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MENSONGE ET VÉRITÉ

Tous les songes, dit-on, ne sont que des mensonges ;
À vérité ténue, mensonge est exaltant ;
On l’arrange, on le tord comme avec des éponges,
Selon la forme au plan que chacun en attend.

Dire la vérité, parfois, nous est pénible,
Car trop apparentée aux mensonges d’autrui ;
L’accent de vérité au mensonge est faillible,
Et l’un qui se construit par l’autre se détruit.

Si nous avons besoin du voile du mensonge,
L’exagération tue toute vérité ;
Le risque devient grand, et sa charge nous plonge
Dans un imbroglio plus ou moins agité.

D’une vérité moindre on passe à la plus grande,
Et le vrai faux mensonge, signe de vérité,
Paraît plus vertueux, au point qu’on s’en défende,
Puisqu’un mensonge imite avec fidélité.

Le mensonge des uns aux mensonges des autres,
Devient un antidote et sert les intérêts ;
Chacun y joue son jeu, au fard des bons apôtres,
Une main sur le cœur et les yeux guillerets.

Car si la vérité en chacun peut attendre,
Le mensonge, lui seul, est bien souvent pressé ;
Mensonge et vérité ont du choix à revendre :
Tous deux ont leurs atouts, chacun bien exercé.

Tel une vérité qui se trompe de date,
Un mensonge n’est plus quand il a réussi ;
Cela tiendra beaucoup si l’on est diplomate,
Sans retenue, alors, on lui dira « merci ».

Rien ne sert de mentir sans l’éclat du mensonge ;
Toute pensée qui dure est contradiction ;
Toute sincérité qui se crie, se prolonge,
N’est à percevoir comme acceptation.

La fausse modestie décence du mensonge,
Est à la vérité un leurre bien pensant ;
Si certains s’y appuient sans remord qui les ronge,
Peut-être ont-ils raison ; Est-ce réjouissant ?

Mensonge et vérité sont au terme des choses ;
Le temps use l’erreur, polit la vérité ;*
Se déchirer l’esprit vaudrait bien des psychoses,
À qui voudrait trancher, s’en croyant mandaté.

Toute vérité trompe aussi bien que l’erreur
Où le poids du mensonge, et qu’elle s’autorise ;
Méfions-nous du brave autant que du hâbleur,
Les mots de vérité n’ont aucune expertise.

*Distique du Duc de Lévis.


BIEN FOL EST QUI S’Y FIE.

« La raison du plus fort est toujours la meilleure » ;
Que doit-on penser de la folie des grandeurs,
Si, plus que de raison, la raison d’être est leurre,
Et qu’un brin de folie nous accorde faveurs ?

A tord ou à raison, de folie raisonnable
On en perd la raison en raison d’y penser ;
Où finit la folie, souvent peu soupçonnable,
Quand entendre raison est fou pour renoncer ?

A raisonner ainsi, bien fol est qui s’y fie ;
Sur un coup de folie, aussi bénin soit-il,
Aux raisons d’espérer cette folie défie
Non raisonnablement d’un projet le profil.

Y aurait-il du bon dans la folie humaine,
Quand la saine raison follement y souscrit,
Et, plus que de raison y voit là une aubaine,
Que de raison garder on cède, on en souffrit.


C’EST BON POUR LE MORAL…

Les bons échouent souvent quand vainquent les mauvais,
Pour la bonne raison que d’un mauvais usage,
La bonne intuition les seconds, encourage,
Et que d’un mauvais choix les premiers sont défaits.

Un bon tuyau acquis contre un mauvais calcul
Est la bonne surprise, et la mauvaise mine
Fera bonne mesure au destin qui chagrine,
Contre les mauvais coups, si l’on prend du recul.

Au bon moment savoir sortir d’un mauvais pas :
Voilà la bonne affaire, aidant de bonne grâce
Dans ce mauvais climat au rebond dans l’impasse ;
C’est bon pour le moral : le mauvais sang s’en va.

Tenir bon c’est contrer un mauvais résultat,
Et, si un mauvais jour un seul bon signe arrive,
En ce mauvais moment il est bon qu’au qui-vive,
Notre bonne conduite au bon sens prenne pas.

Ce qui est beau et bon est les deux à la fois ;
A quoi bon si parfois on la « trouve mauvaise »,
Faire un mauvais procès, tout de bon qui nous pèse,
Quand même en bon perdant on sait garder sa foi.


UN PETIT RIEN POUR UN GRAND BÉNÉFICE

Si l’on réussit mieux un petit bien souvent
Qu’à vouloir tout en grand, et dans la convoitise,
Rien ne paraît plus grand, – mais aussi motivant –,
Qu’une petite affaire et nue de vantardise.

D’une petite idée peut naître un avantage ;
Mais si l’on voit trop grand, peu à peu on s’enlise ;
A ce petit jeu là un grand abattement
Met, petit à petit, le doute à ce qu’on vise.

Rien n’est jamais trop grand quand tout parait petit ;
Se sentir grand partout est petit par nature ;
La folie des grandeurs en rien ne garantit
Qu’un petit coup de pouce y mettra la pointure.

Un grand bien nous grandit : petit bonheur suprême !
Avoir un grand souci : adieu petit bonheur !
Un simple petit pas sera moins grand problème,
Et, dans un grand défi, au reste : prometteur.

