dimanche 10 juillet 2005
Morceaux choisis.
Par André Laugier, dimanche 10 juillet 2005 à 11:51 :: Les "classiques" Modernes. (New)
Romantique de tempérament, adepte de l’harmonie et de la musicalité des sons qui confèrent l’essence même de l’écriture poétique, Baboo, jeune et talentueux chantre de la poésie classique, peut être considéré comme l’héritier d’une tradition qui s’étend du symbolisme au Romantisme. Ce jeune auteur a composé ses premiers poèmes à l’école primaire alors qu’il n’avait que douze ans. Pour la petite histoire, il est intéressant de signaler que c’est en classe de sixième, tandis qu’il était demandé aux élèves d’écrire un poème sur la mythologie, qu’il obtint la meilleur note de sa classe, à la grande fierté de son professeur de français. Il avait choisi pour sujet : « la Déesse Athéna ». Quelques mois plus tard, son professeur lui avoua avoir fait lire son poème à toutes ses amies. Quelle douce et flatteuse récompense et reconnaissance dans le cœur d’un garçon de cet âge ! Homme d’esprit, malicieux, doué d’une grande acuité et d’une inspiration mature que je qualifierai de peu commune chez un jeune auteur, Baboo se distingue aussi brillamment dans l’alexandrin que dans le sonnet ou encore la fable-express, dont il a composé une quantité impressionnante de vers calembouresques. Il vient de publier son premier recueil de poèmes « classiques », intitulé : "Délires poétiques et autres poèmes". L’inspiration de cet émérite poète ne se limite pas seulement à une élection divine, mais elle trouve refuge dans l’affectivité exacerbée du versificateur, et correspond à l’œuvre aboutie de ses vers. Ceux-ci sont merveilleusement ciselés, procurant la fibre d’une émotivité réceptive qui vibre intensément à toute indication perçue. L’OMBRE ET LA LUMIERE Si à tous les instants le soleil généreux Diffusait à l'envie sa lumière féconde, Le regard ne verrait qu'une partie du monde, Car il se passerait de la beauté des cieux. Pour qu'il puisse, surpris, admirer le mystère De l'astre qui s'échappe aux champs de l'Infini, Il faut que du ciel bleu, le soleil soit banni, Et que la nuit se couche en recouvrant la terre. De même, à notre esprit il faut l'adversité, Les détresses du coeur, les ennuis, pour qu'il sache L'école de la vie, ces trésors que nous cache L'astre aveuglant et dur d'un essor mérité. ________________________ TOI LA MER Toi la mer, mon amie, indomptable et sauvage J'aime ton lit d'écume et les draps de tes flots, Le tourment de tes eaux lorsque gronde l'orage, Tu n'exprimes jamais tes sens à demi-mots. Le sel de ta beauté à jamais éternelle, Se magnifie du calme ou du temps agité, Que tu sembles paisible ou même encor rebelle, Jamais rien ni personne pourra te dompter. Grâce au chant de tes vagues, le monde se berce, S'enivre des embruns, tels des vapeurs d'encens, Les marins à ta source, vivent la liesse D'une vie de labeur qui dure au fil des ans. Et sur leur fiers bateaux, ils oeuvrent en silence Pour gagner leur pitance, dur moteur de vie, Avec la mer ils ont tous fait voeux de romance, Un adultère ami, nécessaire à la vie. De tes vagues tu berces tous les continents, Où nous autres humains, nous essayons de vivre, En bonne intelligence sans trop de tourments, Mais des hommes ingrats saignent ce monde libre. ________________________ SOLANGE STRIMON Solange STRIMON, Sociétaire de la Société des Poètes Français, dont elle est déléguée régionale Provence-Alpes, Côte d'Azur, est également Sociétaire de la Société des Gens de Lettres, et Présidente/fondatrice de l'Association Internationale "Les Belles Lettres". Lauréate de nombreux prix pour ses ouvrages, il convient de signaler, parmi son impressionnante et didactique production, et dans le cadre qui nous concerne, c'est-à-dire la Poésie: - "DU CREPUSCULE A L'AURORE" Editions des Beaux