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DANS LE DECLIN DU JOUR

Au soir enveloppant, illuminant mes vers
Comme une symphonie suave de tendresse,
Je saisi le refrain alangui qui caresse
Mon cœur et mon esprit, aux charmes découverts.

C’est toute la Nature, au crépuscule humide,
Des sommets d’alentour, dentelant l’horizon,
Jusqu’aux prairies noyées au velouté gazon,
Qui sombre en léthargie sous la vêprée placide.

A la tiède atmosphère, aux chants quasi divins
Des stridulants grillons au seuil de leur refuge,
Se mêlent les senteurs déversant leur déluge
D’essences de l’alpage et des proches jardins.

J’entends et j’aperçois cette clameur d’écume
Chevauchant les rochers du gave, en contrebas,
Qui, tel un long collier lumineux se débat,
Et se perd au regard en entrant dans la brume.

En cet ultime accord d’ineffables instants,
Tel un oiseau de nuit qui survole la plaine,
Mes regards aiguisés, la plume souveraine,
Je mets un point d’amour à mes quatrains chantants.


EN MES JARDINS…

D’où vient cette douceur qui le soir s’éternise,
Répand son vernis bleu en étreignant mon front,
Et donne à mes pensées ce sens qui tranquillise
Bienveillant, intangible, un bien-être aussi prompt ?

Le charme m’envahit comme un accord de lyre,
Musical, éthéré, romance de printemps,
Que mon cœur sourcilleux gratifie d’un sourire,
Aux instants où, songeur, tout paraît envoûtant.

Les aiguilles du temps, frappées par l’indolence,
Dans le calme infini, qui retarde la nuit,
Attendrissent mes vers, dont le mètre en silence,
Compose des tempos que ma plume séduit…

Une vague rumeur se fond dans la ramée,
Du haut des peupliers, aux feuillages tremblants,
Faiblement remués d’une grâce rimée,
Dont la brise feutrée donne des sons troublants.

Dans le couchant qui farde un horizon de flamme,
Quand les contours du rêve étagent leurs gradins,
Et que les chants d’oiseaux faiblissent dans leur gamme :
Je conclue mon poème à l’aise en mes jardins.


C’ETAIT HIER

Dans la tiédeur du soir qui sait fleurir mon âme,
Quand le cœur est conquis de chants alanguissants,
Je goûte, bienheureux, les faveurs dont sa pâme
Mon regard absorbé par les près verdissants.

A la douceur des sens le passé me rappelle
Les riants souvenirs du jardin familier ;
Au songe je revois, charitable étincelle,
Quelques fragments de vie, symbole hospitalier.

Au frisson vaporeux, dans la lumière d’ambre,
Surgissent du néant des détails bien charmants :
Des bruits et des parfums où, de cette antichambre,
Je guette vers l’entrée des éloignés moments…

Cétoines et grillons, hannetons, sauterelles,
Semblent se dessiner d’un chimérique ciel,
Tout comme ces vieux nids, charmés des hirondelles,
Qui nous portaient bonheur : temps providentiel !

Je m’accoude au balcon songeur de l’existence :
Sous la tonnelle en fleurs, et sortant du verger,
J’aperçois dans le flou, brusque réminiscence,
Ma mère et puis mon père, en leur pas si léger…


SOUS LA RAMURE BRUNE

Quand l’aube est veloutée, que le ciel s’angélise,
Aux formes, aux couleurs et aux parfums ténus,
Rien ne paraît si doux, le bosquet poétise
L’aimable symphonie de chants entretenus.

Quand l’âme du matin éclaire l’horizon,
Dans le secret pensif sous la ramure brune,
Et que l’ombre se noie au velours du gazon,
J’engrange l’harmonie, j’en prise la fortune.

Quand l’heure s’énamoure en épousant la brise,
Prolongeant de candeur mes regards langoureux,
Tout me parait bonheur, et cette paix me grise
Au flot mélodieux de songes bienheureux.