Tous nos petits tracas, visant un grand projet,
Si l’on sait l’aborder, mettre un petit peu d’ordre,
Se feront tout petits, n’étant plus le sujet,
Grand en sera l’acquis, plus petit le désordre.


QUI PERD GAGNE

Si l’on gagne souvent à être plus connu,
On risque de tout perdre en cette convoit
ise ; La vraie joie de gagner où chacun est tenu
Ne doit perdre de vue que gagner : s’organise.

Mais que de temps perdu pour y gagner du temps !
Ne pas perdre courage, où, si la peur nous gagne,
Quand on a rien à perdre on doit rester constant ;

On a tout à gagner : la chance pour compagne.

Il gagnera celui qui sait ce qu’il peut perdre ;
Savoir perdre à propos, c’est gagner du terrain ;
Perdre une occasion, risquer de tout reperdre,
Est un mauvais marché qui agit comme un frein.

Pour gagner de l’espoir il faut l’expérience ;
Ne jamais perdre, en soi, un certain engouement.
Jouer à qui perd gagne est une déviance
Qui conduit à tout perdre, et y gagner tourment.

À gagner un beau bien on gagne une louange ;
Perdre ses objectifs, c’est perdre son élan ;
On ne change jamais la tactique où s’engrange
Un beau tempérament de gagneur vigilant.

Si l’on a rien à perdre on peut bien tout risquer ;
Cet état de gagner demeure aléatoire ;
On peut y perdre aussi à trop le provoquer,
Et ne gagner du temps qu’à un travail sans gloire.


CROIRE OU DOUTER

Nul doute que l’erreur mine la certitude ;
Croire ce que l’on voit donne à croire trop peu,
Et ne douter de rien est mauvaise habitude,
Si, aux raisons de croire, on déprise l’enjeu.

Faut-il douter de tout ou bien encor tout croire ?
L’excès, dans les deux cas, prive de réfléchir ;
À en croire les faits il serait illusoire
De trop croire au hasard, douter avant d’agir.

Le pensée prend naissance à la source du doute,
Et croire en ses idées, sans doute est excellent ;
Le réel s’il parait mettre un doute en déroute,
Aveugle, trop patent, si l’on n’est vigilant.

Croire c’est s’exercer à supporter le doute,
Mais on doute souvent de ce qu’on ne croit plus ;
La faute serait de tout croire et, sur sa route,
Faire l’impasse au doute en le croyant déchu.

Seul le doute s’accroît, jamais la certitude,
Et qui ne doute pas hérite de bien peu.
Si, dit-on, voir c’est croire alors cette attitude
De croire et puis d’agir jouera avec le feu.


AUX RAISONS D’ESPÉRER

Dans le temps qui attend et le temps qui espère,
L’espérance est un rêve, et qui veille et guérit.
Un coup dur, à coup sûr, après coup se digère
Aux raisons d’espérer qu’un coup de main offrit.

L’espérance est le bien de ceux qui n’en ont plus ;
Sachons tenter le coup : l’espérance fait vivre ;
Un coup de chance aussi ne doit pas être exclu,
Et, si l’on tient le coup, espérer doit s’ensuivre.

Qui espère demain néglige l’aujourd’hui ;
Pour rester dans le coup, gardons quelque repaire.
En combativité, puisque rien n’est gratuit,
Un coup du ciel, souvent, est plus qu’on ne l’espère,

Qui tel un coup de pouce a bien inespéré.
L’espérance est la foi qui peut chasser la crainte,
Si un coup au moral nous rend désemparé ;
Sans cesser d’espérer luttons, et sans contrainte.

L’espérance est un risque : il faut bien le courir,
Et presque au coup par coup, avec de la constance,
Même au coup de Jarnac on pourra se guérir,
Tant soit que d’un coup bas survivra l’espérance.

À ne point espérer chacun court un grand risque
D’en accuser le coup, sans aucun coup d’éclat,
Et de manquer son coup si l’espoir nous confisque
Aux raisons d’espérer un avenir bien plat.


LA CAUSE EST ENTENDUE

Parvenir à ses fins, en tout état de cause,
Faire cause commune : est bien le fin du fin.
Le fin mot de l’histoire est que, dans cette clause,
À bien plaider sa cause, on voit l’effet, enfin.

Personne n’apprécie de rester sur sa faim ;
Le travail abouti n’a pas d’effet sans cause ;
En défendre l’idée déjà y mettrait fin,
Dans le désagrément, lésant la bonne cause.

Si l’on dit que la fin justifie les moyens,
Au fin fond de la chose, aux desseins mitoyens,
Ma cause est entendue, à toutes fins utiles.

Comment ne pas penser qu’en fin de compte il faut
Plus d’effort, de sueurs, que de propos habiles ?
En connaître la cause enlève le défaut.


QUAND LES MOTS PRENNENT LA PAROLE

Au mot d’esprit sachons, adroit, jouer le jeu.
Pas un seul mot turbide à la saine écriture ;
D’entrée de jeu, au sens du mot, pas d’imposture ;
Tricher au jeu, c’est jouer gros, et être hors-jeu.

Jouer franc-jeu, entre deux mots, tel est l’enjeu ;
Se prendre au jeu est le mot d’ordre, où la pointure
De l’humoriste et du poète, en l’aventure,
Pour séduire les mots, s’offrent un si beau jeu.

En un mot, et pour prendre au jeu la drôlerie,
Jouer aux jeux de mots, dans la badinerie,
Est un jeu d’écriture usant de mots croisés.

