André Laugier

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dimanche 8 mai 2005

Les plus beaux sonnets de tous temps. 1







Le sonnet est une forme poétique dont l'élaboration des vers est très subtile et recherchée.
C'est Clément MAROT (1496-1544) fils du poète Jean MAROT, qui fut l'un des premiers à l'importer en France au début du XVIe siècle.
Il comprend quatorze vers répartis en deux quatrains à rimes embrassées (plus rarement écrits en rimes croisées) et deux tercets.
La règle fondamentale est que les deux quatrains doivent être de composition similaire.
En perte de vitesse au XVIIIe siècle il a refleuri au XIXe siècle sous l'impulsion des Parnassiens et, plus généralement, chez les poètes Humanistes.
Il existe une forme dite "moderne" par la modification apportée à la distribution des rimes dans le dernier tercet.

La distribution classique est : E,E,D La distribution moderne est: E,D,E..

La notion principale du poème doit s'exprimer pleinement dans le dernier vers qui doit être remarquable et impulser à l'élévation et à la sublimité à la conclusion du sonnet.
Mon site étant surtout consacré à la NATURE j'ai choisi quelques sonnets dont la qualité d'écriture, la musicalité et le caractère bucolique leurs donnent un lyrisme auquel notre sensibilité exacerbée ne peut rester indifférente. Toutes les écoles sont représentées: classique, romantique, symbolistes, surréalistes.



SONNETS SUR LA NATURE

Louise LABE

Pour le retour du Soleil honorer,
Le Zéphyr l'air serein lui appareille,
Et du sommeil l'eau et la terre éveille,
Qui les gardait, l'une de murmurer

En doux coulant, l'autre de se parer
De mainte fleur de couleur nonpareille.
Jà les oiseaux et arbres font merveille,
Et aux passants font l'ennui modérer :

Les nymphes jà en milles jeux s'ébattent
Au clair de lune, et dansant l'herbe abattent.
Veux-tu Zéphyr, de ton heur me donner,

Et que par toi toute me renouvelle
Fais mon Soleil devers moi retourner,
Et tu verras s'il ne me rend plus belle.


Armand GODOY
Sonnet pour l'Aube

Quel souci t'alourdit, ô rose balsamique
Qui penches ton parfum sur l'herbe? Et quelle main
Guette en tremblant ton rêve étrange et ton rythmique
Balancement craintif, au bout de quel chemin?

Reviendront-ils les jours où le soleil biblique
Datait chaque pistil d'un pouvoir surhumain
Afin d'y préparer la future relique
Qui du cruel hier fait le doux lendemain?

Ma rose périra comme les autres roses.
Après le deuil, l'idylle et les apothéoses,
Elle aura la poussière, ou l'âtre, ou le tiroir.

Mais pour la réveiller jusqu'au dernier pétale,
J'ai mon coeur de poète - encens , flamme et vestale -
Dont la fleur plus mortelle éternise l'espoir.


Mellin de SAINT-GELAIS

Voyant ces monts de vue ainsi lointaine,
Je les compare à mon long déplaisir:
Haut est leur chef et haut est mon désir,
Leur pied est ferme et ma foi est certaine.

D'eux maint ruisseau coule et mainte fontaine,
De mes deux yeux sortent pleurs à loisir;
De forts soupirs ne me puis dessaisir,
Et de grands vents leur cime est toute pleine.

Mille troupeaux s'y promènent et paissent;
Autant d'amours se couvent et renaissent
Dedans mon coeur, qui seul est ma pâture;

Ils sont sans fruit, mon bien n'est qu'apparence;
Et d'eux à moi n'a qu'une différence,
Qu'en eux la neige, en moi la flamme dure.



SAINT-AMANT
L'Automne des Canaries

Voici les seuls Coteaux, voici les seuls Vallons
Où Bacchus et Pomone ont établi leur gloire;
Jamais le riche honneur de ce beau territoire
Ne ressentit l'effort des rudes Aquilons.

Les Figues, les Muscats, les Pêches, les Melons
Y couronnent ce Dieu qui se délecte à boire;
Et les nobles Palmiers sacrés à la Victoire
S'y courbent sous des fruits qu'au miel nous égalons.

Les Cannes au doux suc, non dans les Marécages,
Mais sur des flancs de Roche y forment des bocages
Dont l'or plein d'Ambroisie éclate et monte aux Cieux.