Arts-Lodève. Prix Jean Christophe de la Société des Poètes Français (1968) - "SOLEILS EN DEROUTE" Editions des Beaux Arts-Lodève. Grand prix biennal de la ville de Châteauneuf-du-Pape (1970) - "MIROIRS NOCTURNES" Editions des Beaux-Arts-Lodève. - "A CORPS OUVERTS" Editions Saint-Germain-des-Prés. Paris. Prix Claude Syl de l'Académie de Marseille (1983) - "D'ORS ET DE VENTS" Editions A-de-ma-Pocale. Marseille (1994) Prix Mercure d'Or de France (1995) - "ENTRE SABLE ET NUAGE" (1998) - "RIVES, DERIVES, TEMPS" (Février 2005) Vient juste de paraître Ouvrage Préfacé par Mr Georges BERGOIN Secrétaire Perpétuel de l'Académie de Marseille et illustré par les peintres Hubert AGOSTINI, Paul ALLE, Roger BURI, Gérard REYNIER, Rger ROMEAS, et Jean TRIOLET. Mais Solange STRIMON excelle dans pratiquement tous les genres littéraires :Théâtre, Nouvelles, Aphorismes, Politique, etc... Des valeurs essentielles de notre patrimoine culturel dont sa contribution inspirée et documentée apporte une sensibilité, et un regard lucide,enrichis par le raffinement d'une écriture vive et dans un style épique au talent épanoui. Avec la gentillesse qui caractérise l'esprit des Gens de Lettres, elle m'a autorisé à publier les poésies de mon choix, extraites de ses différents livres. Qu'elle en soit vivement remerciée. VOYAGE IMAGINAIRE Extrait de "ENTRE SABLE ET NUAGE" Je voudrais redevenir étoile filante Pour quitter cet espace où je ne vois que toi. Mais le poison subtil de tes désirs me hante, Je cherche ailleurs en vain un calice de foi. Mes chaînes pèsent moins que celles de l'absence. À quoi sert-il de se nourrir de liberté, Si le coeur n'a plus les notes d'une romance, Sur lesquelles il vibrait hiver comme été. Je reviens ce jour d'un voyage imaginaire, Où l'on m'avait invitée pour me couvrir d'or. J'aurais voulu fouler le sol d'une autre terre. Mais ne m'as-tu volé les contours de mon corps ? ________________________ GOUTTES DE CRISTAL Extrait de "RIVES, DERIVES, TEMPS" Dans tous ces cris feutrés, nourris par trop de larmes, Qui saura que dans les ventres de ces vcacarmes, Fleurissent des perles aux pétales d'espoir, Parce qu'un homme au coeur tantôt rouge ou bien noir, Descend certaines nuits y déposer des gouttes De cristal qui chantent et que les vents écoutent, Supris de leur lumière ardente et des couleurs Qui donneraient aux coeurs des notes de bonheur. Cet amant lointain comprend si peu le délire Des soupirs de nacre et des bracelets de rire, Qu'il ne peut apaiser du présent son tourment. Mais il éclaire demain : son corps est vivant... ________________________ D'UN INSTANT D'ÉGAREMENT L'amour chasse la mort, tel le vent les nuages. Mais le temps obscurcit de regrets la duceur De souvenir que l'on croyait aux purs bonheurs Appartenir. De loin reviennent les orages Qui jamais sur le futur ne relâcheront prise Car il leur faut rêves et songe dévorer. Si tendre estr leur chair sous leurs beaux manteaux dorés, Qu'ils ne peuvent taire les cris de cette emprise. L'amour détruit la vie etd fuit toute bataille. Pourquoi se battre encor dans le sournis brouillard, Alors qu'il ne reste sur scène que vieillards Qui n'ont pas connu de volcan dans leurs entrailles. _________________________ Elisabeth JACQUES-ALFONSI. Membre de l'Association Internationale des "Belles Lettres" (Société des Poètes Français) Académie des Poètes Classiques - Académie de Provence. 1er grand prix de poésie classique, catégorie "Histoire". 1er Prix de Poésie classique (2002) "La Liro d'Alau". 