Acheter Parodies antonymiques






© Photo ODE. 2005.



Tous les poèmes d’André Laugier sont la propriété inaliénable de l’auteur ; certains figurent dans ses ouvrages publiés, ayant un dépôt ISBN légal, les autres étant protégés par la SDGL. Toute représentation ou reproduction partielle ou intégrale est illicite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droits. (Art. L. 122. 4). Toute contrefaçon par quelque procédé que ce soit constituerait une action sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.


ROUSSILON EN PROVENCE

Entre le Luberon et les monts de Vaucluse,
Roussillon, séducteur, brille de mille éclats ;
La « chaussée des géants » semble écouter la muse,
Dans un gisement d’ocre aux soyeux nacarats.

Ces cheminées de fées sculptées au fil de l’âge,
Minéraux singuliers et joyaux flamboyants,
Octroient sous la lumière un philtre au paysage,
Où se mêlent le jaune et carmin poudroyants.

Cortège végétal au particularisme
De silicicoles et de grands résineux,
La nature y imprime un galant symbolisme,
Adornant des couleurs aux pigments lumineux.

Dans le sein du maquis quand l’orchidée sauvage
Faisant toujours rêver grand nombre d’amoureux,
Flirte avec la bruyère, on ressent ce message
Qui des sables ocreux nous parvient, généreux.


DE TOUT TEMPS

Je fais très rarement des plans sur la comète,
A quoi bon triturer mon esprit au « futur » ?
Je vis dans le « présent », seule « forme » concrète,
Tel un « auxiliaire* » à mon âge assez mûr.

À tire « indicatif », sans être « impératif »,
Ni même « radical » au regard de ma « forme »,
Je crois qu’un « passé simple » est plus affirmatif
Qu’un « futur » incertain qui n’est pas très conforme.

Rien n’est « plus-que-parfait » si mon « temps antérieur »,
Vécu jusqu’à « présent », aux jours d'un « passé simple »,
Quand bien même « imparfait», et un peu rêvasseur,
Ce « passé composé » de bonheur est « temps simple ».

* Dans le sens de complice.


NOVEMBRE

J’ai glissé mon esprit jusqu’au seuil du palpable,
Dans le charme subtil né de l’envoûtement,
Où l’âme a un regard, le cœur un sentiment,
Au transport de mes sens, empreinte indubitable.

A l’heure où le soleil sur la feuille d’automne,
Etend, complaisamment, son rayon flavescent
Dans la beauté profonde, une bise fredonne
Son sanctus familier, à l’accord caressant.

Les couleurs revêtues de leur mélancolie,
Subliment les soupirs venant de la forêt ;
Dans la lente douceur d’élégance accomplie,
Quant tout s’épanouit, s’énamoure au secret,

Les teintes graduées ont la moire lyrique
Qui sied à la douceur fanée de la saison ;
En vagues d’élégies une rare musique
S’insinue en mes sens, venue de l’horizon.


LES JARDINS D’EYRIGNAC

Bienvenue aux jardins du Manoir d’Eyrignac,
Opéra de verdure au sein du Périgord,
Qui, tout près de Sarlat, proche de Salignac,
Offrent l’Histoire et l’Art au plus galant décor.

Le cèdre bleu d’Atlas voisine les mûriers ;
Le charme, les noyers, aux formes symboliques,
Font la tradition d’ornements réguliers,
Où la lumière et l’eau chantent des sons magiques.

Dans la cour du Manoir tout habillée de buis,
Lieu de grâce abritant la poésie de l’âme,
Les gazons et les haies prennent pléniers appuis
Sur un sol généreux où l’essence se pâme.

La « Terrasse enchantée » et ses nombreux jets d’eau,
S’élançant au-dessus des bassins en cascades,
Emperle les rosiers d’un vaporeux manteau,
Auréolant les fleurs disposées en arcades.

Sous l’ombrage doré des immenses cyprès,
– Topiaires* sculptées couronnant les allées –,
Les camaïeux de verts conservent les secrets
De siècles d’harmonies toujours renouvelées.

Je salue cet écrin d’onde et de végétaux,
Proche d’un if géant qui contemple les âges,
Et dont ma main posée sur ses flancs colossaux,
Effleure en au-revoir mes biens muets messages.


NATURE EN PÉRIGORD

Comment ne se sentir autant émerveillé
Par cette majesté et cette féerie,
Quand, en guidant mes pas nimbés de griserie,
Le sous-bois resplendit, tout de pers habillé ?

