'a été le latin. Mais ce français langue morte a un rejeton qui est le français parlé vivant, langue méprisée par les doctes et les mandarins, mais qui a parfaitement le droit d'être élevée à la dignité de langue de civilisation et de langue de culture, comme autrefois le dialecte des cambrousards du Latium et le babillage des Carolingiens ».Et plus loin le père de Zazie se résume: « Il s'agit d'élaborer une nouvelle langue ».Dans le même temps, les ébranlements politiques et sociaux successifs font que les niveaux de langue se brouillent, les libertés se répandent, - bref le français répond de moins en moins à l'idéal qu'il s'était fixé: « la langue: en perpétuelle surveillance d'elle-même » (Mario Roques) semble désormais livrée à tous les dévergondages.Mais le plus grave (et qui, semble-t-il, n'a jamais été signalé) me reste à dire: d'évolutions en révolutions notre langue a fini par renier ce qui représentait, à tort ou à raison, aux yeux de l'Europe entière son génie propre, confondu avec celui de la Nation française: ordre, clarté, pureté, netteté. Or ce sont tout justement là autant de vertus hautement réclamées aujourd'hui, non plus par les lettrés, mais par les chercheurs, analystes, décideurs, engagés dans les voies du progrès scientifique, technique, industriel. N'est-ce pas là le comble de l'infortune?

II - OU SONT LES REMEDES?

Un linguiste de haute stature, Gustave Guillaume, énonça naguère un axiome décisif: « Ce n 'est pas le langage qui est intelligent, mais la manière dont on l'emploie ».J'ajouterais:
« et dont on le reçoit »
.Cette mise au point vient heureusement rogner les ailes à un mythe vieux de trois siècles: « le génie de la langue ». L'expression reparaît douze fois dans le Discours de Rivarol. qui s'évertue à inventorier les composantes de ce fameux génie: « Sûre, sociale, raisonnable, ce n 'est plus la langue française, c'est la langue humaine ».« Ce qui n 'est pas clair n 'est pas français ».Un siècle plus tard, Renan récidivera: « Le français c'est une langue libérale vraiment. Elle a été bonne pour le faible, pour le pauvre. Le fanatisme est impossible en français. j'ai horreur du fanatisme. je l'avoue, surtout du fanatisme musulman: eh bien ce grand fléau cessera par le français. jamais un musulman qui sait le français ne sera un musulman dangereux. C'est une langue excellente pour le doute... ».La phrase demande sans aucun doute à être complétée : « ...quand c'est Renan qui l'utilise. Mais elle est aussi bien excellente pour affirmer et pour proscrire le doute, lorsque c'est un Bossuet qui s'en sert! ».Conclusion pratique, pour en revenir aux remèdes propres à rendre à la langue française son audience et son efficience de jadis: ils ne sont pas à chercher dans la langue, mais chez celles et ceux qui la manient. Les uns appartiennent aux usagers du français que nous sommes tous - en particulier à ceux, parmi ces usagers, qui font profession de le diffuser, de l'enseigner, de le codifier. Les autres appartiennent aux détenteurs de pouvoir -et chacun le sait: à présent, plus encore qu'au temps de Rivarol, le pouvoir économique tend à l'emporter sur le politique.