Avoir son mot à dire, au jeu vaut la chandelle ;
Et, quand les jeux sont faits, bien même un peu osés,
La parole est au mot, le mot est son modèle.


QUI PEUT LE MOINS PEUT LE PLUS

Au plus je m’interroge au moins je ne découvre ;
Tout au plus, c’est du moins un sentiment acquis ;
Me dire à moindre prix qu’en ce sujet, requis,
Plus je pense à cela, et moins je m’y retrouve.

N’être rien moins que moi, plus ou moins je l’approuve,
Et, plus je me connais, défrichant ce maquis,
Ça me dérange moins, car de plus c’est exquis :
Je suis le plus heureux, de moins en moins j’épouse

Cette idée qu’est en moi que le plus compliqué,
Est le moins agréable, et qu’il est plus risqué
De toujours savoir plus en arrivant moins vite.

Et quoi de plus léger quand c’est à moindre prix,
Qu’au plus intéressant, sans questions, ensuite,
On sait qui peut le moins, peut le plus s’il en rit !


AVOIR L’ŒIL POUR LES PIEDS

Si ça ne saute aux yeux, prendre garde au poème :
Un pied plat, rime pauvre, est vue d’un mauvais œil ;
Pour ne pas perdre pied, nous devons ouvrir l‘œil,
Jamais lever le pied, même en cas de dilemme.

Avoir l’œil vigilent ; Pour respecter le schème,
Consulter un lexique et ne pas fermer l’œil ;
Pied à pied, sans se mettre ainsi le doigt dans l’œil,
De pied ferme prend pied la poésie qu’on sème.

L’œil du maître fait fuir l’idée du pied au mur,
Car de ses propres yeux, grâce à un travail mûr,
Pour les beaux yeux des vers, il est sur pied de guerre.

Du haut du piédestal de ses propres acquis,
Il tient à l’œil les mots, et ne s’inquiète guère,
Sur pied d’égalité, et au clin d’œil requis.


À TOUT PRENDRE ET FIN PRÊT

Parvenir à ses fins, c’est savoir bien s’y prendre ;
Être toujours fin prêt, et prendre tout son temps ;
Pour mener un projet, à sa fin il s’entend,
À tout prendre, et fin prêt, cela doit se comprendre.

Du fait, qu’en fin de compte, – il ne faut s’y méprendre,
Être assez fin limier, réclame effort constant :
Prendre une part active en devient exaltant.
Le fin du fin, bien sûr, est la joie d’entreprendre.

Si la fin justifie les moyens, dit l’adage,
Il faut prendre sur soi d’en tirer l’avantage ;
Le fin mot de l’histoire est bien de prendre part.

Pour mettre fin et clore, au cocasse chapitre
Ce modeste sonnet est comme un faire-part ;
À prendre ou à laisser, vous en êtes l’arbitre ;

Je ne le prendrai mal, j’en prendrai mon parti.


LE PAIN ET LE COUTEAU

Toujours gagne-petit, trouvant son gagne-pain
Comme second couteau, en rôle de théâtre,
Il mangeait son pain blanc, caractère opiniâtre,
Quand tout se passait bien, presque comme un rupin.

Le regard cabotin, et quelque peu faquin,
En lame de couteau son visage blanchâtre,
Hantait souvent le bar nommé « Café-théâtre »,
À l’eau et au pain sec, tel un vrai galopin.

Le couteau sous la gorge et sans pain sur la planche,
Il s’estimait heureux d’en couper une tranche,
Et bénissait le ciel pour ce pain quotidien.

À quoi bon remuer le couteau dans la plaie,
Être à couteaux tirés envers autrui quand bien,
Le pain et le couteau ne s’assemblent d’emblée.


UN PETIT RIEN, UN PETIT PLUS

Peu lui suffit : un petit rien, il s’en contente ;
Rien n’est acquis, mais peu à peu, et l’air de rien,
En peu de mots, très motivé, en moins que rien,
Sans penser trop, sans penser peu, plume élégante,

Il obtient plus, d’un peu de tout, en dilettante.
Car s’amuser avec des riens au va-et-vient
De l’à-peu-près, du calembour, n’épargnant rien :
Rien ne l’arrête, et peu lui chaut, tant qu’il invente.

À peu de frais – ce n’est pas rien – en peu de temps
Rien ne se perd, rien n’est gratuit ni rebutant ;
Juste un peu fou, mais rien de pire, et peu importe.

Un rien l’égaie, et rien de mieux, ni rien de moins,
Est suffisant s’il obtient plus et qu’il colporte
Un peu d’humour, qu’un rien habille, néanmoins.


AU NEZ ET A L’ŒIL

La satire me sied, au pamphlet je brocarde,
Et, d’un œil avisé, quand il montre son nez,
Ne le quitte de l’œil, rêvant le façonner
Les yeux facétieux tandis que je le farde.

Nez à nez devant lui, d’une plume renarde,
Quand je lui fais de l’œil, parfois à vue de nez,
En mes vues de l’esprit j’aime le taquiner,
À vue d’œil, le nez fin, tirant sur ma bouffarde.

Quand je caricature en vue de jeux de mots,
J’ouvre l’œil évitant les libellés grimauds ; *
Si je n’ai l’œil du Maître, il n’est jamais d’œillères

Capables de me mettre alors un doigt dans l’œil.
Je n’ai pas froid aux yeux, les Muses conseillères
Souvent, au pied de nez, m’adressent leur clin d’œil.

