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PASTICHE SUR LE SONNET


« MON ÂME IL FAUT PARTIR… »
de François MAYNARD

MON ÂGE IL FAUT MENTIR…

Mon âge il faut mentir. Ma forme est cuirassée,
Mon cœur, au fil des jours, brûle comme un tison ;
Ne craint morosité. Quoi ! bien chère pensée,
Rester jeune d’esprit est sans comparaison.

Mes forces préservées sont mes vertus bénites ;
Aucun calice n’est venu troubler ce bien ;
Mais je veille à ne pas dépasser les limites,
Confiant et serein, grand épicurien.

Mon âge, apprécie donc mon ardeur, ma faconde,
Et goûte à l’euphorie secrète et vagabonde
Qui au coureur des mots procure tant d’émois.

Que tu sauras combien l’énergie me convie,
Sans soupirer d’ennui, l’expression ravie,
Dans l’étendue meublant chaque jour de mes mois.


« LAS, OU EST MAINTENANT CE MEPRIS DE FORTUNE ? »
de Joachim Du BELLAY

INTERROGATION

Las, où vais-je accorder ce bel élan de plume ?
Où vais-je enfin trouver au plaisir médité,
D’exaucer ce désir de l’authenticité,
Dont ma flamme a l’accent d’une ardeur qui s’allume ?

Où sont ces éléments dont mon cœur se parfume ?
Clio, je te supplie, rends-moi l’alacrité,
Pour qu’au-dessus de moi, au rivage enchanté,
Mes vers puissent chanter comme il est de coutume.

Aujourd’hui, ô ma Muse, accorte, assiste-moi,
Afin que mes pensées bousculées par l’émoi
Et par l’incertitude, où mes concepts s’enfuient,

Retrouvent l’embellie. Chasse de mon souci
L’interrogation qui me hante, elle aussi,
Et qu’enfin délivré, plus d’épreuves m’ennuient.


VÉNÉRATION

PASTICHE SUR LE SONNET "JE VIS, JE MEURS"
de Louise LABÉ

JE VAIS, JE VIENS…

Je vais, je viens, et jamais ne larmoie,
J'ai feu suprême, enclin par ma nature
De cette vie, à priser l'aventure :
J'ai soif de tout, j'y associe ma joie.

Soudain j'épouffe, et rire me foudroie ;
Plaisir d'être, en toute désinvolture,
À ce grand bien qui me sied de facture,
Et, tout à coup, en lui je me fourvoie.

Ainsi sans crainte, optimisme me mène,
Et quand la joie m'accorde sa faveur,
Sans outrance, me sens d'une humeur saine.

Aucun doute demeure, et quelle aubaine
D'être au sommet d'un transport salvateur !
Il m'investit, et chante dans mon coeur.



PASTICHE SUR « SUR LA MORT DE MARIE »
de RONSARD

SUR LES CHARMES DE ROSE

Comme on voit le dimanche, à chaque messe Rose,
Belle enfant aux contours la mettant en valeur,
À rendre un mort jaloux devant tant de splendeur,
Quand tout regard galant sur elle se dépose.

Imprégnant la chapelle au parfum qu’elle expose,
Dont le fumet répand une enivrante odeur,
Mais distrait les brebis qui montrent plus d’ardeur,
D’attirance à souhait tant sa splendeur explose.

Ainsi, dans la ferveur et dans la densité,
Quand l’œil souvent distrait fait face à la beauté,
Dans l’invocation changent aussi les causes.

La prière n’a plus tout à fait ses valeurs,
Quand la foi divisée à l’intérêt ailleurs,
Et que les pratiquants bénissent d’autres choses…



PASTICHE sur le sonnet «LA PIPE »
De SAINT-AMANT

BONHEUR PIPÉ

Assis et courbatu, beaujolais à la main,
Frileusement collé près de la cheminée,
Les membres engourdis, la paupière cernée,
Il déguste son vin d’un leste tournemain.

Requinqué aussitôt, le regard plus humain,
Pour ne perdre de temps, la gorge taquinée,
Il remet un canon la mine illuminée,
Le regard remonté, le masque un peu carmin.

Mais à peine a-t-il bu ce vin qu’il fait descendre
Aussi rapidement que cela peut surprendre,
Il passe son chagrin, de plaisir salivant.