La rivière tressant son cours ondulatoire
Sous le ciel de l’aurore échancre en broderie,
Les berges dentelées qui, en leur trajectoire,
Reflètent la verdure avec coquetterie.

Au sud, à quelques lieues, descend une gabare,
Glissant sur la Dordogne, au sein du Périgord,
Et, tout au fil de l’eau, où le regard s’égare,
Des siècles d’histoire s’offrent en contrefort.

Au pays des châteaux et des jardins de France,
Où ifs, charmes et buis peignent l’exquisité,
Le passé, le présent conjuguent l’alliance
Au soubresaut du Temps dans l’authenticité.

Soigneux de souvenirs à l’esprit romantique,
Courant les roseraies et les closeries d’eau,
En cet arboretum, espace emblématique,
J’ai posé mes regards conquis au boqueteau.

En ces contrastes d’ombre et de douce lumière,
Modelés et polis à l’arrière-saison,
Tout perce en filigrane, et l’odeur familière
De l’automne enveloppe un obligeant gazon.

Vergers de poésie aux chansons des fontaines
Réfléchissant l’écho de leur ruissellement,
J’entends le chuintement des sources riveraines
Fluant à travers champs, imperturbablement.

La magie est palpable au rythme légendaire
Des donjons, des manoirs, de l’Histoire sans fard ;
Fleurons d’exception où d’un haut belvédère,
Se fond dans la vallée, Sarlat, la « ville d’Art ».


SOUS LA CANOPÉE

Un rayon de soleil, dardant la canopée,
S’infiltre en un trait d’or sur l’humus obombré,
Avivant la clarté du sous-bois célébré,
Dont le tiède transport prend un reflet ambré.

Que ne puis-je me fondre, en cet heureux instant,
Au vaporeux halo dont la luminescence
Répand l’apaisement au silence constant,
Mêlant de vifs parfums dont la sylve a l’essence,

Je souris immobile, étreint et dans l’attenter
Qu’au travers du rideau de cette frondaison,
Surgisse une Dryade, et qui, compatissante,
Partage mes secrets, comprenne ma raison.

La forêt s’endimanche et dispense à mes yeux
Le vert et puis le roux de sa douce cretonne,
Tandis que la fougère, en ses tapis soyeux,
Veloute, en majesté, la sylve qui frissonne.

Ô temps béni du ciel à mon noble délire,
Aux sinueux chemins accompagnant mes pas,
Je suis l’humble poète assisté de sa Lyre,
Déposant ses pensées qui sont autant d’appas…

Sur la branche qui ploie, j’entends siffler le merle
Qui, défiant, m’observe et peu après s’enfuit,
Pas très loin d’un cours d’eau dont la nappe déferle…
Je vis un jour heureux qui n’aura pas de nuit.


LAYONS PERIGOURDINS

Vielles sentes bordées de murets et de buis,
Conduisant aux sous-bois recouverts par les yeuses,
Le feuillage vert sombre y paraît prendre appui
Sur un support léger de guirlandes soyeuses.

En lisière de haie, le tissu moins serré
Offre au regard conquis l’espace des clairières,
Où des fragons épars, sous le ciel azuré,
Habillent au hasard des scènes familières.

Tout au bout du parcours, et à flanc de coteau,
S’étale, en contrebas, l’envoûtante Dordogne,
Bordée de ses châteaux dressant leur chapiteau,
Semblant ponter leur doigt aux portes de Gascogne.

Blottie près d’un hameau, envahi par les prés,
L’immense bergerie dresse son toit de lauze,
Dont le porche d’entrée, aux moires diaprés,
Poétise les murs d’un corbeau* qui s’impose.

Le charme se dégage, et j’aime m’égarer
Au travers des layons, et sous un bel ombrage,
Les sens énamourés pour faire perdurer,
Les parfums, les couleurs m’offrant leur parrainage.


QUAND S’OFFRE À MES REGARDS…

Sous le dais dense et vert de la forêt de chênes,
La fougère prospère, hydratée par l’humus ;
La nuit s’étend bien vite au son de l’angélus,
Tandis que dans l’air bleu, la brune éploie ses chaînes.

Une brèche étrécie scinde la canopée,
Et offre à mes regards l’éclat de Séléné,
Qui, tel un œil géant, de charme couronné,
Est ceint d’un gazeux voile : élégance estampée.