* Dans le sens de pédants


PILE-POIL

Parfois on tombe pile, ou un poil à côté ;
Aussi, à un poil près, nous faut-il faire face
Afin que pile-poil un obstacle s’efface,
Et dans ce face à face, être du bon côté.

Précis, toujours au poil, sans passer à côté,
Pour ne perdre la côte, ou se voiler la face,
Car, si l’on freine pile on risque que s’efface
Ce qui nous tombait pile, et choit au bas côté.

Reprenons et gardons de ce poil de la bête,
Un petit poil de chance : et sitôt c’est la fête,
Puisque tout ira bien l’aubaine à nos côtés.

Soyons donc vigilants si du concret s’empile ;
Un seul poil sur la main et nous serions jetés,
Saisis à contre-poil, telle une vieille pile.


POUR UN « OUI » POUR UN « NON »

Ni le « Oui » ni le « Non », au cours d’un face à face,
Ne tombèrent d’accord, on devine aisément ;
Si le « Oui », positif, toujours de bonne grâce,
Approuve sans réserve, indubitablement,

Le « Non », plus radical, souvent lui fait la chasse,
Son nom, rien qu’à lui seul, semble concurremment,
Vouloir à tout instant, lui dérober la place,
Lui, le bienheureux « Oui », dont le son est charmant.

Chacun à l’argument, y défend sa raison ;
En croyant qu’il détient la vraie clé de son nom :
L’évidemment pour l’un, et le refus pour l’autre.

Aucun d’eux n’est d’humeur à céder du terrain ;
Trois lettres en commun, et où chacun se vautre,
Pour un « Oui » pour un « Non » dans un piètre refrain.


PRÉSENT INDEFINI

Ne jugeons l’avenir qu’à partir du présent ;
Voyons dans le présent, l’à-propos, la manière ;
Un projet d’avenir n’est chose familière,
Construisons au présent l’avenir suffisant.

Si le sens du présent paraît tranquillisant,
L’idée de l’avenir en reste la matière ;
Mais le présent s’échappe, altier à part entière,
Et l’avenir fait craindre, il est souvent pesant.

Le présent n’est-il pas un passé en puissance,
Dont on songe au présent, le cœur plein d’espérance,
Présent de souvenirs, d’imagination ?

Dans le moment présent l’avenir se dessine ;
Lassons donc le futur bâtir son bastion ;
Un avenir se veut, du présent s’enracine.

Plus je vieillis, je crois, et plus j’ai d’avenir.


LE TEMPS NE PERD SON TEMPS

Si tant est que gagner du temps est profitable,
Tant s’en faut cette idée que dans un premier temps,
Tout tend à s’accomplir et qu’on arrive à temps
Autant qu’on le désire en tentant l’improbable.

Tant qu’à faire il vaut mieux, tant bien que mal rentable,
Savoir prendre son temps, tant soit peu plus longtemps,
Que vouloir tant et plus, agir à contretemps,
Pour, dans un temps record, y chercher l’avantage.

Au temps que l’on doit tant, la sagesse est vertu,
Tant est-il qu’entre-temps, de bons sens revêtu,
A plein temps l’on profite autant qu’on le désire.

Et, entre deux mi-temps, soufflons de temps en temps,
Tant cela est vital pour qu’un peu l’on respire…
Qui a le temps attend, le temps ne perd son temps.

Et moi, mes chers amis, j’ai pris un temps d’avance.


QUI PERD GAGNE ?!

Le hasard fait gagner, mais peut faire tout perdre ;
Savoir perdre à propos, c’est souvent y gagner ;
Seul, le temps toujours gagne, et peut nous enseigner
Que n’est jamais gagné tout ce qu’on peut reperdre.

À y perdre son temps c’est en faculté perdre ;
À tout vouloir gagner, tout peut s’en éloigner ;
Perdre la confiance et rien à y gagner,
Fait perdre tout espoir, gagnant l’idée de perdre.

Ne pas perdre de vue que n’est jamais gagné,
Jamais perdu d’avance, un projet bien soigné ;
Et ne pas perdre espoir si quelque peur vous gagne.

Pour gagner du terrain, gagner quelque hauteur ;
À gagner certain bien, le bonheur s’accompagne,
Et c’est ça de gagné, sans perdre sa ferveur.


LE FEU SACRÉ

Faire feu de tout bois n’est pas source d’eau pure,
Pour se jeter à l’eau dans l’épreuve du feu :
Nager entre deux eaux n’a aucun pare-feu
Et souvent un projet tombe à l’eau, immature.

Jouer avec le feu, c’est risquer la brûlure ;
Le feu a besoin d’eau, et ne fait pas long feu
Si la mèche est noyée près de la bouche à feu,
Et que la goutte d’eau en chasse la morsure.

Si je peux me permettre, ici, quelque conseil,
C’est qu’être entre deux feux, c’est du même au pareil
Que se jeter à l’eau et nager en eau trouble.

Pour qu’un plan réussisse, il faut le feu sacré,
Sinon, tel feu de paille, il ne vaut pas un rouble,
Et comme un coup d’épée, dans l’eau aura sombré.


FAIT TARD

Je suis un couche tard, je suis un lève tôt ;
Mais loin d’être un étau qu’une tare accapare,
J’en retire plutôt un plaisir à l’hectare,
De facto, sans retard, étant prêt aussitôt.