a - Du côté des usagers
Il convient d'en distinguer pour le moins trois sortes: d'un côté le petit nombre de ceux qui sollicitent la langue à des fins de création littéraire - prose, poésie, théâtre, etc. De l'autre le tout venant de ceux qui l'emploient à des fins plus ordinaires, de simple pratique quotidienne. Entre les deux se situe un large corps intermédiaire, lui-même bigarré, comprenant ceux qui écrivent ou parlent pour convaincre, ou pour démontrer ou pour communiquer à un grand nombre (autrement dit les praticiens des médias), ou enfin pour enseigner.Des premiers que devons-nous attendre? - On ne commande pas au talent, moins encore au génie. Ce qu'il faut souhaiter c'est que revienne le temps où la France produisait des génies littéraires en abondance. Il est clair en effet que la gloire des grands écrivains ne tarde pas à rejaillir puissamment sur le renom de leur langue et de leur pays lui-même. Aux usagers ordinaires, il faut recommander d'avoir le souci, le respect constant de la langue, élément essentiel du patrimoine commun. À cet égard les parents ont des devoirs envers leurs enfants: dans chaque famille, un quart d'heure quotidien devrait être consacré à une étude de langue menée par exemple à travers une page de dictionnaire, ou de grammaire, ou de grand auteur.« Les corps intermédiaires », assurent, bien entendu, une part de responsabilité beaucoup plus grande. Parmi eux se détachent en première ligne - chacun le comprend - les spécialistes des médias tant écrits qu'audiovisuels et les maîtres des trois degrés.On est en droit, on a même le devoir d'exiger des premiers (les acteurs des médias) qu'ils manient une langue correcte, simple, claire. Correcte surtout. Voulez-vous deux illustrations, prises sur le vif de fautes manifestes?L'une, empruntée à un Journal télévisé du 26 novembre, n'est pas de la variété la plus exécrable, mais elle reflète un vice qui se répand partout: la redondance, la superfluité. On nous parlait d'un attentat perpétré en Corse par « télécommande a distance ». C'est oublier que le préfixe « télé » signifie déjà « à distance » ! Je vous disais que ce mal tend à se répandre partout. Maurice Allais, Prix Nobel d'Économie, m'en apporte bien involontairement la preuve. Je lis dans son livre sur la mondialisation qui sort ces jours-ci, à la page 72: « Les effets du libre-échange mondialiste ne se sont pas bornés seulement à un développement massif du chômage... ». À la page 215, le sous-titre: « La France s'autodétruit elle-même ». L'éminent Maurice Allais rejoint ici exactement la charmante Carole Gaessler! J'ai prélevé l'autre échantillon, beaucoup plus inquiétant, il y a deux semaines, sur un quotidien du soir pourtant réputé pour son sérieux parfois un peu professoral. Il s'agit à nouveau des malheurs de la Corse. Non seulement la phrase figure dans le corps d'un article, mais elle est reproduite en gros caractères dans un encadré: « la Corse est camée aux subventions et à l'argent public et son dealer habite Paris ». Ni le terme d'argot « camée », ni l'anglicisme « dealer » ne sont en italique; au surplus on peut se demander, vu le contexte, si « camée » est employé au sens propre ou figuré. Nous voilà loin de la clarté française...Que dire maintenant aux maîtres de langue? - En tout cas une chose. Puissent-ils retrouver le chemin du bon sens, cesser d'enseigner la grammaire normative - souvent dans quel jargon! - aux élèves de moins de douze ou treize ans, la plupart imperméables à toute abstraction. Qu'ils leur fassent découvrir en revanche les ressources de leur langue, - celles d'abord du vocabulaire, celles aussi de sa distribution dans la phrase, par les voies le plus humblement concrètes: lecture, écriture, récitation, apprentissage continu de mots et de tours. A partir du second cycle du second degré viendra le temps d'initier à la grammaire, à son histoire et à ses normes les adolescents devenus capables non seulement de s'y astreindre, mais de s'y intéresser.Ajouterai-je ici un avertissement, fût-il sévère, a l'adresse d'une catégorie d'usagers toute particulière: celle qui est officiellement préposée à la défense de la langue française cohorte entre toutes valeureuse, mais trop souvent égarée par des directives malencontreuses.Quelles consignes sied-il donc de donner aux militants attitrés de la langue française? D'abord bouter hors de leur vocabulaire le mot défense qui est ambigu, et ne retenir que les vocables . illustration, diffusion, rayonnement.. Ensuite retrouver, eux aussi, les chemins du bon sens. Cela signifie: reconnaître franchement les besoins et les exigences de la modernité. Nommons-les: clarté, précision, rapidité. Nous sommes désormais à la recherche du temps non plus perdu, mais à ne pas perdre. Cela vaut au premier chef pour la langue, miroir de la pensée.Or, de ce point de vue, il faut bien l'admettre: l'anglais, comme idiome au service des sciences, des techniques, des affaires, l'emporte de plus en plus sur le français, grâce à ses structures propres, mais aussi au pragmatisme de ses utilisateurs, à commencer par les chefs de file dans les divers secteurs d'activité.Le hasard des rencontres m'a fait recueillir là-dessus des témoignages d'une cruelle concordance. Les uns appartiennent à des représentants de cette catégorie nouvelle née de la mondialisation: les cadres et dirigeants d'entreprises qui sautent dans la même semaine de New York à New Delhi pour parler de stratégie dans l'ordre de la recherche, de l'industrie ou du commerce. Leur diagnostic est invariable: l'anglais est un moyen de communication plus direct, plus net que le français. D'autres échos me sont venus du cercle aussi discret que compétent des interprètes de conférences internationales. J'ai surtout pris au vol cette formule: « Le sens est beaucoup plus lent à obtenir en français qu'en anglais. » Motif: « l'anglais est plus synthétique; le mot anglais possède une autonomie sémantique plus forte que le mot français » Faut-il détailler davantage?