Quand, dans l’azur saphir, dès le potron-jacquet,
Egal au violon, intime, incantatoire,
Le chant du rossignol répand l’accent coquet,
Je fiance mes sens à l’espace notoire.

Il me faut adopter un constant mimétisme,
Et me fondre, discret, sous les arbres profus,
Pour fleurir mon esprit perlé de romantisme…
Le Temps passe… et mon cœur s’éternise, confus.


AUX CLARTES VESPERALES

L’alouette grisolle en la haute brindille,
Dans les dais de verdure, où le son pur et doux
De son subtil ramage est l’accent qui habille
La somptuosité d’un sous-bois déjà roux.

Sur la crête brodée d’un feuillage éthéré,
Une ceinture dense, et finement ouvrée,
Dispense, dans l’azur, son cinabre étiré,
Dont l’ombre vespérale est encor saupoudrée.

Bientôt le crépuscule, et sa large dentelle,
Aura raison, patent, du feuillage tremblant ;
Et se taira alors l’amène ritournelle
Du passereau gracile aux trilles, redoublant.

Dans ce mélange obscur où tout semble béni
D’étreinte et d’allégresse, au breuil qui s’ensommeille,
Je laisse fuir le temps qui, loin d’être un déni,
Alimente mon rêve, affine mon oreille.

Je poursuis mon chemin au gré d’un plaisant songe,
Un chemin parfumé d’humaine passion :
En cet instant divin qu’à dessein je prolonge,
Et où mon cœur serein y fait confession….

… Je lève mes regards au ciel chargé d’étoiles,
Immense voûte claire aux joyaux scintillants,
Qui semblent glisser mus par quelques grandes voiles,
Au firmament saphir, aux reflets accueillants.


SOUS LE GRAND CHÊNE OMBREUX.

L’été est souverain de la magnificence,
Embellissant les jours, chargé d’oblation,
Où baigne mon regard, soudain en confidence,
Avec Dame Nature et sa séduction.

Amène est l’ornement offert par cette essence,
Mélangeant les parfums et les tons diaprés ;
Mes sens sont en éveil, parfaite connivence ;
Egal est mon esprit : mon œil est honoré.

Savourant ces moments qui paraissent volages,
Riant au fond de moi, et le cœur palpitant,
Ivre de liberté, sensible aux paysages,
Vagabond je me sens, quelque refrain chantant.

La campagne revêt son voile d’espérance ;
Les grillons font écho dans l’étendue du champ ;
Et, dans l’herbe jaunie, tout me paraît dormance
Au soleil qui reluit, du zénith approchant.

Du ruisseau satiné qui s’écoule, tranquille,
J’écoute la chanson des beaux chardonnerets ;
Tout à côté de moi, dans son filet fragile
Que les fils de la Vierge étendent, bien discrets,

Une épeire immobile y guette quelque proie.
Chaque arbre, chaque chose, y garde son destin…
Sous le grand chêne ombreux quelque instant je m’octroie,
En méditant le cœur rempli d’odeurs de thym.


CRÉPUSCULE

Le ciel s’habille aux soins des couleurs vespérales,
Enflammant de son aile un jade forestier,
Où semblent se polir, tout au long du sentier,
Les troncs harmonieux des cortèges d’érables.

Les rameaux, alentour, que traverse la brise,
Se recueillent, courbés, dans un frisson d’espoir,
En offrant leur feuillage à cette douce emprise,
Caressant leur profil qui semble s’émouvoir.

Une paix inconnue, éperdue est craintive,
Recouvre l’horizon dans le parfum du soir,
Où l’écho attardé d’une effraie fugitive,
Se faufile depuis un vétuste manoir.

Le soleil baisse encor, s’épand le crépuscule,
Quand se lit le sommeil venant du firmament ;
Les champs et la forêt que la sombreur macule,
S’enveloppent de l’ombre au dernier rougeoiement.

… Et j’entends le bruit frais du ruisseau qui ondule,
Immuable et secret, s’égayant dans la nuit ;
L’étoile du Berger, au ciel, en majuscule,
Paraît suivre mes pas dans l’heure qui s’enfuit.