À l’instar de mon art, je respire tantôt
Au nectar legato des sons dont je m’empare,
Bientôt cerné de vers, tandis qu’un bon cigare
Enfume l’ambiance, un peu ex abrupto.

C’est très tard, avant-hier, que ces rimes naissantes,
Aujourd’hui, et bien tôt, aux idées agissantes,
Ont d’un esprit dispos mis repos au propos.

Au tréteau du papier : plateau de mon délire,
Je soumets, sans tarder, ce modeste dépôt,
Proposé humblement par un pince-sans-rire.


VOIR OU CROIRE ?

Voir c’est croire, dit-on, mais faut-il toujours croire
En fait ce que l’on voit ? Je préfère, prudent,
Tempérer dans le doute et cacher l’illusoire,
Pour juger, comparer, à mon corps défendant.

Savoir : c’est voir en soi ; croire n’est point prouver,
Mais vivre en même temps l’écart et l’alliance.
Le réel n’est jamais, on sait, que d’esquiver
Quand, théoriquement, il n’est point évidence.

Croire n’est pas savoir, mais croire crée les choses,
Et l’on peut s’exposer ainsi à se tromper,
Car si certains rallient à eux toutes les causes,
L’éclairé, pour voir loin, désire anticiper.

Alors, pour voir de loin, regardons de plus près :
Chez l’homme qui apprend est-il si bon de croire,
Comparé à celui qui sait et a secret
Que savoir plus que voir est moins aléatoire.

Souvent un parti pris vaut mieux qu’une équivoque,
Qui me contrariera ? Le réel n’est jamais
Ce que l’on pourrait croire, et en cela évoque
Qu’il porte aussi le doute et souvent compromet.

C’est encor croire en soi que de douter de soi,
Car croire c’est aussi savoir porter ses doutes…
Il peut nous en coûter, et l’on s’en aperçoit
Aux valeurs des idées qui jalonnent nos routes.

En cela j’ai appris à juger, à déduire,
À comparer, penser et être observateur,
Pour qu’enfin voir et croire, en moi puisse construire
Que voir est salutaire et croire plus flatteur.


QUAND LES VERTUS DU VICE…

Les vertus sont liées à tous nos petits vices,
Qui les rendent légers, quelquefois raffinés ;
Soyons donc indulgents de nos gourmands caprices,
Aux dépends des vertus, puisqu’ils sont contournés.

Il faut être courtois aux qualités du vice ;
Un vice sans plaisir étant moins que vertu ;
N’ayons point de remords, ou l’âme accusatrice,
Vivons, par conséquent, sans en être abattu.

Nous ne sommes juges : Dieu jugera pour mous ;
Faisons part équitable aux charmes de la vie ;
Ni apôtres du vice au temps d’un rendez-vous,
Ni blâmant la vertu, si elle nous convie.

Il faut morale à tout : conservons nos défauts…
Calculer la vertu c’est instruire le vice ;
Le vice est dans la nuit, mais il a des faisceaux ;
La vertu, au grand jour, n’est parfois que factice…

Un vice spontané est vertu d’innocence ;
S’il est simple et naïf : reste un vice commun.
Les vices déguisés ont, seuls, une indécence,
S’agitant dans l’orgueil qui est inopportun.

C’est ce qui me fait dire à vous, tous mes amis,
Qu’un vice tient l’usage et s’habille aux vertus ;
Car, en vertu de quoi, à nos vices soumis,
La vertu, trop guindée, à des sous-entendus.

Ôter l’espoir au vice, il me semble, est donner
Une arme à la vertu qui est capricieuse,
Comme un masque de mœurs pour se dédouaner,
Corriger tel abus de façon pointilleuse.

Par nature ou instinct, les deux sont en usage :
Le vice échappe aux lois, vertu a bon aloi ;
Mais pardonnons au vice, et montrons son visage,
Rendons-lui politesse : il nous sert, quelquefois…


JEUNESSE ET VIEILLESSE

Gommer du temps aux ans, gouverner sa jeunesse,
Lui prêter la durée qu'il plairait valider :
Folle philosophie, chimère sans promesse,
Espoir de vanité pour mieux nous gourmander.

Et la flèche du Temps qui blesse la vieillesse
Ne peut guérir, hélas, de ce qui fut conquis...
Tel est ainsi le sort et qui, sans politesse,
S'abat un jour sur nous puisqu'on ne le vainquît.

Jeunesse n'a qu'un temps, vieillesse contre temps :
Spectre disgracieux qui contemple l'automne,
Envieux de Janus au pouvoir exaltant,
N'ayant qu'un seul visage et l'âge qu'il nous donne.

Car plus on devient vieux le temps est disgracieux ;
Nos tempes fleuriront au blanc impitoyable,
Cernées de toute part au poids calamiteux
D'une ardeur qui s'éteint : destin irrévocable.

La jeunesse est printemps, hiver est la vieillesse ;
- Penser en la jeunesse est savoir bien vieillir - ;
Aux splendeurs d'autrefois, le charme fait noblesse :
S'il est indélicat, il peut nous embellir.


LE BEAU ET LE LAID

Si contempler le beau est saisir le fragile,
Le beau étant divin et cause de plaisir ;
Ce beau n'a qu'un aspect, mais le laid en a mille ;
Rien n'est pure beauté qu'un laid ne peut saisir...