1er Prix de Poésie classique Association Internationale Les Belles lettres pour "Clé des champs" (2003) Prix Académie de Provence pour son recueil : "Peuples du Monde"; Titulaire de plusieurs grands prix : Prix J. Prévert, prix, Ronsart, Prix du sonnet estrambot, Prix A. de Musset. Elisabeth JACQUES-ALFONSI, remarquée à "L'Académie des Poètes Classiques de France"", auteur de nombreux ouvrages poétiques, est également créatrice de tableaux-poèmes, dont une Huile (60cm/80) + pantoum : "Le Vieux Moulin d'Allauch" : 1er prix du "Concours de la Vallée de l'Huveaune", en 2003. Mais Elisabeth JACQUES-ALFONSI a écrit aussi un merveilleux recueil intitulé "PEUPLES DU MONDE" dont tous les bénéfices sont versés au profit des enfants du monde victimes d'injustice et de maltraitance. Nous ne pouvons qu'expreimer notre profonde reconnaissance pour cette initiative généreuse. Un cadeau discret et amoureux, parce que chaque enfant a besoin qu'on l'aime, et que l'amour doit sauver le monde... Quelques exemples du talent de cette sensible et talentueuse poétesse. L'ARBRE DE L'ESPÉRANCE L'arbre nous dominait de ses branches immenses, Ses racines plongeaient là où se trouvent cités, Les milliers de fervents de la coexistence Des peuples partisans de la fraternité. Les yeux brillaient de joie et de ferveur, Des gens de tout ethnie et de toutes croyances, Tous exprimaient le voeu d'un monde bien meilleur Ou règneraient la paix, l'amour, la tolérance. Un léger frémissement parcourut la foule dense, Chacun retint son souffle en cet instant choisi, De ses branches de métal la lumière jaillit, Dans le frais ruissellement des ondes de jouvence. Des poitrines à l'unisson, un murmure grandit, D'admiration, de foi et d'espérance La foule fut saisie d'une émotion intense, Une voix grave retentit : "Peuples du monde soyez unis." ________________________ MARSEILLE VILLE D'OMBRE ET DE LUMIERE... Phaëton prit son char de divine lumière ; Artémis appela la blanche Aristarché Pour préserver les Grecs durant cette croisière. Le noble Jupiter avait alors lâché Les cailloux de la Crau sur les terres lointaines ; Cassandre prévoyait chaque risque caché. La vigne et l'olivier, les jarres par centaines, S'entassaient partout; on chercherait l'étain. Ainsi le décidaient les vaillants capitaines. Fougueux, les Phocéens fuyaient vers leur destin ; Après avoir vogué longuement sans escale, Le marin s'enivra des flagrances du thym... Protis ébloui voit la roche verticale, Et se met à rêver de projets amoureux, Tout doucement bercé par une mer étale. Car, sur le sable fin, se tenait, langoureux, Cet être évanescent venu d'un autre monde, Un elfe délicat, présage bienheureux. Sa chevelure d'or ruisselait telle l'onde ; On eut dit un esprit visionnaire et sacré Qui, là bas, l'accueillait par sa présence blonde. Tout semblait harmonieux, le rivage échancré, L'azur du Lacydon, la grâce du Ligure, Estompés et nimbés d'un clair obscur nacré. Gyptis aime le Grec que l'amour transfigure, Ainsi naît Massalia, berceau de la passion ; L'oracle s'avéra d'un excellent augure... Romaine Massilia remplira sa mission ; Chacun veut l'envahir: Sarrasin, puis Barbare, Fière, elle bannira la moindre soumission. Pythéas, le savant, va larguer son amarre ; Affrontant vers Thulé des endroits périlleux, Il brave maints dangers et franchit toute barre, Mais personne ne crut aux pays merveilleux... De Massalia naquit dans la dive Provence, L'ardente Marsilho des Comtes orgeuilleux. Puis elle narguera le canon de défense Placé sur le grand fort que Louis a construit Pour dissuader de commettre une offense. St Antoine le Grand, par ses puces, détruit La moitié de ses gens du fléau de la peste ; L'immortelle renaît de ses malheurs sans bruit. Sous la révolution, prenant le palimpseste, Elle perdra son nom qu'elle doit reconquérir ! La "Marseillaise" naît du nouveau manifeste. O divine Cité, je viens pour te chérir, Ville ouverte au grand coeur, éternelle rebelle, Comment ne pas t'aimer ni toujours te fleurir ? Existe-t-il enfin métropole plus belle Qu'Icelle recueillit en son généreux sein, Peuples sans lendemains protégés par Cybèle ? ________________________ ERRANCES J'ai suivi des gorges amères, Et de vastes déserts sans fin, Où j'ai souffert plus d'un chagrin, Adieu les amours éphémères... Doit-on rêver mille chimères, Avant d'assumer son destin ? J'ai suivi des gorges amères, Et de vastes déserts sans fin. Il faut braver bien des colères Pour rencontrer sur son chemin Cette oasis et l'Île enfin Où sont résolus les mystères. J'ai suivi des gorges amères Et de vastes déserts sans fin... Poésies extraites du recueil : "Poèmes, Contes et nouvelles..." (2003). _________________________ Michèle PICHERY Michèle PICHERY, peintre, poète, essayiste, critique d'Art et Présidente de la Célèbre école Poétique de la Loire, cumule les récompenses littéraires. Elle est, en outre, Croix de Chevalier dans l'Ordre International de la Renaissance des Arts et Lettres, mais également Chevalier dans l'Ordre du Mérite Poétique, Membre à vie de la Fondation Taylor; Officier dans l'Ordre des Arts et des Lettres et Sociétaire des Gens de Lettres et des Auteurs-Compositeurs. Elle vient de publier un recueil comprenant quelques 72 "sonnets", dont je fais état dans ma chronique "LIVRES DE POESIES", ainsi que sur le moyen de se le procurer. Tous ses poèmes sont conçus en poésie classique avec l'alexandrin comme support. Dans son livre intitulé : "AU FIL DES JOURS" elle nous dépeint la poésie comme sa source de vie. Sa fibre poétique est nourrie de sensations, d'émotions, de tristesse et de joie. Un chef d'oeuvre à découvrir d'urgence, quand on sait que les bons livres, dans ce domaine sont rares. Comme tous les gens de Lettres, sa gentillesse est considérable, à l'image de son talent et de la richesse de sa plume. C'est avec une extrême amabilité qu'elle m'a donné l'autorisation de reproduire une (ou plusieurs) poésies, extraites de son recueil. Le choix a été difficile, tant la beauté de chaque texte frise la perfection. Voici deux de ses sonnets, intitulés, respectivement : "La Rivière" et "Le vieux lavoir". LES CHEMINS DE LA VIE Il est de sentiers verts que l'on parcourt heureux Sans voir couler les jours tant le bonheur abonde. Et passent les saisons en poursuivant leur ronde Quand l'amour sur la vie expire généreux. Mais pour d'autres destins, il est des chemins creux Où le feuillage épais cache aux regards du monde Le bienfaisant soleil dont la douceur profonde Est nécessaire à l'homme en cet endroit ombreux. Existe aussi la route, austère et sans verdure, Gravie en trébuchant sans trouver en bordure Une main qui se tend pour vous accompagner. Et reste le désert où l'âme solitaire Se bâtit un séjour... le temps sait enseigner Que savoir méditer est souvent salutaire. ________________________ LA RIVIÈRE Comme un ruban moiré que le vent léger plisse, Au creux de la vallée, à travers les plateaux, Joueuse, elle serpente en longueur les coteaux, S'attarde sous un pont, près d'un moulin se glisse, Se perd dans la forêt le flot plein de malice, réapparaît plus loin pour bercer les bateaux. S'élance sa chanson jusqu'aux tours des châteaux Dans un chuchotement d'une lyre complice ; Au gré de son courant, elle suit un sentier Où poussent à foison l'ortie et l'églantier, Traverse l'abreuvoir d'un tout petit village Ou se heurte parfois au rebord d'un rocher... Son errance est sans fin, indocile et volage Elle ne sait dormir à l'ombre d'un clocher. _________________________ LE VIEUX LAVOIR Malgré ses murs coiffés d'un toit rouge et moussu, Au bord d'une rivière où l'eau coule limpide, Caché par une butte à la pente rapide, Dans son berceau de joncs, il passe inaperçu. Car l'écho du battoir martelant le tissu Ne cuvre plus le val de sa ronde intrépide... Finis les chants rythmés que le vent dilapide Pour frapper en cadence un linge bien cousu. Disparus les reflets de fine écume blanche Qui troublaient l'onde claire au sortir de la