PASTICHE SUR "LE SONNET"
de Joséphin SOULARY

L’IVROGNE RIANT

Je ne boirai plus là, – dit l’ivrogne riant, –
Je suis assez gorgé depuis que je déguste !
Puis devant le troquet, titubant, il rajuste
Son pantalon tombant et le contrariant.

Oui j’aime la bouteille, et j’en suis conscient.
Dans l’état où je suis, bien que je sois robuste,
Là un petit Bordeaux au goût gratifiant,
Fait que s’il est de trop j’oscille sur mon buste.

Avec tact, néanmoins, lorsque mon pied mollit,
Le profil enjoué au degré du délit :
Voyez ! je tiens debout, si cela vous amuse.

Est-il bien que ce mal qui me jette dehors,
Rien que d’y réfléchir me prend à bras le corps ;
Ainsi me convient-t-il si aussi je l’accuse.



PASTICHE SUR « SONNET À MON AMI R... »
DE FELIX ARVERS

SONNET A MON AMI L’HUMOUR

J'avais toujours rêvé que dans mon personnage
Comme un fait où l'esprit y étant convoité,
Vint s'offrir chaque instant dans le pur badinage,
Un nouveau trait d'humour joliment mijoté.

Une muse excessive, en la force de l'âge,
Et deux petits lutins baignant dans la gaieté,
Formèrent avec moi burlesque aréopage :
Quatre joyeux lurons : une seule entité.

J'abandonnais souvent la strophe caressante,
Je désirais écrire à l'envie provocante,
Révélant, bien railleur, des vers qui seraient lus.

Mon mentor m'a donné du plaisir à revendre ;
L'entrain, par le narquois, ne manque à me détendre,
Et le charme vient là, que j'espérais le plus...



PASTICHE SUR LE POÈME DE RIMBAUD
"LE DORMEUR DU VAL"

L’ENDORMEUR LIBERAL

C’est un trou de luxure à l’allure princière,
Où s’accroche notre homme ayant des picaillons,
D’argent il est féru, en culte il le vénère,
Et luit dans le confort, barons dans ses sillons.

Un Président jeune, à l'allure saugrenue,
Port de tête baignant au masque vaniteux
Qui endort. Il pérore, altesse reconnue,
Car le poste est plaisant et le métier juteux.

Pas trop les pieds sur terre, il est heureux tout comme
Un jeune parvenu, un friqué qui assomme
Après avoir promis, soufflant chaud et le froid.

Sa nature ne fait frissonner sa narine ;
Il vit dans l’opulence et gonfle la poitrine :
Heureux creuse son trou, son épouse au bras droit.



PASTICHE SUR LE SONNET «BAISE M‘ENCOR, REBAISE-MOI ET BAISE»
DE LOUISE LABE (1524-1566)

BAISE M'ENCOR, M'APAISE, EN SUIS FORT AISE.

Baise m'encor, m’apaise, en suis fort aise :
J'aime Priape, dense et savoureux !
Quand bien il s’enfle aux élans amoureux,
Et moi de t’enflammer plus chaud que braise.

Las ! fleures-tu le geste qui m’apaise,
En me donnant cet objet doucereux,
Ainsi mêlant nos stupres tant heureux
Jouissons sans égards et comblés d’aise.

Lors mon amant le plaisir en suivra ;
Chacun en sybarite instinct vivra.
Permets mon Chevalier songer folie :

Toujours libres allons discrètement,
Et dans le mutuel contentement :
Ores d'aguet*, de libido suis assaillie.

*Ores d'aguet = "maintenant avec constance"



PASTICHE SUR LE POÈME DE RONSARD
"MIGNONNE ALLONS VOIR SI LA ROSE"

À MON JARDINIER

Mignonne, allons voir s'il arrose
Bien ce matin, où s'il repose,
Mon jardinier. Car au soleil
À point nommé, en simagrée,
Il fait semblant, mine empourprée.
Coquin à nul autre pareil.

Las ! las, il fait encor l'impasse ;
Mignonne, que ce gueux m'agace
Las ! las mon jardin laissant choir !
Ô vraiment choquante imposture
Puisqu'il a gîte et nourriture,
Mais oisif du matin au soir.

