samedi 21 mai 2005
Poésie des mots contraires.
Par André Laugier, samedi 21 mai 2005 à 10:32 :: Ma poésie des mots contraires.




Je suis un couche tard, je suis un lève tôt ;
Mais loin d’être un étau qu’une tare accapare,
J’en retire plutôt un plaisir à l’hectare,
De facto, sans retard, étant prêt aussitôt.
À l’instar de mon art, je respire tantôt
Au nectar legato des sons dont je m’empare,
Bientôt cerné de vers, tandis qu’un bon cigare
Enfume l’ambiance, un peu ex abrupto.
C’est très tard, avant-hier, que ces rimes naissantes,
Aujourd’hui, et bien tôt, aux idées agissantes,
Ont d’un esprit dispos mis repos au propos.
Au tréteau du papier : plateau de mon délire,
Je soumets, sans tarder, ce modeste dépôt,
Proposé humblement par un pince-sans-rire.
VOIR OU CROIRE ?
Voir c’est croire, dit-on, mais faut-il toujours croire
En fait ce que l’on voit ? Je préfère, prudent,
Tempérer dans le doute et cacher l’illusoire,
Pour juger, comparer, à mon corps défendant.
Savoir : c’est voir en soi ; croire n’est point prouver,
Mais vivre en même temps l’écart et l’alliance.
Le réel n’est jamais, on sait, que d’esquiver
Quand, théoriquement, il n’est point évidence.
Croire n’est pas savoir, mais croire crée les choses,
Et l’on peut s’exposer ainsi à se tromper,
Car si certains rallient à eux toutes les causes,
L’éclairé, pour voir loin, désire anticiper.
Alors, pour voir de loin, regardons de plus près :
Chez l’homme qui apprend est-il si bon de croire,
Comparé à celui qui sait et a secret
Que savoir plus que voir est moins aléatoire.
Souvent un parti pris vaut mieux qu’une équivoque,
Qui me contrariera ? Le réel n’est jamais
Ce que l’on pourrait croire, et en cela évoque
Qu’il porte aussi le doute et souvent compromet.
C’est encor croire en soi que de douter de soi,
Car croire c’est aussi savoir porter ses doutes…
Il peut nous en coûter, et l’on s’en aperçoit
Aux valeurs des idées qui jalonnent nos routes.
En cela j’ai appris à juger, à déduire,
À comparer, penser et être observateur,
Pour qu’enfin voir et croire, en moi puisse construire
Que voir est salutaire et croire plus flatteur.
QUAND LES VERTUS DU VICE…
Les vertus sont liées à tous nos petits vices,
Qui les rendent légers, quelquefois raffinés ;
Soyons donc indulgents de nos gourmands caprices,
Aux dépends des vertus, puisqu’ils sont contournés.
Il faut être courtois aux qualités du vice ;
Un vice sans plaisir étant moins que vertu ;
N’ayons point de remords, ou l’âme accusatrice,
Vivons, par conséquent, sans en être abattu.
Nous ne sommes juges : Dieu jugera pour mous ;
Faisons part équitable aux charmes de la vie ;
Ni apôtres du vice au temps d’un rendez-vous,
Ni blâmant la vertu, si elle nous convie.
Il faut morale à tout : conservons nos défauts…
Calculer la vertu c’est instruire le vice ;
Le vice est dans la nuit, mais il a des faisceaux ;
La vertu, au grand jour, n’est parfois que factice…
Un vice spontané est vertu d’innocence ;
S’il est simple et naïf : reste un vice commun.
Les vices déguisés ont, seuls, une indécence,
S’agitant dans l’orgueil qui est inopportun.
C’est ce qui me fait dire à vous, tous mes amis,
Qu’un vice tient l’usage et s’habille aux vertus ;
Car, en vertu de quoi, à nos vices soumis,
La vertu, trop guindée, à des sous-entendus.
Ôter l’espoir au vice, il me semble, est donner
Une arme à la vertu qui est capricieuse,
Comme un masque de mœurs pour se dédouaner,
Corriger tel abus de façon pointilleuse.
Par nature ou instinct, les deux sont en usage :
Le vice échappe aux lois, vertu a bon aloi ;
Mais pardonnons au vice, et montrons son visage,
Rendons-lui politesse : il nous sert, quelquefois…
JEUNESSE ET VIEILLESSE
Gommer du temps aux ans, gouverner sa jeunesse,
Lui prêter la durée qu'il plairait valider :
Folle philosophie, chimère sans promesse,
Espoir de vanité pour mieux nous gourmander.