L'Orange en même jour y mûrît et boutonne;
Et durant tous les Mois on peut voir en ces Lieux
Le Printemps et l'Eté confondus en l'automne.


SAINT-AMANT
L'Hiver des Alpes

Ces atomes de feu qui, sur la neige, brillent,
Ces étincelles d'or, d'azur et de cristal,
Dont l'Hiver, au Soleil, d'un lustre oriental
Pare ses Cheveux blancs que les Vents éparpillent:

Ce beau coton du Ciel de quoi les monts s'habillent,
Ce pavé transparent fait du second métal,
Et cet Air net et sain, propre à l'esprit vital,
Sont si doux à mes yeux que d'aise ils en pétillent.

Cette saison me plaît, j'en aime la froideur;
Sa robe d'innocence et de pure splendeur
Couvre en quelque façon les crimes de la Terre:

Au prix du dernier chant ce temps m'est gracieux;
Et si la Mort m'attrape en ce chemin de verre,
Je ne saurais avoir qu'un Tombeau précieux.


Le Conte DE LISLE
LA Mort du soleil

Le vent d'automne, aux bruits lointains des mers pareil,
Plein d'adieux solennels, de plaintes inconnues,
Balance tristement le long des avenues
Les lourds massifs rougis de ton sang, ô soleil!

La feuille en tourbillons s'envole par les nues;
Et l'on voit osciller, dans un fleuve vermeil,
Aux approches du soir inclinés au sommeil,
De grands nids teints de pourpre au bout des branches nues.

Tombe, Astre glorieux, source et flambeau du jour!
Ta gloire en nappes d'or coule de ta blessure,
Comme d'un sein puissant tombe un suprême amour.

Meurs donc, tu renaîtras! L'espérance en est sûre.
Mais qui rendra la vie et la flamme et la voix
Au coeur qui s'est brisé pour la dernière fois?


Albert SAMAIN
Extrême Orient 1

Le fleuve au vent du soir fait chanter ses roseaux.
Seul, je m'en suis allé.- J'ai dénoué l'amarre,
Puis je me suis couché dans la jonque bizarre,
Sans bruit, de peur de faire envoler les oiseaux.

Et nous sommes partis, tous deux, au fil de l'eau,
Sans savoir où, très lentement.- O charme rare,
Que donne un inconnu fluide où l'on s'égare!...
Par instants, j'arrêtais quelque frêle rameau.

Et je restais, bercé sur un flot d'indolence,
A respirer ton âme, ô beau soir de silence...
Car j'ai l'amour subtil du crépuscule fin;

L'eau musicale et triste est la soeur de mon rêve.
Ma tasse est diaphane et je porte, sans fin,
Un coeur mélancolique où la lune se lève.


Albert SAMAIN
Etrême Orient 2

La vie est une fleur que je respire à peine,
Car tout parfum terrestre est douloureux au fond.
J'ignore l'heure vaine, et les hommes qui vont,
Et dans l'Ile d'Email ma fantaisie est reine.

Mes bonheurs délicats sont faits de porcelaine,
Je n'y touche jamais qu'avec un soin profond;
Et l'azur fin qu'exhale en fumant mon thé blond,
En sa fuite odorante emporte au loin ma peine.

J'habite un kiosque rose au fond du merveilleux.
J'y passe tout le jour à voir de ma fenêtre
Les fleuves d'or parmi les paysages bleus;

Et, poète, royal en robe vermillon,
Autour de l'éventail fleuri qui l'a fait naître,
Je regarde voler mon rêve, papillon.


Charles PEGUY
Premier jour.

Comme elle avait gardé les moutons à Nanterre,
On la mit à garder un bien autre troupeau,
La plus énorme horde où le loup et l'agneau
Aient jamais confondu leur commune misère.

Et comme elle veillait tous les soirs solitaire
Dans la cour de la ferme ou sur le bord de l'eau,
Du pied même saule et du même bouleau
Elle veille aujourd'hui sur ce monstre de pierre.

Et quand le soir viendra qui fermera le jour,
C'est elle la caduque et l'antique bergère,
Qui ramassant Paris et tout son alentour

Conduira d'un pas ferme et d'une main légère
Pour la dernière fois dans la dernière cour
Le troupeau le plus vaste à la droite du père.


