mercredi 12 avril 2006
Par André Laugier,
mercredi 12 avril 2006 à 12:33 :: Award 2006 d'Echos poétiques.
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mardi 11 avril 2006
Par André Laugier,
mardi 11 avril 2006 à 09:02 :: La poésie Antique. (Essai) New.
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LA POESIE ANTIQUE.
- La période du poète commence avec cet immense empire grec où l'on a parlé, mais surtout pensé grec. Un monde scellé uniquement par la langue, s'étendant d'Alexandrie au Bosphore, et de Cyrène à la Sicile. N'oublions pas que les côtes de l'Asie mineure ont été, avant Homère, et jusqu'à l'Islam, domaine grec, en esprit sinon toujours en fait, et que d'elles nous sont parvenus les plus grands et les plus influents poètes helléniques. Les Dieux y ont été vus à travers l'amour, l'esprit, le désir ou la crainte, dans cette perspective où l'union entre les humains et les divinités ont été crues possibles au début des temps.
Les poètes de l'époque ont imaginé ces figures de la puissance, de l'enchantement et de l'exaltation divines. La Grèce vivait confinée dans ses dieux : Zeus-Taureau ; l'Apollon d'Alcée, l'Aphrodite de Sappho, ou encore le Pélops de Pindare, implorant dans le danger le majestueux Poséidon. C'est à ce dynamisme même des évènements sacrés que perçoit le poète grec. Une caractéristique qui mérite d'être notée au passage, est qu'on ne trouve que rarement, chez les poètes de la Grèce antique cet ethnocentrisme aussi bien dans le langage courant que dans la culture comme cela est souvent le cas (le germe) chez la plupart des prosateurs. Il n'en n'est pourtant pas toujours le cas si l'on considère Platon, dans le "Timéee", qui n'hésite pas à faire une place importante aux traditions babyloniennes, tout comme Xénophon, renchérissant sur Hérodote qui a écrit une chronique très représentative des mœurs et des coutumes perses.
Dans l'Antiquité grecque, la figure du poète était incarnée par Orphée, Prince Thrace légendaire, fils de la muse Calliope, poète, musicien et chanteur, dont on dit que le génie était tel qu'il charmait même "les bêtes sauvages". La poésie apparaissait alors comme un monde divin, et le poète étant inspiré par les Muses, lui permettant de manier le langage et de conférer aux mots une beauté étrange et un pouvoir hors du commun.
La poésie lyrique est reconnue comme un signe d'évolution dans la littérature ; les premiers auteurs ayant été Théognis de Mégare et Mimnerme de Copophon, sans oublier Archiloque et Sapho. Pour Platon, qui développa ses idées sur la création littéraire dans l'Ion, l'inspiration se confondait adroitement avec l'enthousiasme poétique, sorte de présence divine possédant le poète. Il pensait que les poèmes les plus parfaits n'étaient pas le produit de l'art des hommes, mais bel et bien l'œuvre des dieux.
La notion de poésie était différente de celle que nous lui donnons de nos jours. Pour les Grecs, tout texte en prose apparaissait comme une recherche d'ordre esthétique, et était donc assimilée à de la poésie. Aristote, lui-même, désignait par le terme "poiêsis" tout écrit relevant de l'esthétique et de l'imaginaire. Il faut savoir que ce type de création (la poésie) dont la nature et la fonction trouvaient ses origines dans la transmission des codes, des lois, des savoirs, des mythes, était étroitement lié à l'oralité, notamment au chant et à la musique : les poètes grecs, les "aèdes", chantaient leurs poèmes, comme le feront, plus tard, au Moyen Âge, les troubadours et les trouvères. Et c'est sans doute à cause de cette oralité que naquirent, dans la poésie, tous les systèmes de renvois et de rappels sonores que nous connaissons : le vers, scandé par la rime ; la régularité du rythme et des rappels sonores – autrement dit les assonances et les allitérations. En fait, les repères essentiels aidant l'auditeur à retenir le poème.