Et la flèche du Temps qui blesse la vieillesse
Ne peut guérir, hélas, de ce qui fut conquis...
Tel est ainsi le sort et qui, sans politesse,
S'abat un jour sur nous puisqu'on ne le vainquît.
Jeunesse n'a qu'un temps, vieillesse contre temps :
Spectre disgracieux qui contemple l'automne,
Envieux de Janus au pouvoir exaltant,
N'ayant qu'un seul visage et l'âge qu'il nous donne.
Car plus on devient vieux le temps est disgracieux ;
Nos tempes fleuriront au blanc impitoyable,
Cernées de toute part au poids calamiteux
D'une ardeur qui s'éteint : destin irrévocable.
La jeunesse est printemps, hiver est la vieillesse ;
- Penser en la jeunesse est savoir bien vieillir - ;
Aux splendeurs d'autrefois, le charme fait noblesse :
S'il est indélicat, il peut nous embellir.
LE BEAU ET LE LAID
Si contempler le beau est saisir le fragile,
Le beau étant divin et cause de plaisir ;
Ce beau n'a qu'un aspect, mais le laid en a mille ;
Rien n'est pure beauté qu'un laid ne peut saisir...
La recherche du beau, ou la quête du vrai ?
Le réel seul est beau, ne l'est aucun possible ;
Mais le laid, pour autant, en reste-t-il abstrait,
Vu que le jugement n'est jamais infaillible ?...
Le beau se définit aussi facilement
Que sa manière d'être est ce qui désespère ;
Le beau n'existe-t-il qu'en l'ensorcellement,
Puisqu'il naît, puisqu'il meurt, se perd, se régénère ?
Le laid n'est-il présent qu'en l'habit d'une époque ?
Que pour le déclarer ? Au lieu de s'appliquer
À chercher - si minime - au point que l'on s'en moque,
Un soupçon de beauté pour la communiquer.
Amour du laid, du beau : chaque genre a ses règles.
L'art seul sépare-t-il, sans jamais l'écarter,
Ressemblance ou réel, quand l'esprit seul allègue
Pour faire contrepoids, un regard pour ...voter ?
LA THEORIE ET LA PRATIQUE
Si dans la théorie la pratique s'impose
C'est que les théories n'opèrent point de faits.
Dans un ordre pratique, en théorie, suppose
Que les actes n'ont droit à l'erreur des effets.
Car toute vérité s'inspire de pratique ;
Le doute est théorie : idéal sans valeur ...
La réalisation se fait dans la pratique ;
La théorie augure, et peut causer l'erreur.
Mais "pratique sans tête est théorie sans jambe"
Disait le philosophe en son raisonnement ;
Ce n'est le moindre charme, et si d'un croc en jambe,
La théorie, parfois, au procédé dément.
Car, bien des théories justifient certains actes ;
Leur formule avérée approchant du savoir.
Si l'on sait que tout l'art n'est sciences exactes
Et que les théories oeuvrent au "percevoir".
L'art est l'habileté réduite en théorie ;
S'il faut faire un effort : s'oublier dans l'effort !
Puisque, dit-on, l'effort, bien souvent, contrarie
Et dessert la pratique en étant trop retors.
Ayons donc pour support cet apport, réconfort,
Ce renfort qui distord et, dès lors la pratique ;
Tout record est décor si d'abord au rapport
Il procède à servir théorie plus pratique.
LE GÉNIE ET LA FOLIE
"Au génie la raison lui vaudrait un censeur".
Si la phrase est célèbre et très souvent citée,
Buffon disait aussi, en habile penseur,
Qu'il n'est qu'une vertu de patience ouatée
Bien plus libre à nos yeux dans un esprit flottant.
Il peint, parfois, l'esprit au contour d'un visage ;
Plait plus qu'il n'étonne…et d'orgueil exploitant
Les raisons et la gloire en son don d'héritage.
Les règles font de lui, en l'art, une routine,
Mais l'éclair n'est jamais comparable au soleil,
Et si le génie créé, un soupir le taquine :
De quelque modestie il ne veut le conseil.
Oui, ce père d'ampleur et fils de solitude
Peut avoir goût amer si l'âme, un jour, le fuit :
Ouvrage d'un moment et dont l'incertitude
Dérobe ses attraits en l'instant d'une nuit.