La sylve s’assoupit, légère et frémissante,
D’où semble s’échapper le rire séculier
De la Nymphe des bois, – occulte et familier.
Le hibou invisible ulule et s’impatiente…

Je demeure ébloui, otage volontaire,
Étreint d’un long frisson de bonheur exaucé,
Qu'accompagnent mes pas, de leur chant nuancé.
D'obsessionnels échos sortant de leur repaire.


AUX RAYONS DU COUCHANT

Les rayons du couchant, comme une flamme tendre,
Lèchent le sédiment des sommets vermillons,
Quand la nuit approchant, lentement va étendre
Son ombre maternelle encerclant les sillons.

Les derniers bruits du soir, dans le jour engourdi,
– Doux accords de l’automne – ont les rumeurs feutrées,
Et semblent se tapir dans un brin d’air tiédi,
Tels de plaintifs refrains aux notes éthérées.

Dans ces instants galants, au charme évanescent,
Éclairant mes regards et mes pensées languides,
Je quémande à ma Lyre, en vœu concupiscent,
De m’accorder conseils aux rêveries candides.

Et tandis qu’éblouis, mes sens, dans la douceur,
S’abandonnent, sereins, aux nuances dorées
Dont se vêt la nature infiltrée de rousseur,
Le temps perd tout son sens, mes pensées leurs durées…

Les massifs clairsemés semblent souffrir d’exil,
Sous l’empyrée lactée annexant les lumières ;
De champêtres senteurs ont ce parfum subtil,
Dont mon cœur de poète à les mots visionnaires.


MATIN D’ÉTÉ

Aux bienfaisants rayons du soleil qui se lève,
Un matin de juillet quand rougit l’horizon,
Et que le ciel corail brode un décor de rêve,
Des nuances ténues courent sur le gazon.

Dans l’étreinte tépide, immobile caresse,
Enveloppant le jour naissant sur les jardins,
La brise qui murmure, à mon ouie adresse
Des chants de violon aux accents baladins.

La rosée argentée sur l’herbage s’emperle,
Et ses gouttes lustrées s’irisent de cristal,
Transpirant au degré qui s’élève et déferle,
Pour bientôt s’estomper sous le ciel virginal.

Quelques papillons blancs, sur les buissons d’épines,
Inaugurent déjà leur vol autour des fleurs,
Pressés de butiner aux riches étamines,
Quand l’azur répandra un peu plus ses chaleurs.

Au chant de l’alouette où la lumière dore
De belles visions qui savent m’émouvoir,
Avec idolâtrie mon regard se colore,
Et mon cœur est un flot de bonheur à pourvoir.

Les lys empanachés, les fines passeroses,
Et les coquelicots évacuent leur sommeil,
Dans un ballet discret de corolles écloses,
Aux pastels dont le charme a nul autre pareil.

Aux vapeurs du réveil la Nature fredonne ;
Les fils d’or du soleil flattent l’air ambiant ;
La naissance du jour, mirifique, galonne
D’une écharpe sacrée l’été dulcifiant.


LE PERIGORD

Qu’il me plait à revoir ces belles citadelles,
Dont les murs séculiers ont abrité les rois ;
Des seigneurs belliqueux, de gentes demoiselles,
Et de preux chevaliers montant leurs palefrois.

De fastueux châteaux hantent les belvédères,
Dispensent la grandeur de ces lustres d‘antan,
Riches confessions, aux temps dépositaires
De siècles dont l’histoire ancre un pouvoir patent.

Sculptures et jardins, remarquables richesses,
Rarescente atmosphère ourlée au fil du temps,
Siège des baronnies, des contes, des duchesses,
Aux somptueux décors dont le linéament

Évoque avec grandeur le cultisme des âges.
Du haut de leurs donjons, des ajours géminés
Ravissent l’œil séduit aux gothiques ouvrages :
Mémoire et harmonie, trésors enracinés.

Aux chambres de verdure où fiers s’épanouissent
Les sillons cristallins d’abondants tracés d’eau,
S’affirment d’élégance, et sur leur parcours glissent,
Des gabares pochant l’onde tel un tableau.

Les époques, sans fin, soudées au hiératique,
Propices au flâneur s’énamourant pour l’art,
Sont quintessenciées ; le domisme magique
Rappelle un Moyen-Âge adulant le regard.

Féeriques manoirs et splendides bastides,
Places fortes bâties aux éperons rocheux,
Villages médiévaux, aux lignes impavides :
Tout atteste d’une âme au passé orgueilleux.

Les balustres moulées aux nombreuses terrasses,
Coiffent en symétrie de vétustes arceaux
S’ouvrant sur ces joyaux dont les murs coriaces,
Défient, dans l’apparat, aux siècles les assauts.