Ce sont les Alexandrins, pourtant, qui, sans en changer la forme, donnèrent à l'élégie ses caractères définitifs, au-delà des discours philosophiques. Parmi les Maîtres de l'école alexandrine Antimaque ouvrit la voie aux poètes et grammairiens Philétas et Callimaque. À l'époque de Cicéron, concernant la poésie lyrique, on avait l'habitude de dire qu'une vie d'homme ne suffirait pas à lire toutes les œuvres lyriques grecques. Hélas, de cette ère, dont la production fut immense, il ne nous est parvenu que de rares fragments, généralement des citations de grammairiens.
Les premiers chantres, les premiers aèdes de la Grèce antique furent des prêtres, et la première forme de poésie fut un hymne, un chant religieux. Ce qui ne signifie nullement qu'on n'eût jamais chanté avant qu'il y eût des aèdes, sachant que le chant et la musique sont contemporains de la parole même, et de l'existence de l'homme en ce monde. Pendant de nombreuses années, aèdes et prêtres n'étaient qu'un tout, ne formaient qu'un "unique" ; ce n'est que plus tard que les aèdes eurent leur existence propre. Ils étaient constitués par des groupes d'artistes travaillant pour le peuple, des créateurs appelés "démiurges" selon l'expression d'Homère. Ils chantèrent longtemps encore les louanges des dieux, mais ils n'en oubliaient pas, pour autant, de célébrer les exploits des héros.
La plupart de ces anciens aèdes étaient nés dans le Thrace, tandis que les traditions qui les concernaient se rapprochaient, en réalité, à la Piérie ; cette Piérie que les poètes de tout temps ont placé comme étant la patrie des Muses. C'était à Libethra que les Muses avaient chanté, selon la légende, des lamentations funèbres sur le tombeau d'Orphée. Les aèdes Thraces étaient donc des Piériens, des natifs du pays des Muses, et nés de cette race poétique qui, dans les chants du rossignol entendait une mère pleurant la mort de son fils bien-aimé, et répétant sans cesse : Itys ! Ytys !. Ce cri était assimilé à celui de Procné ayant retrouvée ses esprits et pleurant son fils. Cet appel devint le moyen d'exprimer un profond désespoir.
Au temps de la guerre de Troie, la poésie entière n'est plus exclusivement l'apanage des prêtres. L'inspiration poétique souffle partout. Les poètes chantent encore les dieux, mais ils célèbrent surtout la gloire des héros : ils désirent charmer, par de merveilleuses écritures, les convives du roi, et ils préludent déjà aux splendides créations de l'épopée. L'aède n'est plus un dieu, il n'enfante plus les prodiges des poètes d'autrefois ; mais il demeure, néanmoins, un "homme divin". Les simples instruments qui leurs servaient à soutenir les accents de la voix, la cithare et la phorminx, qui n'étaient pas encore tout à fait la lyre, ne semblaient pas indignes même de la main des héros : sous cette exagération épique, on sent naître et vivre une réalité, une société qui n'était pas sans culture, et où régnait encore, suivant le mot de Fénélon, l'aimable simplicité du monde naissant.
ANDRÉ
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Sources : "La littérature grecque d'Homère à Aristote". (Paris.PUF. 1990)
De Trede-Boulmer et S. Said.
"La couronne et la Lyre". (NRF. Gallimard. 1979.)
De Marguerite Yourcenar.
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dimanche 9 avril 2006
Par André Laugier,
dimanche 9 avril 2006 à 09:33 :: Les sonnets des sonnets.

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LES SONNETS DU SONNET
"Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème" notait BOILEAU dans son ART POÉTIQUE. C'est pourquoi, sans doute, la tradition sept fois séculaire du sonnet, inventé à Palerme au XIIIe siècle, reste vivace parmi nos contemporains. De nombreux poètes, à toutes les époques, l'on glorifié. Voici quelques uns de ces poèmes à forme fixe, dans lesquels hommage lui est rendu.