Etienne TORIELLI
Un petit jardin.

A l'ombre d'un jardin cachant son opulence,
La rose et le lilas, l'oiseau secrètement,
Attendaient-ils encore le doux chuchotement
Des caresses du soir au fond de l'indolence?

Dans ce calme abrité de toute turbulence,
Un écureuil furtif, à l'écoute un moment,
La fleur d'un papillon et son envol charmant
S'enivraient de la vie au velours du silence.

De quels élans sont faits les beaux jardins en fleurs
Si le soir qui s'y coule à l'écart des malheurs
Comme une étoile aux cieux les invite à se taire?

Dans ce petit jardin, abri d'un univers
L'amour écoutait-t-il, craintif et solitaire,
Le grand silence d'or où frémissaient ces vers?



Philippe DESPORTES
D'une fontaine

Cette fontaine est froide, et son eau doux-coulante,
À la couleur d'argent, semble parler d'Amour;
Un herbage mollet reverdit tout autour,
Et les aunes font ombre à la chaleur brûlante.

Le feuillage obéit à Zéphyr qui l'évente,
Soupirant, amoureux, en ce plaisant séjour;
Le soleil clair de flamme est au milieu du jour,
Et la terre se fend de l'ardeur violente.

Passant, par le travail du long chemin lassé,
Brûlé de la chaleur et de la soif pressé,
Arrête en cette place où ton bonheur te mène;

L'agréable repos ton corps délassera,
L'ombrage et le vent frais ton ardeur chassera,
Et ta soif se perdra dans l'eau de la fontaine.


Alfred de MUSSET

Que j'aime le premier frisson d'hiver! le chaume,
Sous le pied du chasseur, refusant de ployer!
Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume,
Au fond du vieux château s'éveille le foyer;

C'est le temps de la ville - Oh! lorsque l'an dernier,
J'y revins, que je vis ce bon Louvre et son dôme,
Paris et sa fumée, et tout ce beau royaume
(J'entends encore au vent les postillons crier),

Que j'aimais ce temps gris, ces passants et la Seine
Sous ses mille falots assise en souveraine!
J'allais revoir l'hiver. - Et toi, ma vie, et toi!

Oh! dans tes longs regards j'allais tremper mon âme;
Je saluais tes murs. - Car, qui m'eût dit, madame,
Que votre coeur si tôt avait changé pour moi?


Louise LABE

Pour le retour du soleil honorer,
Le Zéphir l'air serein lui appareille,
Et du soleil l'eau et la terre éveille,
Qui les gardait, l'une de murmurer

En doux coulant, l'autre de se parer
De mainte fleur de couleur non pareille.
Jà les oiseaux ès arbres font merveille
Et aux passants font l'ennui modérer;

Les Nymphes jà en mille jeux s'ébattent
Au clair de Lune, et, dansant, l'herbe abattent;
Veux-tu, Zéphir, de ton heur me donner,

Et que par toi me renouvelle?
Fait mon soleil devers moi retourner?
Et tu verras s'il ne me rend plus belle.



RONSARD

Ciel, air et vents, plains et monts découverts,
Tertres vineux et forêts verdoyantes,
Rivages tors et sources ondoyantes,
Taillis rasés et vous bocages verts,

Antres moussus à demi-front ouverts,
prés, boutons, fleurs et herbes rousoyantes,
Vallons bossus et plages blondoyantes,
Et vous rochers, les hôtes de mes vers,

Puisqu'au partir, rongé de soin et d'ire,
A ce bel oeil adieu je n'ai su dire,
Qui près et loin me détient en émoi,

Je vous supplie, Ciel, air, vents, monts et plaines,
Taillis, forêts, rivages et fontaines,
Antres, prés, fleurs, dites-le lui pour moi.


Paul VERLAINE

Le son du cor s'afflige vers les bois
D'une douleur on veut croire orpheline
Qui vient mourir au bas de la colline
Parmi la bise errant en courts abois.

L'âme du loup pleure dans cette voix
Qui monte avec le soleil qui décline
D'une agonie on veut croire câline
Et qui ravit et qui navre à la fois.

Pour faire mieux cette plainte assoupie
La neige tombe à longs traits de charpie
A travers le couchant sanguinolent,

Et l'air à l'air d'être un soupir d'automne,
Tant il fait doux par ce soir monotone
Où se dorlote un paysage lent.



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