La recherche du beau, ou la quête du vrai ?
Le réel seul est beau, ne l'est aucun possible ;
Mais le laid, pour autant, en reste-t-il abstrait,
Vu que le jugement n'est jamais infaillible ?...

Le beau se définit aussi facilement
Que sa manière d'être est ce qui désespère ;
Le beau n'existe-t-il qu'en l'ensorcellement,
Puisqu'il naît, puisqu'il meurt, se perd, se régénère ?

Le laid n'est-il présent qu'en l'habit d'une époque ?
Que pour le déclarer ? Au lieu de s'appliquer
À chercher - si minime - au point que l'on s'en moque,
Un soupçon de beauté pour la communiquer.

Amour du laid, du beau : chaque genre a ses règles.
L'art seul sépare-t-il, sans jamais l'écarter,
Ressemblance ou réel, quand l'esprit seul allègue
Pour faire contrepoids, un regard pour ...voter ?


LA THEORIE ET LA PRATIQUE

Si dans la théorie la pratique s'impose
C'est que les théories n'opèrent point de faits.
Dans un ordre pratique, en théorie, suppose
Que les actes n'ont droit à l'erreur des effets.

Car toute vérité s'inspire de pratique ;
Le doute est théorie : idéal sans valeur ...
La réalisation se fait dans la pratique ;
La théorie augure, et peut causer l'erreur.

Mais "pratique sans tête est théorie sans jambe"
Disait le philosophe en son raisonnement ;
Ce n'est le moindre charme, et si d'un croc en jambe,
La théorie, parfois, au procédé dément.

Car, bien des théories justifient certains actes ;
Leur formule avérée approchant du savoir.
Si l'on sait que tout l'art n'est sciences exactes
Et que les théories oeuvrent au "percevoir".

L'art est l'habileté réduite en théorie ;
S'il faut faire un effort : s'oublier dans l'effort !
Puisque, dit-on, l'effort, bien souvent, contrarie
Et dessert la pratique en étant trop retors.

Ayons donc pour support cet apport, réconfort,
Ce renfort qui distord et, dès lors la pratique ;
Tout record est décor si d'abord au rapport
Il procède à servir théorie plus pratique.


LE GÉNIE ET LA FOLIE

"Au génie la raison lui vaudrait un censeur".
Si la phrase est célèbre et très souvent citée,
Buffon disait aussi, en habile penseur,
Qu'il n'est qu'une vertu de patience ouatée

Bien plus libre à nos yeux dans un esprit flottant.
Il peint, parfois, l'esprit au contour d'un visage ;
Plait plus qu'il n'étonne…et d'orgueil exploitant
Les raisons et la gloire en son don d'héritage.

Les règles font de lui, en l'art, une routine,
Mais l'éclair n'est jamais comparable au soleil,
Et si le génie créé, un soupir le taquine :
De quelque modestie il ne veut le conseil.

Oui, ce père d'ampleur et fils de solitude
Peut avoir goût amer si l'âme, un jour, le fuit :
Ouvrage d'un moment et dont l'incertitude
Dérobe ses attraits en l'instant d'une nuit.

Paraissez être tout, embellir votre image,
Si le feu du génie ne luit plus sur le front,
Il n'est que vanité, philosophie peu sage,
Et qu'un peu de folie vos usages vaincront.

Le génie, on le sait, à son coin de folie,
Où l'esprit s'y confine y tombant à demi ;
Misérable folie que le génie rallie :
Sagesse ou déraison…hasard ou compromis ?

S'il subsiste du bon dans la folie humaine,
Cette exaltation, dans un sens mesuré,
À trompeuse apparence – étrange phénomène –
Où Génie et Folie n'ont d'aspect séparé.

Les valeurs n'ont de prix que l'étendue de l'âme
Dans l'authenticité, modestie, naturel ;
Si le génie, en nous, par son biais se réclame,
Qu'il soit sage folie, seul plaisir culturel.


LA PROBITÉ ET LE PÉCHÉ

Par ostentation la belle probité
N’est que pâle vertu candide à la morale,
Car, dans la vanité, quelle capacité
L’individu, souvent, au péché se régale.

Si le péché de chair est un délit sans suite,
Mérité-je un procès si c’est le confesser ?
La franchise du cœur, devant une inconduite,
Triomphe sans éclat pour mieux me courroucer.

Si je marche, parfois, sur des sentiers obliques,
Morale, au jugement, raille vertu d’esprit ;
Je ne provoque pas : mes propos satiriques
Épiques, revendiquent une éthique au mépris.

Qui plait le plus au peuple ? Un péché savoureux
Expliqué dans les faits aux préceptes pratiques,
Où la vertu probable, et d’un relent poudreux,
Qui peut choquer l’esprit de quelconques logiques ?

Car nos vices, c’est vrai, ont pour seul avantage,
Le luxe émancipé de nos fausses vertus,
Et un peu de folie est un bien beau courage…
D’Épicure ou Zénon : mes choix sont entendus.

Je laisse au fond du cœur probité et morale ;
De confesseur des juges, juge mes confesseurs ;
Un aveu du péché n’est que la diagonale
Vêtue de sainteté, déguisée aux erreurs.

Quand le vice frivole aux raisons des vertus
Dresse son imposture, implacable morale,
La résistance est vaine aux rideaux abattus ;
Rien n’absout le péché dans sa quête infernale.