Paraissez être tout, embellir votre image,
Si le feu du génie ne luit plus sur le front,
Il n'est que vanité, philosophie peu sage,
Et qu'un peu de folie vos usages vaincront.
Le génie, on le sait, à son coin de folie,
Où l'esprit s'y confine y tombant à demi ;
Misérable folie que le génie rallie :
Sagesse ou déraison…hasard ou compromis ?
S'il subsiste du bon dans la folie humaine,
Cette exaltation, dans un sens mesuré,
À trompeuse apparence – étrange phénomène –
Où Génie et Folie n'ont d'aspect séparé.
Les valeurs n'ont de prix que l'étendue de l'âme
Dans l'authenticité, modestie, naturel ;
Si le génie, en nous, par son biais se réclame,
Qu'il soit sage folie, seul plaisir culturel.
LA PROBITÉ ET LE PÉCHÉ
Par ostentation la belle probité
N’est que pâle vertu candide à la morale,
Car, dans la vanité, quelle capacité
L’individu, souvent, au péché se régale.
Si le péché de chair est un délit sans suite,
Mérité-je un procès si c’est le confesser ?
La franchise du cœur, devant une inconduite,
Triomphe sans éclat pour mieux me courroucer.
Si je marche, parfois, sur des sentiers obliques,
Morale, au jugement, raille vertu d’esprit ;
Je ne provoque pas : mes propos satiriques
Épiques, revendiquent une éthique au mépris.
Qui plait le plus au peuple ? Un péché savoureux
Expliqué dans les faits aux préceptes pratiques,
Où la vertu probable, et d’un relent poudreux,
Qui peut choquer l’esprit de quelconques logiques ?
Car nos vices, c’est vrai, ont pour seul avantage,
Le luxe émancipé de nos fausses vertus,
Et un peu de folie est un bien beau courage…
D’Épicure ou Zénon : mes choix sont entendus.
Je laisse au fond du cœur probité et morale ;
De confesseur des juges, juge mes confesseurs ;
Un aveu du péché n’est que la diagonale
Vêtue de sainteté, déguisée aux erreurs.
Quand le vice frivole aux raisons des vertus
Dresse son imposture, implacable morale,
La résistance est vaine aux rideaux abattus ;
Rien n’absout le péché dans sa quête infernale.
La parole est souvent un péché d’arrogance :
Ce péché qui dévore l’hygiène des sens ;
Tout être organisé n’est jamais qu’apparence
Dont il tire avantage, étant à double sens.
Aux vices des païens : ourdies vertus chrétiennes ;
Je ne m’offusque pas, reste sauf mon honneur ;
Mes pensées, seulement, ne sont pas stoïciennes,
J’assume le péché, ce péché flagorneur.
Pour terminer mes vers j’emprunte à d’Harleville
Ce distique éloquent : ce n’est point l’évangile :
« Ève a souvent péché : c’est bien qu’on la flattât ;
Exemple que depuis mainte femme imita. »
PARLER OU SE TAIRE
Parler simple ou madré sur papier comme en bouche,
En phrases fleuries et aux idées survenues,
La parole me dope et le verbe, sa souche,
D'un silence fuyard chasse mes retenues.
Quand se taire est si doux, parler n'est jamais triste;
Si je parle de moi, je parlerai de vous,
Car parler c'est agir, j'en suis l'opportuniste:
Se taire c'est penser, rester au garde-à-vous.
Est-il bon de parler ou meilleur de se taire?
Car pour se faire entendre on parle toujours bien;
Et même si mes mots sont de l'alimentaire,
Je suis dépositaire et signataire au lien
Qu'en ce don de se taire si je n'ai rien à dire,
Au défi de me taire, il me faut m'exprimer,
Sans être interrompu, sans vouloir m'interdire
Au plaisir délicat de pouvoir m'affirmer.
Critère élémentaire et repère compère,
Je prospère, tempère et opère aux vertus
Que parler me libère et que mieux que se taire
Le plus petit des mots est toujours bien vêtu.
Aurai-je plus d'esprit si je savais me taire?
Comment puis-je me taire sans en être lassé?
La foi de mes discours n'est jamais tributaire
Aux faveurs du silence...un silence angoissé.
Parler est l'allusion qu'associe l'idée,
Car parler est agir quand penser c'est se taire.
Le mot devient un duc si l'image est fardée,
Mais il reste grimaud s'il est rudimentaire.