LA FURIE FRANÇAISE
CHAUNES
Extrait de "Sonnets croisés" de Chaunes et de Syvoisal.
Le sonnet survivra au siècle de la prose,
Il se plaît dans un cadre et sur l'écran repose,
Il se met en abîme ou transgresse d'un bond
La règle qui dormait d'un sommeil moribond.
Il est le Chevalier puis il devient la Rose ;
Ordre et mélancolie, pinacle et puits sans fond ;
Il grimpe au ciel par un chemin qui se compose
D'enjambements subtils qui défient la raison.
Il est tout à la fois héroïque et coquin,
Sublime et vil, digne et frivole aimant la farce ;
Il sert la tourterelle aussi bien que la garce,
Son théâtre est la vie. Du manteau d'Arlequin
Surgissent des éclairs, des stars, des mannequins ;
Il rassemble en un point nos volontés éparses.
LOUANGE AU SONNET
BOILEAU
On dit à ce propos, qu'un jour ce Dieu bizarre (1)
Voulant pousser à bout tous les Rimeurs François,
Inventa du Sonnet les rigoureuses loix ;
Voulut, qu'en deux Quatrains de mesure pareille,
La Rime avec deux sons frappast huit fois l'oreille,
Et qu'ensuite, six vers artistement rangez
Fussent en deux Tercets par le sens partagez.
Sur tout de ce Poëme il bannit la licence :
Lui mesme en mesure le nombre et la cadence :
Deffendit qu'un vers foible y pust jamais entrer,
Ni qu'un mot déjà mis osast s'y remontrer.
Du reste il l'enrichit d'une beauté suprême.
Un sonnet sans dafauts vaut seul un long Poëme.
Mais envain mille Auteurs y pensent arriver,
Et cet heureux Phénix est encore à trouver.
(1) - Il s'agit d'Apollon "Dieu de la Poésie".
SONNET
AVEC LA MANIÈRE DE S'EN SERVIR
Tristan CORBIÈRE
Vers filés à la main et d'un pied uniforme,
Emboîtant bien le pas, par quatre en peleton ;
Qu'en marquant la césure, un des quatre s'endorme...
Ça peut dormir debout comme soldats de plomb.
Sur le railway du Pinde est la ligne, la forme ;
Aux fils du télégraphe : - on en suit quatre, en long ;
À chaque pieu, la rime - exemple : chloroforme.
- Chaque vers est un fil, et la rime un jalon.
Télégramme sacré - 20 mots - Vite à mon aide...
(Sonnet - c'est un sonnet -) ô Muse d'Archimède !
- La preuve d'un sonnet est par l'addition :
Je pose 4 et 4 = 8 ! Alors je procède,
En posant 3 et 3 ! - Tenons Pégase raide :
"Ô lyre ! Ô délire ! Ô..." - Sonnet - Attention !
LE SONNET
Théophile GAUTIER
à Claudius POPELIN
Les quatrains du Sonnet sont de bons chevaliers
Crêtés de lambrequins, plastronnés d'armoiries,
Marchant à pas égaux le long des galeries
Ou veillant, lance au poing, droits contre les pilliers.
Mais une dame attend au bas des escaliers ;
Sous son capuchon brun, comme dans les féeries,
On voit confusément luire les pierreries ;
Ils la vont recevoir, graves et réguliers.
Pages de satin blanc, à la housse bouffante,
Les tercets, plus légers, la prennent à leur tour
Et jusqu'aux pieds du Roi conduisent cette infante.
Là, relevant son voile, apparaît triomphante
La Belle, la Diva, digne qu'avec amour
Claudius, sur l'émail, en trace le contour.