La parole est souvent un péché d’arrogance :
Ce péché qui dévore l’hygiène des sens ;
Tout être organisé n’est jamais qu’apparence
Dont il tire avantage, étant à double sens.

Aux vices des païens : ourdies vertus chrétiennes ;
Je ne m’offusque pas, reste sauf mon honneur ;
Mes pensées, seulement, ne sont pas stoïciennes,
J’assume le péché, ce péché flagorneur.

Pour terminer mes vers j’emprunte à d’Harleville
Ce distique éloquent : ce n’est point l’évangile :
« Ève a souvent péché : c’est bien qu’on la flattât ;
Exemple que depuis mainte femme imita. »


PARLER OU SE TAIRE

Parler simple ou madré sur papier comme en bouche,
En phrases fleuries et aux idées survenues,
La parole me dope et le verbe, sa souche,
D'un silence fuyard chasse mes retenues.

Quand se taire est si doux, parler n'est jamais triste;
Si je parle de moi, je parlerai de vous,
Car parler c'est agir, j'en suis l'opportuniste:
Se taire c'est penser, rester au garde-à-vous.

Est-il bon de parler ou meilleur de se taire?
Car pour se faire entendre on parle toujours bien;
Et même si mes mots sont de l'alimentaire,
Je suis dépositaire et signataire au lien

Qu'en ce don de se taire si je n'ai rien à dire,
Au défi de me taire, il me faut m'exprimer,
Sans être interrompu, sans vouloir m'interdire
Au plaisir délicat de pouvoir m'affirmer.

Critère élémentaire et repère compère,
Je prospère, tempère et opère aux vertus
Que parler me libère et que mieux que se taire
Le plus petit des mots est toujours bien vêtu.

Aurai-je plus d'esprit si je savais me taire?
Comment puis-je me taire sans en être lassé?
La foi de mes discours n'est jamais tributaire
Aux faveurs du silence...un silence angoissé.

Parler est l'allusion qu'associe l'idée,
Car parler est agir quand penser c'est se taire.
Le mot devient un duc si l'image est fardée,
Mais il reste grimaud s'il est rudimentaire.

Me taire est un défi que mon esprit offense,
Car se taire n'est point une leçon en soi,
Et si je dois parler qu'il y ait l'élégance,
Si ce n'est l'éloquence, au moins j'ai cette foi.

Que resserrer la joie autour de quelques mots
Est un bien moindre mal qu'un esprit sot taira,
S'il refuse au langage, en ses plus beaux rameaux,
Le soin de lui laisser exprimer l'apparat.


DE CAUSE À EFFET

Il n’y a pas d’effet en absence de cause ;
Si j’ignore la cause, j’en plaide l’effet,
Car la causalité, en théorie suppose
Qu’on expose et appose une clause du fait.

Pour cause de mutisme exigence me cause
Souvent l’impression du méfait de l’effet ;
Si je vise à l’effet, en contestable cause,
De ce fait je me fais prisonnier du surfait.

Cause bien défendue est une juste cause.
Si mon attitude, en mes « effets spéciaux »,
Peut m’inciter, parfois, plus à l’effet qui « cause »
Dans une belle cause et aux effets partiaux,

De chaque phénomène en sais qu’il y a la cause…
Ets-ce mauvaise cause, étant de bonne foi,
Si je regarde plus l’invention que la chose ?
Le résultat des faits n’est que l’effet, parfois.

Espérer dans la foi, toutefois…quelquefois,
Dans la cause à défendre : obligation me cause…
A viser plus l’effet, en sachant dans ma foi,
Qu’heureux est bien celui qui dans la pure cause

Ne souligne l’effet que d’une noble cause.
Toute cause est raison, complaisance d’effets,
Qu’indispose, transpose et aussi je suppose
Une mauvais foi cause de nos méfaits.

Si arrivé au terme d’une hilarante prose,
Tu sais Lecteur, juger et percevoir la cause
Du délire des mots et qu’à dessein j’expose :
La cause est entendue, l’effet est grandiose.


LE RIRE ET LA DOULEUR

Le rire, nous dit-on, est le propre de l’homme ;
Et devant la douleur le rire à goût de bien.
Douleur, source pérenne, au rire tu fais comme
Un rire bien muet car tu te ris de rien.

A la douleur sachons observer quelque charme,
Car douleur qui se tait est douleur de l’esprit ;
Rire mélancolique en ce rire est une arme,
Face aux larmes du corps dont le cœur se meurtrit.

La douleur est l’épine et le rire est la rose…
Arrosons de rosée : roseraie de raison ;
Qu’aux échardes du mal où la douleur repose
Réveille un rire prêt à sortir de prison.

Car le rire est divin puisqu’il sucre les larmes ;
La douleur nous châtie devant certains excès ;
Le rire est le remède, aux douleurs les alarmes,
Pour noyer le chagrin, lutter contre l’abcès

Néfaste des douleurs. Si le rire s’invite
Notre âme sort grandie, dépasse la douleur…
Pour un temps la douleur rira alors moins vite,
Et le rire pourra en chasser quelques pleurs.

A douleur oubliée on en pleure de rire ;
Dans un éclat de rire : au chaudron la douleur !
La conception de joie est la vision du rire,
J’entends ce rire fou heureux de ma douleur.