Me taire est un défi que mon esprit offense,
Car se taire n'est point une leçon en soi,
Et si je dois parler qu'il y ait l'élégance,
Si ce n'est l'éloquence, au moins j'ai cette foi.
Que resserrer la joie autour de quelques mots
Est un bien moindre mal qu'un esprit sot taira,
S'il refuse au langage, en ses plus beaux rameaux,
Le soin de lui laisser exprimer l'apparat.
DE CAUSE À EFFET
Il n’y a pas d’effet en absence de cause ;
Si j’ignore la cause, j’en plaide l’effet,
Car la causalité, en théorie suppose
Qu’on expose et appose une clause du fait.
Pour cause de mutisme exigence me cause
Souvent l’impression du méfait de l’effet ;
Si je vise à l’effet, en contestable cause,
De ce fait je me fais prisonnier du surfait.
Cause bien défendue est une juste cause.
Si mon attitude, en mes « effets spéciaux »,
Peut m’inciter, parfois, plus à l’effet qui « cause »
Dans une belle cause et aux effets partiaux,
De chaque phénomène en sais qu’il y a la cause…
Ets-ce mauvaise cause, étant de bonne foi,
Si je regarde plus l’invention que la chose ?
Le résultat des faits n’est que l’effet, parfois.
Espérer dans la foi, toutefois…quelquefois,
Dans la cause à défendre : obligation me cause…
A viser plus l’effet, en sachant dans ma foi,
Qu’heureux est bien celui qui dans la pure cause
Ne souligne l’effet que d’une noble cause.
Toute cause est raison, complaisance d’effets,
Qu’indispose, transpose et aussi je suppose
Une mauvais foi cause de nos méfaits.
Si arrivé au terme d’une hilarante prose,
Tu sais Lecteur, juger et percevoir la cause
Du délire des mots et qu’à dessein j’expose :
La cause est entendue, l’effet est grandiose.
LE RIRE ET LA DOULEUR
Le rire, nous dit-on, est le propre de l’homme ;
Et devant la douleur le rire à goût de bien.
Douleur, source pérenne, au rire tu fais comme
Un rire bien muet car tu te ris de rien.
A la douleur sachons observer quelque charme,
Car douleur qui se tait est douleur de l’esprit ;
Rire mélancolique en ce rire est une arme,
Face aux larmes du corps dont le cœur se meurtrit.
La douleur est l’épine et le rire est la rose…
Arrosons de rosée : roseraie de raison ;
Qu’aux échardes du mal où la douleur repose
Réveille un rire prêt à sortir de prison.
Car le rire est divin puisqu’il sucre les larmes ;
La douleur nous châtie devant certains excès ;
Le rire est le remède, aux douleurs les alarmes,
Pour noyer le chagrin, lutter contre l’abcès
Néfaste des douleurs. Si le rire s’invite
Notre âme sort grandie, dépasse la douleur…
Pour un temps la douleur rira alors moins vite,
Et le rire pourra en chasser quelques pleurs.
A douleur oubliée on en pleure de rire ;
Dans un éclat de rire : au chaudron la douleur !
La conception de joie est la vision du rire,
J’entends ce rire fou heureux de ma douleur.
Et devant le génie impuissant de mon rire,
La sereine ironie accable ma douleur ;
Souffrir sans trop me plaindre, en pétrir un sourire,
Espérer supporter quelque rire moqueur…
Pour s’emparer du rire à l’orgueil des douleurs
Pièce maîtresse est joie quand le rire s’impose,
Sur l’échiquier du mal face aux pions des douleurs,
Afin que ces douleurs ne rient pas de ma cause.
Je vais me faire rire à en pleurer de joie ;
Plaisir d’un rire seul, si cela m’est permis ;
Pour un rire éphémère, un franc rire est bourgeois :
Le mal sera plus sain mêlé au compromis.
L'hermétisme, parfois, dans ce genre de texte,
Peut tronquer les mots dans l'interprétation...
Mais jamais la douleur au rire n'est prétexte
De rire des douleurs: quelle aberration!
ÊTRE OU NE PAS ÊTRE ?
Etre ou ne pas être, mais être dans un Tout,
Insolite épithète, et cela peut paraître
Une contradiction : comme un passe-partout.
Bien étrange question pour savoir comment être.
Etre ou ne pas être c'est oui...et c'est peut-être ?
Car "l'Etre" est sans réponse, au sujet se questionne...