Sertis dans leurs écrins, d’orient et d’élégances,
A l’étape obligée aux traces du passé,
Ces ouvrages soumis plaident nos déférences,
Afin que de l’oubli, leur sceau ne soit chassé.

Car le Périgord noir est lieu d’un patrimoine,
De grottes et abris, gouffres et cavités,
Refuges souterrains d’une envergure idoine,
Parsemés de cristaux dans la roche, incrustés.

Fines stalactites, draperies translucides,
L’œil est aiguillonné par tant d’émotion ;
Près de quatre cent mille ans de visions splendides,
Dotent les parois de fresques d’exception.

Mammouths, aurochs, chevaux, ours, bouquetins et rennes,
Constituent un trésor du magdalénien,
Célébrant l’art rupestre, aux formes souveraines,
Fastes de rêverie qui épousent l’ancien.

La grotte de Lascaux, en vallée de Vézère,
Sanctuaire discret aux vestiges troublants,
Paré de préhistoire, et que le Temps vénère,
Assigne la grandeur aux décors rutilants.

Puis celle de Villars, aux coulées de calcites,
Concrétions brodant le site naturel,
Permettant d’admirer d’altières stalagmites,
Dont l’étrange beauté ajoute au solennel…

Et mon âme d’enfant vogue sur la Dordogne,
Glissant nonchalamment sur son lit séducteur,
Dans le calme apaisant, dont la seule besogne,
Est d’écouler ses eaux avec charme et lenteur.


DANS LE DECLIN DU JOUR

Au soir enveloppant, illuminant mes vers
Comme une symphonie suave de tendresse,
Je saisi le refrain alangui qui caresse
Mon cœur et mon esprit, aux charmes découverts.

C’est toute la Nature, au crépuscule humide,
Des sommets d’alentour, dentelant l’horizon,
Jusqu’aux prairies noyées au velouté gazon,
Qui sombre en léthargie sous la vêprée placide.

A la tiède atmosphère, aux chants quasi divins
Des stridulants grillons au seuil de leur refuge,
Se mêlent les senteurs déversant leur déluge
D’essences de l’alpage et des proches jardins.

J’entends et j’aperçois cette clameur d’écume
Chevauchant les rochers du gave, en contrebas,
Qui, tel un long collier lumineux se débat,
Et se perd au regard en entrant dans la brume.

En cet ultime accord d’ineffables instants,
Tel un oiseau de nuit qui survole la plaine,
Mes regards aiguisés, la plume souveraine,
Je mets un point d’amour à mes quatrains chantants.


EN MES JARDINS…

D’où vient cette douceur qui le soir s’éternise,
Répand son vernis bleu en étreignant mon front,
Et donne à mes pensées ce sens qui tranquillise
Bienveillant, intangible, un bien-être aussi prompt ?

Le charme m’envahit comme un accord de lyre,
Musical, éthéré, romance de printemps,
Que mon cœur sourcilleux gratifie d’un sourire,
Aux instants où, songeur, tout paraît envoûtant.

Les aiguilles du temps, frappées par l’indolence,
Dans le calme infini, qui retarde la nuit,
Attendrissent mes vers, dont le mètre en silence,
Compose des tempos que ma plume séduit…

Une vague rumeur se fond dans la ramée,
Du haut des peupliers, aux feuillages tremblants,
Faiblement remués d’une grâce rimée,
Dont la brise feutrée donne des sons troublants.

Dans le couchant qui farde un horizon de flamme,
Quand les contours du rêve étagent leurs gradins,
Et que les chants d’oiseaux faiblissent dans leur gamme :
Je conclue mon poème à l’aise en mes jardins.


C’ETAIT HIER

Dans la tiédeur du soir qui sait fleurir mon âme,
Quand le cœur est conquis de chants alanguissants,
Je goûte, bienheureux, les faveurs dont sa pâme
Mon regard absorbé par les près verdissants.

A la douceur des sens le passé me rappelle
Les riants souvenirs du jardin familier ;
Au songe je revois, charitable étincelle,
Quelques fragments de vie, symbole hospitalier.

Au frisson vaporeux, dans la lumière d’ambre,
Surgissent du néant des détails bien charmants :
Des bruits et des parfums où, de cette antichambre,
Je guette vers l’entrée des éloignés moments…

Cétoines et grillons, hannetons, sauterelles,
Semblent se dessiner d’un chimérique ciel,
Tout comme ces vieux nids, charmés des hirondelles,
Qui nous portaient bonheur : temps providentiel !