- Les atouts de l'anglais sont connus: syntaxe simple; morphologie allégée (une seule réserve: l'abus de verbes irréguliers, mais les locuteurs actuels ramènent tout au présent); création de mots aisée grâce en particulier au miraculeux suffixe -ing; goût de plus en plus prononcé pour les termes courts et les tournures directes. La langue anglaise d'à présent est a l'image de Perrette peinte par La Fontaine, « légère et court vêtue... Ayant mis..., pour être plus agile, cotillon simple et souliers plats ».Le français, à l'inverse, adopte trop souvent de nos jours une démarche sinueuse, coupée d'incidentes, encombrée de circonstanciels. Même son lexique s'est appesanti. Je me bornerai, en fait d'exemples, à un bref coup d'oeil sur ce dernier.L'informatique accroît tous les jours son domaine, et du même coup sa terminologie. Or nous constatons un triple échec du français. D'une part presque toutes les innovations technologiques viennent des Etats-Unis et reçoivent de ce fait un nom anglais. D'autre part, nos franciseurs à toutes forces, au lieu d'inventer un équivalent aussi court et si possible plus court que le terme anglais, proposent des mots, voire des groupes de mots plus étoffés: ceux-ci n'ont dès lors aucune chance de vaincre. Ainsi face à hacker: développeur de code; à web: réseau Internet.Il convient toutefois de noter quelques améliorations récentes. Par exemple: aux termes d'un décret du 18 janvier 1973 contenant une longue liste d'équivalents français mis en regard d'anglicismes à proscrire, nous étions priés de remplacer marketing par mercatorisation. Depuis lors, on a abrégé ce monstre en mercatique. Autre progrès sensible: nos terminologues proposèrent d'abord, à la place de bug: erreur de code. Mais ensuite, s'avisant de la présence. en français, d'un vocable quasi homonyme et lointainement synonyme, ils ont suggéré bogue, aujourd'hui largement adopté.Troisième facteur d'échec: nos équivalents français pèchent par excès de longueur non seulement dans l'espace, mais dans le temps. Ainsi Gérard Théry nous signalait-il, l'autre jour, que l'anglais back-bones, désignant certaines variétés de routes Internet transcontinentales attend depuis déjà plusieurs mois son équivalent français. S'il tarde encore, il arrivera mort-né. Qu'on me permette encore un conseil à l'adresse des préposés à la maintenance et à la bonne santé du français: soyez moins peureux, moins jansénistes, plus proches de Rabelais le vivifiant que de Malherbe le mortifiant. La langue est un organisme vivant, aussi longtemps que vivent ceux qui en usent. A ce titre, elle a besoin de se nourrir, sinon, elle s'affaiblit. Mais tout nutritionniste vous le dira: elle doit se nourrir avec modération et à l'aide d'aliment sains et bien assimilés.

b - Du côté des responsables de l'économie et de la Politique.
C'est à eux qu'il y aurait le plus à dire. La place me manque, mais par le fait il suffit de peu pour exprimer ce qui pèse de loin le plus lourd.Rivarol déjà cité nous avait superbement donné la clef du problème: la puissance économique, le prestige politique d'une nation font, pour l'essentiel, la richesse et le rayonnement de sa langue. Que nos chercheurs trouvent davantage et qu'avant les autres ils nomment leurs trouvailles; que nos entreprises produisent plus, mieux et à meilleur prix que les concurrentes étrangères; que nos responsables politiques s'adonnent moins aux plaisirs faciles, suspects parfois, des commémorations et des rétrospectives, qu'ils regardent plutôt droit vers l'avenir, avec l'ambition de libérer toutes les énergies créatrices et inventives, alors la nation revivra, et sa langue avec elle.Mesdames, Messieurs, vos attaches avec la grande Maison de Bercy me suggèrent pour conclure, d'emprunter à un ministre des Finances demeuré célèbre, auquel une solide biographie vient tout juste d'être consacrée: le Baron Louis. Que disait-il donc au Roi-citoyen son maître? - « Faites-nous de bonne politique et je vous ferai de bonnes finances ». Et bien aujourd'hui le grammairien, l'historien de la langue se doit de dire à nos dirigeants dans tous les ordres: « Faites-nous de bonne politique, de bonnes finances, de bonne industrie, et - je puis vous l'assurer - nous vous ferons de bonne et belle langue française ».
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Revue n° 148 - 2e Trimestre 2000
© Echos Poétiques

Réflexions



"Sur des pensers nouveaux, faisons des vers antiques", écrivait André CHENIER. On comprend toute l'incidence de cette forme de pensée sur le romantisme français, mouvement que l'Allemagne inaugura en Europe. Le XVIIIème siècle est, certes, pour elle, une époque de grande maturation intellectuelle, mais, ne l'oublions pas, sous influence française.