CONSTAT

Mon coeur à ses secrets mon âme sa tourmente
D'un cortège de pleurs, embuant mon regard,
Comme pour moins souffrir la nuit est mon amante,
Qui freine mon chagrin sous un astre blafard.

Mes épreuves lovées au portail d'espérance
Au clair-obscur des jours, de l'horizon du temps,
Sont des aubes d'attente où, dans la confidence,
Se consigne un constat qui paraît attristant.

Mais qu'importe, après tout, si cet état me blesse,
Me conduit bien plus loin dans le spirituel ;
Je loue et je condamne à la vie sa rudesse :
L'incertain me défie... et me plaît ce duel.

Aucune certitude, ou supposition
Ne guidera mes pas en ce milieu austère ;
Pragmatique je suis, et ma conviction,
Est la foi qui m'étreint, constante et salutaire.


PROVENCE EN MES REGARDS

Sous l’auguste toiture envahie par le lierre,
Où s’égaient les ramiers dans la douce tiédeur,
Les vieux murs lézardés offrent un sanctuaire
Aux geckos se mouvant sous le soleil charmeur.

Le souvenir s’attarde au nombre de mes rêves,
Comme un souffle courtois m’invitant, capiteux,
Au flot impétueux d’images bien trop brèves,
Allusives, pourtant, aux accents velouteux.

J’égrène et j’idolâtre un passé où s’exalte
La tendre émotion, et, comme un étranger,
Religieusement, profitant de ma halte,
Le regard envoûté, mon cœur devient léger.

Le soir clément, soudain, me paraît une aurore,
Accueillant, maternel, au secret caressé ;
Sanctifiant mes sens au divin qui colore
La splendeur d’un terroir : revivant mon passé.

Tout à côté des champs le fumet des bruyères,
Ethéré, me parvient, me rappelle le temps
D’une enfance où les jours me semblaient ordinaires,
Tandis que je jouais sous l’éternel printemps.

Un passereau brun clair s’agite à la ramure,
Trille joyeusement comme dans l’Autrefois,
Et semble faire écho, en un plaisant murmure,
À ma chère Provence, à son galant sous-bois.



SOUS LE MEILLEUR CÔTE TÂCHONS DE VOIR LES CHOSES*

Je n’ai jamais passé la vie à me morfondre
Pour un petit souci, nullement important ;
Et, si quelque tracas essaie de me confondre,
D’un revers de l’esprit je le classe partant.

Oh ! il m’arrive bien quelque menue misère
Comme tout un chacun, je ne peux le nier ;
En pareil cas, bien sûr, comme il se doit je gère
Le petit embarras, nullement prisonnier.

Je me fréquente assez en mon imaginaire
Pour parer, modéré, et assez cartésien,
Aux vertus de l’esprit, mon corps en partenaire,
L’un protégeant l’autre et renforçant le lien.

Je suis un optimiste, et telle est ma nature
Pour être en harmonie, sans zèle et sans excès,
A un mode de vie qui est ma signature,
Et offrir à autrui la clé de cet accès.

Tel est mon jugement et ma philosophie :
Toujours la bonne humeur irrigue mon esprit,
Exigeant de moi-même à ce que je m’y fie,
Confiant en la paix dont mon être est pétri.

Car la « sérénité demeure une conquête »,
Avait écrit Maurois, avec intensité.
Cette citation, j’en ai fait ma recette,
Plus qu’un but, un devoir, dont je suis habité.

L’optimiste est celui qui sait le monde austère ;
Pessimiste est celui qui le voit chaque jour.
L’un rit pour oublier, ainsi il se libère,
L’autre pleure et oublie qu’il faut rire à son tour.

Quelle moralité déduire en épilogue,
Sinon que quelques vers ne peuvent faire naître
Un changement profond. Et, n’étant psychologue,
Je ne peux dispenser que mon propre bien-être.



© SDGL-Échos Poétiques. 2005.


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