Donc, constatez, oyez, mignonne,
Tandis que le bougre fredonne,
Vantant ma générosité;
Cueillons, cueillons un peu d'ivresse,
Et comme lui, puisqu'il paresse,
Batifolons à volonté !



PASTICHE sur le sonnet « RECUEILLEMENT »
De Charles BAUDELAIRE.

REFLEXION

Sois sage, ô mon ardeur et rends-moi plus docile.
Tu réclamais l’exploit : il surgit, le voici :
Une aura d’agrément m’enveloppe servile,
Aux mots donnant l’éclat, quand tout est réussi.

Pendant que mes concepts, dans un désir habile,
Sous l’exercice ardu du labeur qu’un souci
Va quêter, exigeant, dans l’esprit qui compile,
Ma Muse, éclaire-moi, et d’avance merci

Pour eux. Vois endurer mes envies malmenées
Sur les feuilles noircies de rimes mutinées,
Surgies de rêveries, mais au trait souriant ;

Le souffle incitateur fascine ma démarche,
Et, pareil en beauté que perle d’Orient,
M’incite, et je l’entends, à œuvres sous cette arche.



Pastiche sur "ET LA MER ET L'AMOUR"
De Pierre de MARBEUF

ET LE JOUR ET LA NUIT

Et le jour et la nuit ont un commun langage,
Et le jour est à jour et la nuit ne nous nuit,
L'on se vautre en plein jour, comme on veille à minuit,
Car de jour ou de nuit tout est apprentissage.

Celui qui s'alanguit le matin à l'ouvrage,
Celui qui oeuvre aussi au degré de l'ennui,
Qu'il en chasse les maux comme Belle de Nuit,
Et ses mots sur l'esprit goûteront l'arbitrage.

Qu'il soit bonheur-du-jour ou bien secret de nuit,
Sachons dire bonjour à l'orée de la nuit,
Pour que mieux vivre vieux on puisse apprendre à vivre.

Si un éclat de jour embrase néanmoins
La folie de mes nuits, sans ennui tout au moins,
Mes nuits seront mes jours qu'un clair obscur enivre.



Pastiche sur « ET LA MER ET L'AMOUR »
de Pierre MARBEUF

ET LA VIE ET LA MORT

Et la vie et la mort où l'âme erre en partage,
Et la vie douce-amère et la mort c'est amer ;
L'on s'abîme en la mort, comme on sombre en la mer,
Car la mer et la mort ont un commun rivage.

Celui qui craint la mort qu'il chasse son image ;
Celui qui craint le jour qu'on aimer sublimer,
Qu'il ne sombre, jamais, en osant le brimer,
Et tous deux lui tendront l'aléa du message...

La mère de la mort eut la vie pour berceau,
La braise de la mort s'éteint dans un peu d'eau,
Et l'eau contre le feu est la meilleure alarme.

Si l'eau, qui est la vie, consume le cendreux,
Ton amour, Ô mon Dieu paraît moins ténébreux,
Que j'eusse aimé, mon coeur, le noyer à ton charme.



Pastiche sur « MES HEURES PERDUES »
De Félix d’ARVERS

LE SONNET DU REVERS
OU L'ANGOISSE D'UN MINISTRE DÉPASSÉ
Jean GOUDEZKI & ANDRÉ.

Ma vie à fonds secrets pleure le Ministère,
Le pouvoir éternel en un moment conçu ;
Le mal n'est pas mortel et je saurai le taire,
Je suis premier ministre, un ministre déçu.

Ainsi j'aurai passé assez inaperçu,
Imbu de ma personne et non moins solitaire,
Comme un vers, rédigeant une loi qu'on enterre,
Et qui ne rime plus : un bel affront reçu !

L'électeur, quoique Dieu l'ait fait naïf et tendre,
Ne le sera pour moi : il ne veut plus m'entendre ;
L'année Deux mille sept signera mon trépas.

À l'austère devoir du scrutin, mon modèle
Sera vite oublié, puisque mon nom chancelle,
Autant que j'accumule, insensé, les faux pas.



Pastiche sur « MES HEURES PERDUES »
De Félix d’ARVERS

MON GOÛT A SON SECRET

Mon goût à son secret, mon palais son mystère,
Une pinte de vin, en un moment conçu :
Le bien qu'il me procure, et que je ne puis taire,
Est celui d'un "curiste", et qui l'a toujours su.