planche Où chaque lavandière essorait à la main. Le vieux lavoir s'endort dépouillé de ses armes, Ce qui fut en sn temps qui le saura demain ? Oublié ce labeur de peines et de charmes. _________________________ Renée-Jeanne MIGNARD L'Auteur que je vous présente, en ce début octobre, a longtemps vécu à Paris et sur la Côte d'Azur, avant de retrouver ses origines Ligériennes, étant née à NEVERS. Dès son plus jeune âge elle a toujours manifesté une passion pour l'écriture, et elle obtenait, chaque fois, la meilleure note en composition française. Renée Jeanne MIGNARD a connu véritablement le gôut de la poésie tandis qu'elle prenait des cours d'Art Dramatique tout en découvrant les auteurs classiques. A COEUR JOIE qui vient de voir le jour est le dernier de ses cinq recueils parus. Sa poésie est précise, rythmée, tendre et d'une fort belle envolée littérraire. SONNET À DAME NATURE J’aime entendre au printemps les pleurs de la fontaine, Les trilles de l’oiseau à peine réveillé, Le babil d’un enfant encor ensommeillé, Les longs soupirs du vent courant la prétentaine. J’aime au cœur de l’été voir danser dans la plaine, Les épis des moissons au coeur ensoleillé, Un visage d’enfant de mûres barbouillé, Le vol des étourneaux quand le raisin s’égraine. J’aime la brume au soir quand les feuilles d’automne, Légers papillons d’or que la vie abandonne Chutant sur le gazon crépitent sous mes pas. J’aime la neige au bois, douillette sépulture, Les frimas de l’hiver qui va vers son trépas. J’aime tout des trésors de Madame Nature. __________________________ LA MÈRE. Lorsque je partirai pour mon dernier voyage, Je veux que vous gardiez le souvenir de moi, Qui vous ai tant aimés, tant donné en partage, Et vous chéris toujours, aussi fort qu’autrefois. Quand vous étiez petits, dans les années bénies, Que de nuits j’ai veillé près de votre berceau, Guettant votre sommeil, votre souffle de vie, Votre moindre soupir, votre moindre sanglot. Puis vous avez grandi, forgé vos caractères, Avez quitté le nid pour aller vivre ailleurs. Que la maison sans vous me paraissait austère, Et combien le silence était lourd à mon cœur. S’en est allé le temps. Mais malgré les épreuves, Nous sommes par le cœur toujours restés liés. S’il est des souvenirs qui aujourd’hui m’émeuvent, Je ne regrette rien, je n’ai rien oublié. Me voici maintenant au terme de ma vie. Mes joues se sont ridées, mes cheveux sont tout blancs. Pourtant j’éprouve encor l’irrésistible envie De vous serrer très fort entre mes bras tremblants. Lorsque je partirai au pays des nuages, Le soir, à la veillée, parlez un peu de moi, Qui vous ai tant aimés, tant donné en partage, Et vous chéris toujours, encor plus qu’autrefois. __________________________ CAPRICE La neige cette nuit a blanchi la colline Où nous allions jadis cueillir le romarin. Elle couvre les toits, les sentes, les ravines, Les bateaux endormis au petit port marin. Caprice de l’hiver, étonnante merveille, Douce offrande du ciel que pas un n’attendait. Le villageois surpris qui soudain se réveille, Tremble d’émotion en ouvrant ses volets. Jamais il n’a connu telle métamorphose. Au pays du soleil rares sont les frimas. Une couche nacrée couvre les lauriers-roses, Revêt d’un châle blanc les fleurs des mimosas. La plage, abandonnée aux oiseaux de décembre, Mêle son sable blond aux cristaux opalins. A quelques pas de là, du côté des Issambres , Le clocher sonne gai dans l’air frais du matin. La neige à l’infini ouate le paysage. Pour garder dans nos cœurs ces instants précieux, Allons sur les remparts de notre beau village, Contempler ce miracle, et nous emplir les yeux. __________________________ MON FILS "Lorsque l'enfant paraît"...Que j'aime ce poème. Quand je le déclamais, dans mes jeunes printemps, Je me voyais alors, héroïne moi-même, Veillant, le cœur battant, auprès