Et devant le génie impuissant de mon rire,
La sereine ironie accable ma douleur ;
Souffrir sans trop me plaindre, en pétrir un sourire,
Espérer supporter quelque rire moqueur…

Pour s’emparer du rire à l’orgueil des douleurs
Pièce maîtresse est joie quand le rire s’impose,
Sur l’échiquier du mal face aux pions des douleurs,
Afin que ces douleurs ne rient pas de ma cause.

Je vais me faire rire à en pleurer de joie ;
Plaisir d’un rire seul, si cela m’est permis ;
Pour un rire éphémère, un franc rire est bourgeois :
Le mal sera plus sain mêlé au compromis.

L'hermétisme, parfois, dans ce genre de texte,
Peut tronquer les mots dans l'interprétation...
Mais jamais la douleur au rire n'est prétexte
De rire des douleurs: quelle aberration!


ÊTRE OU NE PAS ÊTRE ?

Etre ou ne pas être, mais être dans un Tout,
Insolite épithète, et cela peut paraître
En contradiction ou bien un mêle-tout.
Étrange question il faut le reconnaître.

Etre ou ne pas être c'est oui...et c'est peut-être ?
Car "l'Etre", au jugement, toujours se questionne...
Il se conaît si peu mais croit se reconnaître,
Imbu et primitif : faraud se cautionne.

Si je "suis" donc "j'existe", en mon corps, mon esprit ;
J'existe pour sentir, condamner un non-être,
Où aucun préjugé en mon être attendri,
N'enchevêtre et pénètre en mon âme au bien-être.

Peut-on être incréé: conscience immortelle ?
Vivre d'un outre temps, être l'éternité ?
Comment quantifier la durée temporelle
D'un être à naître: en être errant et entité ?

Je suis comme un milieu entre esprit et la chose ;
Je prends l'être à la lettre et sans condition ;
Apprendre au fond de l'être inspire, je suppose,
Qu'au delà de l'idée est la solution.

Se sentir exister est-il sain ou malsain ?
L'infini nous fait peur mais il flatte notre âme ;
Je ne peux me démettre à mon être à dessein
Qu'exister c'est vouloir, c'est permettre l'entame

De la carte première en l'objet de sa quête.
Se mûrir, se créer sans miroir déformant,
Pour qu' être ou ne pas être, ou être ou paraître être,
Ne puisse compromettre un seul prétendument.


LE VICE ET LA VERTU

Courtiser la vertu ou bien flatter le vice ?
La vertu moralise au-dessus de l'esprit ;
Le vice est l'impulsion, la vertu un délice ;
Modérer quelque vice : et vertu s'attendrit !

L'innocence est hardie plus souvent que le vice ;
Un vice en la raison peut bien se corriger.
Respectons la vertu, qu'elle nous soit complice,
Que le vice en vertu de ce droit : soit léger.

Oter l'espoir au vice, offrir l'arme aux vertus,
Et vertu s'affermit, nous libère du vice :
Le coeur est bienheureux, les vices combattus ;
Aimable est la vertu: la grâce à son service.

Mais faut-il qu'un nuage, odieux de surcroît,
Transforme pureté en "vice convenable",
Néglige la vertu, en fasse un passe-droit,
Et le vice commode épouse, impitoyable,

Nos sens désorientés qui louaient la vertu.
Ces vices "vertueux" en vertu s'évertuent ;
L'ambition des vertus, dans le vice têtu,
Succombe à ses défauts qui soudain s'accentuent...

Chaque vice, bien sur, échappe à toute loi,
Le vice est séduisant n'en soyons point l'apôtre ;
Si la vertu s'indigne : le vice est hors-la-loi ;
Mais vice est téméraire et viendra vite nôtre.

Et qui vit dans le vice à orgueil pour vertu,
Ces vertus déguisées, poursuivies par le vice,
Dont vertu sans honneur d'un vice pour statut,
Ne peut s'enorgueillir devant un tel supplice.

Quand bien la vertu souffre: Ô vice aspect gracieux !
Les vertus sont des dames et le vice des pères
Que nous autres les fils observons...fallacieux :
Le vice et la vertu ont des instincts grégaires.


LE BIEN ET LE MAL

L'homme s'ennuie du bien, cède souvent au mal :
Le grand mal d'un moment pour qu'un meilleur bien dure ;
Si nos manques nous vouent aussi bien que le mal,
Le seul bien qu'il nous reste est le mal qu'on endure.

Rendre bien pour le mal, en grand homme de bien,
Quand le mal est certain, bien souvent on y songe...
Réfléchir sur le mal, pour que naisse le bien,
Et le mal mène au bien de ce mal qui nous ronge.

Mais parfois bien présent risque aux sources du mal,
Si un bien mal acquis est le puits où quiconque
D'un grand bien dans l'excès verse en un très grand mal :
Le seul bien qui nous reste est alors très quelconque.

Sans faire trop de mal, habillons nous du bien ;
Qui ne sent plus son mal est d'autant plus malade,
Le mal se joue du bien, le bien s'y trouve mal...
N'est-ce pas par le mal que le bien s'embrigade ?

Dans le pouvoir du bien et le vouloir du mal
Si le bien et le mal, distinctions arbitraires,
Quelque bien qu'on en dise en soulagent le mal,
Pour un homme de bien: les seuls biens populaires !

Plutôt un petit bien qui sera moindre mal,
Car j'aime les seuls biens qui ne sont à personne ;
Le bien se paye cher, se paye tôt le mal,
Et dans un juste bien que le mal démissionne.



© SDGL - Echos Poétiques. 2005.