Je m’accoude au balcon songeur de l’existence :
Sous la tonnelle en fleurs, et sortant du verger,
J’aperçois dans le flou, brusque réminiscence,
Ma mère et puis mon père, en leur pas si léger…


SOUS LA RAMURE BRUNE

Quand l’aube est veloutée, que le ciel s’angélise,
Aux formes, aux couleurs et aux parfums ténus,
Rien ne paraît si doux, le bosquet poétise
L’aimable symphonie de chants entretenus.

Quand l’âme du matin éclaire l’horizon,
Dans le secret pensif sous la ramure brune,
Et que l’ombre se noie au velours du gazon,
J’engrange l’harmonie, j’en prise la fortune.

Quand l’heure s’énamoure en épousant la brise,
Prolongeant de candeur mes regards langoureux,
Tout me parait bonheur, et cette paix me grise
Au flot mélodieux de songes bienheureux.

Quand, dans l’azur saphir, dès le potron-jacquet,
Egal au violon, intime, incantatoire,
Le chant du rossignol répand l’accent coquet,
Je fiance mes sens à l’espace notoire.

Il me faut adopter un constant mimétisme,
Et me fondre, discret, sous les arbres profus,
Pour fleurir mon esprit perlé de romantisme…
Le Temps passe… et mon cœur s’éternise, confus.


AUX CLARTES VESPERALES

L’alouette grisolle en la haute brindille,
Dans les dais de verdure, où le son pur et doux
De son subtil ramage est l’accent qui habille
La somptuosité d’un sous-bois déjà roux.

Sur la crête brodée d’un feuillage éthéré,
Une ceinture dense, et finement ouvrée,
Dispense, dans l’azur, son cinabre étiré,
Dont l’ombre vespérale est encor saupoudrée.

Bientôt le crépuscule, et sa large dentelle,
Aura raison, patent, du feuillage tremblant ;
Et se taira alors l’amène ritournelle
Du passereau gracile aux trilles, redoublant.

Dans ce mélange obscur où tout semble béni
D’étreinte et d’allégresse, au breuil qui s’ensommeille,
Je laisse fuir le temps qui, loin d’être un déni,
Alimente mon rêve, affine mon oreille.

Je poursuis mon chemin au gré d’un plaisant songe,
Un chemin parfumé d’humaine passion :
En cet instant divin qu’à dessein je prolonge,
Et où mon cœur serein y fait confession….

… Je lève mes regards au ciel chargé d’étoiles,
Immense voûte claire aux joyaux scintillants,
Qui semblent glisser mus par quelques grandes voiles,
Au firmament saphir, aux reflets accueillants.


SOUS LE GRAND CHÊNE OMBREUX.

L’été est souverain de la magnificence,
Embellissant les jours, chargé d’oblation,
Où baigne mon regard, soudain en confidence,
Avec Dame Nature et sa séduction.

Amène est l’ornement offert par cette essence,
Mélangeant les parfums et les tons diaprés ;
Mes sens sont en éveil, parfaite connivence ;
Egal est mon esprit : mon œil est honoré.

Savourant ces moments qui paraissent volages,
Riant au fond de moi, et le cœur palpitant,
Ivre de liberté, sensible aux paysages,
Vagabond je me sens, quelque refrain chantant.

La campagne revêt son voile d’espérance ;
Les grillons font écho dans l’étendue du champ ;
Et, dans l’herbe jaunie, tout me paraît dormance
Au soleil qui reluit, du zénith approchant.

Du ruisseau satiné qui s’écoule, tranquille,
J’écoute la chanson des beaux chardonnerets ;
Tout à côté de moi, dans son filet fragile
Que les fils de la Vierge étendent, bien discrets,

Une épeire immobile y guette quelque proie.
Chaque arbre, chaque chose, y garde son destin…
Sous le grand chêne ombreux quelque instant je m’octroie,
En méditant le cœur rempli d’odeurs de thym.


CRÉPUSCULE

Le ciel s’habille aux soins des couleurs vespérales,
Enflammant de son aile un jade forestier,
Où semblent se polir, tout au long du sentier,
Les troncs harmonieux des cortèges d’érables.

Les rameaux, alentour, que traverse la brise,
Se recueillent, courbés, dans un frisson d’espoir,
En offrant leur feuillage à cette douce emprise,
Caressant leur profil qui semble s’émouvoir.

Une paix inconnue, éperdue est craintive,
Recouvre l’horizon dans le parfum du soir,
Où l’écho attardé d’une effraie fugitive,
Se faufile depuis un vétuste manoir.