d'un berceau blanc. Par la grâce du ciel, j'avais donné naissance Au plus beau des bébés que l'on eût jamais vu. Regardant sommeiller cette fleur d'innocence, Je le parais déjà de toutes les vertus. Il serait généreux, attentionné, aimable, Chasserait de mes yeux les brumes de l'ennui. Vivant les jours bénis d'un bonheur ineffable, Il serait tout pour moi, je serais tout pour lui. Je guiderais ses pas des premières années, Je sècherais ses joues quand il aurait pleuré. Plus tard, beaucoup plus tard, ma quête terminée, C'est lui qui soutiendrait mes pas mal assurés. Si j'ai cessé de croire aux rêves trop fragiles, Je ne regrette rien de ce que j'ai vécu. Pourtant, au creux des nuits, lorsque tout est tranquille, Je songe à cet enfant que je n'ai jamais eu. __________________________ PÉLERINAGE Tôt levée ce matin, j'ai gravi la colline Où tu m'as dit un jour:"Il faudra m'oublier". Pas à pas j'ai suivi le sentier qui chemine Parmi les mimosas et les genévriers. Les cigales, au loin, faisaient vibrer leurs ailes. Je humais les senteurs du fenouil et du thym. J'étais pure, innocente ainsi que jouvencelle, Mon coeur enfin guéri ne désirait plus rien. Là-bas la mer berçait une voile esseulée. Un nuage égaré s'étirait au levant. Près du port endormi, au bout de la jetée, Les mouettes dansaient, jouaient avec le vent. Il était tout à moi, le noble paysage. Je pouvais du regard l'embrasser tout entier. Comme au premier matin de mon pélerinage, J'en emplissais mes yeux, jamais rassasiés. Je partirai demain pour un autre voyage. Mais mon coeur apaisé ne sera jamais loin, Puisque près des remparts du paisible village, Je sais que tu es là, endormi sous les pins. _________________________ LUCE-ÎLE (Québec) La poésie de LUCE-ÎLE est un merveilleux cocktail de verbes et de vers savamment choisis, une volonté constante d'apporter le meilleur à l'écrit, afin de faire rimer musicalité et technicité, une fraîcheur dans laquelle le lecteur se baigne parce qu'il y retrouve les fanfaronnades et les traits d'humour. La richesse de ses poésies est incontestable : c'est un mélange heureux de sentiments où chacun s'y retrouve. Quand on sait que le Canada, et le québec, en particulier attachent la plus haute importance à la langue française, on ne s'étonnera pas de la dimension et de la rigueur de l'Art poétique pratiqué par cette poétesse dont l'imagination féconde donne une essence majeure et aboutie au rêve, au souvenir et à l'imagination. (Pierre Brandao. André Laugier) PETITES JOIES Aux chauds après-midi des mots de mon enfance, Je courrais au ruisseau pour aller m'amuser. Aussitôt dévêtue, en toute indifférence, Je goûtais ce plaisir qui savait m'apaiser. Et d'un galet à l'autre, en courtes enjambées, Je goûtais la chaleur de mon jeune horizon, Le soleil asséchait les gouttes dérobées Au ru rafraîchissant de la belle saison. Puis venait le repos à l'ombre du pommier, Je glissais dans un rêve écoutant le fermier Qui coupait le foin d'août à l'l'agréable odeur. Quelle douce chaleur je garde de l'enfance ! J'emplissais mon panier des joies de l'existence, Et j'y puise aujourd'hui encor de sa fraîcheur. ________________________ LA GRAMMAIRE J'ai usé mes jupons sur les bancs de l'École, C'était le temps heureux des Verbes Conjugués Qu'on scandait en canon jusqu'à se fatiguer ; La Grammaire, en ce temps, nous servait de bussole. Le Sujet se trouvait à l'honneur sur l'ardoise, Il s'accordait souvent avec son Complément Et la reine Othographe, elle et son boniment, Transformait la leçon en étude curtoise. Le schéma de la phrase aimait qu'on la cisèle, Ses règles et accords, étaient connus par coeur, Réciter ses leçons d'un petit air moqueur Devant l'air réservé qu'avait Mademoiselle. C'était le temps joyeux, celui qui se transpose En Mode Impératif, de chou, hibou, caillou, La règle