Hélas ! j'aurai passé aux vers inaperçu,
Toujours à mes côtés le verre solidaire…
Et j'aurai jusqu'au bout mon flacon sur la terre,
N'osant me demander si l'acte est bien reçu.

Pour moi, ce cher Bacchus qui me paraît si tendre,
Et qui suit mes désirs puisque je sais l'entendre :
Au murmure du vin guide toujours mes pas.

À l'austère devoir du cru je suis fidèle ;
On dira ce qu'on veut, la vigne est mon modèle ;
Quel est donc le buveur qui ne m'entendra pas ?



Pastiche sur « ET LA MER ET L'AMOUR »
De Pierre de MARBEUF

ET LE JOUR ET LA NUIT

Et le jour et la nuit ont un commun langage,
Et le jour est à jour et la nuit ne nous nuit,
L'on se vautre en plein jour, comme on veille à minuit,
Car de jour ou de nuit tout est apprentissage.

Celui qui s'alanguit le matin à l'ouvrage,
Celui qui oeuvre jusqu'au degré de l'ennui,
Qu'il en chasse les maux comme Belle de Nuit,
Et ses mots sur l'esprit goûteront l'arbitrage.

Qu'il soit bonheur-du-jour ou bien secret de nuit,
Sachons dire bonjour à l'orée de la nuit,
Pour que mieux vivre vieux on puisse apprendre à vivre.

Si un éclat de jour embrase néanmoins
La folie de mes nuits, sans ennui tout au moins,
Mes nuits seront mes jours qu'un clair obscur enivre.



Pastiche sur « SONNET IMMITÉ DE L’ITALIEN »
De Félix d’ARVERS

EL PERSIFLORO

Je suis le persifleur, le poète pasquin,
Le rebouteux des mots au gîte de la lettre ;
Ma force est dans l'humour, invétéré taquin,
Je porte coups d'épée pour illustrer le mètre.

Dans la dérision, toi, calembour coquin,
Tu dotes mon esprit pour faire au verbe naître
Les quatrains des plus fous, le propos arlequin ;
Et je m'amuse bien, je dois le reconnaître.

Suis-je authentique aède, ou simple égratigneur ?
Ma plume m'appartient, que le lecteur me juge.
Quand un sujet me plaît, toujours je me l'adjuge.

Dans ma pugnacité, j'aime sortir vainqueur,
Sachant que mes discours ne sont jamais de haine,
Titiller à dessein en devient une aubaine.



Pastiche sur « EL DESDICHADO »
De Gérard de NERVAL

EL VAGABONDO

Je suis le besogneux - le gueux - le harcelé,
Le vagabond clodo, la mine ramollie,
Un peu comme un rebut, assez mal ficelé,
Qui porte replets poux, et auxquels je m'allie.

Dans le rue je mendie le passant isolé,
Pour faire quelques sous, et, besogne accomplie,
Je vais taper le verre où l'alcool avalé,
Me fait roter de joie, et rire à la folie.

Suis-je cuité ? S'en faut ! Simplement un peu rond ;
Le rouge et le pastis, provenant d'une étrenne,
Me "remplissent" de joie la petite semaine.

Aux vignes du Seigneur, imbibé, fanfaron,
Je chante mon refrain, la trogne ébouriffée,
Tandis qu'un morpion m'offre un premier trophée.



Pastiche sur « MES HEURES PERDUES »
De Félix D’AVERS

INFORTUNE.

Ma flamme à ses valeurs que la raison tempère,
Dualité d’esprit, sentiment préconçu ;
L'amertume est l'esclave, et j'en suis tributaire,
Elle qui me contraint, arbitre à mon insu.

Dieu ! que vivre incompris est sujet mal perçu ;
Courtiser vainement : j’en ai fait mon affaire,
Orphelin d'un dessein qui m'obsède et m'atterre,
Assistant, impuissant, à un rêve déçu.

Son cœur, hélas, pour moi, n’est pas prêt de s’éprendre ;
Elle fuit mes désirs, sans l’effort de comprendre
Ma lamentation adirée ici-bas.

À l’appel de l’instinct, mystique, - aussi rebelle -,
Bien inconsciemment, sans doute dira-t-elle :
"Cette Dame l'a vu et ne saisissait pas".