L'Aufklärung qui tente de promouvoir le règne de la "raison" contre les forces sensibles subjectives, n'étant rien d'autre que la traduction germanique de "l'esprit des lumières" français, et où quelques écrivains de l'Allemagne bourgeoise, assez exaltés, refusent farouchement de se plier aux urgences oppressives du temps, se réfugiant dans un individualisme contre l'ordre établi et conformiste, soutenus, en cette idéologie, par l'admiration qu'ils portent à SHAKESPEARE et à ROUSSEAU, entre autres, proclamant haut et fort la supériorité du sentiment sur l'intellect.

On peut citer, parmi ces auteurs démarqués que l'on appelait les "Maîtres de Weimar" : GOETHE, très apprécié de LAMARTINE , notamment avec son "Werther" ; SCHILLER, fortement influencé par les idées rousseauistes ; HERDER, et bien d'autres. Pour eux, la Révolution française est perçue comme une aventure romantique.

Mais le romantisme français marque ses faiblesses face au mouvement allemand, sans doute parce qu'il n'est pas nourri par les philosophes romantiques de l'envergure d'un FICHTE, d'un SCHELLING (disciples "indisciplinés" de KANT), ainsi que d'un HEGEL, SCHOPENHAUER ou encore KIERKEGAARD, philosophes de la profondeur qui tous ont exercé, comme KANT, une incroyable influence sur la pensée intellectuelle, mais aussi religieuse du XIXème siècle.

Il fallut attendre l'arrivée de Madame de STAËL, qui fut la première, en France, à employer le nom de "romantisme". NAPOLEON est réfractaire, comme on le sait, aux écrivains qui tels que BERNARDIN de SAINT PIERRE ou encore LAMARTINE font appel à la liberté de l'esprit. Il place la littérature sous haute surveillance afin de réprimer tout anticonformisme.

C'est à cette époque que LAMARTINE découvre les textes philosophiques du VIIIème siècle. ROUSSEAU agit sur lui comme un philtre révélateur. En 1802, survient au moment où, suite au Concordat, où l'on renoue avec ses racines chrétiennes et avec le gothique, une source nouvelle de poésie inspirée de la Bible, avec sa profusion d'images et de paraboles et de symbolique. Les auteurs ont soif de mysticisme, de sacré. C'est l'époque ou Théophile GAUTIER considère CHATEAUBRIAND comme l'aïeul du "romantisme" en France. Madame de STAËL ainsi que CHATEAUBRIAND renouvellent les pensées et le langage, tout en bouleversant les cœurs. C'est, en fait, un style direct, efficace dit "attique", inspiré des MONTESQUIEU et VOLTAIRE. Cette effervescence est, malgré tout, prisonnière, en France, de la tradition "classique", et de nombreux romantiques français renient leurs maîtres, tout en restant esclaves de la formation rhétorique que ceux-ci leur ont inculquée.

George R. HAVENS écrira, plus tard : "L'ordre classique et la logique persistent dans le romantisme français. Le sens de la composition et de la forme bien balancées demeure toujours puissant". Le romantisme, tout en restant soumis à la rhétorique de base, n'a plus peur des excès de pensées et de sentiments, et les initiatives d'une imagination qui se libère des carcans et des frénésies d'un "Moi" débordant de sève avec ses passions, sa mélancolie, ses larmes et ses appels de sens. Un vrai lyrisme, une sublime musique du Verbe. On s'éloigne du jardin un peu étriqué que VOLTAIRE demandait de faire fructifier sans se poser de questions.

La grande interrogation que se posait implicitement le "romantisme" trouve réponse dans l'inquiétude métaphysique qui fait la grandeur de l'homme. Il faudra, cependant, attendre la fameuse "Préface de Cromwell", en 1827, et la "Bataille d'Hernani", en 1830, pour que le romantisme français, triomphant des résistances, s'assure une solide assise. D'un point de vue formel, les premiers romantiques ont été assujettis à la "forme classique", à son dogmatisme.
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Sources : "Précis de Littérature de l'Union européenne3. Magnard. 1992.
Goerges R. Havens :"Romanticisme in France". P.M.L.A. 1940.
"Paul Bénichou : "Le sacre de l'écrivain". Corti.1968.




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