d'exception était au rendez-vous... Mais le vent a tourné, un renuveau s'impose ! Serait-il en danger ? Le Français se transforme En un Vocabulaire hautement inédit Que même un dictionnaire, expert fort érudit, Se trouve dérouté devant l'écart énorme. _________________________ LES TISONS DU FOYER Le feu se consume en l'âtre du foyer, Et sa lumière d'or éclaire les visages Engourdis de sommeil. On entend aboyer En direction du pin et des rosiers sauvages. En ces instants de paix s'échappent les secrets Que l'un, l'autre murmure en douce confidence, Quelques espoirs éteints ou l'aveu des regrets, Sous le regard prudent de la lueur qui danse. Solidement tissés avec les mots du coeur On écoute les mts de cet ami de l'âme, Un regard bienveillant peut calmer la douleur Et réchauffer aussi bien qu'une brûlante flamme. L'inertie, lentement, se glisse sous les yeux, Douze coups à minuit font écho à nos songes. Les coussins du budoir deviennent silencieux, Tard la nuit, ces instants encore se prolongent. _________________________ ALAIN-GIRARD Alain GIRARD écrit de beaux poèmes. Une écriture sensible, beaucoup de générosité et d'humanisme dans sa plume et son style, où les mots sont bien vivants, autonomes, suffisamment libres pour s'ordonner en rimes où l'émotion exprime les choses dont l'homme, souvent, n'est pas conscient. Une poésie incantatoire, très communicative dans la force et le pouvoir des mots. L'auteur, dans un rôle moralisateur à la tonalité juste, exprime avec foi ses états d'âme. - " Si l'écriture est ce petit frisson avant-coureur d'une belle phrase qui vient", comme le soulignait Jules Renard, c'est que le poète a su nous toucher avec le coeur encore plus qu'avec la plume. Voilà ce que je tenais à dire en préambule aux deux poésies que je vous propose et dont vous apprécierez la vertueuse tendresse. DANS LE REGARD MEURTRI Ebouriffé au vent de ses vieilles amours Le poète étourdi, même son cœur blessé, Même ses illusions et même, en certains jours, Le désir incertain comme un peu trop pressé… Le poète s’envole au solitaire instant Dont s’effeuille à l’endroit le revers de l’histoire Qu’il n’écrira jamais, fut-elle en d’autres temps Qu’ici bas bégayée, qu’ici bas en retard ! Fut-elle au demi-jour des étreintes exils Lorsqu’il fuyait la vie en des bras de voyage, Où par de-là l’errance écorchée de son style A peine dessiné qu’il en vit le pillage ! Il sourit de ces riens qui font les grands parcours, Dépose lentement, au chevet de son rêve, Toutes ces choses mues en quelque fond de cours, Ces petits riens du tout qui rendent la vie brève ! Et là haut, tout là haut démuni de l’absurde Où les grandes pensées font les plus grands dégâts, L’homme noir, l’homme blanc ou l’Afghan ou le Kurde Ne tourneront vers lui que de piètres appâts ! Il n’entend plus bouger le blessé qui se meurt A tant avoir offert ses mots en sacrifices, Il reste là figé et ses rêves demeurent Dans le regard meurtri… de chacun de vos fils ! ________________________ SOUVENIR Un homme écrit. Tout est silence. Par la fenêtre il entrevoit L’ombre d’un mot qui, seul, s’élance Vers cette page où il commence A percevoir un peu sa voix. La clarté de la vie faufile Des raies effilées, des pensées ; Un homme écrit le temps qui file En ces souvenirs qui défilent Aux pas incertains du passé. Il puise ses métamorphoses En des images décalées ; Tout est silence et là, se posent Un visage, un parfum… ces choses Qui, si loin, s’en étaient allées. De l’autre côté du miroir Paraissent des yeux interdits, Quelques bribes, presque illusoires, De musique qui vont le soir Evoquer tout ce qu’il n’a dit. Par la fenêtre le temps passe Et doucement s’éteint le jour Et doucement, en lui, s’efface L’image dont il sait – hélas - Qu’elle s’est fanée pour toujours. ________________________ © Echos Poétiques. 2005. |