Si l'être tient de peu, faut-il de l'être admettre
Que méconnaître l'être est commettre maldonne ?
Si je "suis", donc "j'existe", en mon corps, mon esprit ;
Exister pour sentir, observer le ...non-être,
Et qu'aucun préjugé de mon être attendri
N'enchevêtre et pénètre en mon âme et bien-être.
Peut-on être incréé: conscience immortelle ?
Vivre d'un outre temps, être l'éternité ?
Comment quantifier la durée temporelle
D'un être à naître: en être errance et entité ?
Je suis comme un milieu entre esprit et la chose ;
Je prends l'être à la lettre en cette opposition,
Connaître au fond de l'être oriente, je suppose,
Qu'au delà de l'idée viendra la solution.
Se sentir exister est-il sain ou malsain ?
L'infini nous fait peur mais il flatte notre âme ;
Je ne peux me démettre à mon être à dessein
Qu'exister c'est vouloir, c'est permettre l'entame
De la carte première en l'objet de sa quête ;
Se mûrir, se créer, et indéfiniment,
Car être ou ne pas être, ou être ou paraître être,
Cela pénètre l'être : l'aide à se reconnaître.
LE VICE ET LA VERTU
Courtiser la vertu ou bien flatter le vice ?
La vertu moralise au-dessus de l'esprit ;
Le vice est l'impulsion, la vertu un délice ;
Modérer quelque vice : et vertu s'attendrit !
L'innocence est hardie plus souvent que le vice ;
Un vice en la raison peut bien se corriger.
Respectons la vertu, qu'elle nous soit complice,
Que le vice en vertu de ce droit : soit léger.
Oter l'espoir au vice, offrir l'arme aux vertus,
Et vertu s'affermit, nous libère du vice :
Le coeur est bienheureux, les vices combattus ;
Aimable est la vertu: la grâce à son service.
Mais faut-il qu'un nuage, odieux de surcroît,
Transforme pureté en "vice convenable",
Néglige la vertu, en fasse un passe-droit,
Et le vice commode épouse, impitoyable,
Nos sens désorientés qui louaient la vertu.
Ces vices "vertueux" en vertu s'évertuent ;
L'ambition des vertus, dans le vice têtu,
Succombe à ses défauts qui soudain s'accentuent...
Chaque vice, bien sur, échappe à toute loi,
Le vice est séduisant n'en soyons point l'apôtre ;
Si la vertu s'indigne : le vice est hors-la-loi ;
Mais vice est téméraire et viendra vite nôtre.
Et qui vit dans le vice à orgueil pour vertu,
Ces vertus déguisées, poursuivies par le vice,
Dont vertu sans honneur d'un vice pour statut,
Ne peut s'enorgueillir devant un tel supplice.
Quand bien la vertu souffre: Ô vice aspect gracieux !
Les vertus sont des dames et le vice des pères
Que nous autres les fils observons...fallacieux :
Le vice et la vertu ont des instincts grégaires.
LE BIEN ET LE MAL
L'homme s'ennuie du bien, cède souvent au mal :
Le grand mal d'un moment pour qu'un meilleur bien dure ;
Si nos manques nous vouent aussi bien que le mal,
Le seul bien qu'il nous reste est le mal qu'on endure.
Rendre bien pour le mal, en grand homme de bien,
Quand le mal est certain, bien souvent on y songe...
Réfléchir sur le mal, pour que naisse le bien,
Et le mal mène au bien de ce mal qui nous ronge.
Mais parfois bien présent risque aux sources du mal,
Si un bien mal acquis est le puits où quiconque
D'un grand bien dans l'excès verse en un très grand mal :
Le seul bien qui nous reste est alors très quelconque.
Sans faire trop de mal, habillons nous du bien ;
Qui ne sent plus son mal est d'autant plus malade,
Le mal se joue du bien, le bien s'y trouve mal...
N'est-ce pas par le mal que le bien s'embrigade ?
Dans le pouvoir du bien et le vouloir du mal
Si le bien et le mal, distinctions arbitraires,
Quelque bien qu'on en dise en soulagent le mal,
Pour un homme de bien: les seuls biens populaires !
Plutôt un petit bien qui sera moindre mal,
Car j'aime les seuls biens qui ne sont à personne ;
Le bien se paye cher, se paye tôt le mal,
Et dans un juste bien que le mal démissionne.

© SDGL - Echos Poétiques. 2005.
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