Claudius POPELIN
à Théophile GAUTIER
LE SONNET DU MAÎTRE
Ton sonnet, Théophile, au radieux essor,
Triomphant et paré comme un beau prince antique,
Sur un trône d'ivoire, au-dessous d'un portique,
Couvre de son manteau quatorze marches d'or.
Sa voix fait retentir le joyeux quintuor
Des rimes, doux échos du verbe poétique ;
Et, pareil au rajah d'une Inde fantastique,
À chaque mouvement il sème un Koh-i-nor.
Mais voilà qu'arrachant les palmes immortelles
Qui croissent en tous lieux où tu portes tes pas,
Il me les jette, à moi que l'on ne connaît pas !
Si bien que, quand la gloire, en déployant ses ailes,
Conviera ses élus à s'y mettre à couvert,
Elle m'accueillera muni du laurier vert.
LE SONNET
Claudius POPELIN
Quand l'oxyde aura mis sur les plombs du vantail
Sa morsure affamée, et quand le froid des givres,
Sous sa flore enroulée aux méandres de guivres,
Aura fait éclater les feuilles du vitrail.
Quand les blés jauniront les îles de corail,
Quand les émaux figés sur le galbe des cuivres
Auront été brisés par des lansquenets ivres,
Quand la lime des temps finira son travail,
Les beaux sonnets inscrits sur la stèle d'ivoire
De l'oeuvre évanouie conserveront la gloire
Afin de la narrer aux hommes qui vivront ;
Et le bon ouvrier, sous le marbre des tombes,
Gardera verdoyants, au fond des catacombes,
Les lauriers que l'outil sécherait sur son front.
À MARIE NODIER
Alfred de MUSSET
Vous les regrettiez presque en me les envoyant,*
Ces vers beaux comme un rêve et purs comme l'aurore.
Ce malheureux garçon, disiez-vous en riant,
Va se croire obligé de me répondre encore.
Bonjour, ami sonnet, si doux, si bienveillant,
Poésie, amitié que le vulgaire ignore,
Gentil bouquet de fleurs, de larmes tout brillant,
Que dans un noble coeur un soupir fait éclore.
Oui, nous avons ensemble, à peu près, commencé
À songer ce grand songe où le monde est bercé.
J'ai perdu des procès très chers, et j'en appelle.
Mais en vous écoutant tout regret a cessé.
Meure mon triste coeur, quand ma pauvre cervelle
Ne saura plus sentir le charme passé.
ANONYME DU XVIIIème SIÈCLE
Veux-tu savoir les lois du sonnet ? Les voilà :
Il célèbre un héros ou bien une Isabelle.
Deux quatrains, deux tercets ; qu'on se repose là ;
Que le sujet soit un, que la rime soit belle.
Il faut dès le début qu'il attache déjà
Et que jusqu'à la fin le génie étincelle ;
Que tout y soit raison; jadis on s'en passa ;
Mais Phébus le chérit, ainsi que sa prunelle.
Partout dans un beau choix que la nature s'offre ;
Que jamais un mot bas, tel que cuisine ou coffre,
N'avilisse le vers majestueux et plein.
Le lecteur chaste y veut une muse pucelle,
Afin qu'aux derniers vers brille un éclat soudain,
Sans ce vain jeu de mots où le bons sens chancelle.
À ÉVERISTE BOULAY-PATY
Alfred de VIGNY
Il est une contrée où la France est bacchante,
Où la liqueur de feu mûrit au grand soleil,
Où des volcans éteints frémit la cendre ardente,
Où l'esprit des vins purs aux laves est pareil.
Là près d'un chêne, assis sous la vigne pendante,
Des livres préférés j'assemble le conseil ;
Là, l'octave du Tasse et le tercet de Dante
Me chantent l'Angélus à l'heure du réveil.
De ces deux chants naquit le sonnet séculaire.
J'y pensais, comparant nos Français au Toscan.
Vos sonnets sont venus parler au solitaire.