Le soleil baisse encor, s’épand le crépuscule,
Quand se lit le sommeil venant du firmament ;
Les champs et la forêt que la sombreur macule,
S’enveloppent de l’ombre au dernier rougeoiement.

… Et j’entends le bruit frais du ruisseau qui ondule,
Immuable et secret, s’égayant dans la nuit ;
L’étoile du Berger, au ciel, en majuscule,
Paraît suivre mes pas dans l’heure qui s’enfuit.


CONSTAT

Mon coeur à ses secrets mon âme sa tourmente
D'un cortège de pleurs, embuant mon regard,
Comme pour moins souffrir la nuit est mon amante,
Qui freine mon chagrin sous un astre blafard.

Mes épreuves lovées au portail d'espérance
Au clair-obscur des jours, de l'horizon du temps,
Sont des aubes d'attente où, dans la confidence,
Se consigne un constat qui paraît attristant.

Mais qu'importe, après tout, si cet état me blesse,
Me conduit bien plus loin dans le spirituel ;
Je loue et je condamne à la vie sa rudesse :
L'incertain me défie... et me plaît ce duel.

Aucune certitude, ou supposition
Ne guidera mes pas en ce milieu austère ;
Pragmatique je suis, et ma conviction,
Est la foi qui m'étreint, constante et salutaire.


PROVENCE EN MES REGARDS

Sous l’auguste toiture envahie par le lierre,
Où s’égaient les ramiers dans la douce tiédeur,
Les vieux murs lézardés offrent un sanctuaire
Aux geckos se mouvant sous le soleil charmeur.

Le souvenir s’attarde au nombre de mes rêves,
Comme un souffle courtois m’invitant, capiteux,
Au flot impétueux d’images bien trop brèves,
Allusives, pourtant, aux accents velouteux.

J’égrène et j’idolâtre un passé où s’exalte
La tendre émotion, et, comme un étranger,
Religieusement, profitant de ma halte,
Le regard envoûté, mon cœur devient léger.

Le soir clément, soudain, me paraît une aurore,
Accueillant, maternel, au secret caressé ;
Sanctifiant mes sens au divin qui colore
La splendeur d’un terroir : revivant mon passé.

Tout à côté des champs le fumet des bruyères,
Ethéré, me parvient, me rappelle le temps
D’une enfance où les jours me semblaient ordinaires,
Tandis que je jouais sous l’éternel printemps.

Un passereau brun clair s’agite à la ramure,
Trille joyeusement comme dans l’Autrefois,
Et semble faire écho, en un plaisant murmure,
À ma chère Provence, à son galant sous-bois.



SOUS LE MEILLEUR CÔTE TÂCHONS DE VOIR LES CHOSES*

Je n’ai jamais passé la vie à me morfondre
Pour un petit souci, nullement important ;
Et, si quelque tracas essaie de me confondre,
D’un revers de l’esprit je le classe partant.

Oh ! il m’arrive bien quelque menue misère
Comme tout un chacun, je ne peux le nier ;
En pareil cas, bien sûr, comme il se doit je gère
Le petit embarras, nullement prisonnier.

Je me fréquente assez en mon imaginaire
Pour parer, modéré, et assez cartésien,
Aux vertus de l’esprit, mon corps en partenaire,
L’un protégeant l’autre et renforçant le lien.

Je suis un optimiste, et telle est ma nature
Pour être en harmonie, sans zèle et sans excès,
A un mode de vie qui est ma signature,
Et offrir à autrui la clé de cet accès.

Tel est mon jugement et ma philosophie :
Toujours la bonne humeur irrigue mon esprit,
Exigeant de moi-même à ce que je m’y fie,
Confiant en la paix dont mon être est pétri.

Car la « sérénité demeure une conquête »,
Avait écrit Maurois, avec intensité.
Cette citation, j’en ai fait ma recette,
Plus qu’un but, un devoir, dont je suis habité.

L’optimiste est celui qui sait le monde austère ;
Pessimiste est celui qui le voit chaque jour.
L’un rit pour oublier, ainsi il se libère,
L’autre pleure et oublie qu’il faut rire à son tour.

Quelle moralité déduire en épilogue,
Sinon que quelques vers ne peuvent faire naître
Un changement profond. Et, n’étant psychologue,
Je ne peux dispenser que mon propre bien-être.



© SDGL-Échos Poétiques. 2005.


www.meilleurduweb.com : Annuaire des meilleurs sites Web.