Je les aime et les roule, ainsi qu'un talisman
Qu'on tourne dans ses doigts, comme le doux rosaire,
Le chapelet sans fin du santon musulman.
LE SONNET
Félix-Gabriel MARCHAND (Poète Québécois)
Non, jamais je n'ai pu fabriquer un sonnet
Sans mettre en désaccord le bon sens et la rime ;
Un son qui, dans huit vers, quatre voix résonnait,
En passant sur ma lyre avait un bruit de lime.
J'errais, sans rien trouver, du badin au sublime
Et très nerveux souvent, lorsque minuit sonnait,
Comme un pauvre forçat qui regrette son crime,
Je rougissais des vers que ma main façonnait.
Puis, le coeur pénétré de honte et de colère,
Je déplorais tout bas mon peu de savoir-faire,
En maudissant ma muse et Pégase au surplus !
Mais, grand Dieu, voilà bien que sur lui je remonte
Et qu'insensiblement sous ma main il se dompte !...
Bravo !... j'ai mon sonnet !... on ne m'y prendra plus.
PETITE SOMME SONNANTE (1998)
Jacques DARRAS (né en 1939)
Le sonnet, me dis-tu, je mangeais un merlan
Que le menu m'avait décrit comme "en colère"
Mais dont l'ire apparente par frayeur s'était tue
Devant les saillies marines de la cuisinière -
Le sonnet, repris-tu - tandis que ton regard
Plongeait par la vitre d'aquarium nous séparant
De la rue, du parapet du pont sous lequel
Coule la Seine au pied de l'aile du Louvre d'un plastique
Habillée (l'architecture est de la cuisine
Appliquée aux belles pierres) -, le sonnet - tu te tus
Presque alors cependant qu'une arête luttait,
La seule, la dernière contre ma glotte courroucée,
Rebelle entrée en rébellion par manque d'audace
De Poisson Père - doit être d'un bloc pour être cru.
RAILLERIE À PART (1619)
Marc-Antoine GIRARD,
SIEUR DE SAINT-AMANT.
Fagoté plaisamment comme un vrai Simonnet,*
Pied chaussé, l'autre nu, main au nez, l'autre en poche,
j'arpente un vieux grenier, portant sur ma caboche
Un coffin** de Hollande en guise de bonnet.
Là, faisant quelquefois le saut du sansonnet,
Et dandinant du cul comme un sonneur de cloche,
Je m'égueule de rire, écrivant d'une broche,
En mots de patelin,*** ce grotesque sonnet.
Mes esprits à cheval sur des coquecigrues,
Ainsi que papillons s'envolent dans les nues,
Y cherchant queque fin qu'on ne puisse trouver.
Nargue : c'est trop rêver, c'est trop ronger ses ongles ;
Si quelqu'un sait la rime, il peut bien l'achever.
............................................................................
*Nom de singe.
** Corbeille.
***Référence au Pathelin de la farce.
Volontairement Sieur de SAINT-AMAND s'est abstenu de donner le dernier vers (la pointe) à à son sonnet. Alors, histoire de relever le défi, votre serviteur vient de compléter le poème :
Nargue : c'est trop rêver, c'est trop ronger ses ongles ;
Si quelqu'un sait la rime, il peut bien l'achever.
- Quelques siècles après, André Laugier tu jongles !
À UNE PETITE CHATTE QUI ME REGARDAIT
AVEC DE GRANDS YEUX BLEUS
Gérard de NERVAL
Je voudrais te faire un sonnet,
Petite chatte, et te surprendre ;
Mais si je sais comment m'y prendre,
Que je sois perdu, s'il vous plaît !
Bah ! Le premier quatrain est fait,
Le second est facile à faire :
Je t'aime ! Hé ! las ! Quel air sévère !
Rentrez vos griffes, s'il vous plaît ?
Ai-je rien dit qui vous déplaise ?
Vos grands yeux bleus me font mal aise,
Vite, fermez-les, s'il vous plaît ?
Mais si mon vers ne vous offense,
Accordez-moi, pour récompense,
Un baiser, - veux-tu, s'il vous plaît ?
À LA LOUANGE DE LAURE ET DE PÉTRARQUE
Paul VERLAINE
Chose italienne où Shakespeare a passé
Mais que Ronsard fit superbement française,
Fine basilique au large diocèse,
Saint-Pierre-des-Vers, immense et condensé,
Elle, ta marraine, et Lui qui t'a pensé,
Dogme entier toujours debout sous l'exégèse
Même edmonschéresque ou francisquesarceyse,*
Sonnet, force acquise et trésor amassé,
Ceux-là sont très bons et toujours vénérables,
Ayant procuré leur luxe aux misérables
Et l'or fou qui sied aux pauvres glorieux,
Aux poètes fiers comme les gueux d'Espagne,
Aux vierges qu'exalte un rythme exact, aux yeux
Épris d'ordre, aux coeurs qu'un voeu chaste accompagne.
*Mots comiquement forgés d'après les noms de deux célèbres critiques du temps : Edmont Scherer et Francisque Sarcey.
À LA LOUANGE DE LAURE ET DE PÉTRARQUE
Paul VERLAINE
Chose italienne où Shakespeare a passé
Mais que Ronsard fit superbement française,
Fine basilique au large diocèse,
Saint-Pierre-des-Vers, immense et condensé,
Elle, ta marraine, et Lui qui t'a pensé,
Dogme entier toujours debout sous l'exégèse
Même edmonschéresque ou francisquesarceyse,*
Sonnet, force acquise et trésor amassé,
Ceux-là sont très bons et toujours vénérables,
Ayant procuré leur luxe aux misérables
Et l'or fou qui sied aux pauvres glorieux,
Aux poètes fiers comme les gueux d'Espagne,
Aux vierges qu'exalte un rythme exact, aux yeux
Épris d'ordre, aux coeurs qu'un voeu chaste accompagne.
*Mots comiquement forgés d'après les noms de deux célèbres critiques du temps : Edmont Scherer et Francisque Sarcey.
IMITÉ DE WORDSWORTH
Charles Augustin de SAINTE-BEUVE
Ne ris point du sonnet, ô critique moqueur.
Par amour autrefois en fit le grand Shakespeare ;
C'est sur ce luth heureux que Pétrarque soupire,
Et que Le Tasse aux fers soulage un peu son coeur.
Camoëns de son exil abrège la longueur ;
Car il chante en sonnets l'amour et son empire
Dante aime cette fleur de myrte, et la respire,
Et la mêle au cyprès qui ceint son front vainqueur.
Spencer, s'en revenant de l'île des Féeries,
Exhale en longs sonnets ses tristesses chéries ;
Milton, chantant les siens, ranimait son regard.
Moi, je veux rajeunir le doux sonnet en France.
Du Bellay, le premier, l'apporta de Florence,
Et l'on en sait plus d'un de notre vieux Ronsard.
LES SONNETS
Claudius POPELIN
à J.M HEREDIA
Quand l'oxyde aura mis sur les plombs du vitrail
Sa morsure profonde, et quand le froid des givres,
Sous la flore enroulée aux méandres des guivres
Aura fait éclater les feuilles du vantail,
Quand les béls jauniront les îles de corail,
Quand les émaux figés sur le galbe des cuivres
Auront été rompus par des lansquenets ivres,
Quand la lime des temps finira son travail,
Les beaux sonnets inscrits sur la stèle d'ivoire
De l'oeuvre évanoui conserveront la gloire
Afin de la narrer aux hommes qui vivront ;
Et le bon ouvrier, sous le marbre des tombes,
Gardera verdoyants, au fond des catacombes,
Les lauriers que le temps eût séchés sur son front.
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